XIX. — ANCIENNE CHAPELLE
( Sanctuaire de Sain te- Anne d'Auray ).
ainsi de la nouvelle. Il valait donc mieux se contenter d'honorer la Sainte aux autels déjà dédiés sous son invocation.
Cette décision sévère fit d'autant plus de peine à Nicolazic qu'il avait plus compté sur l'appui des PP. Capucins. En retournant à Keranna, il ne put se défendre de pleurer. Néanmoins, sa confiance ne fut pas ébranlée. Sûr, après tout, de sa bonne Maîtresse, il dit à Lézulit, en le quittant, que le jour de la découverte approchait, et qu'au premier signe, il irait l'appeler pour le rendre témoin du prodige.
Le lendemain, au soir, Nicolazic venait de se mettre au lit et d'éteindre sa lumière ; ses domestiques veillaient encore et s'entretenaient dans la chambre voisine, quand tout à coup le mystérieux flambeau reparaît en jetant un grand éclat. Sainte Anne se montre aussitôt, et d'une voix plus douce, plus engageante qu'à l'ordinaire, elle avertit Nicolazic de se lever et de se rendre au Bocenno, à l'endroit que lui indiquerait la lumière, lui promettant qu' il y trouverait la statue promise, dont la découverte serait une preuve palpable de la vérité de ses révélations.
La Sainte disparaît ; mais le flambeau reste, et l'on peut concevoir avec quelle hâte et quelle joie Nicolazic se lève. Au moment où il se dirige du côté de la porte, le flambeau le devance. Il suivait depuis quelque temps ce
«fuide mystérieux, lorsqu'il se souvient des témoins qu'il •devait prendre. Il court chez eux. Son beau-frère Le Roux veillait encore : les autres, Julien L,ézulit, autrement dit Alauigo, Jean Tanguy et Jacques Lucas, sont bientôt prêts. François Le Bloënec se réunit un peu plus tard à eux, soit qu'un des derniers l'eût averti, soit que le bruit de leur marche eût piqué sa curiosité.
Arrivé près de la grange, Nicolazic pousse un cri de joie en retrouvant le flambeau qui s'était arrêté pendant son absence. Le Roux et ses compagnons l'aperçoivent également, à mesure qu'ils sortent du chemin couvert, à l'exception toutefois de deux d'entre eux qui, au grand étonnement des autres, restèrent jusqu'à la fin privés de cette faveur. L'un et l'autre sans être scandaleux dans leur conduite, avaient des reproches graves à se faire devant Dieu et ne s'étaient pas même approchés du tribunal de la pénitence à la Pâque précédente. De vifs remords les forcèrent de convenir dès lors que cette privation pouvait être un châtiment du mauvais état de leur conscience. Le pécheur obstiné a-t-il droit de s'attendre aux faveurs spirituelles des amis de Dieu ?
Cependant le flambeau qui le guidait s'avançait à trente pas environ au-devant d'eux, élevé à trois pieds de terre. Sa flamme immobile divergeait en gerbes rayonnantes et éclairait un grand espace. Parvenu au-dessus de l'emplacement de la chapelle, il s'arrête; puis, s'élevant et s' abaissant par trois fois, il semble s'enfouir dans la terre.
SES SAXCTUAIRHS
Les quatre témoins privilégiés fixaient d'un regard immobile l'endroit si bien désigné. Une fraîche verdure le couvrait aussi bien que le reste du champ. Nicolazic l'indique de la main à son beau- frère, et Le Roux se met à creuser avec sa tranche. Au bout de quelques moments, il annonce qu'il vient de rencontrer du bois ! Nul doute que ce ne soit la Statue, objet de tous les vœux. Saisis d'un religieux respect, ils veulent, avant de continuer la fouille, allumer, en signe d'honneur, un cierge bénit. Cela fait, ils retirent avec soin la sainte image. Elle est tellement couverte de terre et rongée de vétusté, qu'il était difficile d'y reconnaître une forme. On la dépose sur le gazon de la haie voisine, et chacun retourne au village en bénissant Dieu, pour prendre quelque repos pendant le reste de la nuit.
