INSOLENTS
Une jeune et noble Matrone, dans un court espace de temps, perdit successivement deux maris. Sur le désir de ses parents, elle en prit un troisième qui mourut à son tour, la deuxième année de leur mariage. Instruite ainsi à cette rude école de l'adversité, cette jeune femme infortunée résolut de rester veuve, et se mit à mener une vie toute de recueillement et de prière, sous le puissant Patronage de la Bonne sainte Anne. Cette détermination irrita profondément la jalousie du démon : cet ennemi de tout bien alluma dans le cœur d'un jeune homme un amour passionné pour la jeune veuve : démarches, promesses, sollicitations par lui-même et par ses amis, tout fut employé, mais en vain, pour la faire consentir à un quatrième mariage.
Le démon lui inspira alors un expédient perfide. Ce jeune homme, au cœur pervers, s'associa quatre autres jeunes hommes plus méchants que lui ; et tous les cinq se mirent en embUvScade, dans un passage étroit, où la jeune
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veuve devait passer de grand matin pour se rendre à l'église. Cette dernière ignorait entièrement cet affreux complot. Le matin venu, elle se rendit donc tranquillement à l'église, selon son habitude. Lorsque les cinq traîtres la virent près d'eux, ils se jetèrent sur elle, comme des loups ravissants et essayèrent de l'entraîner avec violence. La jeune veuve, éperdue, se souvint de sa grande Proteélrice, et se mit à crier de toutes ses forces : '* Au secours, ô sainte Anne, Mère très-puissante ! vite arrachez-moi aux mains de ces misérables." A peine a-t-elle prononcé ces brièves paroles, que sainte Anne se trouve présente, plus brillante que le soleil, accompagnée de nombreux combattants : elle jette un regard terrible sur ces cinq misérables qui, saisis d'épouvante, courent comme des insensés par les rues de la ville, et à travers les places publiques. La police avertie les arrête, et chargés de chaînes, comme des criminels, les jette en prison. C'est ainsi que, par une punition du Très-Haut, ceux qui voulaient ravir une femme innocente furent eux-mêmes enchaînés comme de vils malfaiteurs. Cependant la pieuse veuve qui n' avait vu personne auprès d'elle se demandait, avec étonnement, quelle pouvait avoir été la cause de la course furibonde de ces cinq impudents : car, elle, n'avait vu ni lumière, ni cavaliers. La nuit suivante, sainte Anne lui apparut durant son sommeil, dans la même splendeur que la veille, sur le chemin de l'église, et la réveillant, elle lui dit : Me reconnaissez- vous, ma fille ? Je suis Anne qui vous aime et vous protège : c'est moi qui
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VOUS ai arraclicc hier des mains de \'os ravisseurs et qui les ai jetés dans les fers. Dignes du dernier supplice, ils attendent maintenant avec effroi leur sentence de mort. Demain matin, le Juge doit vous envoyer ici ses Assesseurs, pour vous inviter à déposer votre plainte contre les coupables. Vous, ma fille, n'allez point rendre le mal pour le mal ; mais travaillez à obtenir leur élargissement : que si le Juge ne voulait point vous entendre, vous lui direz alors de ma part qu'il se garde de toucher à mes serviteurs, à ceux que je compte déjà comme mes prochains amis et qui doivent ensuite publier à jamais mes louanges! Que la justice humaine ne condamne pas au supplice ceux que la Miséricorde divine se dispose à absoudre." Cela dit, la vision disparut. Le jour venu, tout se passa conformément aux instructions de notre grande Thaumaturge. Les coupables furent absous. Mais eux, par l'intercession de sainte Anne, le cœur contrit et humilié, dirent tous les cinq un éternel adieu au monde. Ils embrassèrent la vie monastique, se livrèrent aux pratiques d'une austère pénitence, pour l'expiation des égarements du passé, se firent les dévoués panégyristes de leur illustre Bienfaitrice et finalement s'endormirent tranquilles dans la paix du Seigneur. — - Dieu est donc toujours admirable dans ses Saints ! mais il l'est d'une manière merveilleuse dans Celle que notre cœur ému proclamera partout : la grande et Bonne sainte Anne !
