CANADA
Nous ne parlerons pas de l'Origine du Pèlerinage de Sainte- Anne de Beaupré (')• Notre but étant surtout d'attirer toujours davantage aux pieds de notre aimable Sainte, les âmes confiantes en sa puissante et miséricordieuse intercession, nous ne rapporterons ici que des documents plus propres à augmenter dans le cœur de nos chers Pèlerins leur confiance et leur amour envers notre illustre Thaumaturge la grande et Bonne sainte Anne !
"... Kn 1658 " Honorable homme Etienne de Lessart — ainsi disent les archives de la paroisse de Sainte- Anne, — voyant l'inclination et la dévotion que les habitants de Beaupré ont depuis longtemps d'avoir une église ou
(i) On trouvera cette question traitée judicieusement dans 1» nouvelle édition du Manuel, qui est sous presse, en ce moment.
chapelle dans laquelle ils puissent assister au service divin, a volontairement donné deux arpents de front sur une lieue et demie de profondeur, à condition que, dans la présente année 1658, il sera commencé et continué incessamment de bâtir une église ou chax)elle au lieu qui sera trouvé le plus commode, suivant l'avis de M. le Grand Vicaire." — Cette offre fut faite au mois de mars, et dans le courant du même mois M. de Queylus, sulpicien, alors curé de Québec, désignait M. Vignal pour aller bénir l'emplacement de l'édifice sacré. Il était accompagné de M. d'Aillebout, gouverneur de la Nouvelle-France, venant exprès de Québec pour poser la première pierre.
Dieu montra bientôt qu'il avait choisi ce lieu pour y faire éclater la bonté et la puissance de Sainte Anne. — '' Comme Dieu a toujours choisi quelques églises spécialement entre les autres ... il semble aussi qu' il a voulu choisir en nos jours l'église de Sainte- Anne . . . comme nous le voyons dans les miracles qui s'y sont opérés depuis six ans. Tel est le début de M. Thomas Morel, prêtre- missionnaire, dans la relation de ce qui s'est passé à Beaupré de 1661 à 1667. Et il ajoute: "Je le fais d'autant plus volontiers (c.-à-d. rapporter les miracles) qu'ayant été témoin oculaire ou très bien informé de ces choses je les dirai avec plus de certitude." — Mgr de Laval en approuvant cette relation, ajoute: ** Tout cela est conforme à la vérité, et nous l'avons examiné avec
un tel soin, qu'on peut le faire connaître par le monde entier. — 25 juin 1680, François, i'"^ Hveque de Québec (0."
Ce fut un nommé Louis Guimont, cultivateur du Petit- Cap, qui ressentit le premier les miséricordieiix effets de la bonté et de la puissance de sainte Anne. Affligé d'un cruel rhumatisme, il alla, par un motif de dévotion, placer trois pierres dans les fondations de la nouvelle église qu'on commençait à construire, et il se trouva soudainement guéri.
En 1662, eut lieu une autre guérison non moins frappante. Marie-Esther Ramaye, épouse d'Elie Godin, également du Petit-Cap, était atteinte d'une infirmité qui, depuis 18 mois, la tenait courbée sans lui permettre de se redresser. Elle n'avait aucune espérance de guérison dans les moyens humains. La pauvre femme se rappela ce que son mari lui avait rapporté de la guérison instantanée de Louis Guimont, dont il avait été, lui, témoin oculaire. Elle invoque ardemment sainte Anne, la suppliant de lui obtenir la même grâce. Immédiatement elle put se tenir debout et marcher avec autant de facilité qu'avant son infirmité.
(i) Cette relation de M. Morel fut transcrite dans les Relations des Jésuites par le P. Remercier, 10 novembre 1667 ; l'original se trouve dans les Archives du Séminaire, à Québec, et nous en avons une copie à Sainte-Anne de Beaupré.
En 1662, guérison d'un épileptique, Nicolas Drouin, de la paroisse du Château-Richer, côte de Beaupré. De fréquentes atteintes du mal caduc le mettaient souvent en danger de mort. Il fat délivré de cette horrible maladie pendant une neuvaine qu'il fit en l'honneur de sainte Anne, et le mal ne reparut plus dans la suite.
