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cette admirable conception eut été opéré, la sainte Mère
redevint stérile.
Le péché et les funestes ardeurs de la concupiscence qui en résultent, restèrent tout à fait étrangers à cette conception miraculeuse ; car non seulement le péché ne vint point \bscurcir le lever de Celle que nous appellerons toujours l'aurore de la grâce, mais il fut refoulé jusque dans ses parents, quand ils la conçurent, afin qu'il ne débordât point sur la nature, qui dans cette œuvre devait reconnaître la supériorité de la grâce, et ne servir que d’instrument au suprême Architecte, également supérieur aux lois de l’une et de l'autre. Jt c’est ainsi que le Seigneur commença dès cet instant à détruire le péché et même à démolir le château du fort armé, pour le renverser et le dépouiller de ce qu’il possédait avec tyrannie.
3.—Ensuite le ‘Très-Haut créa l'âme de sa Mère et l’infusa dans son corps ; et en recevant cette pure créature au nombre de ses habitants, le monde eut le bonheur de recevoir la plus sainte, la plus parfaite et la plus agréable aux yeux de la Majesté divine, qui ait été créée
et puisse être créée jusqu’à la fin du monde.
Ce fut à l’instant de la création et de l’infusion de l'âme de la bienheureuse Marie, que la très sainte Trinité, s'exprimant avec bien plus d'affection et de tendresse qu’au premier chapitre de la Genèse, dit ces paroles : ‘‘ Faisons Marie à notre image et à notre ressemblance ;
Ré
SA VIE 53 rendons-la notre véritable Fille et Epouse, pour en faire la Mère du Fils unique de la substance du Père.’’
Par la force de ces divines paroles et par l'amour qui les faisait sortir de la bouche du Tout-Puissant, l'âme bienheureuse de l’incomparable Marie fut créée et infuse dans son corps, et remplie au même instant de grâce et de dons qui l’élevèrent au-dessus des plus hauts séraphins. Il n’y eut donc aucun moment où elle ait été privée dela lumière, de la faveur et de l’amour de son Créateur ; aucun moment où la tache et les ténèbres du péché originel aient pu l’atteindre d’une manière quelconque. Elle fut, au contraire, créée avec une justice plus parfaite et plus éminente que celle qu’Adam et Eve reçurent lors de leur création. I//usage d'une raison parfaite, et proportionnée aux dons spirituels qu’elle obtenait, lui fut aussi accordé, afin que ces dons ne fussent pas inutiles un seul instant, et qu’ils opérassent des effets si admirables, que le Créateur y pût prendre de souveraines complaisances,.
J'avoue que les communications et les lumières que je reçois sur ce grand mystère me ravissent et me confondent ; mon cœur, dans l'impuissance où je suis d’exprimer ce qu’il ressent, se livre tout entier aux transports de son admiration, en imposant silence à ma langue. Je vois la véritable arche du Testament construite, enrichie et placée dans le temple d’une mère stérile, avec bien plus de gloire que l'Arche figurative ne fut placée dans la maison d'Obédédom, de David, et dans le temple de
Salomon. Je vois l'autel dressé dans le sanctuaire où va s'offrir le premier sacrifice, qui doit vaincre la colère de Dieu en apaisant sa justice. Déjà pour la réalisation de cette œuvre, la nature sort de ses limites. De nouvelles lois sont établies contre le péché, sans égard aux lois communes, soit du péché, soit de la nature, soit même de la grâce ; déjà commencent à paraître une nouvelle terre et de nouveaux cieux, dont le premier est le sein d'une très humble femine où la très sainte Trinité opère ses merveilles, en voulant que d'innombrables courtisans de l’ancien ciel y assistent ; car mille d’entre eux sont char-
gés de garder ce trésor incomparable.
4.—Au moment de l’infusion de l'âme dans le corps de l’auguste Vierge, le Très-Haut voulut que sa mère, sainte Anne, ressentit et reconnût d'une manière merveilleuse la présence de la divinité : elle fut remplie du Saint-Esprit et pénétrée intimement de tant de joie, et d'une dévotion si vive et si au-dessus de ses forces ordinaires, qu’elle fut ravie en une extase très sublime, où elle puisa de très hautes notions sur les mystères les plus cachés, et célébra le Seigneur par de nouveaux cantiques d'allégresse. Ces précieux effets durèrent tout le reste de sa vie ; mais ils furent plus grands pendant les neuf mois qu’elle garda dans son sein le trésor du ciel ; car durant tout ce temps- 1à les mêmes faveurs lui furent renouvelées et plus souvent réitérées, et elle acquit ainsi une connaissance toute particulière des Ecritures saintes et de ses profonds mystères.