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UN CHEVAIvIER DE FLANDRE ET LA FÊTE DE SAINTE ANNE.
Autrefois, au fertile et verdoyant pays de Flandre, vivait un Chevalier, dont la vertu égalait la haute noblesse. Ce Chevalier avait une égale dévotion à l'Immaculée Vierge Marie et à sa Mère, la glorieuse sainte Anne. Il avait fait bâtir en leur honneur un temple somptueux, dans lequel il avait fait placer deux autels. A l'un deux, il avait posé une belle statue de la sainte Vierge et à l'autre, une même statue de la Bonne sainte Anne. Tous les jours, deux prêtres devaient y célébrer la sainte Messe ; et tous les ans, le 26 juillet, on y faisait la Fête de sainte Anne et le 8 septembre, celle de la Nativité de la sainte Vierge avec grande solennité.
Or, il arriva que les revenus du pieux Chevalier, par une permission de la divine Providence, diminuant de jour en jour, ne suffirent plus à tous les frais du culte. Il se trouva réduit à ne pouvoir plus faire qu'une seule solennité chaque année, et finalement, à sa grande douleur, il ne put plus solenniser ni l'une ni l'autre.
Un jour, il s'affligeait outre mesure, dans son château, et s'excusait tour à tour, devant la sainte Vierge et devant sainte Anne, de ce que ses moyens ne lui permet-
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talent plus de célébrer leur Fête, comme il le faisait naguère : on était à la veille du 26 juillet : le pieux Chevalier, dans son afflicftion, supplia sainte Anne de venir à son secours. 'Pendant qu'il lui adressait cette prière, on frappa à la porte et il entendit une douce voix qui l'appelait. Il courut ouvrir avec empressement, et vit devant lui une Dame au port majestueux et le visage resplendissant ; elle lui dit : " Paix à toi, noble Chevalier, et sois heureux ! Voici cinquante écus pour célébrer la Fête." Cela dit, la vision disparut. Cette céleste apparition fit tant d'impression sur son âme et sur tous ses sens qu'il tomba sans connaissance, évanoui. Cependant, revenant insensiblement à lui-même, il put se rappeler clairement les paroles de l'apparition, mais il n'en saisit point le sens. De là de nouvelles anxiétés. Il ne savait si cet argent qu'il reçut réellement était pour la Fête de sainte Anne qui était proche, ou bien pour celle de la Nativité, au 8 septembre. Tout autre que lui aurait, ce semble, décidé la question sans hésiter. Mais le Chevalier était trop ému, et son émotion l'empêchant de juger sainement le rendit anxieux. Enfin, après une longue hésitation, voici ce qu'il fit : d'un côté, les cinquante écus étaient insuffisants, selon lui, pour la double solennité, et de 1* autre, ne sachant laquelle des deux devait avoir la préférence, il prit deux cierges ; il en plaça un à l'autel de la sainte Vierge et l'autre à l'autel de sainte Anne ; il les alluma tous les deux en même temps et il se dit en lui-même : "Je célébrerai la Fête de Celle dont le cierge brûlera plus longtemps. ' '
Cela fait, le Chevalier retourna au château, pour expédier des affaires qui lui prirent un temps assez considérable. Il retourna ensuite à l'église pour examiner les cierges qu'il y avait allumés. Celui de la sainte Vierge était entièrement consumé, tandis que celui de sainte Anne était resté tout entier et brûlait comme vSi quelqu'un venait fraîchement de l'allumer. Ce prodige dissipa toute incertitude et le pieux serviteur de sainte Anne comprit que l'humble Vierge Marie avait pour extrêmement agréable qu'il donnât la préférence à sa glorieuse Mère, la Bonne sainte Anne.
Et vous aussi, ami Lecteur, apprenez par l'exemple de ce pieux Chevalier que celui qui honore la Mère, honore la Fille, et que tout ce que vous ferez pour glorifier la Bonne sainte Anne sera très-agréable à la Vierge Marie, comme à son divin Fils à qui soient honneur et gloire dans tous les siècles des siècles.