‹ La bonne Ste AnneChapitre 9 sur 71 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Sommaire : i. — Naissance de Marie. 2. — Joie extraordinaire de la Bonne sainte Anne. 3. — Premiers soins. 4. — Descente aux Limbes. 5 — Enlèvement de Marie au Ciel empyrée. 6. — Nom de Marie. 7. — Annonce à sainte Anne. 8 — Ses Parents acceptent ce Nom qui lui a été donné par le Très-Haut. 9. — Exclamation !

I. — Le beau jour de l'heureuse délivrance de sainte Anne vint réjouir le monde par la naissance de la Créature sanctifiée et consacrée pour être la Mère de Dieu, qui allait l'honorer de sa présence. Cet événement eut lieu le huit septembre, à l'expiration des neuf mois qui suivirent la conception de l'âme très sainte de notre Reine et Maîtresse. Sa mère Anne fut prévenue d'une illustration intérieure en laquelle le Seigneur l'avertit que l'heure de sa délivrance approchait. Et étant remplie de la joie de l'Esprit divin, elle prêta toute son attention à cette voix ; puis, se prosternant en prière, elle demanda au Seigneur de l'assister de sa grâce et de sa protection.

Marie naquit pure, sans souillure, belle et toute pleine de grâces, nous montrant par là qu'elle naissait exempte de la loi et du tribut du péché. Et, quoique sa naissance

m'ait pas différé matériellement de celle des autres filles d'Adam, elle présenta de tels caractères et des grâces si particulières, qu'elle fut toute miraculeuse et exceptionnelle, à l'éternel lionneur de Celui qui en était l'auteur. Cette divine étoile avant-courrière du jour vint donc au monde vers minuit, pour commencer à diviser la nuit de l'ancienne loi et des premières ténèbres, du nouveau jour de la grâce qui allait bientôt paraître. On enveloppa la bienheureuse Marie de ses langes, et cette petite créature, qui avait toutes ses pensées et toutes ses désirs en la Divinité, fut emmaillottée et traitée comme les autres enfants, quoiqu'elle surpassât en sagesse et les hommes et les anges. Sa mère ne voulut point permettre que d'autres mains que les siennes s'employassent à son ajustement ; elle en prit elle-même tout le soin possible, sans être nullement embarrassée, par une faveur spéciale de la Providence divine.

2. — Sainte Anne reçut donc entre ses bras Celle qui, étant sa propre fille, était aussi parmi les simples créatures, dont elle était la Reine, le plus riche trésor du ciel et de la terre, puisqu'elle n'était inférieure qu'à Dieu seul. Sa Mère l'offrit avec ferveur et avec des larmes de joie à la Majesté divine, disant intérieurement: "Seigneur, dont la sagesse et la puissance sont infinies. Créateur de tout ce qui a l'être, je vous offre le fruit que je viens de recevoir de votre divine bonté, et je vous rends mille actions éternelles de grâces de me l'avoir donné sans que j'ai pu le mériter. Disposez, Seigneur, de la

fille et de la mère selon votre très sainte volonté, et daignez de l'inaccessible trône de votre gloire abaisser vos regards sur notre petitesse. Soyez éternellement béni d'avoir enrichi le monde d'une créature qui vous est si agréable, et d'avoir préparé en elle la demeure et le tabernacle du Verbe éternel. J'en félicite mes pères et les prophètes, et en eux tout le genre humain, à cause du gage assuré de Rédemption que vous leur envoyez. Mais comment me comporterai-je avec Celle que vous me donnez pour fille, tandis que je suis indigne d'être sa servante? Comment oserai- je toucher la véritable Arche du Testament ? Accordez-moi, Seigneur et mon Roi, la lumière qui m'est nécessaire pour découvrir votre sainte volonté et pour l'exécuter selon votre bon plaisir, dans la mission que je dois remplir auprès de ma Fille."

3. — lye Seigneur répondant en secret à sainte Anne lui dit de traiter cette divine créature, en ce qui concernait l'extérieur, comme une mère sa fille, sans lui témoigner aucun respect apparent, sauf à la respecter à son intérieur, et à s'occuper de son éducation avec tout le dévouement et toute la sollicitude de la mère la plus tendre. ly' heureuse mère s'acquitta de tous ces devoirs, et usant de ses droits sur sa fille, sans manquer à l'honneur qui lui était dû, elle s'égayait avec elle, la traitait et la caressait à la manière des autres mères ; mais elle lui montrait néanmoins toujours des égards et une certaine discrétioM qu'exigeait le mystère si caché et si divin qui se trouvait renfermé entre la fille et la mère. Les anges de la garde

de la très douce Marie, auxquels se joignirent beaucoup d'autres esprits célestes, l'honorèrent, lui rendirent leurs hommages entre les bras de sa mère, et lui chantèrent des hymnes harmonieux que la bienheureuse Anne entendit en partie. Les mille anges chargés de garder notre auguste Reine s'offrirent et se dévouèrent à son service ; et ce fut la première fois qu'elle les vit sous une forme corporelle.