L'aurore du lendemain les retrouva tous dans le champ avec la plupart des voisins, également curieux de voir et d'examiner l'image miraculeuse. Elle portait encore quelques vieilles traces de couleur, et laissait paraître des traits défigurés qui pouvaient aider à faire connaître une antique statue de sainte Anne. Ce fut alors que prosternés autour d'elle, tous ensemble et les premiers depuis tant de siècles d'oubli, ils invoquèrent avec une confiance sans bornes, la glorieuse Sainte qui semblait se donner à ~^£ux avec son image (0-"
( i) Pèlerinage de Sainte-Aune d' Auray, par le P. Arthur Martia.
Les Pèlerins ne tardèrent pas à accourir en foule, et le- Seigneur pour recompenser leur confiance et leur amour envers la Bonne sainte Anne, commença à opérer, par sa puissante intercession de nombreux et grands miracles. Le 25 juillet de cette même année 1625, au milieu d'un concours de plus de trente mille Pèlerins, eut lieu la pose de la première pierre de la chapelle, à côté de laquelle fut construit un monastère que les Pères Carmes Déchaussés occupèrent jusqu'à la grande révolution. Voici une courte statistique des miracles opérés à Auray et juridiquement constatés, vingt ans seulement après l'invention de la Statue. Elle est donnée par un Religieux du même Ordre (^), qui s'exprime ainsi: "On pourrait apporter en témoignage de la protection de la Sainte un grand nombre de miracles éclatants extraits de livres déjà publiés, et de registres où l'on a consigné les faits les plus saillants et les plus extraordinaires, comme aussi de procès-verbaux isolés et des autres instruments publiés.
Dans ce nombre figurent :
La résurrection de douze morts !
La guérison de soixante malades arrachés à un danger- Imminent ;
La vue rendue à neuf aveugles ;
L'ouie accordée à dix sourds ;
(i) Le Père Jean Thomas de Saint-Cyrille.
L'innocence miraculeusement reconnue de plusieurs accusés ;
Des paralytiques, au nombre de trente-six, qui ont retrouvé l'usage de tous leurs membres ;
La parfaite guérison de treize incurables ;
Trente-trois naufragés échappés à une mort prochaine ;
Trente-cinq autres qui, sans sa miséricordieuse intervention, auraient trouvé un trépas inévitable au fond des étangs, des rivières et des fleuves ;
Treize captifs délivrés de la servitude des Turcs ;
Plusieturs centaines de personnes, de tout âge et de toute condition, délivrées de divers périls de mort, en. guéries d'une multitude d'infirmités ;
Enfin un grand nombre de malheureux frappés par la Justice divine, pour avoir parlé avec mépris de la dévotion à cette charitable Mère ! ' '
Les Religieux furent chassés en 1792, leur couvent et l'église vendus, l'image fut brisée et brûlée, un seul morceau de la figure échappa à la destruction. L'église et le couvent rachetés en 18 15, furent confiés aux Pères Jésuites qui y établirent un petit séminaire. Ils eîi furent exptdsés en 1828.
Depuis cette époque, la maison de Sainte Anne n'a pas changé de destination, elle est encore l'école ecclésiasti-
Kagya.r.rjKi'rtr.; j
que du diocèse de Vannes, et la dévotion attire toujours dans son église de nombreux Pèlerins (^).
Une intéressante Relation publiée dans les Annales, en. r année 1883 (^), et dont nous donnons ici un large extrait, montre, en effet, que les religieuses populations de la Bretagne n'oublient pas leur cher Sanctuaire, élevé sur les ruines du Bocenno, et que la dévotion à la Bonne sainte Anne est restée la dévotion par excellence des- Bretons.
