La Bosnie et l'Herzégovine
Les croisières du lu Ileriio (jihwrnlo dos Scioiicos periiicllenl, comme on sait, à un grand nombre de personnes de visiter d'une façon inslructivc des p;iys où il serait diriiiMle et beaucoup moins proliliible de voyager seul.
Grâce aux conférences données à bord sur les contrées qu'on va voir, gr;\ce aux explications fournies sur place par les savants qui, à terre, dirigent les excursions, les touristes apprennent vite tout ce que l'on sait d'imporlant sur les régions qu'ils parcourent. Mais leur passage y est le plus souvent trop rapide pour qu'ils puissent y entreprendre des recherches utiles à l'avancement de la science.
11 nous a semblé, cependant, que, sans détourner l'œuvre de sa destination, — qui est de répandre parmi nos compatriotes la connaissance des pays étrangers, — nous pourrions parfois utiliser nos déplacements en vue d'investigations systématiques cl dans un but d'exploration. Nous convierions un certain nombre de nos collaborateurs à faire roule avec nous vers des régions où d'intéressants prol)lèmes sont à élucider, et nous leur ménagerions la possibilité d'y prolonger leur séjour aussi longtemps que l'exigeraient leurs travaux. Demeurant nos hâtes jusque
eULGAftIC
Fig. 1. — fUlualion do la Bosnie (B) cl de fllcriegovine (II) en Europe. (Les pays extérieurs au domaine de l'Autriclie-IIongrie sont remplis <n ponctué.)
Fig. -2. — nivcs (îc Ja Majacka, à Sarajevo,
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Fig. 3. — Paysat/e sur les bords du polje dn Livno.
LA REVUE GÊiNÉIlALE DES SCIENCES EN BOSNIE-HERZÉGOVINE 3
leur relour en France, ces savants réserveraient ensuite à nos lecteurs l'exposé complet de leurs observations.
La monographie que nous publions aujourd'hui est le premier fruit de celle idée. Nous avons pris occasion d'une croisière de la Iloviio on Adriatique pour étudier en détail deux contrées situées au cœur môme de l'Europe (fig. 1) et néanmoins peu connues : la Bosnie et l'Herzégovine.
Courbées sous le joug de la Turquie, isolées à la fois des peuples germains et des nations latines par la race et la langue, ces provinces ont jusqu'à une date récente écliappé au conlact de l'Occident. Pendant lU's siècles, nous les avons ignorées. Encore aujourd'hui, notre enseignement clas!>ique les passe, pour ainsi dire, sous silence.
A des titres divers, elles réclament cependant l'altenlion des savants et des politiques. Leur structure physique paraît si complexe que, dans son ensemble, elle n'a été l'objet d'aucune description. Fouillé depuis peu, leur sol a déjà livré à la curiosité des antiquaires des trésors qui vont aider h reconstituer l'hisloiie de ses plus anciens habitants. Mais, c'est principalement leur population actuelles ([iii, en raison do sa variété, de son étal moral et de ses ressources, mérite examen. Décimée par les guerres civiles, épuisée par les insurrections, elle fut enfin, il y a quelque vingt ans, secourue par les Puissances et confiée par elles à la tutelle de l'Autriche. La Iransfôrmalion opérée depuis lors dans toule la Bosnie et l'Herzégovine montre à quel point peut être féconde l'application des méthodes scientifiques au gouvernement des sociétés et à la mise en valeur de leurs biens.
Pour nous. Français, qui possédons maintenant un immense empire colonial, il y a évidemment avantage à connaître, — outre le système administratif, — la pédagogie, les recherches savantes, les travaux publics, les institutions agronomiques, l'organisation et les procédés industriels, qui ont si rapidement relevé de ses ruines un pays déchu.
Cette considération surtout nous a déterminé à entreprendre l'étude scientifique de l'Herzégovine et de la Bosnie. A cet effet, nous avons sollicité le concours d'une dizaine de savants spécialement qualifiés; nous les avons invités d'abord à se joindre aux voyageurs que nous conduisions dans cette partie des Balkans, puis à y rester avec nous après le départ des touristes.
C'est ainsi que, pendant plusieurs semaines, la « Mission française », — comme on désignait noire petit groupe à Sarajevo, — parcourut villes, villages et campagnes, observant les choses, interrogeant les gens, visitant les mines, les cultures, les usines, les écoles, recueillant, en un mot, tout ce qui peut renseigner sur la condition matérielle et morale des habitants, leur degré de bien-être et de civilisation.
Un simple coup d'œil sur le sol, les hommes et les institutions, fera saisir tout l'inlérêl de cette enquête.
Le territoire que nous avions à explorer occupe une superficie de plus de 5().(X)0 kilomètres carrés'. La Dalmaiie, la Croatie, la Slavonie, le royaume de Serbie, le sandjak de Novi-Bazar et la Principauté de Monténégro l'entourent de toutes parts* ^fig. 1, .'i et 8). C'est un assemblage de régions monla-
' Exaolement : .'il. 110 kiloim-lrcs cari-c's.
