DE SAINTE ANNE
( Sanctuaire de Sainte-Anne d'Auray. )
gueur l'Archevêque de Québec, aujourd'hui Son Eniinence le cardinal Taschereau, et de tous ses suffragants ; grâce au dévouement et au zèle du clergé canadien non seulement à conseiller les pèlerinages individuels mais à organiser des pèlerinages de paroisses ou de confréries ; grâce aussi à la publication et à la diffusion promptemcnt fort étendue des Annales de la Bonne sainte Anne ( ^) qui, à dater de 1873, allèrent parler, chaque mois, à tant de familles, de la bonté, de la puissance et des faveurs si nombreuses de la grande Proteélrice du Canada, l'élan des populations vers le san(5luaire de Beaupré se produisit avec un entrain plus ardent et plus universel.
I^' ancienne église ne pouvait plus sufi&re et menaçait ruine. Il fut décidé qu'on en construirait une nouvelle sur un plan et avec des dimensions qui répondissent mieux aux nécessités plus multipliées des pèlerinages, et en fissent comme un monument public et permanent de la dévotion reconnaissante du peuple canadien envers la Bonne sainte Anne.
Par un mandement colleélif du 12 mai 1872, Monseigneur l'Archevêque et les évêques de la Province de Québec invitèrent les fidèles de tous les diocèses à contribuer, par leurs offrandes, à la construélion de ce nouveau san(5luaire. Les sommes recueillies furent considérables
(i ) Les Annales comptèrent enze mille Abonnés dès cette i^e année 1873 !
d'un bout à l'autre du payvS. L'églivSe fut solennellement bénite et livrée au culte le 1 7 octobre 1876. Cependant, tlle était loin d'être achevée car il n'y avait guère encore ^ue les quatre murs et le toit. Depuis 1880, on a construit les bas-côtés, sous forme de chapelles latérales. Ces. chapelles sont au nombre de 16, toutes bien décorées et munies d'autels et de confessionnaux. Peu après, l'édifice fut allongé de 60 pieds et la façade surmontée de deux iours entre lesquelles s'élève une grande statue de la Bonne sainte Anne. C'est encore depuis ce temps que la sacristie fut notablement agrandie et que l'ancienne chapelle s'est vu rendre son vieil ameublement ainsi que son antique maître-autel. Du reste, l'immense carré servant aux processions des pèlerinages et qui s'étend devant l'église, la décoration, les riches autels, les ornements, la statue avec sa précieuse couronne d'or massif sont autant de travaux accomplis depuis 1880, et l'on peut dire que maintenant sainte Anne possède à Beaupré un des plus beaux temples du Canada. ly' église est en style corinthien, elle est longue de 200 pieds sur 100 de large. Elle a été consacrée avec grande pompe, le 16 mai 1889, par Son Emimence le cardinal Taschereau, en présence de 10 évêques et d'un nombreux clergé. Elle est desservie depuis 1878 par les Pères Rédemptoristes.
Les Pèlerinages. — Pour donner une idée du mouvement et du progrès des pèlerinages à Sainte- Anne de Beaupré, r.ous grou[)erons ci- après quelques chiffres quf.
en diront plus que toute parole. Comme il y a moins de renseignements positifs sur les années qui précèdent, nous commençons par 1874.
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Quant on parcourt la liste des pèlerinages organisés on est frappé et fort édifié d'en voir un bon nombre qui ne
(i) Nous complétons ce beau mouvement des Pèlerinages jusqu'à la présente année 1896, exclusivement.
346 LA BONNR STB ANNE
peuvent s'effectuer qu'au prix de fort pénibles sacrifices. Ils viennent de si loin, même des Etats-Unis ! ( ^ ) C'est une grande dépense d'argent et de fatigue. Ces courageux pèlerins passent la plupart des heures du jour et de la nuit en exercices de piété, dans les bateaux ou dans les voitures du chemin de fer. De temps en temps des retards leur sont imposés qui les empêchent d'arriver
(i) Et aujourd'hui ils viennent nombreux !
Les premiers pèlerins de Sainte-Anne, à l'origine des pèlerinages organisés avaient aussi un bien grand mérite, si l'on peut en juger par l'article suivant, inséré dans le N° 7 du premier volume des Annales (1873).
