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Xinnie d'azTondissemI
9 Vh.limidaiTçnJisst-
o de dis fn ci
o (/e sousdistn'd
= Chemin de fer
Échelle
Fig. 8. — Croquis sclirmatiijuo do la carlo politique do Bosnie et d'Herzégovine, montrant la distribution </o»
principaux centres urbains.
que désignent dos qualités exceptionnelles. C'est ce chef qui commande k toute la communauté et qui en administre les biens, mouilles ol immeubles. Tous ses subordonnés logent sous le môme toit (fig. (5), et, si cerlaiiis d'cniro eux viennent i\ recevoir quelque salaire, leur devoir est de le lui remettre '.
' lîn liosnic, l,i zadroiuja ne constitue pas une disposition léfralc à laquelle personne ne puisse se soustraire ; elle existe siniplcmcnt comme usnjie. Mais, en divers districts d'Herzégovine, elle reviM un caraclére presque obligatoire :
individus et familles s'y soumettent.
II suffit d'un petit nombre de ces associations pour former un village (fig. 6). Beaucoup de villes
Fig. 9. — VJIIo do, Jnjce, au-dessus des chutes de la Pliva.
Fig. 10. — Kciio/ipcs UKs inti:>aiis sous la mosquée Pascba, à Banjaluka.
mêmes ne sont que des agglomérations de zndroiujns. Entre ces cités, les maisonnettes isolées dans les
campagnes sont extrêmement rares, .\ussi, lorsque Ton considère sur la carte polili([ue (fig. Si le grand
Fig. H. — Marché aux fruits à Sarajevo
nombre des villes et bourgades où la population se concentre, est-on tenté d'attribuer à la Bosnie et surtout à l'Herzégovine beaucoup plus d'habitants qu'elles n'en possèdent. En réalité, les deux provinces réunies n'en renferment pas plus de 1.600.000, soit environ 31 à 32 individus par kilomètre carré.
r.lîNfiRALE DES SCIENCES EN BOSME-IIRFlZKOOVINE
Au milieu de ces gens, le touriste qui n'a pas encore voyagé dans les Balkans demeure longuement étonné. C'est d'abord le décor extérieur de la vie qui l'éblouit. Villages pittoresques perchés sur les collines (fîg. 9) ou coquettement entourés de verdure (fig. 1) ; minuscules échoppes (lig. lOj
Fig. 12. — lùjtir (lu , rôlissour iliios un quarlior </« Sarajevo. — Cuisson des galettes de maïs et cuisson iic la viande
(apportée en écuelle)
remplies du ronflemont continu des rouets, du tic-tac régulier des métiers, du vacarme inégal de toutes les petites iuduslries du fer; pimpants étalages de fruits et de légumes l'fig. 11), que le marchand, artiste à sa manière, excelle à composer pour la joie des yeux; — de quelque côté que se tourne le visiteur, de menus spectacles, caractéristiques du génie indigène, s'ofTrent confusément à ses regards'. .
Le bazar lui fournit son meilleur poste d'observation. C'est là qu'à de certaines heures les fl&neurs
' Les étalantes do fruits sont particulièrement indicatiTs : tandis que. ctiex nous, le vendeur, plus utilitaire, dispose sa (1 di'vaiilurc >• en casiers et réunit en ctiacun une seule sorte de denrée, en Bosnie, au contraire, le man-hand cherche. dans un désordre apparent, l'harmonieux contraste des couleurs et des formes; il s'applique principalemeut, comme ferait
un peintre, à composer un tableau.
Fig. 14. — Boutiques des marchands au bazar de Jajce.
Fig. 15. — Ciliiiliit iiiiisiiliiiitn PII rtusnic. — (Photo«,'ra()liie de M. Vcrneaii, Colleitinn iii6<Iile du Muscinii d llisloire naturelle de Paris.)
TF GfiNIÎUALR DKS SCIENCES EN BOSNIE-HEKZRdOVINE lt
■ se rassemblent (fig. li). Des armes pou.ssiéreuses, d'anciens boîtiers, quelques gemmes brisées attirent
les curieux aux devantures des orfèvres. Mais cette pacotille ne se vend guère ; le commerce actif porti; sur les produits de la terre (fig. 13) et un tout petit nombre d'obji-Ls fabriqués (fig. 14), traditionnelles babouches, harnais faits sur place, cotonnades exotiques, quincaillerie allemande, auxquels s'ajoutent de légères soieries et un article de grande consommation : le lacel d'or.
Somme toute, les achats sont minimes, le pays étant pauvre. Si Ion n'y rencontre que peu d'indigents et presque pas de mendiants, les riches ne s'y trouvent qu'en petit nombre. I.a plupart des familles jouissent de ce premier degré de l'aisance qui confine encore à la gène et impose slrictenienl la frugalité. Elles vivent de pain de maïs, de riz, de légumes, consommant si peu de viande que, lorsqu'il s'agit d'en servir, les ménagères embarrassées confient la cuisson du mets au rcjlisscur (fig. 12), suivant en cola Tune des plus vieilles
coutumes de Bosnie. Une fois Tan, cependant, des réjouissances pantagruéliques viennent interrompre la monotonie de cette chélive existence : aux abords des villages, les routes sont encombrées de chèvres et de mou- / ^^V^ '^^^H ^'^"^ voués i\ de prochaines hécatombes. Aussitôt tués, les ani-
m ^BF*-- aI^H maux sont dépecés dans les prairies (fig. 20), puis empalés et
^ ^B«|4y^ ' '■ 1^^^^ '"'^''' '^"'^ '^ '^"''^ au-dessus de feux de bois (fig. 21). Celle
m ^BSç^'^k^^^^B ^ cérémonie — suivie de festins homériques — provoque toujours
f ^li^ÈB^^^I^^^I "" grand concours de population. La jeunesse et l'ùgc mùr en
I ^^f^ÊÊS^a^^ ^^^^^^ profilent pour se livrer il dos danses interminables, où l'aUégrcssc
de lous saccommode de l'ébriété générale (lig. 23).
