LA PAPE
chanterai un cantique de louange au Seigneur mon Dieu, parce qu'il m'a visitée pour me venger du reproche de mes ennemis. Le Seigneur Dieu m'a donné un fruit précieux de justice et de miséricorde : qui dira aux fils de Ruben qu’ Anne déjà avancée en Âge est devenue Mère ?
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Tous les convives prirent part à son allégresse. Ils imposèrent à la fille de Joachim le nom de MARIE, qui lui avait été donné par l'ange au jour de la promesse (").
2.—C'était un précepte de la Loi, au douzième chapitre du Lévitique, que si la femme donnait le jour à une fille, elle fut tenue pour impure pendant deux semaines, et qu’elle demeurât soixante-six jours dans sa purification. En outre, après sa purification, il lui était prescrit d'offrir en holocauste à la porte du tabernacle un agneau d'un an, et un pigeonneau ou une tourterelle pour le péché ; puis, de les remettre au prêtre, afin qu'il les offrit au Seigneur et priât pour elle, et qu’ainsi elle fût purifiée.
Les soixante-six jours de la purification étant donc écoulés, sainte Anne se rendit au temple tout enflammée d'un pieux zèle, et portant elle-même sa Fille bénie. Elle se présenta à l'entrée du tabernacle avec l’offrande que la loi exigeait, accompagnée invisiblement d’une multitude innombrable d’anges ; et elle eut un entretien avec le vénérable Siméon, qui, toujours fort assidu au temple, reçut par privilège cette singulière faveur que toutes les fois que Marie était offerte au Seigneur dans le temple, ce fut en sa présence et par son ministère. Ce saint pontife, comme on le verra dans la suite, ne devinait pas dans chacune de ces occasions la dignité de cette auguste
(1) Légende de Notre-Dame, ch. II.
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Reine, mais il eut toujours dans son âme le vif pressentiment que cette Enfant était très grande aux yeux de Dieu.
Sainte Anne lui offrit l'agneau et Ja tourterelle avec les autres choses qu'elle portait, et le conjura humblement et avec beaucoup d'insistance de prier le Seigneur pour elle et pour sa Fille, afin que, s'il se trouvait en elles quelque défaut, il le leur pardonnât. La majesté divine n’eut rien à pardonner ni en la Fille ni en la Mère auxquelles la grâce était si abondante ; elle trouva plutôt un sujet de récompense en leur profonde humilité, puisque, étant l’une et l’autre très saintes, elles se croyaient pécheresses et se présentaient comme telles. Quand le saint prêtre reçut l’offrande, il ressentit dans son âme une ardeur, une joie et une consolation extraordinaire; et, sans en comprendre la cause ni manifester ses impressions, il dit en lui-même : Quelle nouveauté est celle-ci? Seraitce que ces femmes fussent parentes du Messie attendu ? Demeurant dans cette agréable indécision, et pénétré de cette joie intérieure, il les accueillit avec une grande
bienveillance,
La bienheureuse Anne s’avanca donc portant sa très sainte Fille entre ses bras, et l’offrit au Seigneur avec des larmes de dévotion et de tendresse, comme étant la seule au monde qui connût le trésor qu’elle avait reçu en dépôt (1).
(1) La scène de la Nativité de la Sainte Vierge commence la série des tableaux que le verrier, l'entailleur d'images, consacraient à la gloire de la Mère de Dieu : on la trouve fréquemment, comme
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3.—‘Ma fille (‘}), je réponds très volontiers à vos doutes. Il est vrai que j'ai joui de la grâce et de l'usage de la raison dès le premier instant de ma Conception, comme je vous l'ai déjà si souvent fait connaître ; que j'ai passé par les sujétions communes à tous les enfants, et que j'ai été élevée de la manière ordinaire. J'ai été, comme fille d'Adam, sujette à la faim, à la soif, au sommeil et autres peines corporelles, parce qu'il était juste que j'imitasse mon très saint Fils, qui accepta ces privations et ces peines, pour en tirer des mérites, et que je servisse avec lui d'exemple aux autres mortels. Comme je me réglais par la grâce divine, j'usais de la nourriture et du sommeil avec la tempérance requise, et avec plus de sobriété que les autres, n'en prenant que ce qui était absolument nécessaire pour ma croissance et pour la conservation de ma vie et de ma santé; car l'exès en ces choses n'est pas seulement contraire à la vertu, maïs il est aussi funeste à la nature, qu'il allère ct qu'il ruine..... KEts'il me manquait ensuite quelqu'une des choses dont j'avais besoin, loin de m'en troubler, je déclarais et avouais avec une joie sincère que l’on pratiquait à mon égard ce qui était
raisonnable, parce que tout ce que l’on me donnait était
sur les tapisseries de la cathédrale de Reims, accompagnée de l'histoire figurative de l'étoile de Balaam. Ie fils de Béor, à la vue des tabernacles d'Israël, est inspiré par l'Esprit Saint. Une étoile radieuse s'élève devant lui. C’est l’astre de Jacob qui vient éclairer le monde. Ainsi Marie, l'aurore du soleil de justice, l'étoile de la mer, brille enfin sur la terre des Patriarches et des Prophètes. LÉGENDE DE N.-D.
