SCÈNE IV
HELENE, seule.
Cœur percé d'un double stylet.
Et d'une double angoisse incertaine victime. Appréhendant de perdre un mari que j'estime, Mais voulant conserver un amant qui me plait. Je demeure immobile, et mon àme abattue Cède au coup qui la tue.
Quand tout allait pour le mieux, dieux jaloux
0 la peine cruelle!
En ce combat l'un est mon noble époux Et l'autre, hélas! est mon amant fidèle.
Pour qui former ici des vœux?
Vaincu par mon maii, si mon amant succombe, 11 ne me restera qu'à le suivre en sa tombe, Et par le même coup nous mourrons tous les deux. Mais si par mon amant mon mari rendait l'âme, J'encourrais plus d'un blâme...
Le souvenir m'en serait importun.
Quelle gêne est la nôtre !
Certes, je dois faire des vœux pour l'un : Mais je ne puis en faire contre l'autre.
Amant, époux! amour, devoir!
Noble et rude contrainte! Aimable tyrannie! Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie; Et c'est le déshonneur ou c'est le désespoir... Mais à ce mauvais pas, si je ne suis déçue, Il est une autre issue...
0 Zeus, prends-nous en pitié tous les trois!
0 Zeus, sois magnanime!
Sauve un amant dont tu connais les droits, Sans condamner un mari que j'estime!