ACTE PREMIER
Et qu'Ares furieux entrechoque deux mondes —
Pour une femme à l'œil tranquille, aux tresses blondes,
Et qu'enfin cette femme, Hélène, ce soit vous...
De mon père et de tous les chefs je suis jaloux.
Chaque matin, au jeu de la lance et du glaive
Je m'exerce d'un zèle ardent; et mon seul rêve,
C'est qu'un jour, dans la plaine ou du haut du rempart.
Je puisse vous défendre, aussi moi, pour ma part...
Hélas! si vous vouliez m'aimer, ô ma déesse!
HÉLÈNE
Mais d'une grande sœur j'ai pour toi la tendresse.
CLÉOPHILE
Si VOUS vouliez m'aimer comme Paris!
HÉLÈNE, le calmant.
Eh! Jà...
CLÉOPHILE
Je soutïre tant! tant! tant! Si vous saviez!...
HÉLÈNE
Voilà Qu'il pleure maintenant! Pauvre enfant ! Quel dommage!... C'est ainsi que Paris devait être au même âge. Allons, allons, ne pleure plus. Viens dans mes bras, Cleo : je t'aimerai, là, comme tu voudras.
CLÉOPHILE
Bien sur ?
HÉLÈNE
Mais oui, mais oui. Je suis bonne personne, Tu vois?
Sonnerie de trompettes.
CLÉOPHILE, changeant subileuenl de ton.
Chut! Écoutez la trompette qui sonne.
C'est le signal.
Courant vers le bord de la terrasse.
D'ici nous verrons le combat :
Venez !
HÉLÈNE
Je ne pourrai jamais, tant mon cœur bat. Mais loi, regarde, et dis ce qui se passe.
CLÉOPHILE
Oui, reine.
Voici. Les deux guerriers descendent dans l'arène En présence des chefs entourant le champ clos, Et brandissent tous deux de pesants javelots.
HÉLÈNE
Ah ! que j'ai peur !
CLÉOPHILE
Paris, mon oncle, a fière mine.
Il lance le premier sa longue javeline.
HÉLÈNE
Protège mon mari, Jupiter souverain !
CLÉOPHILE
Mais la pointe n'a pu rompre lorbe d'airain, Carapace qu'un Dieu forgea. Le trait s'émousse Au bouclier qu'ébranle à peine la secousse. Et retombe, inutile, aux pieds de ton époux.
HÉLÈNE, vaguement désappointée.
Ah?