(1) Paroles de la Sainte Vierge à la Vén. M. d'Agréda.
par grâce, sans mérite de ma part, et qu'il eût été parfaitement juste de m'en priver. Or, sachez, ma fille, qu’en me tenant ce langage à moi-même, je reconnaissais une vérité que la raison humaine ne peut nier ni ignorer. Où est donc le jugement des hommes, lorsque manquant d'une chose qu'ils souhaitent avec trop de passion et qui leur est le plus souvent nuisible, ils s'attristent et s'emportent les uns contre les autres, s’irritant même contre Dieu, comme s'ils en recevaient quelque tort !.... O ma fille, quel désordre abominable et quel aveuglement odieux, est celui des mortels ! Ils reçoivent ce que le Seigneur leur donne par pure grâce, sans le reconnaître et sans y répondre : ils s'inquiètent de ce qu'il leur refuse par justice et bien souvent par une grande miséricorde, et ils se le procurent même par des voies injustes et illicites, courant ainsi étourdiment au-devant du dommage qui les suit ! Par le seul premier péché que l'homme cominet, en perdant Dieu, il perd aussi l’amitié de toutes les créatures ; et, si le Seigneur ne les retenait, elles s’uniraient toutes pour venger son injure, et refuseraient à l’homme les influences et les secours par lesquels elles le conservent et lui assurent la vie. Le ciel le priverait de sa lumière et de ses émanations, le feu de sa chaleur ; l'air lui refuserait la respiration, et toutes les autres choses en feraient autant à leur manière, pour se conformer à la loi de la Justice. Que l'homme donc, cet être vil et ingrat, s'humilie, et qu'il prenne garde de ne point thésauriser la colère du Seigneur pour ce jour inévitable des grandes
assises et des comptes universels de l'humanité, alors que
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la terre refusera ses fruits, les éléments leur harmonie et leur concours, et que toutes les autres créatures s’armeront pour venger les injures qu'on aura faites au Créateur: « jour-là toutes les obligations paraîtront si terribles !
Quant à vous, ma chère fille, évitez une si noire ingratitude ; reconnaissez avec humilité que vous avez reçu l'être et la vie par grâce, et que c'est aussi par grâce que Celui qui en est l'auteur vous la conserve ; que vous recevez gratuitement tous les autres bienfaits sans les avoir mérités, et que, recevant beaucoup et rendant toujours moins, vous devenez sans cesse plus indigne de ses bienfaits, tandis que la libéralité du Très-Haut s'augmente à votre égard, et que par conséquent vos obligations augmentent aussi à l'égard du Seigneur.
4.— Voilà la réponse à vos doutes : maintenant je vais vous donner l'instruction que je vous ai promise à la fin de tous les chapitres. — Considérez donc, ma fille, avec quelle ponctualité ma sainte Mère ANNE accomplit le précepte de la loi du Seigneur, à qui cette exactitude fut très agréable, Vous la devez imiter en cela, en observant inviolablement tout ce que votre Règle et vos Constitutions vous ordonnent : car Dieu récompense généreusement cette fidélité, tandis qu’il se sent très offensé d'être servi avec négligence. Puisque j'avais été conçue sans péché, il n’était pas nécessaire que j'allasse trouver le prêtre, pour que le Seigneur me purifiât ; ma Mère n'était
point non plus dans cette nécessité, parce qu'elle était très sainte et très pure (*)! Nous obéîmes néanmoins avec humilité à la loi, et par notre soumission, nous méritâmes de grands accroissements de vertu et de grâce, Le mépris qu'on fait des lois justes et bien établies, et la dispense que l'on en accorde à tout propos, font perdre le culte et la crainte de Dieu, en même temps qu'ils troublent et
détruisent l’ordre du gouvernement humain,
5.—S$Sainte Anne ayant donc ainsi offert sa très-sainte Fille au Seigneur, renouvela alors le vœu qu'elle avait déjà fait d'offrir au Temple son premier-né, lorsqu'il serait arrivé à l'âge convenable : et étant favorisée, au moment où elle renouvelait ce vœu, d'une grâce et d’une lumière spéciales du Très-Haut, elle entendit une voix qui lui disait intérieurement d'accomplir dans trois ans ce même vœu, de porter et d'offrir sa Fille au temple. Cette voix fut comme l'écho de la très sainte Vierge, qui toucha le cœur de Dieu, afin qu'il résonnât dans celui de sa Mère : car, elles furent à peine entrées dans le temple, que l’aimable Enfant, voyant par ses yeux corporels la majestueuse grandeur de cet auguste temple consacré au
culte et à l'adoration de la Divinité, en ressentit des
effets merveilleux, et elle aurait bien voulu s’y prosterner
(1) Ma Mère élail très sainte et très pure ! Quel éloge et quelles paroles ! tombant des lèvres virginales de MARIE ! Ah ! que les vrais Dévots à la Grande et Bonne sainte ANNE les gravent dans leur cœur, en lettres de feu qui les brûlent sans cesse, afin de ne les oublier jamais !
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