'* Tous ceux qui ont fait par eau le trajet de Québec, ou de ses environs, à Sainte-Anne, savent comme l'accès à l'église de cette paroisse est difficile et même dangereux. Pour se faire une idée de ses inconvénients, il suffit de savoir ce qui s'est passé, le 26 juillet dernier. Plusieurs centaines de pèlerins, après être arrivés sur deux steamboats, à quelques arpents du rivage, furent obligés d? descendre dans un bateau, qui les transporta à un quai temporaire, qui n'est rien moins que sûr, si on considère les foules qui doivent le parcourir dans sa longueur. Arrivés là, ces pèlerins se virent dans la nécessité d'attendre des heures entières, car il leur fallait monter d'une hauteur de quinze à vingt pieds dans une échelle, pour atteindre le haut de la première cage du quai. Maintenant imaginez une distance de six à huit arpents à parcourir sur de simples planches qui menacent sans cesse de se rompre sous nos pieds, des chevalets qui n'offrent pas plus de sûreté, un passage si étroit que deux personnes n'y peuvent marcher de front, et mille autres incommodités qu'il serait superflu d'énumérer. Quand on a fait une fois ce voyage, on ne le répétera jamais par plaisir, et il faut avoir une dévotion robuste, pour revenir à la charge.
Nous sommes loin de vouloir faire retomber la responsabilité de ces inconvénients sur les paroissiens de Sainte- Anne ; nous croyons mk\y\Q. que de leur côté, ils ne méritent que des éloges, au moins pour leur bienveillante hospitalité envers les fidèles qui accou-
à Sainte- Anne avant onze heures, midi ou midi et demi, et ils restent à jeun pour communier, car tous, ordinairement, veulent recevoir la sainte communion dans le sanctuaire béni qu'ils visitent. N'importe, en dépit des dérangements, des incommodités, des jeûnes, qui font de ces voyages de dévotion de vrais pèlerinages de pénitence, tous repartent contents, disposés à revenir encore, leur en coûtât-il davantage. Et, de fait, ils ne se lassent point de revenir, surtout lorsque la sollicitude des Pasteurs leur offre les avantages d'un pèlerinage organisé. MM. l'es Curés qui amènent ainsi leurs paroissiens à Sainte- Anne, apprécient de plus en plus les fruits salutaires que ces manifestations publiques de la foi opèrent dans les paroisses. Rien qu'en voyant le sanctuaire de ce '' lieti béni de Dieu,'" qui réveille de si touchants souvenirs, les foules pieuses qui s'y pressent autour des autels de sainte Anne, la dévotion qui s'y exprime si sensiblement, les pèlerins se sentent portés à devenir meilleurs et à prier pour en obtenir la grâce. Ils prient, et ils prient d'au-
rurent vers leur puissante patronne ; et il serait difficile à une paroisse de parer à toutes les incommodités que nous venons de signaler.
Mais comment donc faire disparaître ce triste état de chose, et rendre plus facile un acte de piété que la plupart des catholiques de la Province de Québec voudraient accomplir, dans le cours de l'année, et surtout, dans la belle saison?. . . ." — Aujourd'hui, cet état de chose a disparu et nos chers Pèlerins se rendent à la Bonne sainte Anne, et par eau et par terre, avec la plus agréable commodité. Puissent-ils en user sans mesure et se rendre chaque année, en foules plus compactes, pour honorer et remercier leur Bienfaitrice dans son beau Sanctuaire !
tant mieux qu'ils le font en union avec leur curé, non seulement pour eux-mêmes, mais pour leurs familles dont ils sont les délégués près de sainte Anne et pour la famille paroissiale toute entière. Et s'ils reçoivent les grâces personnelles qui affermissent en eux l'énergie de la conscience et de la piété, les résolutions du bien, le courage du devoir, ils ont la confiance de ne pas avoir demandé en vain ces grâces paroissiales qui assurent la fécondité, le succès et le triomphe du zèle des Pasteurs.
