CHAPITRE QUATRIÈME
SOMMAIRE : 1.—Sainteté extraordinaire de saint Joachim et de sainte Anne, 2 —Merveilleuse opération de la grâce divine en sainte Anne, lors de la Conception Immaculée de la Vierge Marie. 3.—L/'âme sainte de Marie, chef-d'œuvre de la Toute- Puissance du Créateur, 4.—Sublime privilège accordé en cette occasion à la Bonne sainte Anne. 5.—Sainte Anne donnée par la Sainte Vierge comme modèle des mères de famille, 6.—Réflexion morale, 7.—Méchanceté de Lucifer qui cherche à nuire à la Bonne Sainte, 8.—ïîlle lui résiste fortement et remporte la victoire.
1.—La divine Sagesse avait préparé toutes choses pour séparer de la masse corrompue de la nature humaine la Mère de la grâce. Le nombre fixé des patriarches et des prophètes était déjà atteint et complet ; on pouvait voir les hautes montagnes sur lesquelles cette Cité mystique de Dieu se devait édifier. Le Très-Haut, pour la doter et l'enrichir, lui avait préparé par la puissance de sa droite les trésors inestimables de sa divinité. Il lui tenait tout prêts, pour sa garnison et pour sa garde, mille anges chargés de servir leur Reine et maîtresse en sujets très fidèles. IL établit la lignée toute noble et toute royale dont elle descendrait ; et il choisit les Parents très saints et très parfaits dont elle naîtrait, sans qu’il fût pos-
sible d'en trouver de plus saints durant ce siècle ; car s’il y en eut eu de plus grands ct de plus dignes d’être les parents de celle que Dieu lui-même prenait pour Mère, on ne saurait douter qu'il ne les eût choisis (1).
11 les prévint des grâces et des bénédictions de sa droite les plus abondantes, et les enrichit de toutes sortes de vertus, des illustrations les plus spéciales de la science divine et de tous les dons du Saint-Esprit. Après qu’il leur eut annoncé qu’its auraient une fille admirable et bénie entre toutes les femmes, l'ouvrage de la première conception, c'est-à-dire de celle du très pur corps de Marie, s’exécuta. Ses Parents avaient, quand ils se marièrent, sainte Anne vingt-quatre ans, et saint Joachim quarante-six., Vingt années se passèrent après leur mariage sans qu’ils eussent des enfants, et ainsi la mère avait, au temps de la conception dela Fille, quarante-quatre ans, et le père soixante et six. Elle eut lieu selon l’ordre commun des autres conceptions ; mais la vertu du Très- ITaut la préserva de ve qui aurait pu s’y trouver d’imparfait et de désordonné, en n'y laissant que les conditions nécessaires de la nature, afin que le corps le plus excellent qui ait jamais appartenu à une simple créature fût formé sans la moindre imperfection.
(1) Ces paroles sont extrêmement remarquables; et clles doivent augmenter toujours de plus en plus notre grande confiance en la Bonne sainte Anne !
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2.—Dieu redressa les fonctions des Parents de notre auguste Reine, et les prévint de sa grâce, afin qu'elles fussent dans cette occasion, vertueuses, méritoires et saintement réglées ; aussi, bien que conformes à l'ordre commun, furent-elles animées, dirigées et purifiées par ia force de cette divine grâce, qui devait opérer son effet sans que la nature y opposât le moindre obstacle, Cette vertu céleste éclata surtout en sainte Anne à cause de sa stérilité naturelle, car son concours fut aussi miraculeux dans le mode que pur dans le fait même, puisqu'elle ne pouvait concevoir sans miracle, et que la conception, qui a lieu suivant les règles et par les seules forces naturelles, peut se passer de l'intervention immédiate de toute autre cause surnaturelle.
La nature et la grâce concoururent donc en l’un et en l’autre, seulement au degré rigoureusement nécessaire ; mais cette grâce fut surabondante et suffisante pour absorber la même nature, sans toutefois l’annihiler, mais en la relevant, en la perfectionnant d’une manière miraculeuse, afin que l’on reconnût que la grâce s'était chargée de cette conception, ne se servant de la nature qu'autant qu'il le fallait pour donner à cette Vierge merveilleuse des parents naturels.
Ainsi la puissance qui conçut le corps virginal de Marie et la substance dont il fut formé furent bien naturelles, mais leur emploi fut l'effet du concours miraculeux de la
vertu divine ; et c'est pourquoi, dès que le miracle de
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