SCÈNE V
ROSELLA, SPALANZI,
SpAIiANZI.
Je vous ai amené ici , mon frère , et pour cause.
RosEiiLA(à part. )
Soupçonnerait - il mon déguisement ?( //auf. ) Je ne deviao pas.
Aujourd'hui est un beau jour !
Explique-toi ?
SpALANZr.
C'est le jour de la fête de l'Iiermitage , vous le savez ; mais , ce que vous ne savez peut-être pas , c'est que les paysans du voisinage s'y rendent 3 et ils n'y viènent pas les mains vuides,
R o s E li L A.
Le père Anastasio les recevra.
Spalanzi.
Vous oubliez qu'il vient d'aller chez le Gouverneur . . . , par le souterrain.
RosELLA (à part. )
Faisons-le jaser. ( Haut. ) Je sais. . . ; mais j'ignore. . . .
Spalanzi.
Le pourquoi ?
Oui.... le pourquoi?
Spalanzi.
Je vais vous le. . . ; non, c'est un secret. Je voulais vous dire que si ces bons villageois desiraient absolument de parler à votro compagnon ... 5 vous voj'-ez bien cette partie du château?
Je la vois.
lo LABONNESCEUR»
Cette petite fenêtre grillée ? . . .
Je la vois.
Spalanzi.
Vous l'appèlerez; c'est là qu'il doit visiter un prisonnier . . ,. Mais , c'est un secret. t
R o s E L L A sourit.
Vn secret. . . , pour toi qui ne connais ni le prisonnier , ni le motif de sa détention.
Spalanzi, avec ironie.
Oh ! mon dieu non, je ne le connais pas.
Tu ne sais seulement pas son nom.
Spalanzi, toujours avec ironie.
Moi ! je ne sais rien du tout.
Tu vois que j'ai raison ; tu l'ignores.
SpALANzï,ffe mêmg.
Eh ! l'on ma toujours dit que je n'étais qu'un ignorant.
RosELLA [à part avec dépit. )
Je ne saurai rien. ( Haut, d'un air indifférent. ) II n'y a pas long-temps que ce prisonnier est dans la forteresse ? S p A I. A N z I , avec ironie et finesse.
Vous oulilicz. . . que tout est secret pour moi. . . Cependant, ei je voulais. . . . Dieu merci !
Eh bien ?
Spalanzi, de même.
Si je savais qucLpi'im bien discret ?
Je le suis.
Spalanzi.
T.inl mieux j ça fait que je suis sur ipic vous n'irez pas en n«ai tUrc.
( Il .'i'en va. )
COMEDIE- LYRIQUE. ix
R o s E L L A court après lui.
Dire quoi ?
Spal.vnzi, toujours ironiquement.
Ce qui est un secret. . . , Pour moi qui ne connais rien , qui ne vois rien , qui n'entends rien , et qui , aussi , comme de juste , ne dis rien.
RosELLA, avec dépit.
Je respecte ton silence. . . . Biais , au moins , ceux que l'on renferme ici, sont-ils traités avec les égards dus au malheur? Ah! tu peux me dire cela ?
Cela?... Oui, je puis dire cela.
COUPLETS
Nos prisonniers sont bien nourris ;
Pu pain , de Teau tout à leur ai^e ;
Paille fraîche garnit les lits ;
Pour fauteuil . . . , ils ont une chaise.
Six pieds carrés font le palais
Que pour rien. . . toujours on habite :
Mais ils sont seuls ?
S PA L A N z T.
Oh ! non , jamais.
Car très-souvent je les visite.
Ailleurs on fait ce que l'on peut , Tout est dei'oir , tout est affaire ; Ici . . . , l'on fait ce que l'on veut , !Exceptô ... ce qu'on voudrait faire.
Quoi î traités comme de vils scélérats ! . . .
S p A L A N z I continue.
I Ne croyez pas que des méchants ,
TJos prison'- soient toujours l'asyle; 3'ai vu . . . bien des hojuiêtes geas Venir y prendre un domicile.
Ainsi , personne ne voit ces infortunés.
Si fait j moi, comme je vous l'ai déjà dit.
12 LABONNES(EUR>
Rien que toi ?