' Sauf à Klek ot Siiloriiia, villages lout proclies l'un île l'aiilre. où le lerriloire île riler»''govine pémMrc & trarers la cùle (l.ilinate jusqu'il l'Adriatiiiuc. Ces deux points do contarl avec la U)cr n'offrent acluellcmcnt aucune importance eoiiiniorciale, et ne seiiihlenl guère destinés i\ en aoqiicrir tant «[ue l'Aiilriclie-IIongrie aura la gt'ranie de la Boïinic tl de l'Herzégovine, la grande voie ferrée qui traverse ces provinces aboutissant au port dalmalc Je Metkovic, aujourd'hui florissant.
gneuses, soulevé du nord-ouest au sud-est par les chaînons parallèles des Alpes Dinariques (fig. 5).
Le versant occidental du toit ainsi formé comprend (fig. 5) : au sud, l'Herzégovine ; au nord, un
lambeau de Bosnie'. Son sol rocailleux, tourmenté, hérissé de hautes cimes (fig. 4, et B, C, D, E, G,
fig. 5), apparaît fortement incliné vers l'Adriatique ; aussi n'offre-t-il que de loin en loin une terre
propice à la culture ; il ne possède qu'un fleuve digne d'être mentionné, la Narenta, qui débouche à Metkovic, sur la côte dalmate.
Le versant oriental, tout bosniaque, est moins abrupt.
Il est constitué par de hauts plateaux, que séparent de larges dépressions. Doucement infléchi du sud-ouest au nord-est, il appartient au bassin de la mer Noire : ses cours d'eau, — rUna,le Vrbas, rukrina, la Bosna, la Drina, etc. (fig. 5) — vont grossir la Save, affluent du Danube. Dans les vallées qu'ils arrosent, leurs rives verdoyantes (fig. 2 et 7) donnent au paysage une physionomie calme et .reposée, qui charme le voyageur dès son arrivée en ces lieux.
Le noyer, le châtaignier, le hêtre, le chêne et le bouleau couvrent près de la moitié de cette région, et y alternent avec de vastes pâturages.
En ces deux contrées, c'est le relief du sol qui a déterminé la distribution des ha- Ditants. Des murailles naturelles (fig. 3) découpant le pays en un grand nombre de districts isolés les uns des autres, les familles ont été forcées de se confiner dans ceux de ces étroits espaces qu'elles trouvèrent susceptibles d'exploitation. Il en est résulté quantité de petits centres, privés, pendant longtemps, de toute communication régulière au
l"'ig. 4. — Dc/ilcs de la A'arcnla- près de Craborica {Horzcjoyjae).
' Exactement : au sud, l'Herzégovine et une pclile portion de Bosnie; au nord, comme il vient d'i'tre dit, un lambeau de Bosnie.
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dehors, et qui, en se développant, sont devenus des villes. Telles sont (fig. 8) : en Herzégovine, Moslar, l'ancienne ville épiscopalo, aujourd'hui peuplée de 14.300 âmes; Slolac, Gacko, Konjiea, Trebinje, eilés do 3.oOO, 1.000, l.fiOO cl l.'OO liabilanls; en Rosnio, Sarajevo (Bosna-Séraï), la capitale aciuclle, qui comprend environ 38.000 urnes, puis Travnik, Hiiiac, Baujaluka, Donja Touzla, auxquelles les récentes statistiques en assignent G.OOO, 4. (KM), 15.000 et 12.000. Mais ce n'est pas tout, et il nous
Fig. 5. — Croquis très scliéinatique pour iadiqut'r : i" Le Unit ilominanl de l'orographio Je la llosaie-Uerzcgiiyiin-. ol la ilivision du pays en deux versants; 2» Im loralisalion de l'Herzégovine sur l'un de ces versants et la distribution de 1,1 Ilosnie sur tes deux. — Les traits verticaux couvrent le versant do sudoucst ; l'emplacement de l'Ilenégovine y est marqué par l'addition d'un ponctué au système de ces traits. Les trait» espacés et horizontaux indi(]uont le versant de la mer Noire. — A. embouchure de la Narenta; B, sator planina (l.Sia"); C, Radtiéa (1.956»j; D, lijelasjiica (2.067"); E, Vranics planina (2.10T"); G, Massif du Preaj.
faut encore citer d'importantes localités où, nos collaborateurs et nous-méme, nous aurons par la suite i\ conduire le lecteur (fig. 8) : Livno, à l'ouest; Foèa, Viàegrad et Rogatica, au sud-est; Zenica, Maglaj, Bugojno et Jajce, vers le centre; Bjelina, au nord-est; Dervent et Gradiska, tout au nord.
En chacune de ces communes, les gens, forcés pendant longtemps de s'allier entre eux, ont, jus-
Fig. 6. — llabiUdiuha uccu/jcca pur <,, ■■ ^...uuiiijus Jniisulimiiirs mis 'uh'HiUi (lu Livno.
Fig. 7. — Paysage à Vranduk.
LA FtKVUE GIÎNÉRALF, DKS SCIENCES EN BOSNIE-HERZEGOVINE 7
qu'A, ces dernières années, conservé les usages et les mœurs des tribus d'où ils dérivaient. La nécessité de se soutenir mutuellement a créé chez eux le curieux système des zmlrougnit. On nomme ainsi de grandes fumilics qui, pour s'aider et rendre leurs efforts plus productifs, vivent et Iraviiillenl enseml)Ie, demeurant, sous le rapport de la propriété, dans l'indivision. La zadroiiga est dirigée par un chef, ordinairement le père ou frère le plus rtgé, mais quelquefois aussi un homme jeune.
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