‹ La bonne Hélène; comédie en deux actes en versChapitre 12 sur 32 · SCÈNE IX HÉLÈNE, CLEOPHILE · texte numérisé non relu

SCÈNE IX HÉLÈNE, CLEOPHILE

CLEOPHILE.

Hélène, vous plaît-il qu'avec vous je demeure?

Certes; mais j'avais cru que tu préférerais Suivre ton père et voir le combat de tout près : De spectacles pareils l'enfance est curieuse.

CLEOPHILE.

Que d'un autre intérêt j'ai l'àme soucieuse!

Et que j'aime bien mieux, Hf^lène au front charmant, Vous tenir compagnie en ce triste moment !

HÉLÈNE

Voilà, cher petit prince, une bonne parole.

CLÉOPHILE

Pour moi c'est une joie et si rare et si folle, Hélène, de rester avec vous, près de vous, hnmobile, comme à présent, à vos genoux 1 Et j'en trouve si peu l'occasion ! Ma mère Me rend sur un seul point l'obéissance amère : Elle m"a défendu de vous voir. C'est bien dur. Mais quelquefois, blotti dans un angle de mur, Non loin d'ici, je guette ; et quand sur la terrasse Vous venez, un émoi si soudain me terrasse, Défaillant et les yeux voilés d'une vapeur. Et pris d'un tel frisson, — comme si j'avais peur, — Pendant que mon baiser monte vers ton sourire... Enfin, je suis heureux plus que je ne puis dire.

HÉLÈNE

Mais tu ne sais donc pas, mon cher petit Cléo, Qu'il ne faut pas m'aimer? que je suis le fléau De ta ville, et l'horrible Erinnys de Pergame?

CLÉOPHILE

Je pense là-dessus comme le roi, madame.

Je trouve naturel, logique et bienséant

Que cent mille guerriers se meurtrissent céans.

Et que roulent les chars, et sonnent les armures.

Et se fendent les fronts comme des figues mûres,

Et qu'au champ de carnage, oii planent les corbeaux,

Les chevaux effarés rougissent leurs sabots.

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