AU DEHORS DE LA PALESTINE
Ce n'est pas seulement à Jérusalem et dans la Palestine que les Chrétiens des premiers âges honoraient la bonne sainte Anne. Son culte se répandit bien vite hors de chez elle, à Constantinople par exemple, et dans tout l'Orient, Re- Marquons cette marche rapide et nous dirions triomphale de la dévotion. Après Jérusalem la cité sainte, la patrie de sainte Anne, (est Byzance, la cité impériale et la patrie maintenant de tous les chrétiens. Or, si là même, au com: mencement du sixième siècle, notre Sainte se fait construire un sanctuaire, c'est donc que son culte était déjà florissant.
En tout cas, tel est le fait.
pe de Césarée, historien gree de cette lointaine é ue, écrit dans ses Ed res de Justinien: “En un lieu de la Ville (de Constantinople) appelé Deutéron, l'empereur (Justinien) édia un temple magnifique et tout admirable À sainte Anne, que quelques-uns croient avoir été la mère de la mère de Dieu et l’aïeule du Christ. Dieu, en effet, par la même raison qu'il a voulu se faire homme, n’a pas récusé le troisième degré de nté, et sa généalogie, du côté maternel, se décrit comme celle des autres hommes.” pe mourut vers 565. Il parle dans son livre des monuments élevés à Constantinople par Justinien Premier ou le Grand, entre l'an 527 et l'an 560, et l'on ne s'explique pas comment un autre historien de Byzance, Codinus, ait prêté à Justinien II ou Rhinotmète, venu plus de cinquante ans plus tard, la construction
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de cette église. Comment Procope pouvait-il mentionner cet édifice s’il n'existait pas encore ? Il vaut mieux dire, et c'est d'ailleurs une autorité incontestable, celle de Benoît XIV, qui nous y invite, que Justinien IT construisit aliam aedem, “un autre temple”, “un nouveau temple”, Parce ‘que sans doute l'ancien était déjà ruiné. Comment l’était-il après moins d’un siècle ? 11 y a lieu de croire que l’auteur de cette ruine avait été Justinien I lui-même, au début de son règne. Dès lors en effet, il s'était signalé par sa tyrannie, et l’histoire garde le souvenir d'un édit par lequel il ordonnait à l’eunuque Etienne, gouverneur de Constantinople, de livrer la ville aux flammes et d'en massacrer tout le peuple en une seule nuit. Exilé pour ce fait dans la Cher-
Ce même sanctuaire fut de nouveau restauré un siècle et demi plus tard par Basile le Macédonien, comme on le voit par un texte de l’his-
On sait aujourd'hui que l’ancien Deutéron occupait la place de l’Exokionion actuel, quartier qui s'étend entre la porte de Sélymbrie et la porte Melandésie, mais, comme dit M. Mordtmann dans son Esquisse de Constantinople, “aucun vestige des nombreux sanctuaires de
cette partie de la ville n’a Pu être retrouvé, II serait difficile même de leur assigner une place hypothétique, car les indications fournies par les auteurs sont très vagues. Sainte-Anne in Deutero occupait peut-être la place de la mosquée voisine de la porte de Sélymbrie ou Sigma, où se trouvait une colonne avec la statue de Théodore II.”
Est-il bien vrai qu'on ne puisse d'aucune manière retracer la vieille église, même en fouillant sous terre, et ces fouilles, ne se trouvera-t-il jamais personne pour les faire ? Au risque de faire sourire de notre naïve ardeur, nous dirions : “Que ne sommes-nous là seulement, avec une pioche... .et la permission du Sultan, laquelle d'ailleurs pourrait s'acheter ! ”
Une grande et belle église de sainte Anne à Constantinople dès le sixième siècle, deux siècles à peine après la fondation de la ville, c’est tout un fait, et comme un triomphe Pour nous, panégyriste de la Sainte. Mais sil en existe là-même deux, trois, peut-être quatre, peut-être même cing, combien plus nous serons heureux !