**.... Voici l'heure des premières vêpres de sainte- Anne, car la Fête commence avec le jour ecclésiastique, c'est-à-dire à midi, la veille. Après vêpres, la procession, s'organise et défile solennellement au chant des cantiques.. La statue de sainte Anne est descendue de sa niche et placée sous une coupole élégante et richement dorée, fardeau béni que des acolytes portent sur leurs épaules. La procession se dirige avec bannières déployées, en face de la Basilique, vers le Bocenno. Vous vous rappelez, M. le Gérant, qu'on nomme ainsi le champ où les bons payiians de Ker-Anna, l'ancien bourg de Sainte- Anne, ne pouvaient en labourant, parvenir à maîtriser leurs bœufs. Quand ces pauvres bêtes approchaient de l'endroit où plus tard le pieux Yves Nicolazic découvrit la statue de sainte Anne, elles devenaient furieuses. C'est là aussi
(i) Petits Boîl. . . 26 juillet.
(2) Voir cette Relation tout au long daus le N° de septembre 1883, des Annales de la Bonne sainte Anne de Beaupré.
que Nicolazic fut favorisé de plusieurs apparitions de sainte Anne. Le champ est soigneusement enclos. A l'extrémité, on a dressé une Scala Sanda, ou Saint Escalier, à l'image de celui qui existe à Rome, c'est-a-dire de l'escalier du Prétoire où monta Jésus. C'est vers la Scala Sayida que se dirige la procession. Après le chant d'un beau cantique composé par Sa Grandeur Monseigneur Becel, à l'occasion d'un pèlerinage accompli le 17 juin de cette année, un prêtre gravit les marches de la Scala et de cette éminence, d'où il domine tout son vaste auditoire, il prononce un sermon touchant sur sainte Anne et la piété que lui doivent surtout les Bretons, enfants privilégiés de cette Mère incomparable. Puis a lieu la bénédiction solennelle du Saint Sacrement. La procession retourne à la basilique dans le même ordre, et les fidèles se dispersent, les uns pour retourner dans leurs foyers (car pour un grand nombre la Fête et le Pèlerinage sont terminés) , les autres pour prendre leur repas du soir. La cuisine se fait en plein air, le feu pétille sous la marmite, et l'on mange avec appétit le pain si bien gagné. Mais n'allez pas croire qu'il est temps de se coucher, quoique le soleil en ait déjà depuis quelque temps donné l'exemple. Non, les portes de la Basilique restent ouvertes toute la sainte nuit, et je dis sainte sans équivoque. Le Sanéluaire est littéralement rempli de fidèles dont plusieurs ne le quitteront que demain. Ce sont les paysans qui l'emportent en nombre, mais il y a aussi des personnes de condition, quoique les pèlerinages de la noblesse n'aient lieu que plus tard. Il y a aussi desmili-
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taires, des marins qui viennent remercier leur Mère ou se recommander à elle avant de partir pour l'expédition du Tonkin. Ces braves marins me rappellent avec bonheur que se sont leurs ancêtres, marins comme eux, qui ont planté sur les bords de notre grand fleuve, la première chapelle à sainte Anne, ce grain de sénevé devenu aujourd'hui le Sanéluaire et le lieu de Pèlerinages si populaires de Beaupré. Il y a aussi des religieuses et des prêtres surtout plus que je ne puis en compter. Demain, les messes doivent commencer aux treize autels de la Basilique, à 4 heures du matin, et il y en aura jusqu'à 10 ou 1 1 heures. Tout autour de la Basilique sont rangés des confessionnaux. On y confesse toute la nuit. Des groupes de pèlerins récitent à haute voix le chapelet ou chantent des cantiques à sainte Anne dans la langue du pays. Mais c'est autour de la statue de sainte Anne que l'affluence est la plus grande. Cette statue, couronnée solennellement par Mgr Becel, au nom de Sa Sainteté Pie IX le 30 septembre 1868 (O, n'est pas la statue miraculeuse découverte par Nicolazic.