Bn 1664, guérison de Marguerite Bire, de Québec. Par suite de la fracflure d'une jambe, cette femme était estropiée depuis huit ans, sans pouvoir aucunement marcher et déclarée incurable par les chirurgiens. Elle se fit conduire au Petit- Cap, le 26 juillet, jour de la fête de sainte Anne, et pendant la messe, elle recouvra l'usage libre et régulier de ses membres.
Guérison d'Elie Godin, paroissien de Sainte- Anne. — Malade d'une hydropisie rebelle à tous les remèdes, il se disposait à la mort. M. Morel, en le préparant à recevoir le saint Viatique, le pressa de prier la Bonne sainte Anne, ce que Godin fit immédiatement. I^a communion lui fut portée après la messe dite à son intention. L'ayant reçue, il se déclara guéri, et, sous les yeux mêmes de M. Morel, il se rendit à l'église pour faire son a(5lion de grâces et remercier sainte Anne.
En 1665, guérison de Jean Adam. Complètement aveugle depuis trois mois, il fit un vœu à sainte Anne,
commença une neuvaine en son honneur, et alla en pèlerinage au Petit-Cap. Avant la fin de la neuvaine, la vue lui fut rendue plus parfaite qu'auparavant. " C'est ce qu'il a déclaré et signé véritable," dit la relation.
En 1667, guérison de Jean Pradès, soldat français, de la garnison de Québec. Il avait, depuis six mois, une jambe totalement paralysée. Il se rend à Sainte- Anne potu" y faire une neuvaine. Le cinquième jour, il sent qu'il peut marcher aussi facilement que s'il n'avait jamais éprouvé la moindre infirmité. Et cela, ajoute l'auteur du récit, " non sans l'admiration de ceux qui connaissaient son incommodité, et jugeaient qu'il était aussi difficile de le guérir que de resssusciter un mort."
M. Morel termine son pieux manuscrit par ces belles paroles: "Ce qui est néanmoins plus considérable ce sont les grâces que Dieu a données et donne tous les jours, par l'intercession de sainte Anne, à plusieurs pécheurs pour leur conversion à vie meilleure. Ayant fait les fonélions curiales en cette église depuis cinq ou six ans, j'en ai connu plusieurs à qui ce bonheur est arrivé. Mais ces faveurs se passent entre Dieu et l'âme au secret du cœur, et ne se connaîtront bien que dans l'éternité.
** De si heureux commencements nous font espérer que Dieu, par l'intercession de sainte Anne, comblera, en ce
lieu, de mille bénédidlions ce nouveau paj^s. Plaise à sa bonté que nos péchés n'en arrêtent point le cours."
Beaupré ne fut pas longtemps saris élever un temple plus digne à vSa Patronne. En 1686, fut achevée une nouvelle église, bâtie en pierre et située non plus au bord du fleuve comme celle de 1658, mais sur le coteau. Ne pouvant plus contenir toute la population elle fut agrandie en 1694, et surmontée d'un clocher ; puis, après un siècle d'existence, elle fut reconstruite presque totalement en 1787, sur le même emplacement. En 1878, malgré tout le désir qu'on eut de la conserver, cette église qui menaçait ruine fut démolie et convertie en chapelle, située toujours sur le même emplacement, construite avec les anciens débris, ornée de son vieil ameublement et surmontée de son vieux clocher de 1694.
ly'histoire de Sainte- Anne de Beaupré n'offre rien de notable à signaler pendant la première moitié de ce siècle, lycs pèlerinages avaient lieu comme par le passé, sans attirer trop vivement l'attention. Mais on pouvait constater par les innombrables béquilles et objets divers suspendus aux corniches et aux murs du sanctuaire, que la Bonne sainte Anne récompensait toujours mer\"eilleusement la confiance de ses dévots servdteurs.
Les circonstances cependant devenaient plus favorables et préparaient le développement que le pèlerinage a pris, surtout depuis 14 ou 15 ans, dans des proportions au-delà de toute prévision. Grâce à la vive impulsion de Monsei-