ACTE DEUXIÈME
D'un prince qui, fidèle à tes lois, Pudeur sainte,
De la divine Hélène ait ignoré l'étreinte.
Tel fut, nobles seigneurs, l'oracle mot pour mot.
PRIAM
Que le ciel soit loué! Donc nous verrons bientôt,
Des nefs dont l'éperon mordit longtemps nos rives
Décroître dans l'azur les poupes fugitives.
Troie, ayant desserré ses ceintures de fer,
Libre, éclatera d'aise et de joie au grand air,
Parmi les chants, les jeux et les larges frairies,
Et nous retrouverons le chemin des prairies.
Et la charrue, et les sillons gras des guérels,
Et la saveur des fruits et des légumes frais,
Et le pampre au soleil gonflant ses grappes pleines.
Et les troupeaux, le soir, cheminant dans les plaines...
Car Jupiter nous aime, il n'en faut point douter,
Et la condition qu'il voulut nous dicter
Est légère et facile à remplir...
LE GRAND PRÊTRE
Oh! sans doute.
HECTOR
Évidemment.
Évidemment.
LE GRAND PRETRE
L'oracle ajoute Qu'il faut des mains sans tache à sauver Ilion. Celui donc qui, manquant à la condition Dont Zeus vous instruisit, princes, par mon oflTice, Oserait néanmoins otïrir le sacrifice,
Sera puni de Zeus à qui rien n'est celé.
Rongé d'un mal secret, de spectres harcelé,
Qu'il soit maudit, vivant, dans son corps, dans son âme,
Et, mort, que le tombeau rejette cet infâme !..
Ainsi parla le dieu qui lit au fond des cœurs.
PRIAM
Adorables desseins î
HECTOR
Légitimes rigueurs!
Silence embarrassé.
LE GRAND PRÊTRE, à Priam.
Eh bien?
PRIAM, à Hector.
Eh bien ?
£h bien... mes pensers sont les vôtres... Mais nous ne sommes pas en nombre : oii sont les autres? L'emploi dont il s'agit est flatteur, et devrait Être brigué de tous les princes.
PRIAM
Il parait Que non, mon cher enfant; et la chose m'étorine.
Aux autres.
Asios d'Arisba, Pyrechme d'Amydone,
Le prince de iMilet et le roi de Cytor,
Et tous mes fils et tous mes gendres, sauf Heclor,
M'ont tour à tour prié d'excuser leur absence.
HÉLÈNE
Alors, cher père, il faut remettre la séance.