Dans ces circonstances diverses, ce qui frappe le plus les étrangers, c'est la personne même de l'indigène, sa haute «lalupo. et, chez le sexe fort, une élégante et fine beauté, que rehaussent encore le slyle et l'éclat du vêtement i;fig. 15 ù 21 et 23). Portant le turban ou coiffés du tarbouche, sjmglés dans de courtes casaques ou chaudement enveloppés do fourrure, guêtres jusqu'aux genoux ou allant nu-jambes, ces hommes sveltes et graves, au visage régulier, à la physionomie intelligente et un peu farouche, qui se pres-
Fig. n. — niche rousH/man </e Sanjevo — (Photographie de M. Verneau, Collection inédite du Miiséiim d'Histoire naturelle de Pari».)
Fig. 10. — VilIniiPDiK imisiilmnn rfe liosnii'. — (Pliotofiraphie de M. Verne.iu, Collection inéilitc du Musiiun d'Histoire naturelle do Paris.)
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sent aux marchés pour les emplettes domestiques, ou, pendant les heures chaudes du jour, devisent sous les tonnelles, semblent des personnages d'opéra-comique, sortis du cadre trop étroit de nos scènes dramatiques et transportés par les fées dans la vie libre et la vraie Nature*.
Entre eux circulent çà et là les femmes (fig. 22, 24 à 29). La disgrâce de leur allure contraste avec la flère aisance de leurs alertes seigneurs et maîtres. Sauf quelques modernistes, vêtues à l'européenne, toutes vaquent à leurs occupations, empêtrées et comme empaquetées dans de lourds pantalons à
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.::',«SK;-i»«K:ss!55r»>>-r«^
Fig. 18. — ChrétiBB de la Basse-IIarzégovine, au voisinage de la Dalmatie.
Fig. ,1U. — Muauliii/in de Foca en cvstume alhaoais.
larges plis, qu'elles serrent au-dessus de la taille et aux chevilles (fig. 27 et 28). Des sabots à échasses, imaginés pour les préserver de la boue dans les rues, ajoutent à l'embarras de leur marche. Pour le travail, les paysannes complètent parfois leur accoutrement par des sortes de robes (fig. 22 et 26). Les jours de fêle, elles s'affublent de bonnets à plume (fig. 24) ou de tiares à pendeloques, endossent de longs manteaux ouverts sur le devant (fig. 2G) et portent des tabliers qui souvent .sont des merveilles de broderie. Dans les villes, le costume féminin n'admet pas cette surcharge, et c'est
• Nous devons à l'obligeance de M. Verneau, du Muséum, la communication des photographies que reproduisent nos figures 15, 16, 17, 24, 23, 27, 28 et 29; nous sommes heureux de l'en remercier publiquement.
iMg. 20. — Dopcccmcut dos chèvres et des moutous.
^' ■- -.-T' »'■ ^' ■-. j* - .•.a'i>w.-' . .-i: .-. if
Fil,'. 21. - l'insniis <h llosaie rôlissanl des chèvres ft des mouloaa dtaa les ebtmps.
Fig. 22. — Paysannes chrétiennes en costume de fêle h Jajce.
Fig. 23. — Paysans clircticns des environs de Sarajevo goûtaul la sljvoviea.
iS
là, du mule, que lus jeunes filles ont le moins besoin de parure : leur beauté suffit (fig. champs, au cou Irai ro, les dures besognes qui incombent aux femmes les enlaidissent souvent dès la
jeunesse. Ce sont elles surtout qui cultivent le sol. Dans les vignobles d'Herzégovine, dans les campagnes bosniaques,
Fif,'. 21. — Piiysimnc chrétienne, [Serbe ovlhndiixe] (la liof^nie en cofitiune de fêle. — (Photographie (le M. Verneau, Collection inédite du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.)
Fig. ilG. — l'.iynaa chrétien et paysanne chrétienne (la femme en costume de ielc) au bazar de Jajce,
couvertes de maïs, d'orire et de tabac, elles ameublissent
Kig.2.'). — deune lillc elirétienne [Serbe ortliod(ixe) de Snrnjevo. — (Pliotosr.ipiiii' de la IciTC ct, quand vient l'aulomne, font la moisson. Sur M. Verneau, Collection inédite du .Musimmu , i i i r i t
d Histoire naturelle de Paris.) les routcs, on les voit chargées des plus lourds larileaux. Le
soir venu, les maris fument paisiblement la cigarette, tandis
(luellcs loudcnl lus moutons, lilent et lissent la laine ou confeclionnenl les viMemenl*. Mais, si {téniblc
que le lul)cur leur apparaisse, elles acceptent sans récriminer la tâche que l'homme leur impose;
on voil Idut do suite qu'elles se sentent très inférieures à lui : en sa présence, leur attitude est toujours
réservée. Dans les campagnes, elles se montrent le visage découvert; au contraire, parmi les citadines,
beaucoup ne sortent que voilées (fig. 29), et ce signe de l'Islam est, pour le touriste non encore informé, le premier indice de celte diversité des confessions religieuses, dont il reconnaîtra bientôt l'importance, mais que la seule observation du sexe fort ne lui aurait pas immédiatement révélée. Tandis, en effet, qu'en un clin d'œil l'indigène dislingue les uns des autres le catholique et l'orthodoxe, différemment tatoués, ainsi que le musulman, plus finement vêtu, — pour le nouveau venu, tous ces gens se ressemblent : il ne voit en eux que des frères. Ce qui l'avertit pourtant des dissidences de leur foi, c'est, dans tous les centres de quelque importance, la coexistence de la chapelle catholique, de l'église orthodoxe et de la mosquée.
