AIR
Veillez sur moi, du liant des cieux ^ Vive Amitié , douce E^[»éraiice ; lît pour mieux servir rinnocence.
Cachez-moi bien à tous les yeux.
Sauver un frère , ah ! quel bonheur!
Est-il une plus douce ivresse ?
Déjà l'excès de ma tendresse l,e voit dans les bras de sa sœur ; Une chaumière j un désert même , Atiprès de ce frère que j'aime > M'otffirait encor le bonheur.
Veillez sur moi , etc. . .
Si je pnrvenals jusqu'à mon frère ! ( montrmit la manche de stt rohe d'iurmits ) , j'ai là de quoi le dérober à leur vengeance. Voici l'heure où mon fidèle domestique , tantôt sous un déguisement, tantôt sous un autre , passe devant celte isle , pour apprendre s'il peut me servir dans mes projets. . . Loganez est là.. . . Ces barreaux làciles a briser. . . . ( El/e tire de sa poche un crayon et du parier) Ecrivons. « Ton maître est sauvé , si ton courage est égal au » mien. Les paysans d'alentour vont se rendre ici pour la fêle j » que réunis à toi , quelques amis bien armés les acccmipagnent. . . j) Le ciel cl Rosella feront le reste. » ( E/ie paraît regarder de rautre côté de la Spai-^a.) Je le vois; c'est lui. Nul individu ne m'observe. . . . ( ■^^'« '"^ ./a'^ s^gnc de rester. ) Il me comprend. (Elle lie kon billet à une pierre et Ljèie de Vautre côté de la rivière , ensuite elle pousse uncride jjie. ) Elle a lourlie l'autre rive. 11 liant ma lollre. . . . Elle ea lue.. .. Ce signe cpi'il init en s'éloignant, T71C répond du sncrùs. . . . O divin moteur de l'univer.i î daigne favoriser mon entreprise !
( /Ina^'iaiio sort de la prison et s\ivance lentement dans l'ai tilde d'un htnime plonge dans une profonde méJiiaiion. Rosella va au-dc%\int de lui. )
COMEDIE-LYUIQUE. i5
ROSELLA, ANASTASIO.
\Jv E L air sombre ! . . . Père Anastasio, vous venez de la forteresse ?
An astasio.
Le gouverneur m'y a fait appeler.
R o s E L L A , vivement.
Pour voir quelque prisomiier , sans doute ? Anastasio.
Que j'exerce un pénible ministère ! . . . . ( A Rosella. ) Mon fils , tu te sens donc bien de la vocation pour l'état que tu embrasses ?
Rosella.
Oh, oui ! on n'en eut jamais une plus déterminée (^àpart.) yient-il de chez Loganez ?
Anastasio.
Tu ne prévois pas , mon jeune ami , de quelles épines cruelles est semée la route qui s'ouvre devant toi. Que de souffrances tu prépares à ton ame sensible î Conçois-tu le déchirement que fait éprouver le continuel aspect du malheur ?
Rosella.
Mais , ne peut-on le soulager ? . . . l'adoucir ?
Anastasio.
L'adoucir ! . . . Le moindre mut me rendrait suspect ! ..^
Rosella.
Ainsi , toute espérance est enlevée au malheureux que vous fvenez de voir l
Quel est ce mystère?. . . On n'afiécte point cette noblo lîerté que je lui ai vue ; cette dignité que conserve l'innoceace au luiijeu môme des tourments.
Rosella»
Pes tourments ! Quel mot ailreujt ! il a retenti jusqu'à çaoa
i6 LABONNES(EUR,
cœur. O mon père ! parlez , parlez ; si vous saviez quel intérêt vous excitez en moi !
Mais . . . , dois-je te confier ?
Je sais que la confiance s'accorde et ne se commande pas. . . Si c'est un secret , je ne veux pas l'arracher j mais, pour riez- voUs élever quelques soupçons ?
Anastasio.
