UN CHEVALIER DE FLANDRE ET LA FÈTE DE SAINTE ANNE
Autrefois, au fertile et verdoyant pays de Flandre, vivait un Chevalier, dont la vertu égalait la haute noblesse, Ce Chevalier avait une égale dévotion à l’Immaculée Vierge Marie et à sa Mère, la glorieuse sainte Anne, Il avait fait bâtir en leur honneur un temple somptueux, dans lequel il avait fait placer deux autels. A l'un deux, il avait posé une belle statue de la sainte Vierge et à l’autre, une même statue de la Bonne sainte Anne. ‘Tous les jours, deux prêtres devaieut y célébrer la sainte Messe ; et tous les ans, le 26 juillet, on y faisait la Fête de sainte Anne et le 8 septembre, celle de la
Nativité de la sainte Vierge avec grande solennité,
Or, il arriva que les revenus du pieux Chevalier, par une permission de la divine Providence, diminuant de jour en jour, ne suffirent plus à tous les frais du culte. Il se trouva réduit à ne pouvoir plus faire qu'une seule solennité chaque année, et finalement, à sa grande douleur, il
ne put plus solenniser ni l’une ni l’autre.
Un jour, il s'affligeait outre mesure, dans son château, et s'excusait tour à tour, devant la sainte Vierge et
devant sainte Anne, de ce que ses moyens ne lui permet-
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cierge brûlera plus longtemps.”
taient plus de célébrer leur Fête, comme il le faisait naguère : on était à la veille du 26 juillet : le pieux Chevalier, dans son affliétion, supplia sainte Anne de venir à son secours. Pendant qu'il lui adressait cette prière, on frappa à la porte et il entendit une douce voix qui l'appelait. J1 courut ouvrir avec empressement, et vit devant lui une Dame au port majestueux et le visage resplendissant ; elle lui dit : ‘‘ Paix à toi, noble Chevalier, et sois heureux ! Voici cinquante écus pour célébrer la Fête.’ Cela dit, la vision disparut. Cette céleste apparition fit tant d'impression sur son âme et sur tous ses sens qu'il tomba sans connaissance, évanoui. Cependant, revenant insensiblement à lui-même, il put se rapper clairement les paroles de l'apparition, mais il n’en saisit point le sens. De là de nouvelles an i£its. 11 ne savait si cet argent qu'il reçut réellement était pour la Fête de sainte Anne qui était proche, ou bien pour celle de la Nativité, au 8 septembre. Tout autre que lui aurait, ce semble, décidé la question sans hésiter. Mais le Chevalier était trop ému, et son émotion l'empêchant de juger sainement le rendit anxieux. Enfin, après une longue hésitation, voici ce qu'il fit: d'un côté, les cinquante écus étaient insuffisants, selon lui, pour la double solennité, et de l’autre, ne sachant laquelle des deux devait avoir la préférence, il prit deux cierges ; il en plaça un à l'autel de la sainte Vierge et l'autre à l'autel de sainte Anne ; il les alluma tous les deux en même temps et il se
dit en lui-même: ‘‘Je célèbrerai la Fête de Celle dont le
Cela fait, le Chevalier retourna au château, pour expédier des affaires qui lui prirent un temps assez considérable, Il retourna ensuite à l'église pour examiner ies cierges qu'il y avait allumés. Celui de la sainte Vierge était entièrement consumé, tandis que celui de sainte Anne était resté tout entier et brûlait comme si quelqu'un venait fraîchement de l'allumer, Ce prodigedissipa toute incertitude et le pieux serviteur de sainte Anne comprit que l'’humble Vierge Marie avait pour extrêmement agréable qu'il donnât la préférence à sa glorieuse Mère,
la Bonne sainte Anne,
Et vous aussi, ami Lecteur, apprenez par l'exemple de ce pieux Chevalier que celui qui honore la Mère. honore la Fille, et que tout ce que vous ferez pour glorifier la
onne sainte Anne sera très-agréable à la Vierge Marie,
comme à son divin Fils à qui soient honneur et gloire
dans tous les siècles des siècles,