Sur le sol entier du pays, plus de mille mosquées (fig. 30, 33 et 34) proclament la ferveur dos Croyants; on en compte environ quatre-vingt-dix à Sarajevo, et il n'est si petit village qui n'en possède au moins une. Dans les cités populeuses,
les minarets élancés, émergeant de
Fig. 27. — Jcuuu fammo chrétienne (Serbe orthodoxe) rfe Bosnie. — (Photographie de M. Verneaii, Colleclion inédite du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.)
l''ig. -29. — Femme musulmane de Sarajevo. — (Photographie de M.Verneau, Collection inédite du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.)
Fig. 28. — Paysanne orthodoxe de Bofinie et petit garçon allant au marché. — (Photographie de .M. Verneau, Collection inédite du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.)
la verdure des jardins, annoncent au loin l'emplacement des quartiers musulmans (fig. 30 et 33). Au voisinage, la bannière grecque et la croix romaine (fig. 33) découpent aussi sur le ciel leurs grêles silhouettes et servent à d'autres hommes de points de ralliement; car,
chose curieuse, le.s trois cultes qui prédominent dans les deux provinces, au lieu d'y avoir chacun son loi, s'y trouvent, au contraire, partout entremêlés; jusque dans les villages, les fidèles des confessions rivales vivent en apparence confondus. L'étranger qui s'en tiendrait à celle constatation serait tenté de leur attribuer des sentiments de large tolérance, unis à la pratique, déjà ancienne, de la liberté. Mais, semblable induction serait exactement le contre-pied de la vérité. Nulle part plus qu'en Herzégovine et en Bosnie les haines religieuses ne sont ardentes. C'est au point que les sectateurs des divers cultes se regardent comme étant de races dilTérenles. Et
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pourtant, si l'on excepte un petit nombre de « Spaniolcs » ou juifs chassés d'Espagne, et quelques rares ottomans (flg. 31 et 32) établis dans les grandes villes, loule la population fixe du pays est slave. A considérer les préjugés (lui lu divisent, il semble qu'elle ait hérité du passé Irois systèmes irréductibles de civilisation. Elle comprend, en effet, trois groupes de personnes nellement traDchés, qui no reconnaissent entre eux qu'un seul lien, celui de la langue parlée, et qu'on désigne, dans les deux provinces, sous les noms de Croûtes, de Scrhvs et de Turcs.
Les «Croates» professent le calholicisme. Une triple communauté de religion, de traditions familiales et d'aspirations politiques les rattache à leurs frères de Croatie.
riy. M. — l'vlilti Jiiu.'^ijiwo ii laimirct de huis, et cimetière muaulmaa dans l'un des quartiers mahumàttiiis de Sarajevo,
Leurs ennemis nés, les « Serbes », appartiennent presque tous à l'orthodoxie d'Orient. L'amitié qui les unit aux Slaves du Monténégro, de Serbie et de Russie éclate dans tous leurs actes.
Quant aux « Turcs », ils sont mahométans; mais le nom qu'ils se donnent et qu'on leur donne autour d'eux, ne doit pas faire illusion : il ne faut pas les confondre avec les vrais Turcs de Turquie, car aucune parenté ne les rattache aux Osmanlis. C'est dans la noblesse du pays, chrétienne au Moyen-Age, qu'il convient de chercher leurs ancêtres. Ceux-ci, lors de la conquête ottomane au XV' siècle, abjurèrent leur religion. La conversion à l'Islam permettait aux seigneurs féodaux de conserver leur situation privilégiée et de demeurer détenteurs de la terre. Devenus musulmans fanatiques, leurs descendants n'eurent plus pour la roture chrétienne que souverain mépris. Ils constituèrent cette puissante caste des bcijs, qui, jusqu'à l'époque contemporaine, opprima si durement le petit peuple. La Porte exemptait leurs fiefs de tout impôt et les loissuil maUres de la majeure partie
du pays. En possession de tels avantages, ils vivaient en oisifs dans leurs châteaux (fig. 37). Ne se donnant pas la peine de cultiver leurs champs, ils laissaient ce soin aux paysans établis sur leurs domaines. Ceux-ci, les uns «Croates », la plupart «Serbes», formèrent des familles de kniets, sortes de métayers héréditaires, astreints à un demi-servage. Les propriétaires, ou a/jhas, en certaines régions leur devaient le logement (fig. 3G) et, dans tous les cas, recevaient d'eux une partie des récoltes. Quand l'habitation leur appartenait, ils se réservaient de s'y installer l'été en villégiature, et, pendant leur séjour près du malheureux travailleur, exigeaient de lui des redevances. Dans l'ancien temps, leur avidité était extrême : pour se satisfaire, il lui arrivait de ne point reculer devant le crime et d'aller jusqu'à imposer la torture. Nombre de fois elle souleva contre eux la population laborieuse. Ces
Fig. 31. — Turcs originuircx de Turquie et (•tnljlis en Bosnie. — {Photographie de M. Verneau, Collection inédite du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.)
Fig. 32. — Turc ottoman, originaire de Turquie et établi en Bosnie. — (Photographie de M. Verneau, Collection du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.)
révoltes ensanglantaient le pays. Bien que toujours réprimées de la façon la plus cruelle, elles renaissaient sous l'aiguillon de la misère. En 1839, la Porte s'en émut : le Sultan chargea la Commission du Tanzimat de définir les droits respectifs de Vaghit et du knict\ la Commission se mit à l'œuvre, et, un moment, on put croire que la condition du paysan allait être adoucie ; mais ce fut seulement sur le papier : en fait, les anciens abus continuèrent. L'intervention de la Turquie n'eut d'autre résultat que de mécontenter les begs et de les amener à comploter contre elle.