(i) Cette solennité se fit au milieu d'un concours extraordinaire, et avec une pompe qu'il serait difficile de décrire. Au-delà de soixante mille Pèlerins accourus de tous côtés, vinrent prendre part à l'enthousiasme, au triomphe et au couronnement de Celle qui semble compatir à toutes nos souffrances, physiques et morales.
La marine, l'armée, la magistrature, le corps législatif, les amiraux, les généraux, les commandants, etc., tous voulurent figurer à cette Fête mémorable, et témoigner leur confiance et leur respect à sain*e Anne.
Quant la nuit vint terminer ce jour de l-^ête, on le couronna par
SES SANCTUAIRKS 319
Cette dernière, comme vous le savez, a été brûlée par les révolutionnaires, après avoir été tenue cachée par de bonnes gens pendant plus d'un an. On en sauva cependant une partie considérable, presque toute la tête, relique précieuse et doublement vénérable que l'on conserve dans une verrière à la base de la nouvelle statue. C'est là qu'elle est exposée aux regards et à la dévotion des fidèles. Deux prêtres s'y tiennent constamment pour y appliquer les chapelets, médailles et autres objets de piété. lya relique de sainte Anne est exposée en avant de la statue. Tout le monde y a accès, et on la vénère en la baisant, puis en y appliquant chaque joue, comme jDOur lui donner une double marque de vénération. Devant l'autel de sainte Anne brûlent d'innombrables cierges. J'ai eu la consolation d'en faire allumer un aux intentions pour lesquelles j'ai offert le lendemain le saint sacrifice de la messe et que je vous indiquerai plus loin, pour l'intérêt de vos I^edleurs.
Tout autour des murs de la chapelle de sainte Anne, sont appliquées des tablettes de marbre qui racontent en quelques mots la reconnaissance de leurs donateurs. Il y SL aussi toute une galerie de peintures qui redisent éloquemment la grandeur et la bonté de la Sainte. Ici,
un feu d'artifice dont les splendeurs ont émerveillé tout le monde. Deux pièces représentant sainte Anne couronnée par Pie IX, et la sainte Vierge écrasant un serpent qui se tordait sous ses pieds, ont produit un effet indescriptible. — (Annales de la Bonne sainte Anne de Beaupré, Mai 1874).
c'est une tempête effroyable qui menace la vie de tout un équipage et dont sainte Anne le préserve ; là, le retour à la vie d'un enfant retiré d'un puits après une lorgue immersion ; plus loin, les élèves du petit séminaire de Sainte- Anne, allant en procession remercier leur Sainte deles avoir délivrés d'une maladie contagieuse. Mais quel est donc ce précieux tableau qui accuse le pinceau d'un, artiste ? C'est une mère fiévreusement penchée sur le berceau de son enfant. Celui-ci, ou le dirait déjà mort, tant il est pâle et amaigri. I,a mère supplie, les mains jointes, sainte Anne de lui laisser son bonheur. Sainte Anne lui apparaît, sa prière est exaucée, son enfant vit et respire.
Cependant, il me semblait qu'une chose manquait à cette brillante épopée des hauts faits de la bonne Sainte : je ne voyais nulle part ce trophée de béquilles qui orne si bien le sanéluaire de Beaupré. A peine y rencontre-t-on quelques paires de béquilles isolées à côté des autels. Curieux d'en savoir la raison, je m'adresse à l'un des vicaires. Ah ! dit-il, M. l'Abbé, ne vous étonnez pas de cette disette de béquilles. Elle est encore plus éloquente que l'abondance. Il n'y a pas moyen d'en faire un monument. Les boiteux qui veulent être guéris viennent nous demander les béquilles de ceux qui l'ont été, et ne nous en laissent presque pas. La paire que vous voyez là nous a été apportée dimanche dernier par une jeune fille percluse depuis trois ans, et qui n'en a plus besoin pour marcher. Bientôt on viendra nous les^ demander, et nous nous garderons bien de refuser.