4. — A l'instant où naquit notre glorieuse Reine, le Très-Haut envoya le saint archange Gabriel aux Limbes, pour qu' il apprît aux saints pères une nouvelle si heureuse et si consolante. L'ambassadeur céleste descendit aussitôt, éclairant ces sombres retraites et réjouissant les Justes qui s'y trouvaient détenus. Il leur annonça que le jour de la félicité éternelle tant désiré et attendu par eux commençait enfin à paraître, que la réparation du genre humain, si souvent prédite par les prophètes, allait s'accomplir, parce que la Mère future du Messie promis venait de naître, et qu'ils ne tarderaient pas de voir le salut et la gloire du Très-Haut. Puis l'archange leur fit connaître les excellences de l'auguste Marie, et les merveilles que déjà la main du Tout- Puissant avait opérées en elle, afin qu'ils comprissent mieux le principe du mystère qui devait mettre fin à leur longue captivité. Aussi les pères, les prophètes et tous les autres justes qui étaient aux Limbes se réjouirent- ils et louèrent- ils le Seigneur par des cantiques nouveaux en reconnaissance de cette faveur.

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5. — Tout ce que je viens de raconter se passa en fort peu de temps, lorsque notre Reine vit la lumière du soleil matériel, qu'elle connut ses parents selon la nature, ainsi que beaucoup d'autres créatures par ses propres sens ; et ce fut le premier pas qu'elle fit dans le monde en naissant. Le puissant bras du Très- Haut opéra dès lors en elle de nouvelles merveilles, qui surpassent toutes les conceptions humaines ; la première fut d'envoyer sur la terre une multitude innombrable d'anges, afin qu'ils enlevassent dans le ciel empyrée, en corps et en âme, celle qui était élue pour être la Mère du Verbe éternel, en vue des desseins que le Seigneur avait formés. Les princes célestes exécutèrent cet ordre, et, ayant pris cet aimable Enfant des bras de sa mère sainte Anne, ils ordonnèrent une solennelle et magnifique procession, pour transporter, au milieu de cantiques d'une joie ineffable, l'Arche véritable du Nouveau Testament, non en la maison d'Obédédom, mais dans le temple du souverain Roi des rois et Seigneur des Seigneurs, où elle devait plus tard reposer éternellement. Ainsi, par le second pas que la bienheureuse Vierge fit en sa vie, elle s'éleva de ce monde inférieur jusqu'au ciel de la gloire.

Qui pourra dignement célébrer cet étonnant prodige de la droite du Tout- Puissant ? Qui dépeindra la joie et l'admiration des esprits angéliques, à la vue de cette merveille si nouvelle entre les œuvres du Très-Haut, qu'ils célébraient aussi par des cantiques nouveaux? Ils reconnurent dans cette occasion leur Reine, et rendirent

hommage à leur Maîtresse, Mère future de Celui qui devait être leur Chef, comme il était la cause de la grâce et de la gloire qu'ils possédaient, puisqu'il les leur avait acquises par ses mérites prévus en la divine acceptation. Mais qui pourrait pénétrer le secret du cœur de cette tendre et aimable Enfant pendant la durée et les effets de cette faveur inouïe? Je le laisse à deviner à la piété catholique, en attendant que quelques âmes justes le découvrent dans le Seigneur, et que nous-mêmes nous le découvrions, quand, par sa miséricorde infinie nous pourrons jouir de lui face à face.