D'autre part, les kmeis, les ruraux, tous les chrétiens du pays, que les « Turcs », en leur qualité de grands propriétaires terriens, entendaient régenter et pressurer, faisaient grief à l'Empire Ottoman de laisser peser sur eux le joug de tels tyrans. Toujours ils cherchaient à fomenter l'insuneclion contre la Puissance suzeraine.
Ajoutant à ces misères, les deux confessions chrétiennes, que la crainte de l'ennemi commun aurait dû rapprocher, vivaient, depuis des siècles, en mauvaise intelligence. Si des dissidences de foi entre « Serbes » et « Croates » apportaient un aliment à leurs discordes, c'était aussi le désir de con-
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quérir la suprématie politique et d'arriver à la domination sociale qui les précipitait les uns contre les autres. Leurs luttes impies ont déposé dans l'âme de leurs descendants un legs empoisonné : la même ardeur de haine et de vengeance qui entraînait les pères au combat, jusqu'à une date récente embrasait encore le cœur des fils.
La Porte aurait dîl s'employer à modifier ces sentiments. Mais elle eut toujours le tort de se désintéresser des conflits que la rivalité des religions et l'antagonisme des partis nationalistes faisaient éclater entre chrétiens. Catholiques et orthodoxes le lui reprochaient également. Elle se les aliénait, en outre, cl par les exactions de ses fonctionnaires chargés de percevoir la dîme, et par son impuissance à résoudre la question agraire. En se soulevant contre les seigneurs musulmans, les chrétiens attentaient directement à son autorité, et ainsi découvraient sa faiblesse aux yeux de tous. Enhardis par quelques succès, ils entraient parfois en rébellion ouverte contre le Sultan.
Et l'on vit nombre de begs qu'il no pouvait constamment soutenir, se tourner, eux aussi, contre le chef des Croyants. En 1873, le pnchalik d'Herzégovine prit les armes contre lui. Bienlôl le vilayet de Bosnie, stimulé par le Monténégro, (jui espérait se l'annexer, entra aussi en guerre contre la Turquie. Dans les villes, les villages, les fonctionnaires ottomans furent égorgés, et, les dissensions intestines n'abdiquant pas, il y eut partout des massacres. C'est alors que l'Europe, justement inquiète des progrès de l'insurrcclion, régla le sort des provinces révoltées. La Conférence de Berlin, réunie en 1878, les arracha, en fait, à la domination des Osmanlis. Tout en les laissant comprises nominalement dans le territoire de vassalité de la Turquie, elle confia à l'Empire austro-hongrois la mission de les occuper militairement, de les pacifier et de les gouverner'.
Les « Croates » se réjouirent d'une décision qui allait leur donner pour maîtres des catholiques. Mais les hardis montagnards» serbes «, épris d'indépendance, opposèrent aux troupes impériales une résistance opiniâtre. Quant aux musulmans, la plupart, sentant leur foi et leurs privilèges menacés par l'intervention d'une Puissance chrétienne, engagèrent avec les armées aulricliiennes et hongroises
Fig. 33. — Mosquées à dûmes arec luiaarets Je pierre, i MosUr.
' La Conférence de Berlin ilislrnya crpcn.lant (lc!< deux provinces enflées à lAulrichc-Hongric, le san.ljak de Nori- Uazar ; elle autorisa la Monarchie austro-liongroisc à entretenir sur ce petit territoire dos garnitons en vue d •»»«rer de ce oùté la sécurité de la nouvelle frontière bosniaque, mais elle en laissa toute la gestion admiiiUlraUTe el politique a l'Empire Ottoman.
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Fi
34. — Mosquée, do rillage, à Uslikolina. — Le minaret est en pierre, sauf à sa partie supérieure constituée par un tuyau de zinc.
une lutte héroïque et désespérée. Du haut de ses remparts de rochers, l'indigène, orthodoxe ou maho-
mélan, interdisait aux envahisseurs les étroits défilés qui donnent accès dans l'intérieur du pays.
irsuccomba néanmoins. Mais, quatre années avaient été nécessaires pour conquérir entièrement la Bosnie et l'Herzégovine et pouvoir imposer à leur population, comme garantie de paix, le désarmement général '.
k partir de cette époque (1882), les deux provinces, réunies en une seule unité administrative, avec Sarajevo pour capitale, furent placées sous la direclion de S. Exe. M. de Kallay, membre du Ministère commun de l'Empire d'Autriche et du [Royaume de Hongrie. Depuis bientôt vingt ans, l'illustre homme d'État n'a cessé de gouverner le pays, travaillant sans relâche à le guérir de ses maux. Ce sera sa gloire d'avoir
ouvert à la Bosnie-Herzégovine les chemins de la civilisation. Nous rendrons hommage à la grandeur
de son œuvre en l'éludianl
avec soin.
Qu'y avait-il à faire pour apaiser les habitants et ramener chez eux la prospérité ? La vivacité de leurs inimitiés n'avait d'égale que l'étendue de leurs misères.
Mais leur détresse ne résultait pas seulement des luttes qu'ils venaient de soutenir.
Depuis longtemps, la population ne connaissait plus l'aisance dont elle avait joui autrefois, alors qu'elle commerçait avec Constantinople et Yenise et répandait sur leurs marchés ses productions artistiques.
Fig. 33. — Cathédrale catholique, église orthodoxe et mosquée au centre même de la
villa de Sarajevo. — Tout au premier plan et au milieu du bord inférieur de la
pliotographie, toit et dômes d'une mosquée; au second plan et un peu à gauche,
cathédrale catholique; sur le morne plan et s étendant vers la droite, le musée;
derrière le musée, clocher de l'église orthodoxe.
