‹ La bonne Ste AnneChapitre 8 sur 71 · H W PQ · texte numérisé non relu

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La petite ville de Bethléem est située à environ 2,800 pieds au-dessus du niveau de la Méditerranée, sur une montagne de pierre calcaire, environnée de riantes et fertiles vallées, et à environ six milles au Sud de Jérusalem.

Eethléem compte actuerement de six à s^jjt mille âmes. Près de 4,000 sont Catholiques, du Eite Latin, formant une belle Paroisse sous la direction des Pères de Terre- Sainte. Il y a, en outre, quinze à dix huit cents grecs nonunis ; six ou sept cents Arméniens non unis ; quelques rares Protestants et seulement une centaine de Musulmans.

En arrivant de Jérusalem, côlé Nord de P>etidéem, à droite, c'est la ville qui s'étend de l'Est a l'Ouest; à gauche, une profonde vallée, d'où l'on monte par une i~érie de 15 à 20 gradins, bien cultivés et plantés de figuiers, de vignes et d'oliviers, jusque vers la Place de la Basilique.

On aperçoit, à l'extrémité orientale de la ville, la splendide Basilique, environnée des trois Couvents, Latin, Grec et Arménien (Voir la Gravure lY).

O femme privilégiée ! soyez appelée Bienheureuse et louée de toutes les nations et générations de l'univers !

5. — " Ma fille ( ' )' j^ veux que les mystères de ma très sainte vie, dont vous retracez l'histoire, vous soient une occasion de cueillir pour vous-même le fruit que vous désirez, et que le prix de vos travaux soit une plus grande pureté et perfection dans votre conduite, si vous vous disposez avec l'aide de la grâce du Très-Haut, à m' imiter par la pratique des choses que vous apprendrez. C'est la volonté de mon très saint Fils que vous vous pénétriez de ce que je vous enseignerai, et que votre plus grande application soit de méditer mes vertus et mes œuvres. Ecoutez-moi donc avec attention et avec foi, cai je vais vous dire des paroles de vie éternelle, et vous apprendre ce qu'il y a de plus saint et de plus parfait dans la vie chrétienne, et ce qui est le plus agréable aux yeux de Dieu. C'est pourquoi vous tâcherez dès à présent de vous disposer à recevoir la lumière qui vous fera découvrir les mystères cachés de ma très sainte vie et les instructions que vous souhaitez. Soyez fidèle à cet exercice, écrivez ce que je vous dirai à ce sujet, et commencez de considérer :

Que, quand la créature reçoit l'usage de la raison, il est de toute justice que son premier mouvement tende à

(i) La Vén. Marie d'Agréda.

son Dieu éternel, dès qu'elle est en état de le connaître assez pour T aimer, l'honorer et l'adorer comme son Créateur et son unique et véritable Seigneur. Que l'obligation naturelle des parents est d'instruire leurs enfants et de leur procurer cette connaissance, aussitôt qu'ils peuvent voir briller cette lumière de la raison ; et, par conséquent, de les diriger et élever avec tant de soin, qu'ils ne soupirent et n'aspirent qu'après leur dernière fin, et qu'ils travaillent à l'atteindre par les premiers actes de leur intelligence et de leur volonté. Les parents devraient aussi faire tous leurs efforts pour les détourner de ces puérilités funestes, auxquelles la nature dépravée est enclin quand on ne la retient pas et qu'on ne la guide pas. Si les pères et mères s'occupaient de bonne heure à prévenir ces illusions trompeuses et ces mauvaises habitudes de leurs enfants, en les initiant dès le premier âge à la connaissance de leur Dieu et de leur Créateur, ceuxci se trouveraient ensuite bien plus disposés à le reconnaître et à l'adorer. Ma sainte Mère (la Bonne sainte Anne!), ignorant ma sagesse et mon état, tint cette conduite à mon égard avec tant d'exactitude et de diligence, qu'en me portant dans son sein, elle adorait en mon nom le Seigneur, lui offrait pour moi de profonds hommages et de justes actions de grâces de ce qu'il m'avait créée, et le priait de me garder, de me défendre et de me procurer une heureuse naissance. Les parents doivent de même demander à Dieu, avec ferveur, qu'il fasse par sa Providence divine que leurs enfants puissent

recevoir le baptême, et que leurs âmes soient délivrées de la servitude du péché originel."

6. — Oui, si toutes les Mères de famille imitaient cette sanctifiante conduite de la Bonne sainte Anne, les familles seraient plus heureuses, parce que les enfants seraient par là plus portés à l'aimable et engageante vertu de piété, laquelle, selon nos Saints Livres, est utile à tout : leurs jeunes intelligences s'ouvriraient radieuses aux vivifiantes lumières de la Foi, en même temps que leurs cœurs innocents embrasseraient avec amour la douce pratique de la vertu !

