‹ La bonne Ste AnneChapitre 24 sur 71 · UN PREMIER PRODIGE · texte numérisé non relu

UN PREMIER PRODIGE

Gabriel Aydoiie, riche marchand de Trapano, ami et bienfaiteur de notre Couvent, avait puisé dans ses pieux entretiens avec le Frère Innocent, une grande aflfecflion envers la Bonne sainte Anne. Se rendant tm jour, pour affaires urgentes, de Sicile à la grande île de Sar daigne, il se recommande, à son départ, avec grande ferveur, à sa Pati-onne, et il s'embarque ensuite avec confiance sur un nouveau et très- solide navire. A peine arrivé à l'île d'Hiéram, vulgairement appelée Marêtamo, il lève les yeux au ciel, et voit comme un triple nuage qui menace d'une tempête imminente. Toutefois, comme le vent est favorable, il exhorte le pilote à poursuivre sa route. Mais ils ne sont pas encore arrivés vers la moitié de la mer de Sardeï à la côte occidentale de Sardaigne, qu'un vent contraire se lève et souffle avec tant de violence que les voiles se déchirent et les antennes se brisent.

I^e riche et pieux marchand, voyant le danger, exhorte tout l'équipage à invoquer avec confiance sa grande Patronne, la bonne sainte Anne. Les pauvres matelots désespérés, hors d'eux-mêmes, ne répondent pas à cette confiante invitation. Pauvres gens, hélas ! nous les connaissons si bien. Ceux-ci ressemblaient à quelques-uns des nôtres que nous avons connus : chose triste à dire, et

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dont le vSouvenir seul fait frissonner d'horreur. Habitués aux mauvaises paroles, aux sacres^ aux blasphèmes, au moment du péril, au lieu de prier et de se confier en Dieu et dans vSes Saints, ils sacrent et blasphèment encore davantage. C'est ainsi, il y a deux ans, qu'un homme à la drave, est allé, en proférant d'horribles blasphèmes, se briser la tète siir un rocher, en présence de ses compagnons épouvantés. Nos malheureux Siciliens firent de même. Au lieu d'invoquer la bonne sainte Anne, ils répondirent par un blasphème : '* Laissez-nous donc ! c'est bien le moment de faire les bigots : nous avons autre chose à faire que de dire des Ave Maria à sainte Anne . . . nous cherchons une direélion pour nous jeter à la nage et sauver notre peau!. ..." Le pieux Gabriel, lui, se recommandait, et avec ardeur, à la bonne, à la douce, à la miséricordieuse sainte Anne ! Le navire frémit, vire sur lui-même, et descend en tournoyant, avec tous les matelots blasphémateurs, au fond de la mer ! . . . . Gabriel seul surnage, et lutte contre les flots. Il ne se décourage pas : sa confiance sans bornes en la proteélion de la bonne sainte du Frère Innocent, le soutient à la surface des vagues. Pendant qu'il flotte ainsi suspendu au-dessus des abîmes d'une mer en furie, il voit très-clairement la douce image de la. bonne sainte Anne venir à lui s' avançant majestueusement sur la cime des ondes écumantes, et il l'entend très-distinctement lui dire : "Gabriel, ne craignez pas : ayez confiance. C'est moi : je viens pour vous sauver du naufrage." Cela dit, elle le prend par le bras gauche, le prom.ène tranquillement sur les eaux

agitées, comme sur un immobile tapis de verdure. Arrivés près du rivage, elle le dépose doucement à terre, et disparaît.

A son retour à Trapano, Gabriel raconta ce miracle, avec grande émotion, et en versant beaucoup de larmes, ce qui augmenta considérablement dans le cœur de ses concitoyens, la dévotion à la Bonne sainte Anne.

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