6. — La petite Marie entra par le ministère des anges dans le ciel empyrée ; et lorsqu'elle se fut prosternée avec amour au pied du Trône Auguste du Très-Haut, ce qui se passa fut ce qui avait été précédemment figuré par Salomon et Bethsabée, quand celle-ci se présenta devant son fils, jugeant le peuple d'Israël, et que le roi se leva pour recevoir sa mère, pour l'honorer et pour la faire asseoir à son côté. L,e Verbe éternel fit d'une manière bien plus glorieuse et bien plus admirable la même chose en faveur de la divine Enfant qu'il avait élue pour être sa Mère ; il la reçut sur son trône et la plaça à son côté, en lui décernant le titre de sa propre Mère et de Reine de toutes les créatures. Elle ne comprit point alors ses prérogatives, ni la fin de tant de mystères et de faveurs ineffables ; mais une vertu toute divine la fortifia pour la rendre capable de les recevoir. Elle obtint de nouvelles grâces et des dons extraordinaires, qui rehaussèrent

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-^^ LEGENDE -

La Basilique de la Nativité est située à l'extrémité oiioatale do Eetliléeiu, en deliors de l'enceinte de l'anj cienne ville, sur le versant septentrional de la montagne qui lui sert d'assiette. A l'extérieur, comme nous l'avons TU dans la Légende qui précède, elle est entourée de plusieurs autres constructions; et ces constructions en dissimulent la forme et la cachent aux regards. C'est d'un côté (côté I^ord) le couvent Franciscain, soutenu par de liautes terrasses qui dominent une vallée profonde ; de l'autre côté, ce sont les couvents Grec et Arménien qui masquent la vue de la Basilique, excepté la toiture (voir la Gravure), dont le pignon aigu se fait voir de toutes parts.

Dans les Annales du T. -S. Rosaire (i) nous avons donné la description complète de ce Monument, unique au monde par le merveilleux de sa conservation et les souvenirs qui se rattachent à son histoire.

(1) Années 1895 et 1896.

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oîicore ses puissances extérieures et intérieures. Celles-ci furent, en outre, prévenues d'une grâce et d'une lumière insigne, qui les disposèrent à la haute communication que le Seigneur voulait faire à Marie. Quand il l'eut préparée par tous ces moyens, il lui découvrit sa Divinité, et la lui manifesta clairement dans une intuition extrêmement sublime : ce fut la première fois que cette très sainte âme de la Vierge vit la bienheureuse Trinité par une vision claire et béatifique.

L'Auteur d'un prodige si étonnant et les anges, qui découvrirent avec admiration en lui une partie de ce mystère, furent seuls témoins de la gloire que la divine Enfant reçut dans cette vision, des nouveaux secrets qui lui furent révélés, et des effets qui en rejaillirent dans son âme très pure.

Dans ce divin Consistoire la bienheureuse Trinité détermina de donner à l'auguste Knfant ce nom propre et légitime, qui ne peut être imposé à une créature quelconque que dans l'être immuable de Dieu, où toutes choses se distribuent et s'ordonnent avec équité, poids et mesure, et avec une sagesse infinie. Le Très- Haut, voulant l'imposer et le donner par lui-même dans le ciel, manifesta aux esprits angéliques que les trois Personnes Divines, dès le commencement et avant tous les siècles, avaient décrété et formé le très doux nom de Jésus pour le Fils, ■et celui de Marie pour la Mère, et que dans toute l'éter-

nité Elles s'étaient complu en ces noms, et les avaient gravés en leur mémoire éternelle, où Elles les avaient eus présents lors de la création de toutes les choses qu' Elles avaient faites pour le service du Fils et de la Mère. Les saints anges connurent ces mystères et beaucoup d'autres ; puis, ils ouïrent une voix sortant du trône, qui disait en la personne du Père éternel : ' * Notre élue doit s'appeler Marie, et ce nom doit être merveilleux et magnifique ; ceux qui l'invoqueront avec les sentiments d'une dévotion sincère, recevront des grâces très abondantes ; ceux qui l'auront en vénération et le prononceront avec respect, seront consolés et réconfortés ; tous trouveront en lui le remède à leurs maux, des trésors pour s'enrichir, et la lumière pour arriver à la vie éternelle. Ce nom sera terrible à l'enfer : il suffira pour écraser la tête du serpent, et remporter d'insignes victoires sur les princes des ténèbres. ' '

y. — Le Seigneur ordonna aux espr;ts angéliques d'annoncer cet heureux Nom à sainte Anne, afin que ce qui avait été confirmé dans le ciel fût exécuté sur la terre. La divine Enfant, prosternée avec amour devant le Trône, rendit de très humbles actions de grâces à l'Etre étemel, et reçut le Nom au milieu d'admirables et harmonieux cantiques. Cependant la jeune Reine ignorait toujours la cause de tout ce qui se passait ; car la dignité de Mère du Verbe incarné ne lui fut manifestée qu'au temps de l'Incarnation. Les mêmes anges qui l'avaient portée dans le ciel empyrée, la remirent avec la même joie et le

môme bonheur eutre les bras de sainte Anne, à laquelle ce prodige et l'absence de sa Fille furent également cachés; parce qu'un ange de sa garde occupa f-a place, ayant pris un corps aérien pour cet effet. D'ailleurs, pendant le temps assez long que la divine Enfant resta dans le ciel empyrée, sa mère Anne fut ravie en extase dans une haute contemplation, où elle apprit de très grands mystères touchant la dignité de Mère de Dieu pour laquelle sa fille était choisie, bien qu'elle ne sût pas ce qui se passait en elle. Et ces mystères, la prudente Epouse de Joachim les conserva toujours dans son cœur, pour régler sur leur importance sa conduite à l'égard de sa très sainte Fille.