Nous avons connu plusieurs Mères de Famille qui offraient ainsi, à l'exemple de la Bonne sainte Anne, leurs enfants au Seigneur, dès avant leur naissance ; et tous ont été, dans la suite, de véritables enfa.nts de Bénédiction. En Terre-Sainte, les Mères ont bien conservé la Tradition de la conduite de sainte Anne à l'égard de son Enfant Privilégiée, la petite Marik de Juda et le Souvenir de la Naissance du Fils de Marie dans la sainte Etable. A Bethléem, en particulier, les Mères, ea souvenir de la Crèche, et pour inspirer à leurs jeunes familles les sentiments religieux que la Sainte Vierge recommande si instamment dans les instructions qui précèdent, les Mères de Bethléem placent leur nouveau né, immédiatement après son Baptême, durant hicit jours, dans une petite crèche, et couché sur un peu de paille ! Cette pratique qui peut paraître plus que singulière aux étran-

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gers, produit une impression des plus salutaires sur les jeunes enfants de Bethléem. — Saintes et naïves pratiques, puissent-elles se conserver toujours ! Elles sont actuellement la meilleure sauvegarde de la Foi et des Mœurs de cette bonne population Bethlémite, encore si heureuse et si fière d'habiter cette petite Cité de l'antique Tribu de Juda, choisie entre toutes par le Très-Haut, pour être, au temps marqué dans ses Décrets éternels, le Berceau du Sauveur du monde.

7. — Cependant sa Bienheureuse mère sainte Anne, toute spiritualisée par des influences divines, voyait s'écouler le temps de sa grossesse en jouissant de grandes douceurs dans toutes ses puissances ; mais la divine Providence voulut, pour augmenter sa gloire et pour assurer la prospérité de son pèlerinage, qu'elle eût le contre-poids de quelques afflictions ; car sans ce pénible mélange on ne profite pas assez des fruits de la grâce et de l'amour. Pour mieux comprendre ce qui arriva à la Sainte, il faut savoir que Lucifer, quand il eut été précipité dans les abîmes, avec tous les anges rebelles, était toujours aux aguets pour sonder les plus saintes femmes de l'ancienne loi, et pour tâcher de découvrir parmi elles Celle dont il avait vu le signe C), Celle qui devait le fouler aux pieds et lui écraser la lête. Il y mettait un tel acharnement, qu il ne voulait pas se décharger sur ses

(i) l,a femme revêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds, et. «ir sa tête une couronne de douze étoiles. (Apoc. XII.— I. )

inférieurs du soin de cette recherche ; mais il s'y employait lui-même, ne se servant de ses suppôts que contre quelques vertueuses femmes, et réservant toujours ses plus grands efforts pour découvrir et attaquer celles qui se distinguaient le plus dans la pratique des vertus et dans le service du Très-Haut.

Par ses odieuses investigations, il découvrit avec beaucoup d'étonnement la rare sainteté de notre illustre Sainte, et se mit à observer plus attentivement tout ce qui lui arrivait. Il ne parvint pas à se rendre compte de l'importance du Trésor que son sein bienheureux renfermait (parce que le Seigneur lui cachait ce mystère et bien d'autres) ; mais il se sentait néanmoins repoussé avec force par une vertu extraordinaire qui rejaillissait de sainte Anne ; et incapable de découvrir la cause de cette puissante influence, il s'en troublait et s'en inquiétait souvent, en dépit de sa propre fureur. D'autres fois il se rassurait et se calmait un peu, supposant que cette grossesse rentrait dans les mêmes conditions que les autres, et ne devait lui inspirer aucune crainte particulière, parce que le Seigneur le laissait flotter dans sa propre ignorance, et s' agiter dans les flots de son orgueilleuse fureur. Néanmoins l'esprit pervers s'étonnait de plus en plus du calme dont il voyait jouir sainte Anne pendant sa grossesse, de l'assistance qu'il découvrit plusieurs fois et que les anges lui prêtaient ; il éprouvait surtout un vif dépit «de se sentir incapable de résister à Celle qui allait sortir

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de notre illustre Sainte, et commençait à soupçonner qu'il y avait là quelque intervention extraordinaire.