Ah ! pardonne , pardonne à la douleur qui me presse. . . . La défiance peut régner ici dans tous les cœurs , elle n'est pas dans le mien. . . . Eh ! ne faut-il pas que ces horreurs parvièneal à ta connaissance ?
Des horreurs ! . . . des horreurs \ . . . (^ A part. ) Oh mon frère !
Anastasio regarde autour de lui.
Apprends donc que le conseil des dix vient de condamner à la mort ce prisonnier accusé. . . , dit-on. . . , d'avoir trahi le gouvernement,
Et, connait-on son accusateur ?
Tout est ici secret d'état.
RosELi. A {à part. )
Douleur mortelle ! ( Haut. ) Comment ce prisonnier vous a-t-iJ reçu.
Anastasio.
Il a refusé mes soins.
Réfusé vos soins ! Malheureux ! il n'aura donc pour fermer lia j)anpicTe . .. , ni la innin d'une épou.sc , ni celle d'un ami. ..4 Son dernier .soupir , arraché par des tyrans . . . , sera reçu par des bourreaux !
Anastasio.
Tl n'n point voulu m'cntendrc . . . <( lieriez , m'a-t-il dit , portez » il mes assassins les consolations que vous nvoflrez ; eux seuls ea » auraient besoin , si les scéUrals connalhsnlent le repentir. » Je l'ai prié , prcsaé , conjure : « Épargnez-vous d'iuulilcs eollici-
)> tâtions qui me deviendraient suspectes : je n'ai point de parents, 5) je n'ai point d'amis qu'on puisse envelopper dans mon malj) heur. ... Je n'ai point de secrets à dévoiler ...» Quoi '. me suis-je écrié , vous pouvez supposer que , ministre d'un dieu de paix, je voudrais sonder les replis de v.otre cœur , pour aller trahir le plus saint de mes devoirs, souiller le ministère sacré que je remplis ! . . . « Ah ! pardonnez à mon égarement , m'a-t-il » dit aussitôt , en me pressant les mains ; le malheur me rend in- » juste ; oui , cet air de. franchise ne peut appartenir à un homme )) capable d'un abus de Confiance. Mais , je vous en conjure , » cessez de m'ofFrir des soins dont je reconnais si mal le prix , » et ne m'enlevez pas la douceur de passer dans le recueillement « quelques minutes qui me restent. L'innocent meurt tranquille... ^ » sa consolation est là. » ( // montre son cœur, )
Comment , vous ne le verrez plus ? . . .
A N A s TA s I o.
Moi , je ne le verrais plus !.. Je pourrais abandonner un fils ? . . . car les malheureux mes enfants \ Ne pas le délaisser est mon devoir ; et je le remplirai.
Mais , ne pourrais-je. pas ? ...
A N A s T A s I o réfléchAt.
Quelle idée s'offre à moi ! . . . . C'est le ciel même qui m» l'inspire. Oui .... O doux espoir !
Quoi ! vous pourriez. ... le sauver ? . . .
Anastasio.
Le .sauver ! . . . Non ; mais ton âge , moins éloigné à\i sien , pourra lui inspirer quelque confiance. . . . Tu le verras. . . .
R o S E L I. A , avec transport.
Je le verrai ! . . . O mon père ! je le verrai. . . . Sms doute , il faut que je le voye. ... Je sens mon ame s'élever jusqu'à ce Paint enthousiasme qui vous embrase vous-même ; filles que je parviène jusqu'à ce prisonnier , j'espère , oui , j'espère le disposer. ...
Anastasio.
Il faut l'aveu du Rouverneur.
iK LABONNESCEUR
Le gouverneur n'est point un barbare.
Anastasio.
Il est bon autant qu'humain. . . . Souvent je l'ai entendu gémir des ordres rigoureux qu'on le force d'exécuter.
Eh bien ! il ne vous refusera pas.
Anastasio.
J'aime à le croire. Mais tu as peu d'expérience ; sais-tu ce qu'il faudra dire à ce prisonnier ?
R o s E L L A , avec ame.
On parle toujours bien , quand on parle d'après son cœur.