8. — Huit jours après la naissance de l'auguste Reine, plusieurs légions d'anges descendirent du ciel dans un brillant apparat ; chacun d'eux avait un bouclier resplendissant, où le Nom de Marie était gravé en caractères du plus vif éclat ; ils se montrèrent tous à l'heureuse mère et lui dirent que le Nom de sa Fille était celui de Marie, qu'elle y voyait tracé ; que la divine Providence le lui avait imposé et voulait qu'elle et Joachim le lui donnassent sans différer. Ea sainte appela son Epoux pour conférer avec lui sur la volonté de Dieu en ce qui concernait le Nom de leur Fille ; et le bienheureux père accepta ce Nom avec une joie particulière et de pieux sentiments. Ils déterminèrent de convoquer leurs parents et un prêtre, pour imposer le Nom de Marie à Celle qui venait de naître, avec une grande solennité, et dans un banquet

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somptueux. Les anges le célébrèrent avec une douce et merveilleuse harmonie qui ne fut entendue que de la Mère et de sa très sainte Fille. Ainsi, le même Nom qui avait été donné à notre divine Reine par la très sainte Trinité dans le ciel, lui fut pareillement donné sur la terre, huit jours après sa naissance. Il fut inscrit au registre commun, lorsque sa mère monta au temple pour y accomplir la loi, comme nous le dirons dans la suite.

Ce fut là le plus extraordinaire enfantement que l' on eût jamais vu jusqu'alors au monde, et qui puisse avoir lieu chez une simple créature. Ce fut la plus heureuse naissance que la nature pût connaître, puisqu'elle ne se trouve pas seulement exempte des souillures du péché dès le premier instant, mais que l'Enfant naquit plus pure et plus sainte que les plus hauts Séraphins.

9. — Oh ! que notre petite Marie est belle ! Elle est toute belle et très douce en ses délices, parce qu'elle possède toutes les grâces et toutes les beautés sans qu'il lui en manque aucune. O heureux enfantement ! ô naissance salutaire ! qui pendant tous les siècles passés avez été la plus grande complaisance de l'auguste Trinité, la réjouissance des anges, le soulagement des pécheurs, la joie des justes et l'unique consolation des saints qui vous attendaient dans les Limbes.

O précieuse et riche perle ! qui parûtes au soleil enfermée dans la grossière nacre de ce monde. O sublime Enfant ! si les 3^eux terrestres peuvent à peine apercevoir

votre petitesse à la faveur de la lumière matérielle, vous ne laissez pas de surpasser en cet état, aux yeux du souverain Roi et de toute la Cour céleste, en dignité et en grandeur, tout ce qui n'est pas Dieu lui-même. Que toutes les générations vous bénissent ; que toutes les nations reconnaissent et louent vos grâces, vos charmes et vos beautés ! Que la terre soit embellie par cette naissance et que les mortels se réjouissent, parce que leur Réparatrice est née, qui doit remplir le vide que le premier péché a causé, et dans lequel il les avait laissés !"

L'humble religieuse, après ce cri d'admiration et d'amour, ajoute pour elle-même : " Que la bonté excessive dont vous avez fait preuve envers moi, qui ne suis qu'un pauvre vermisseau, que cendre et poussière, soit à jamais bénie et exaltée ! . . ." Et la Fille à jamais Bénie de la Bienheureuse Anne, lui répondant sur l'excellence

de son très saint Nom, dit : " Ma très chère fille,

a3^ez une grande dévotion pour mon très doux Nom, et sachez que les prérogatives et les grâces dont le Tout- Puissant l'enrichit furent si nombreuses, que l'intelligence que j'en eus dans ma vision de la Divinité m'engagea et m'obligea à une continuelle reconnaissance. Aussi toutes les fois que le Nom de Marie se présentait à ma mémoire, ou que je m'entendais nommer, mon cœur se sentait-il excité à la gratitude et à entreprendre de grandes choses pour le service du Seigneur qui me l'avait donné."

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