Dans cette lutte, S. 000 soldats de l'armée austro-hongroise avaient trouvé la mort.
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L'aclivilé brillanle et originale qu'elle avait jadis déployée dans les iadustries dt'Torntives, peu à peu s'était éteinte. Elle avait cessé de fabriquer ces magnifiques tapis, ces broderies délicates el d'un dessin si charmant, ces vases amoureusement ciselés qui avaient valu à ses ateliers une célébrité universelle. Toutes ses énergies s'étaient dépensées dans la lutte. De l'Adriatique à la Drina, du Monténégro à la rive droite de la Save, la hideuse guerre civile, partout déchaînée, avait promené la morl el semé la
désolation, dévasté les villes et les campagnes, jusque dans sa source même, la princi tation agricole do la terre. Pouvaitfondie des groupes sociaux, de leur indiquerait d'elle-môme les me i\ calmer leurs passions? Al. de de faire table rase de leurs ins porter, comme une panacée, la lé administratif et financier qui conviennent ;\ leurs voisins d'Autriche el do Hongrie, il se fit un devoir de respecter provisoirement leurs usages; il voulut qu'on appliquât, dans tout le pays, les lois existantes, jusqu'à ce que la pratique vînt mettre en évidence les amendements néces-
détruit les anciens métiers, el ruiné, pale richesse du pays : rexploi* on espérer que l'élude approhérédité et de leurs mœurs, sures les plus propres Kallay le pensa. Au lieu litulions, el de leur apgislalion, le système
Fig. 36. — Maison de payaan, î> Rama.
saires. En ce qui concernait le régime fiscal et le régime agraire, c'étaient, d'ailleurs, les exactions des janissaires et les abus de pouvoirdesi&ejrs, c'est-à-dire des infractions à laloi.el non pas la loi elle-même, qui avaient provoqué les soulèvements. M. de Kallay rendit toute sa force à la loi. Malgré les réclamations d'une partie de la population, il ne voulut modifier qu'après expérience les bases juridiques de la propriété foncière. Dès le début de son administration, la justice, telle que l'avaient conçue les indigènes, régna d'un bout à l'autre du territoire : à chaque groupe confessionnel fut assuré le libre exercice de son culte ; aux iiabilanls de chaque canton, la possibilité de vivre suivant la coutume qui les régissait.
Ce principe régla l'organisation des Pouvoirs publics. L'étude ethnographique de la population ayant montré qu'elle se répartissait, quant aux traditions juridiques, en une cinquantaine de districts, ceux-ci furent érigés, sous le nom d'arrondissements ou de sous-préfectures, en autant d'unités administratives et judiciaires. En chacune, deux magistrats indigènes, élus par leurs concitoyens, prirent place à côté des représentants du Gouvernement, avec mission d'éclairer, en toute occasion.
Fig. 31. — nésideoco des Cengié-Bcgs à UsIikoUna.
ces fonctionnaires sur les errements en vigueur. La mème'méthode fut appliquée dans le groupement des sous-préfectures en six départements : on réunit, en effet, dans le ressort d'une même préfecture, les arrondissements qui se ressemblaient le plus sous le rapport de la production agricole et des besoins économiques. Quant au Gouvernement central, il ne comprit que deux chefs : un Gouverneur civil, qui eut la haute main sur tous les services publics, sauf celui des troupes, et un Gouverneur militaire, chef de l'armée d'occupation.
Dans l'ordre financier, le même esprit présida à l'établissement du budget. 11 fallait doter les indigènes de l'outillage économique nécessaire au développement de leur agriculture et de leur com-
^^ mercG. Mais, résolu et à no point bouleverser tout d'un coup le sj-Htème des imp^Ms, et à ne pas grever davantage une population appauvrie, M. de Kallay posa en principe que la Monarchie devait assumer la ciiarge d'une première transformation du pays. Bien que la conquête eût déjà coûté un milliard de francs à l'Empire, il fut décidé qu'il supporterait tous les frais d'entretien de son armée dans les provinces occupées, et, en outre, qu'il ferait à la Bosnie-Herzégovine l'avance des capitaux que réclameraient chez elle diverses entreprises d'intérêt général, en particulier la création de voies ferrées. Aujourd'hui, un chemin de fer qui traverse tout le territoire, de l'Adriatique à la Save, conduit de
l''ig. 38. — Kijiijh-:! [llcvz.'ijiivinv). l'utxivmiiu de lu yillu iirliivllf, silure ^iir l'-^ ilnix cnc.s 'ic l-i .\;iri'ula. — Au premier plan, chemin de fer et liôtel du Gouvernement. A larrière-plan, quartiers musulman» (avec minareti) et. Ter» la droite, église serbe. Ouantitiî de conslructions nouvelles se reconnaissent ici à leurs bases rectangulaires et à leur» toils inclinO.s, l'ancienne demeure de rilcrzégoviiiicn étant de forme irrégulière et à toit plat.
Melkovii' à Rrotl, en passant par Mostar et Sarajevo. Ainsi la capitale de la Bosnie se trouve en relation presque directe avec Budapest. Sur celle ligne se greffent des branches latérales, dont l'une mène à Tuzla et vers Zvornik, près de la Drina, une autre à Travnik, à Bugojno el à Jaice; bienl<il celle-ci gagnera à Banjaluka la voie déjà établie entre cette ville et Agram et que suit le voyageur à destination devienne. De plus, quantité de centres de population, autrefois isolés, ont été reliés entre eux et avec les gares par de bonnes roules.