Tout alarmé par ces soupçons, Lucifer résolut d'ôter, s'il le pouvait, la vie à sainte Anne, ou du moins de faire tous ses efforts pour empêcher son heureuse délivrance. Car l'orgueil du dragon était si démesuré qu'il se flattait de pouvoir vaincre ou même détruire (s'il les connaissait assez tôt), Celle qui devait être Mère du Verbe incarné, et le Messie, le Réparateur du monde lui-même. Il fondait cette extrême audace sur ce que sa nature angélique était supérieure en qualité et en forces à la nature humaine : comme si la grâce n'eût point été au-dessus de l'une et de l'autre, et qu'elles ne fussent pas soumises à la volonté de leur Créateur. Avec cette folle et téméraire présomption il osa tenter sainte Anne par plusieurs fausses suggestions, par des terreurs, des troubles et des doutes sur sa grossesse, en lui représentant son âge et sa longue stérilité : le démon faisait tout cela pour sonder la vertu de la Sainte et pour voir si l'effet de ses suggestions lui donnerait quelque accès à sa volonté.

'■* 8. — Mais la courageuse épouse de Joachim repoussa ces attaques avec une force admirable, une patience constante, par une prière continuelle et une vive foi dans le Seigïieur, se servant de ces armes pour rendre vains et inutiles tous les efforts du dragon, qui, à sa grande conî'asion, augmentaient en elle les grâces et les bénédictions divines. Car indépendamment des grands mérites que

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la sainte mère acquérait, les princes célestes, qui gardaient sa Bienheureuse Fille, la défendaient et chassaient les démons de sa présence. Néanmoins l'infatigable malice de cet ennemi ne se ralentissait point ; mais^ comme sa témérité et son orgueil surpassent ses forces, il résolut de recourir aux moyens humains, parce qu'il se promet toujours par de telles voies des victoires plus certaines. Il tâcha donc en premier lieu d'abattre la maison des bienheureux époux, afin que sainte Anne se troublât et s'effrayât ; et n'y ayant pu réussir, parce que les esprits angéliques lui résistèrent, il excita contre elle quelques femmelettes d'un esprit faible qui la fréquentaient. Elles se mirent à lui chercher querelle, à la vexer et à la tourmenter de mille manières, et poussèrent l'acharnement jusqu'à vomir contre elle les plus cruelles injures. Elles se livraient en sa présence aux railleries les plus révoltantes ....

Sainte Anne ne se laissa point troubler par cette tentation ; au contraire, elle supporta toutes ces injures avec une grande douceur et une charité admirable, et continuant à obliger ses persécutrices, elle les regarda dès lors avec plus d'afFectioUj et leur rendit des services plus considérables (0. Néanmoins leur animosilé ne se

(i) Notre admirable Sainte mettait ainsi en pratique bien à l'avance, le grand Précepte que donnerait plus tard, au monde, son Petit-Fils, le Christ béni : " Aimez vos ennemis^ faites du bien à ceux qui vous haïssent^ et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient ''^ (Matt V. 44). Ah! si toutes les âmes chré-

modéra pas sitôt, parce que le démon les dominait et ne cessait de les animer contre la Sainte : or, quand on s'est une fois livré à ce cruel tyran, son empire s'accroît pour maîtriser avec plus de violence ceux qui s'y sont soumis. Il poussa donc ces furieuses à machiner quelque trahison contre la personne et la vie de sainte Anne ; ce qu'elles firent, sans pouvoir pourtant exécuter leurs mauvais desseins, parce que la vertu divine déjouait toujours leurs complots. Loin donc que ces méchantes femmes réussissent dans leurs attaques contre la Sainte, elle les ramena peu à peu par ses douces remontrances, et les convertit par ses charitables prières.

Ainsi le dragon fut vaincu, mais non pas désabusé ; car persistant toujours dans sa téméraire obstination, il se servit d'une servante de nos saints époux, et l'irrita de telle sorte contre sainte Anne, qu'elle devint plus méchante que les autres. Un ennemi domestique est nécessairement plus perfide et plus redoutable. Je ne m'arrête point à raconter toutes les tentatives que le démon fit par le moyen de cette servante, puisqu'elles tendaient toujours au même but, quoiqu'elles fassent bien plus pénibles et plus dangereuses pour notre Sainte ; avec le secours divin, elle sortit néanmoins victorieuse de

tiennes qui Usent les "Annales" de la Bonne sainte Anne mettaient à leur tour en pratique à son exemple ce Précepte de Jésus, notre adorable Maître, comme elles seraient heureuses sur la terre, en attendant, au Ciel, leur riche récompense, à côté de sainte Anne, leur incomparable Modèle !

cette tentation, et beaucoup plus sûrement que les autres, parce que le défenseur d'Israël, qui gardait sa sainte Cité, ne dormait pas ; il l'avait environnée, pour la protéger, des plus valeureux de sa milice céleste, qui mirent en fuite Lucifer et ses ministres, afin qu'ils ne troublassent plus le repos de la glorieuse Mère. Elle se préparait déjà à l'heureuse naissance de la Reine du Ciel, s'y étant disposée depuis longtemps par de généreux actes de vertu et par les mérites qu'elle s'était acquis dans ces combats ; car le moment si désiré approchait toujours davantage.

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