‹ La bonne souffranceChapitre 12 sur 32 · AU-DESSUS DU NUAGB IO · texte numérisé non relu

AU-DESSUS DU NUAGB IO

Soudain, l'ami dont j'étais l'hôte entra dans ma chambre et me dit avec gaieté :

« Voulez- vous voir le soleil? d

Je crus d'abord à une mauvaise plaisanterie. Mais non. Rien n'était plus facile. Il n'y avait qu'à monter en voiture, à se faire conduire jusqu'à une certaine hauteur, sur le flanc du Salève, à gravir ensuite à pied quelques lacets de montagne, et l'on se trouverait au-dessus du brouillard, on verrait le soleil et le ciel bleu.

Soyons justes. Voilà un plaisir qu'on ne saurait s'offrir en plein hiver, à Paris et même à Montmartre, du haut des tours du Sacré-Cœur.

J'acceptai avec joie, vous le pensez bien, la séduisante proposition et, une demi-heure après, nous étions installés dans un landau très confortable, mais dont une buée opaque aveuglait les vitres, nous isolant ainsi du monde extérieur.

Nous roulâmes pendant assez longtemps, d'abord au trot, puis au pas, n'ayant conscience de la montée que par l'effort des chevaux, qu'on sent si bien du fond d'une voiture. Quand la

nôtre fit halte, nous mîmes pied à terre, en plein nuage.

Le froid pinçait ferme, A dix pas devant soi, l'on ne voyait rien. D'ailleurs, il fallait regarder le sol pour ne pas trébucher dans les ornières et dans la boue à demi gelée. A droite et à gauche, les troncs d'arbres se dressaient, vaguement estompés et comme enveloppés d'ouate. Quoique je fusse, en ce temps-là, un assez solide piéton — hélas! je n'en pourrais plus dire autant — l'ascension me sembla rude. On suait sous les paletots, on haletait, et nous poussions, mon compagnon et moi, par la bouche et par les narines, un triple jet de fumée, qui se dissipait aussitôt et se mêlait au brouillard. Cependant, pesant sur la canne et marchant avec lenteur du pas allongé de l'alpiniste, nous allions et nous nous élevions peu àpeu, parmi la vapeur blanche.

Enfin, elle devint moins épaisse, se colora d'une légère teinte rose, sorte de pressentiment du soleil. Le but se rapprochait. Maintenant, nous distinguions l'herbe humide des talus,

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