SCÈNE IX HÉLÈNE, CLEOPHILE
CLEOPHILE.
Hélène, vous plaît-il qu'avec vous je demeure?
Certes; mais j'avais cru que tu préférerais Suivre ton père et voir le combat de tout près : De spectacles pareils l'enfance est curieuse.
CLEOPHILE.
Que d'un autre intérêt j'ai l'àme soucieuse!
Et que j'aime bien mieux, Hf^lène au front charmant, Vous tenir compagnie en ce triste moment !
HÉLÈNE
Voilà, cher petit prince, une bonne parole.
CLÉOPHILE
Pour moi c'est une joie et si rare et si folle, Hélène, de rester avec vous, près de vous, hnmobile, comme à présent, à vos genoux 1 Et j'en trouve si peu l'occasion ! Ma mère Me rend sur un seul point l'obéissance amère : Elle m"a défendu de vous voir. C'est bien dur. Mais quelquefois, blotti dans un angle de mur, Non loin d'ici, je guette ; et quand sur la terrasse Vous venez, un émoi si soudain me terrasse, Défaillant et les yeux voilés d'une vapeur. Et pris d'un tel frisson, — comme si j'avais peur, — Pendant que mon baiser monte vers ton sourire... Enfin, je suis heureux plus que je ne puis dire.
HÉLÈNE
Mais tu ne sais donc pas, mon cher petit Cléo, Qu'il ne faut pas m'aimer? que je suis le fléau De ta ville, et l'horrible Erinnys de Pergame?
CLÉOPHILE
Je pense là-dessus comme le roi, madame.
Je trouve naturel, logique et bienséant
Que cent mille guerriers se meurtrissent céans.
Et que roulent les chars, et sonnent les armures.
Et se fendent les fronts comme des figues mûres,
Et qu'au champ de carnage, oii planent les corbeaux,
Les chevaux effarés rougissent leurs sabots.