‹ La bonne Ste Anne [microforme]Chapitre 58 sur 124 · UN PREMIER PRODIGE · texte numérisé non relu

UN PREMIER PRODIGE

Gabriel Aydone, riche marchand de Trapano, ami et bienfaiteur de notre Couvent, avait puisé dans ses pieux entretiens avec le Frère Innocent, une grande affection envers la Bonne sainte Anne. Se rendant un jour, pour affaires urgentes, de Sicile à la grande île de Sardaigne, il se recommande, à son départ, avec grande ferveur, à sa Patronne, et il s'embarque ensuite avec confiance sur un nouveau et très-solide navire. A peine arrivé à l'île d'Hiéram, vulgairement appelée Aarélamo, il lève les yeux au ciel, et voit comme un triple nuage qui menace d’une tempête imminente. Toutefois, comme le vent est favorable, il exhorte le pilote à poursuivre sa route. Mais ils ne sont pas encore arrivés vers la moitié de la mer de Sardeï à la côte occidentale de Sardaigne, qu'un vent contraire se lève et souffle avec tant de violence que les

voiles se déchirent et les antennes se brisent.

Le riche et pieux marchand, voyant le danger, exhorte tout l'équipage à invoquer avec confance sa grande Patronne, la bonne sainte Anne. Les pauvres matelots désespérés, hors d'eux-mêmes, ne répondent pas à cette confiante invitation. Pauvres gens, hélas ! nous les connaissons si bien. Ceux-ci ressemblaient à quelques-uns

des nôtres que nous avons connus : chose triste à dire, et

dont le souvenir seul fait frissonner d'horreur. Habitués aux mauvaises paroles, aux sacres, aux blasphèmes, au moment du péril, au lieu de prier et de se confier en Dieu et dans ses Saints, ils sacrent et blasphèment encore davantage, C’est ainsi, il y a deux ans, qu’un homme à la drave, est allé, en proférant d'horribles blasphèmes, se briser la tête sur un rocher, en présence de ses compagnons épouvantés. Nos malheureux Siciliens firent de même, Au lisu d’'invoquer la bonne sainte Anne, ils répondirent par un blasphème : ‘Laissez-nous donc! c'est bien le moment de faire les 4igofs : nous avons autre chose à faire que de dire des Ave Maria à sainte Anne... nous cherchons une direction pour nous jeter à la nage

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