Eh ! bien, encore à Constantinople même, une autre Sainte-Anne non moins célà re que la précédente, était celle des Blaquernes, Que celle-ci ait été construite, comme le veut Banduri, par la princesse Anne, femme de Léon L'Isaurien (de 717 à 741), ou comme le veut Codinus, par Théodora, mère de l'empereur Théophile, c'est-à-dire vers 825, peu importent ces divergences des historiens, et il reste que sainte Anne avait deux églises à Constantinople au neuvième siècle. A
-la seconde était annexé un monastère également Sous son vocable, et l’un et l’autre avaient été construits en témoignage de reconnaissance pour des faveurs obtenues,
A ps ces deux églises, il existera bientôt
l à noter, dans le palais même des SOuverains, à côté de la chambre à coucher de l'empereur. D'après le continuateur de Théophanes, c'est Léon le Philosophe (886 à
Et ques maintenant que Sainte-Anne Diegetea st ; inte-Anne in Custro Galatino que mentionnent encore les historiens byzantins ? Seraient-ce ur juatrième et un cinquième sanctuaire distinet tous deux des précédents, ou sim-
Ce culte rayonnera bientôt autour de la capitale et vraisemblablement dans tout l’Empire. Seulement ici, Pour revenir à une pensée d Jà à moitié exprimée, comment Compter trouver des
vième où du vingtième siècle, y verra-t-on même une simple mention de Sainte-Anne d'Auray ou de Sainte-Anne d'Apt, malgré leur célébrité d'aujourd'hui? Si donc en fouillant bien les
monuments historiques du lointain on rencontre seulement deux ou trois faits qui se rapportent à notre Sainte, on a lieu d’être fier encore, eb pour dire davantage, on a lieu d'en tirer des conclusions qui d'ailleurs s'imposent naturellement,
Çest un de ces faits à conelusions fécondes que nous trouvons dans la vie de saint Etienne le jeune, un saint du huitième siècle. Nous citons son biographe homonyme, diacre de l’église de Constantinople, dont le récit est reproduit par Baronius, les Bollandistes et Coteler :
“Saint Etienne le jeune, poursuivi par ses persécuteurs se dirigea vers 1x mer, et s'embarquant sur un vaisseau qui faisait voile, parvint à la Chersonèse Taurique, où il devait passer le temps de son exil. Là, abandonné de tous ses Compagnons, un jour qu'il parcourait ces lages ru il se Fm, nn non loin Fe la mer, en face d’un escarpement de formidable aspect, et il visite, afin de découvrir un lieu de us, tous ces précipices qui dominent les
ots.
“Conduit comme Par une main divine, il arrive en un lieu autrefois habité où se trouvait une grotte fort agréable creusée dans le roc par la nature, et qu'on appelait Cissuda. Cette grotte spacieuse était un vrai temple, un temple auguste consacré à sainte Anne, l'aïeule du Christ. Alors le bienheureux, inondé de joie, fait sa demeure de cette retraite que Dieu même semble lui avoir préparée, et se nourrit des herbes qu’il trouve aux environs.”
Baronius place ce fait à l'an 763, et ajoute que saint Etienne, ayant réuni en ce même endroit quelques-uns de ses disciples, y fonde un
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monastère, sans doute sous Je même vocable que celui de l'église où il avait trouvé son premier
filles, elle pria avec ferveur ‘sa chère patronne de lui donner un fils et “sa foi très forme ” comme s'exprime le biographe, fut bientôt ré. compensée, bn sait déjà comment. Magnifique mn. 1 de cette puissance d'intercession qui n’a attendu ni Beaupré, ni notre temps, pour s'affrmer, mais qui répandait ses bienfaits il y a déjà douze cents ans !
‘ancienne Chersonèse Taurique où aborda saint Etienne est aujourd'hui la Crimée, et un
au Mont Athos, la fameuse montagne des Moines où nous reviendrons tout à l'heure.
e Mb. 4, ile :
Pour le moment, voici encore une Sainte-Anne qui nous est chère, quoi qu'elle nous soit très peu connue, nous voulons dire géographiquement. Où en effet était-elle cette église dont il est fait mention dans les Actes de saint Dorothée le jeune? Qui nous le dira, et qui nous dira aussi quand et par qui elle avait été fondée ? Qui pourrait seulement nous dire à quelle époque vivait saint Dorothée lui-même ? Les Bollandistes ne le peuvent pas et nul peut-être ne le pourra jamais.
biographe de saint Dorothée, et aussi probablement son Contemporain, puisqu'il dit du saint “ qu’il a fleuri de son temps” (qui nostra aelate floruit) nous apprend seulement qu'il était né à Trebizonde “métropole d'unegrande nation”; que son père appartenait à la magistrature et descendait d’une famille’patricienne ;” que, enfin, la noblesse du saint allait de pair avec celle des Héraclides et des Pélopides (on remarquera cet archaïsme de style et de choses). Pourtant, malgré tant de brillantes carrières que le monde lui offrait, Dorothée embrassa la vie monastique sous la règle de saint Arsène. Or, disent encore les Actes, un jour qu'il était en voyage, “député Par son père spirituel,” 1n troisième heure étant écoulée, il entra pour prier, comme ç'était sa coutume malgré ses graves occupations, dans l’un des sanctuaires qui se trouvaient sur la route, Ce temple portait le nom de sainte Anne, aïeule du Sauveur. Il mit les genoux en terre et levant les mains, entra en extase,