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J'aurais pu longtemps encore prier et admirer dans cette Basilique, témoin de tant de merveilles de la grâce divine et de tant d'a(5les de sainteté connus de Dieu seul et de ses anges. Mais je voulais réserver un peu d'adlivité pour les solennités du lendemain, et je me rendis à l'hôtel de Sainte- Anne. Il était onze heures lorsque je me couchai. Quant à dormir, je ne saurais dire au juste si j'y réussis. Toute la nuit, j'entendis un bruit confus d'allées et de venues, de cantiques, de sons de flûte, de pluie et de sabots qui clapotaient dans la boue du chemin. A trois heures et demie, j'étais debout. De ma fenêtre je pouvais entendre la messe de quatre heures, qui se dit tous les ans à la Scala Sanda^ mais elle n*eut pas lieu à cause de la pluie. A 4 heures et demie, j'eus moi-même le bonheur de monter à l'autel. Dans ce vénérable Sanctuaire, je sentis renaître un peu de cette ferveur de néophyte qui m'enivrait à la célébration de ma première messe. Aussi voulus-je profiter de ce souffle bienfaisant du Saint Ksprit pour penser à tout ce qui m'est cher. Je priai donc pour la conservation de la foi chez notre peuple canadien, je priai pour le collège de Lévis et mes chers confrères, pour les abonnés et lecteurs des Annales, je priai pour ma famille et mes amis, sans m' oublier moimême, qui ai tant besoin d'être protégé et soutenu (0-"
(i) Mgr l'Archevêque de Rennes posa la première pierre liturgique de l'éghse actuelle, le 4 septembre 1866. La statue miraculeuse de sainte Anne et celle de la Sainte Vierge, furent couronnées, comme il a été dit plus haut, le 30 septembre 1868, et la belle église, " riche de toutes les splendeurs de l'art chrétien," et déco-
Le Sanctuaire de Sainte- Anne d'Auray conserve la dépouille mortelle du bon Nicolazic qui a joué un rôle si important dans l'histoire de sa fondation. L<e P. Arthur Martin qui nous en a donné déjà l'édifiant portrait dans le récit' des merveilleux événements rapportés plus haut, nous raconte ainsi le reste de sa vie et sa pieuse mort.
" Nicolazic prouva par sa piété, jusqu'à la fin de sa vie, qu'il n'avait pas été indigne des hautes faveurs du ciel. Les événements ne changèrent rien à la simplicité de ses habitudes ; et, loin de se laisser éblouir par l'espèce d'éclat qui l'entourait à Sainte- Anne, où les pèlerins, surtout les plus distingués, se montraient empressés de le voir et de l'entendre, jamais, au contraire, il n'éprouva plus d'attrait qu'alors pour la tranquillité d'une vie inconnue du monde. Ce fut, en effet, le seul désir de se sous-
rée par le Souverain Pontife, du titre de Basilique mineure (22 mai 1874) fut consacrée solennellement le 8 août 1877. [Sainte- Anne d'Auray. Abbeville-in-8°).
— La Basilique est une croix latine, en style de la Renaissance. Ses trois nefs sont vastes et bien proportionnées. Les colonnes sont massives, mais régulières : le pavé de la Basilique est eu granit, comme les colonnes. Ce beau monument s'élève dans ure cour rectangulaire, longue de 260 pieds, large de 220, dont les flancs autrefois dessinés par des galeries où s'abritaient les pèlerins, sont occupés aujourd'hui, par des habitations, à l'Ouest et au Sud. En suivant la rue des Merciers, on arrive sur la route d'Auray. A droite, se trouve la fontaine consacrée par la première apparition de sainte Anne à Nicolazic ; à gauche, le champ de l'Epine où se dresse, dans le fond, la Scala Sanda. Un rescrit de Pie IX, en date du 14 mai 1870, accorde à la Scala Sofida, de Sainte-Anne d'Auray, les mêmes indulgences qu'à celle de Rome. {La Patronne de la Bretagne. . . par Jules Delmas).