Ces grands travaux ont puissamment contribué à l'essor de l'industrie minière el de la culture, en facilitant lécoulement des produits. Mais, l'exploitation, minérale ou agricole, du sol doit à M. de Kallay d'autres facteurs de sa prospérité actuelle. Le premier acte de l'éminenl administrateur avait
été de faire appel à la Science pour mettre le territoire en valeur : il avait chargé des savants de l'explorer en tous sens, afin de dresser l'inventaire de ses ressources. Ainsi était apparue l'importance de divers gisements de lignite, de fer, d'antimoine, de sel, d'eaux thermales, aujourd'hui utilisés. Ainsi s'étaient trouvés définis les procédés à suivre pour conserver les forêts' et en tirer profit, les dispositions à adopter pour propager les cultures et en augmenter les rendements.
Guidé de la sorte, le Gouvernement a, depuis 188G, créé un grand nombre d'institutions qui ont puissamment contribué au relèvement du pays. Des « stations agricoles >>, des « fermes modèles » des « exploitations alpestres », des « stations fruitières », instruisent des choses de l'agronomie des
l'"ig. 39. — Ilàlcl de ville do Sarajevo, coDslruit par le Gouvcrnemenl austro-lidogrois. — Monument conçu dans le goût
oriental, bien qu'adapté à sa destination.
centaines d'élèves, expérimentent les procédés nouveaux, introduisent chez les cultivateurs une machinerie perfectionnée, des semences de choix, des animaux reproducteurs métissés ou sélectionnés. Mieux cultivée, la terre est devenue plus féconde. De vastes espaces, défrichés depuis peu, produisent en abondance maïs, froment, orge et tabac. Des cultures nouvelles — celles de la betterave sucrière, de deux variétés d'orge et de plusieurs races do pommes de terre — couvrent, à l'heure actuelle, de nombreux hectares. Des moutons d'Astrakan, dont la laine et la peau sont particulièrement estimées, des chevaux de Hongrie, d'Arabie et de Syrie, servant d'étalons, des baudets de Ciiypre, recherchés pour la production du mulet, sont venus soit s'ajouter à la faune domestique soit en améliorer les races.
• Les forêts et taillis couvrent en Bosnie et en Herzégovine plus de deux millions et demi d'hectares, lis constituent la plus grande richesse naturelle de la Bosnie.
LA REVUE GÉNÉRALE DES SCIENCES EN BOSNIE-HERZfiGOVINE
Dans le domaine industriel, l'intervention du Gouvcpnemenl no s'est pan montrée moins active. Les nloliors, depuis longtemps fermés, ont été rouverts; M. de Kallay y appela dos artistes, y raasembla dei ouvriers, leur rendit la vie. A son instigation, furent fondées des usines, les unes nationales, les aulref privées, dont plusieurs emploient comme force motrice les chutes d'eau des torrent». Le tramway électrique et la lampe à arc ont pénétré à Sarajevo. Des dessèchements de marécages, des adductions d'eau potable, des constructions récentes (fig. 38, .39, 40, 41 et 42), ont assaini et embelli plusieurs cités. Dans les villes, comme] dans les campagnes, c'est un renouveau de l'existence qui se dessine.
l'"ig. 40. — Piin(ii;-ini,i do lit rci/ion cciilrolo ilc Siiriiji'vn, sur /es bonis ilo la Aliljni'kn. — Le monument silué ver» le milieu (le celte photographie et vu ici de profil est le nouvel hôtel de ville, édifice de style composite, que représente à part la l'i^uve 39. De cliaque cAté de la riviiTc, larges quais soigneusement entretenus; sur le quai de la rive droite, tramway électrique à trolley; le wagon de ce tramway apparaît ici sous forme d'une petite tache noire qiiadrangulaire. Sur la Jliljai-ka, ponts de pierre et pont de fer (celui-ci à l'arrière-plan). Des dômes de mosquées s'aperçoivent çà et là dans la ville, et de nombreux minarets se dressent au-dessus des constructions nouvelles.
Cotte métamorphose commençante n'est-elle que de surface? Deux faits vont répondre : !• en ces seize dernières années la population a augmenté de 35,ô °/\; 2° les exportations du pays se sont élevées, et, bien que le taux de l'impôt ait été plutôt abaissé, les revenus de l'Étal se sont accrus.
L'Administration en a profité pour apporter plus de bien-être aux habitants et essayer d'adoucir leurs mœurs en élevant leur mentalité. Dune part, elle a suscité la fondation d'une banque agricole qui. par de sages avances, aide le métayer à devenir propriétaire, et le nombre des kmots qu'elle a libérés de celte façon est considérable. D'autre part, elle a largement développé l'instruction publique, pourvu à l'éducation professionnelle des futurs artisans, et, sans porter atleinte h la foi, régénéré
l'enseignement. Dans ses écoles, où se presseni, côte à côte et de jour en jour plus nombreux, « Croates », « Serbes » et « Turcs », le serbo-croate, lu par tous les élèves sous ses deux formes écrites, prend l'importance d'un idiome national : il devient véritablement la langue hosniar/ue, comme le qualifie le Gouvernement, qui s'efforce de multiplier les liens entre tous les enfants du pays, en vue de faire d'eux, s'il se peut, un seul peuple : le peuple bosniaque.
Sans doute, quelque soin que l'Administration apporte à ménager les transitions, une telle évolution ne saurait s'accomplir sans entraîner certains bouleversements. Par places, l'ancien moule se brise, et les vieillards se lamentent. Le jeune paysan qui a quitté son village pour aller s'instruire dans la capitale et qui, ensuite, s'y établit, n'est plus ni nourri, ni logé par la communauté dont sa famille fait partie; il garde pour lui son gain, et la zadroiiga se disloque. Parmi les musulmans — plus attachés que les chrétiens à la tradition — ce système d'association n'a guère cesse d'être en vigueur;
mais, chez les « Serbes», et surtout les « Croates », il est déjà plus que menacé.