Insignes faveurs accordées par les souveraiiis Pontifes au Sanctuaire de Sainte- Anne de Beanpré. — Par un induit du 9 février 1873, Pie IX accorda une Indulgence Plénière, à tous les fidèles qui feraient la sainte communion dans l'église de Sainte- Anne de Beaupré (0. Par un rescrit du 7 mai 1876, le même Pontife voulut bien déclarer sainte Anne Patronne de la province ecclésiastique de Québec, sans préjudice toutefois du titre que depuis deux siècles et demi saint Joseph possède comme Patron de tout le Canada. De son côté, Léon XIII, dans les trois dernières années, a singulièrement enrichi le Sanctuaire de la Bonne sainte Anne par l'octroi de plusieurs privilèges tout à fait exceptionnels. L'église a reçu le titre de Basilique ; sept autels ont été enrichis des indulgences des sept autels privilégiés de la Basilique de Saint-Pierre
(i) Cet Induit accordé à l'ancienne éghse avait été considérablement restreint par un second, lors de la construction de la nouvelle Basilique, mais il a été rendu au Sanctuaire, dans toute son intégrité, le 18 février 1877.
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de Rome ; la sainte Statue a été vSolennellenient couronnée au nom du Saint-Père, et la confrérie de sainte Anne a été élevée au rang d'une archiconfrérie.
Les saintes Reliques. — Comme nous l'avons vu, déjà en 1662, il s'opérait des guérisons merveilleuses dans le Sanctuaire de Beaupré ; les pèlerins de toutes les classes y accouraient en grand nombre, et cependant en 1668 on n'avait encore à offrir à la vénération des fidèles aucun souvenir de la Bonne sainte Anne. Le zèle de Mgr de Laval y pourvut. Par ses soins, une relique précieuse fut obtenue du chapitre de Carcassonne. C'est un fragment notable de l'os d'un doigt de sainte Anne. Elle fut exposée la première fois le 12 mars 1670 et depuis lors elle n'a pas cessé d'être l'objet d'un culte fervent. On peut voir, enfermées dans des cadres suspendus aux murs de la sacristie, les lettres qui en attestent l'authenticité.
Une autre relique de sainte Anne, moins insigne mais cependant d'une grande valeur, fut donnée, en 1877, au retour d'un pèlerinage à Rome, par ^I. N. Laliberté, ancien curé de Saint-Michel de Bellechasse.
En 1889, Mgr Bolduc légua par testament à la Basilique de Beaupré une troisième relique de sainte Anne.
Enfin, une quatrième relique a été offerte à l'église de Sainte- Anne, par le R. P. Charmetant, procureur des missionnaires d'Afrique. C'CvSt un précieux fragment de rocher extrait de la grotte qui servait de chambre à sainte
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Anne pendant sa vie mortelle. Cette grotte où se sont accomplis les mystères de l'Immaculée Conception et de la Nalivité de la Très-Sainte Vierge Marie, est aujourd'hui la crypte même de la Basilique de Sainte-Anne de Jérusalem (0-"
Relique Insigne de la Bonne sainte Anne. — Le Canada tout entier se souvient encore des inoubliables fêtes célébrées le 26 juillet 1892, à l'occasion de la translation officielle de V insigne Relique de sainte Anne destinée au Sayiduaire de Beaupré. Les Annales N ° de septembre 1892 en ont donné la longue et intéressante Relation. Nous ne la répéterons pas ici. Nous donnons seulement la Teneur de l'Authentique qui accompagne notre insigne Relique aiîn de faire apprécier toujours davantage ce riche trésor.
(TRADUCTION
François LÊopold ZkIvLi Jacobuzzi, de l'Ordre de Saint-Benoit, Congrégation du Mont-Cassin, par la grâce de Dieu et du Siège Apostolique, Abbé 7iullius ào: la Basilique Patriarcale de Saint- Paul de la voie Ostienne, Ordinaire et Recteur de Saint-Paul de Rome, relevant directement du Saint Siège.
A tous ceux qui les présentes verront faisons savoir et attestons que : nous rendant au désir (qui nous est un ordre) de Notre Très Saint Père en Jésus- Christ et
(i) Manuel de Dévotion à la Bonne sainte Anne, par un père Rédemptoriste : i^e édition.
Seigneur, le Très Auguste Léon XIII, Pape, et usant de la faculté qu'il nous a donnée, nous avons ordonné à notre Prieur de détacher du bras de .sainte Anne, Mère de la Mère de Dieu, un fragment de grandeur considérable ; ce fragment, enfermé dans un vase de métal recouvert de cristal, attaché avec un cordon de couleur rouge, et scellé à l'intérieur du sceau dont nous nous servons en pareil cas, nous le destinons, offrons et donnons à la basilique mineure de Saint-Anne de Beaupré dans PArchidiocèse de Québec. Notre intention est qu'il soit conservé avec un pieux respect et exposé à la vénération publique, afin d'accroître la dévotion envers cette bonne Mère de la Très Sainte Mère de Dieu.