traire à ces marques de considération qui l'engagea à quitter le voisinage du couvent, malgré les offres obligeantes et les pressantes sollicitations des Carmes, pour se retirer dans une petite métairie qu'il possédait à Pluneret. lyà ses jours se passaient, comme autrefois, partagés entre la prière et le travail des champs : seulement de temps à autre, il allait visiter sa bonne Maîtresse. Les religieux lui tenaient une cellule réservée et le traitaient en toutes choses comme un membre de leur famille.
Aussitôt qu'ils le surent frappé de la maladie qui l'enleva en six jours, ils le firent transporter sur un brancard dans leur infirmerie. L<à, il reçut leurs soins assidus avec une reconnaissance qui s'exprimait souvent par des larmes. I<a prière favorite qu'il répétait à tout instant dans ses douleurs, était celle du Sauveur au jardin des Olives : Mon Dieu^ que votre volonté scit faite. Ayant reçu les derniers sacrements avec de grands sentiments de piélé, il parut entrer en agonie. Son confesseur lui suggérait les derniers aéles du chrétien et n'attendait plus que son dernier soupir, quand tout à coup l'on voit son visage, à moitié glacé par la mort, rayonner d'une sainte joie. Ses yeux se fixaient devant son lit et paraissaient ravis du plus doux spectacle. . . . On le presse de parler, de dire ce qu'il regarde : Voici la Sainte Vierge, répond- il, et Madame sainte Anne, ma bonne Maîtresse.
I^e confesseur eut alors la pensée d'ajouter une nouvelle garantie à la certitude où l'on était déjà de ses révéla-
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lions. Il court à l'église et porte avec respect, auprès du mouraut, la statue miraculeuse : Eh bien, mon frère, lui dit-il, en la lui montrant, sur le point de paraître devant Dieu, êtes- vous prêt à confirmer tout ce que vous avez tant de fois déclaré ? — Oui, répartit Nicolazic. — Et maintenant, ne sentez- vous pas envers sainte Anne la confiance que vous avez toujours témoignée, et n'êtesvous pas bien aise de mourir aux pieds de son image, en reconnaissance des grâces qu'elle vous a obtenues pendant la vie ? — Oui, répondit-il encore. Ee Père, ajoutant que le moment était venu, lui dit de baiser les pieds de la statue de la Sainte, en témoignage de sa confiance. Il obéit avec des marques sensibles de dévotion, et au même instant il rendit son âme à Dieu. Sa mort arriva le 13 mai 1645, vers midi, à l'âge de 63 ans, vingt ans après la découverte du Bocenno. Il fut enseveli avec la solennité d'usage à l'égard des religieux, devant le pilier qui sépare la chapelle de la Sainte Vierge de celle de sainte Anne, à peu près dans l'endroit où fut trouvée l'image (0-"
(i) "Pendant que Nicolazic terminait sa vie tranquille dans la pratique de la vertu, un gentilhomme du voisinage étonnait le pays par l'austérité de sa pénitence, après l'avoir scandalisé par l'éclat de sesdérèglemeuts. ... M. de Kériolet, l'illustre pénitent, mourut à Sainte-Aune d'Aurayle 8 octobre 1660. — Dans la nouvelle Basilique on remarque deux petites chapelles qui se trouvent à l'entrée de l'église. La première est dé;liée à saint Ives, patron de Nicolazic, et la seconde à saint Pierre, patron de Kériolet. Les restes de ces deux grands serviteurs de sainte Anne sont religieusement conservés dans deux petits caveaux pratiqués sous le palier des autels (Sainte- An ne d'Auray. . . . ).