Le Gouvernement doit donc s'attendre à voir se grouper contre lui beaucoup de mécontents ; et, s'il était faible, il est certain qu'il aurait à subir de rudes assauts. Le sentiment de sa mission et la conscience de sa force lui permettent de ne pas s'émouvoir de sourdes hostilités qui ne sauraient être éternelles. Chaque
fois qu'il entreprend" une créal'"ig. 41. — Maison ijurticuliirc. Type- des Jiabilatioiis ijouy<:llof\ coiislruilcs •
suivant le modèle ancien de la maison turque. — Environs d'IIidze, t'On d'inlérèt général, il compte
sur le progrès de la raison publique pour l'approuver quelque jour. Dans cet ordre d'idées, on doit savoir un gré particulier à M. de Kallay d'avoir inscrit parmi les devoirs de l'Administration celui d'entretenir, dans toute la Bosnie et l'Herzégovine, des investigations méthodiques sur le sol, le climat, la flore, la faune, l'Anthropologie, la Préhistoire et l'Ilisloire. Un musée remarquable rassemble à Sarajevo toutes les découvertes faites depuis vingt ans dans les deux provinces. Les collections de ce grand établissement sont déjà si complètes qu'elles offrent au visiteur, pour ainsi dire, la miniature du Balkan central. L'examen de ces richesses a, dès notre arrivée dans la capitale, très utilement orienté les études qu'avec nos collaborateurs nous étions venu entreprendre dans la région.
Un tel secours nous fut d'autant plus utile que notre programme était vaste. Nous visions à un but pratique en désirant nous rendre compte de l'œuvre accomplie par les gouvernants, et cette partie de notre tâche nous imposait, particulièrement en ce qui a trait à la transformation matérielle du pays, de considérer non seulement l'esprit, mais aussi la technique de leurs procédés. D'autre
pari, tenant ù co que nos travaux profilassent aussi à la Science pure, nous avions réservé large place à des études variées de Géologie, d'Archéologie, d'Ethnographie et de Linguistique. On aurait tort, d'ailleurs, de croire que ces sciences, si dignes d'être cultivées pour elles-mêmes, ne rendent aucun service ii l'homme d'État. Notamment dans les régions que nous nous proposions d« bien connaître, elles éclairent d'une vive lumière la voie dans laquelle le législateur peut et doit s'engager.
Fig. 42. — V'ui" générale d'Ilidze.
Ainsi s'est trouvé tracé, en quelque sorte, de lui-même le plan des observations que nous avons demandé à nos invités et que nous nous sommes imposé aussi d'effectuer. Nous avons pensé que, pour arriver à quelques idées nettes sur le pays, il convenait de l'étudier dans .son ensemble, depuis sa base physique, qui est le sol, jusqu'à la vie commerciale, inli^Hi'rin.'lJc et morale qui s'y épanouit.
Approuvant ce dessein, un géologue, un historien, deux slavisles, un orientaliste,. deux ingénieurs, un agronome, doux économistes, en tout dix savants, voulurent bien nous prêter le précieux concours de
leur science, de leur talent et de leur renommée'. A peine débarqués à Metkovic, nos compagnons et nous, nous reçûmes du Gouvernement le plus obligeant accueil; et, pendant loule la durée de notre séjour en Herzégovine et en Bosnie, l'Administralion, informée de nos desseins, s'employa de toutes manières à faciliter nos études. Non seulement elle mit à notre disposition son palais d'ilid/.e (fig. 42) et, dans les campagnes, ses stations de gendarmerie, mais, en outre, elle eut l'amabilité de pourvoir tous les représentants de la Reviw générale dos Sciences d'interprètes autorisés, qui les mirent on contact avec la population, les conduisirent visiter les exploitations rurales, les forêts et les fabriques, leur montrèrent les constructions et la machinerie de l'État, leur ménagèrent l'accès des mosquées, des écoles, des prétoires, des prisons et des hôpitaux'.
Ce qui, dans ces visites, nous a le plus intéressés, c'est la façon dont, en tout ordre d'application, les méthodes usuelles ont été modifiées pour s'adapter aux conditions particulières du milieu. Le matériel des chemins de fer a été construit, non suivant un système élucubré à Vienne par un ingénieur bureaucrate, mais sur les indications de techniciens qui s'étaient donné la peine d'examiner sur place les besoins à satisfaire et les résistances à vaincre, et il en est résulté des modèles très particuliers de voie, de locomotives et de wagons. Qu'il s'agît de travaux publics, de questions scolaires ou de droit civil, partout et en tout nous avons eu la surprise de rencontrer de nouveaux types. Mais, précisément parce que ces nouveautés nous charmaient, nous nous sommes surveillés pour ne point nous laisser prendre outre mesure à cette séduction de l'inédit. Venus en Bosnie et en Herzégovine pour étudier scientifiquement ces provinces, nous aurions commis une faute de méthode en jugeant les choses d'après
' Ces savants sont : MM. Léon Bertrand, Chargé du Cours de Géologie à la Faculté des Sciences de Toulouse, Collaborateur principal à la Carte géologique de France; — Paix Boyer, ProTesseur de langue russe à l'École Nationale des Langues Orientales Vivantes; — Gervais-Courtellemo.nt, l'explorateur de La Mecque, qui a étudié le monde musulman presque partout où il existe; — Emile Demenoe, Ingénieur des Ponts et Chaussées, dont nos lecteurs ont eu souvent l'occasion d'apprécier la science profonde et l'esprit pénétrant; — Charles Dieeil, Correspondant de l'Institut, Professeur à l'Université de Nancy, Chargé du Cours d'Histoire bjzantine à la Sorbonne; — J. Godefroy, ancien Secrétaire de l'Union coloniale française; — 0. Lebrin, Ingénieur des Mines; — Anatole Lehov-Beaulieu, membre de l'Institut, Professeur à l'École libre des Sciences politiques; — Daniel Zolla, Professeur à l'École nalioniile d'Agriculture de Grigno'n; — G. WoiTiiERS, ancien Conseiller de Préfecture, Conservateur de la Société de Géographie commerciale.