En Foi de quoi nous avons fait expédier ces présentes lettres, après les avoir scellées de notre sceau, et les avoir signées de notre propre main.
Donné au Patriarcat, près de la Basilique Patriarcale d'Ostie, le neuf avril, mil huit cent quatre-vingt-douze, du Pontificat de N. T. S. Père Léon XIII, l'an quinzième, indiction Romaine cinquième.
(Signé) t François LÉopold, (L. t S.) Abbé Ordinaire,
Par mandement du Très Révérend Père Abbé (Soussigné)
D. BONIFACE OSLAENDER.
Prieur.
Après avoir rapporté les merveilles de la Vie de notre insigne Bienfaitrice, la Bonne sainte Anne, avec le Recueil de ses plus éclatants miracles et la Description de ses plus beaux Sandluaires, il ne nous reste plus qu'à écouter la voix des Pontifes Romains publiant ses louanges parmi les nations catholiques, ordonnant qu'Klle soit glorifiée dans l'Eglise universelle, et notre tâche sera accomplie.
Fête de sainte Anne en Angleterre. — " En 1378, le pape Urbain VI adressait aux archevêques et évêques de ce pays une lettre, que nous reproduisons ici, comme un monument précieux de l'institution par le Souverain Pontife lui-même de la première Fête solennelle en l'honneur de sainte Anne :
" lya splendeur de Dieu le Père, qui illumine le monde de ses clartés ineffables, écoute toujours favorablement les vœux de ceux qui espèrent en sa miséricorde ; mais il les accueille surtout avec bienveillance lorsque, dans leur humilité, ceux qui l'implorent s'appuient sur les mérites et sur l'intercession des Saints. Nous avons été naguère informé, au nom de quelques fidèles d'Angleterre, que le peuple de ce royaume avait une grande dévotion pour sainte Anne, la mère de la glorieuse Vierge Marie, et que cette dévotion croissait encore par respecfl même pour la bienheureuse Mère de Dieu. Au nom de ces mêmes fidèles, 11 u^ supplique nous a été présentée à cet eff^it
d'obtenir que la Fête de sainte Anne soit solennellement et dévotement célébrée par les Prélats et par tous les Fidèles qui résident dans le Royaume. Ce pieux désir et l'affeélueuse dévotion de la Grande-Bretagne nous sont très-agréables devant le Seigneur. Désirant donc assurer à ces fidèles l'amitié de Dieu, en les attachant de plus en plus à la pratique du bien, Nous nous sommes rendu à leurs prières, et par les présentes Lettres Nous ordonnons, N. T. C. F., de célébrer et de faire célébrer dans vos villes et diocèses, chaque année, à l'avenir, avec dévotion et solennité, la Fête de la Bienheureuse sainte Anne.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, le XI des calendes de juillet, la quatrième année de notre pontificat (0-"
Fête de sai?ite Anne instituée dans le monde entier par Grégoire XIII. — Deux siècles plus tard (1584), Grégoire XIII, non plus pour ratifier la piété d'une nation, comme Urbain VI pour l'Angleterre, mais afin d'appeler tous les peuples chrétiens à montrer la même dévotion et le même empressement à célébrer la Fête de sainte Anne, l'instituait de par le monde entier. Voici la Bulle :
"Notre sainte Mère l'Eglise nous propose sans se lasser ses salutaires enseignements. Elle invite chaque année ses enfants à la fête des saints qui, non seulement ont laissé sur la terre des exemples de vertu, mais qui
(i) Bull. Rom. An. 1378. — Urbanu^ episcopus servus servorum Pei, Venerabilibus Fratribus Archiepiscopis et Bpiscopis in regno Angliae constitutis. — Splendor paternes gloriœ.
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dans le ciel ne cessent de protéger les chrétiens et d'appuyer leurs vœux et leurs prières. Cette intercession auprès du Dieu des miséricordes, nous croyons que sainte Anne est fidèle à nous l'accorder : en effet, combien de faveurs, que de bienfaits ne lui doit pas le genre humain ? Elle a donné le jour à la Vierge Marie, à qui Dieu a fait la grâce d'être la Mère du Sauveur Jésus. Si notre faiblesse ne nous permet pas de lui rendre de dignes hommages, sachons du moins l'honorer dans la mesure de nos forces.
