SAINT VINCENT DE PAUL
santé trouvent une besogne facile et gagnent leur vie.
Philanthropes contemporains, apprenez encore que Vincent de Paul alluma bien avant vous des fourneaux économiques. Et toi, Petit-Manteau-Bleu, sache que tu n'as pas été le premier à distribuer des soupes.
D'ailleurs, on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, dans les œuvres établies ou rêvées par saint Vincent de Paul, de Fardente charité qui en inspire le dessein, ou du génie pratique qui préside à leur règle.
En veut-on un exemple? S'il est un abus scan. daleux, c'est assurément l'exploitation de l'enfance, et l'on sait trop que, dans certaines industries et dans certains commerces, les apprenris et les jeunes employés, qui rendent déjà de grands services, ne reçoivent pendant plusieurs années qu'un salaire dérisoire. L'État a bien fondé, pour combattre cet abus, des écoles professionnelles; mais, sauf quelques favorisés, les enfants doivent y payer une pension.
l88 LA BONNE SOUFFRANCE
Dans les ateliers de saint Vincent de Paul, la question était fraternellement résolue. On y entretenait et on y instruisait pour rien les apprentis, à la seule condition qu'ils s'engageassent à instruire à leur tour gratuitement, quand ils sauraient leur métier, les enfants pauvres qui les remplaceraient.
Ces œuvres d'hospitalité et de travail n'ont pas survécu à leur fondateur, et la bienfaisance a attendu deux cents ans avant de les reprendre assez timidement et avec un succès médiocre. Elles n'étaient, du reste, qu'une faible partie de la prodigieuse entreprise de ce vieillard en soutane râpée et en vieux chapeau, qui passait au milieu du respect et des bénédictions de tous.
ie « bon Monsieur Vincent », si peu prestigieux d'aspect et de mœurs si rustiques, fut, en effet, pendant plus de la moitié de sa très longue existence — il mourut âgé de quatre-vingt-quatre ans — quelque chose comme le ministre toutpuissant de la charité en France. Il dépensait des millions, il construisait des édifices imposants,