La bonne logeuse [microforme]
Chambre à louer — Telle est l'affiche qui s'étale à la porte d’un si gnand nombre de maisons de notre ville que le visiteur venu de l'étranger en demeure tout surpris.
C’est un triste état de choses, résultat des conditions actuelles de Ja vie.
Il y a, à la ville, une foule de jeunes gens qui sont étudiants, comptables, commis, apprentis, etc, et de
jeunes filles employées de bureau, sténo-dactylographes, couturières, modistes, cigarières, en un mot, toutes celles que les Parisiens désignent par le nom gracieux de midinettes, parce qu’elles sortent en foule des ateliers à midi.
Les chambreurs (1) se composent dons en majeure partie de jeunes gens sans parents ou dont les parents
(1) Bien que le mot “chambreur” ne soit pas connu en France pour désigner une personne en chambre, qu’on me permette de l’employer dans le cours de cet écrit. C’est un mot canadien de bonne frappe qu'on doit préférer au barbarisme anglais: “roomeur’”, “roomeuse”’.
A un prêtre en visite de paroisse qui demandait à une maîtresse de maisosn si elle avait des personnes en chambres, la dame répondit:
—Oui, un “roomeur’” et une “roomeuse”’,
—Sont-ils catholiques ?
—Certainement, répondit la logeuse. Ce sont des Canadiens comme vous et moi.
Etonnement du visiteur qui avait cru qu'il s'agissait d’un Roumain et d’une Roumaine!
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Réjean livier
Ex-Libris
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à sa fille, des sorties trop fréquentes, des rentrées tardives le soir, c’est souvent l’ultimatum : — Je gagne ma vie, et je compte être libre d’agir
à ma guise. Si vous n’êtes pas contente, vous n’avez
Quand on a de telles idées sur la liberté, on ne tarde pas à en abuser, et c’est Phonneur et lPavenir compromis qui en sont de prix.
Devoirs de la logeuse (1) — Toute cette jeunesse en chambre a soif de liberté et d'indépendance et gi rien n’y met obstacle, c’est le désordre qui s’ensuit fatalement.
De !à vient pour la logeuse le devoir d’empêcher tout ce qui Pourrait causer du tort à Dieu, à la religion,
siens et Particulièrement de ceux de sa maison, il a renoncé à la foi et il est pire qu’un infidèle.” (I Tim. 8.)
Difficultés — Bien tenir une maison où on loue des chambres est une chose plus difficile qu’on ne le croit généralement, si l’on tient à faire étrictement son devoir et à tenir sa Conscience à l'abri de tout reproche,
(1) Ce mot, peu connu au Pays, sert à désigner une femme qui tient des chambres garnies (Larousse). Il est bref et plus précis que nos expressions: “Femme qui loue des chambres”, “maîtresse de maison”, etc.
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Cela est dû à la vague d’immoralité qui déferle et menace de désagréger jusqu’à ea base le 10c de nos honnêtes traditions. Le cinéma, le théâtre, la mauvaise Presse
honte au front de leur mère. Les mauvais exemples semblent venir les justifier dans leur légèreté (pour ne Pas dire plus) et à ceux qui.leur font des reproches, elles répondent étourdiment :
—Je ne suis pas pire que les autres. Tout le monde fait comme moi.
Que de fois j'ai vu des logeuses pleurer et se lamenter, la conscience en alarme. Elles étaient dans lalternative ou de mettre à la porte des concubinaires, des jeunes gens ou des jeunes filels qui avaient eu l’audace de transformer leur chambre en “chambre libre”, ou, privées du revenu de ces chambres sur lesquelles elles comptaient pour payer le loyer de leur maison, dans laffreuse nécessité d’abandonner aux doigts crochus
rt un mobilier ramassé à force de temps et d’épargne
inconvénients qui se présentent lorsque, sur le même étage et souvent dans des Chambres voisines, habitent
des jeunes gens et des jeunes filles ‘L'occasion est alors constante et souvent fatala. Elle deviendrait nulle sur ce rapport si une logeuse décidait de ne prendre chez elle que des messieurs, alors que la voisine n’accepterait que des dames ou des demoiselles, Tout le monde y gagnerait.
Par charité et pour empêcher bien des abus lamentables, une logeuse qui donne asile à des demoiselles devrait laisser à leur disposition un coin de salon pour y recevoir leur amoureux. Il est tout juste qu’une jeune fille songe à son avenir, qu’elle pense au mariage. La fréquentation devient alors nécessaire, mais où ge fera-t-elle? Dans la rue, au théâtre, au cinéma? Cela ne convient pas et le danger est trop grand. Dans la chambre de la jeune fille? Le danger et l’inconvenance sont encore plus grands. Si cependant il est tout à fait impossible pour une logeuse d'offrir à une jeune fille courtisée un coin de salon, et si cette demoiselle est obligée, a cause de ces regrettables circonstances, de recevoir dans sa chambre, il faut absolument que la porte soit grande ouverte, sur un corridor où l’on passe fréquemment et dans lequel la dame de la maison fasse de nombreuses apparitions.
Il arrive parfois qu’un monsieur et une dame désirent louer une chambre pour quelques jours, une semaine, un mois. Il faut leur demander alors :
— Etes-vous mariés ?
S’il n’y a rien de louche dans latitude, la toilette, les manières des aspirants chambreurs, ils peuvent être acceptés, non sans être soumis dans la suite à une étroite surveillance.
Mille petits détails qui peuvent paraître insignifiants indiquent souvent à une maîtresse de maison si elle a affaire à des gens honnêtes ou à des coquins masqués.
Des attentions trop délicates, une déférence exagérée, des mots trop tendres, des manières trop affectueuses peuvent être l'indice que lon héberge des
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