I. — Afin d'illustrer ses vertus par un culte public, afin de réjouir l'Eglise universelle par la douce mémoire de cette bienheureuse Sainte, et aussi pour exciter dans tous les cœurs cette antique dévotion qui remonte au berceau de l'Eglise, et qu'attestent les temples et sanctuaires élevés en son honneur sur toute la surface du globe, Nous ordonnons que chaque année, à l'avenir, la Fête de sainte Anne soit célébrée au rit double, dans toutes leséglises du monde, le septième jour des calendes d'août. L'office se fera du commun des saintes Femmes, et cette Fête devra désormais être ajoutée aux calendriers romains et à ceux des autres églises. Si en quelque lieu cette Fête se célébrait avec une plus grande solennité, eu égard à la dévotion des fidèles, à une ancienne coutume, en vertu d'un décret ou d'un induit du Saint Siège, qu'il n'y soit apporté aucun changement.
II. — Nous ordonnons aux patriarches, archevêques, évêques et autres prélats établis dans le monde entier, de-
publier solennellement ces Lettres dans leurs églises, provinces, cités et diocèses, et de les faire observer fidèlement par les séculiers et réguliers de tous ordres, quand même cette Fête aurait été omise dans les bréviaires nouveaux et dans les mi.ssels corrigés.
III. — Nous voulons que les copies imprimées de ces Lettres, munies de la suscription d'un notaire public et du sceau d'un ecclésiastique constitué en dignité, fassent partout autorité comme ces présentes elles-mêmes.
Donné à Rome, à Saint- Pierre, l'an de l'Incarnation 1584, aux calendes de mai, la douzième année de notre pontificat (0."
Fête de sainte Anne rendue obligatoire dans toute V église par Grégoire XV. — En 1622, un autre pape, Grégoire XV, tombait gravement malade ; abandonné des médecins, réduit à la dernière extrémité, il se souvient de la confiance que ses prédécesseurs, Urbain VI et Grégoire XIII, avaient témoignée en sainte Anne ; héritier de leur dévotion envers la bienheureuse Mère de la très sainte Vierge, il implora son secours, et recouvra la santé par l'intercession de cette puissante Proteélrice ( ^). En signe de reconnaissance, il adressait au monde catholique une bulle conçue en ces termes :
(i) Bull. Rom. — Gregorius episcopus, servus servorum Dei, ad perpetuam rei memoriam — Sancta mater ecclesia
(2) Le Ledleur se souvient du Vén. Frère Innocent de Chiusa et des circonstances de cette mémorable guérison. — Voir plus haiit. Ile Partie de cet Otivragre.
*^ L'honneur, la louange, le culte et la vénération dont l'Eglise environne sainte Anne, la mère de la Vierge Marie, se sont accrus à des époques diverses, sous l'acftion de l'Esprit divin qui régit et gouverne toutes choses : et ce n'est pas sans raison, comme le témoignent assez l'incomparable dignité et l'élévation sans pareille de sa fille Marie. Comme la gloire des enfants est la couronne des parents, l'heureuse mère à qui Dieu avait accordé une fille si illustre, et qu'il comblait d'honneurs aussi bien que de grâces, fut toujours l'objet d'un culte spécial et d'une dévotion particulière dans l'Eglise universelle, tant en Orient qu'en Occident. Et c'est pour le bien des fidèles et pour le progrès de la religion, nous aimons à l'espérer, que ces honneurs se sont augmentés et multipliés ; car si la dévotion des chrétiens pour sainte Anne va se développant de plus en plus dans le monde, le patronage qu'elle exerce auprès de Dieu, par elle-même et par sa Fille, la Reine des cieux, grandit, nous en avons la confiance, dans les mêmes proportions. En offrant à la Mère le tribut de notre vénération, nous croyons honorer la Fille : nous sommes persuadés que nous nous assurons l'appui et l'intercession de Marie auprès de son Fils unique Notre Seigneur, d'autant mieux que nous témoignons par de plus grands honneurs notre dévotion pour sa Mère.
I. — Dans cet esprit, et pénétré d'ailleurs d'une affection toute particulière pour sainte Anne, Nous avons pris à cœur d'égaler la piété avec laquelle nos prédécesseurs ont
étendu son culte : Nous avons voulu, en vertu de notre ministère, procurer le plus grand bien du troupeau que Dieu nous a confié, c'est pourquoi Nous avons résolu d'entourer d'un nouvel éclat, dans l'Eglise universelle, la Fête de la bienheureuse sainte Anne.
Nous statuons donc, nous ordonnons et nous décrétons par cette Constitution qui ne saurait être abrogée, que la Fête de sainte Anne sera célébrée et observée par tous les Fidèles, comme les autres fêtes de précepte, qu'on devra ce jour-là s'abstenir de toute œuvre servile, et qu'il sera compris dans le commandement des fêtes à sanctifier.
II. — Toute disposition contraire est déclarée de nulle valeur.
III. — Nous voulons que les présentes Lettres, transcrites ou imprimées, soient revêtues de la subscription d'un notaire public et munies du sceau d'un ecclésiastique constitué en dignité, et que dans les tribunaux et au for extérieur, elles fassent foi comme les présentes elles-mêmes.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, sous l'anneau du pêcheur, le 23 avril 1622, la deuxième année de notre pontificat (O-(')-"
". . . . O Anne, ô Joachim, ô couple fortuné ! Toute créature vous est attachée par les plus étroites obliga-
(i) Bull, Rom. — Gregorius Papa XV, ad perpetuam rei memo- TÏam. — Ho7ior taudis. . . .
(-x) Sait! fe A?ine, -par A^^ Lallemand. — Vannes, 1881.
lions; csir, par vous, elle peut offrir à son créateur le plus parfait de tous les dons : une Mère Vierge, seule digue de sou Créateur ! O heureux Joachim, qui avez mérité ce Fruit immaculé ! O chaste sein d'Anne, dans, lequel s'est formé et s'est silencieusement développé ce Fruit de sainteté ! O merveille des merveilles ! O prodige effaçant tous les prodiges ! Il était juste que Dieu, voulant s'abaisser jusqu'à nous, se frayât par des miracles une route vers son ineffable Incarnation. Mais comment poursuivrai -je ? Mon âme est ravie hors d'elle-même ; elle est partagée entre la crainte et le désir. Mon cœur palpite; ma langue est paratysée ; je ne puis plus contenir mes transports ; je succombe à ces mer^- eilles ; une défaillance divine me saisit, et mon amour m'égare. Mais loin d'ici toute vaine terreur, que l'amour l'emporte ; que mon âme chante sur la lyre de l'Esprit- Saint : " Que les cieux se réjouissent et que la terre tressaille!". . . . ro-
*'.... Que nos louanges s'élèvent donc en l'honneur de sainte Anne, et qu'elles s'élèvent comme les accents d'un chant nuptial ! Anne a porté dans son sein une Enfant donnée de Dieu, gage de la Promesse. Après l'avoir obtenue par ses prières, elle a enfanté Celle qui, d'une manière ineffable, a donné au monde un Dieir visible aux hommes et vivant au milieu d'eux. N'est-il pas juste de porter jusqu'aux astres, par les plus magni-
(i) Saint Jean Damascène : hom. 6* et ye . . .
fiques louanges, et d'accueillir par de divines acclamations, Celle qui nous a donné une telle Enfant ? Les noms de deux femmes illustres entre toutes rayonnent dans la chambre nuptiale ; les noms bénis de la Mère et de la Fille ! . . . Oui, heureuse et trois fois heureuse, (ô Bonnk SAINTE Anne !) ô vous qui, comblée des dons de Dieu, nous avez donné cette humble Marie, dont le grand nom est digne de toute louange et de tout honneur et de laquelle est né le Christ béni, la Fleur de la vie ! ( 0-"
*'.... Accourez, vous tous qui aimez le Christ, et ave nous, en des hymnes ornées de toutes les fleurs du laî.gage, élevez la voix et chantez :
O Anne, vous êtes digne de toute vénération ! ô Mtre incomparable, vous êtes au-dessus de tous les éloges, ô vous qui avez donné au monde la Mère du divin Rédempteur, cette Tige qui fleurit avant tout autre, sans jamais avoir été flétrie !
Salut, ô Terre bénie qui avez donné au monde un So! habité par un Dieu !
O glorieuse Anne ! vous avez enfanté le ciel sur la terre, et peu après ce ciel a reçu son Créateur, qui vous a transportée, vous, la Mère de ce ciel, dans les splendeurs du royaume éternel ! " ( ^ ) .
(i) Saint André de Crête ; 2^ serm. sur la Nat. . . . (2) I/CS Menées de l'Eglise grecque ....