Nous remercions ces savants d'avoir bien voulu interrompre leurs travaux en cours pour nous accompagner en Herzégovine et en Bosnie, et se consacrer pendant de longues semaines, malgré les fatigues de l'entn^prise, à l'explor.ition de ces contrées.
• A ce sujet, nous devons des remercîments particuliers à M. le baron Kutchera, Gouverneur civil de Bosnie-Herzégovine, à M. le baron Mollinary, Préfet de Sarajevo, qui eurent l'amabilité de nous éclairer sur le système général de l'Administration et de désigner plusieurs hauts fonctionnaires soit pour nous accompagner dans les courses où leur concours nous était le plus utile, soit pour nous fournir, au sujet des faits que nous constations, les explications nécessaires.
Parmi les personnes auxquelles nous sommes le plus redevables, nous devons citer : M. l'Ingénieur des Mines Grimmer; M. le Docteur es sciences Katzer, géologue réputé; M. Ballif, Chef des Services météorologiques de Bosnie; M. le Docteur es sciences Truhelka et M. le Docteur es lettres Patsch, Directeurs de Sections au Landes^muscum ; M. l'Ingénieur des Chemins de fer Dedy; M. le Conseiller aulique Passini; M. le Président du Sénat (Cour d'appel) Scheck; M. le Docteur Gluck, l'un des hommes qui ont le plus étudié l'ethnographie des Balkans; M. Nemanic, directeur du Gymnase, M. le Conseiller aulique Treàcec, spécialement versé dans la connaissance des cultes; M. le Sous-Préfet Dàhr, orientaliste émincnt; M. Yussuf-Bey Gilipovic, jurisconsulte et lettré, et son interprète M. Reniy; M. Kapetanovic, érudit indigène, Maire de Sarajevo; .M. le Docteur en médecine Kœtschet, médecin pratiquant; MM. les Médecins du LanJcsspital; M. le Professeur Bubak, Ingénieur des Forêts, et son traducteur M. Ku?jar; M. le Docteur en droit Rainco; M. llussar, Chargé du Service de la Colonisation; en France : M. H. Moser, Commissaire général du Gouvernement de Bosnie-Herzégovine.
Nous avons trouvé, d'autre part, près du très distingué Consul de France à, Sarajevo, M. Dallemagne, en même temps que l'accueil le plus cordial, les avis les plus autorisés. Une longue résidence en Bosnie, la connaissance profonde qu'il a acquise de la langue indigène lui ont permis d'étudier en détail la population, les ressources du pays et les progrès qui y ont été réalisés. Les conversations qu'il voulut bien avoir avec nous nous ont beaucoup appris à ce sujet. Nous le remercions de l'aide qu'il nous a ainsi très aimablement apportée.
Enfin, nos compagnons et nous, nous avons eu l'honneur d'être reçus à Sarajevo par M™» la comtesse de Kallay, M"|= la baronne Kutchera et M"' Dallemagne. Nous nous faisons un devoir de leur exprimer ici notre très vive reconnaissance.
l'agràmenl de nos impressions ou leur degré de conformité avec nos principes. Notre devoir était de faire lable rase de toute doctrine, pour nous attacher uniquement aux faits, constater ce qui existe daos des contrées et chez des populations très différentes de celles qui nous sont familières, et essayer de l'expliquer. Spécialement en ce qui concerne la métamorphose que l'Aulriche-IIongrie leur a fait subir, ce sont les résultats et, plus encore, le mécanisme des réformes que nous nous sommes efforcés de discerner. A ce libre e.xamen, ni les convictions politiques, ni les tendances sociales de chacun de nous n'ont ou part, noire voyage ayant pour but, non d'apporter aux Bosniaques un système de gouvcroemenl, mais de découvrir ce qu'était leur pays, ce qu'il est devenu et par quels procédés il a été trancformé.
Et, comme, pour prendre une idée exacte du monument dont on a considéré de près les détails, quelque recul est nécessaire, c'est seulement après notre retour en France que nous avons rédigé nos notes de voyage. Jusqu'à ces derniers temps, nous les avons complétées, quant aux documents numériques, par des renseignements que nous avions demandes à divers Services administratifs et qu'ils ont eu la gracieuseté de nous fournir. C'est des statistiques mômes de l'État que nous avons extrait la plupart des chiffres cités dans les articles qui vont suivre. Ces chiffres, il nous aurait été, à nos collaborateurs et à nous, matériellement impossible de les recueillir nous-mêmes; nous remercions le Gouvernement d'avoir bien voulu nous les communiquer et nous autoriser à en indiquer la source officielle.
Quant aux idées exposées dans les études qu'on va lire, chacun de nous revendique la responsabilité de celles qu'il a exprimées : elles résultent de ses observations personnelles et lui appartiennent en propre ; mais elles ne sauraient engager que lui seul; il se peut que d'autres collaborateurs ne les adoptent pas entièrement. Nous aurions cru abaisser une œuvre collective en essayant d'établir entre tous les chapitres de la présente monographie un accord exagéré. 11 nous a semblé qu'au contraire des divergences de détail dans l'appréciation d'un même fait offriraient, pour le lecteur, cet intérêt de le lui montrer sous diverses faces, tel qu'il est successivement apparu k ceux d'entre nous qui curent à s'en occuper. Chacun de nous, en effet, avait à considérer les choses d'un point de vue particulier. Peu de jours après notre arrivée à Sarajevo, nous avons dû, pour la plupart, nous disperser dans le pays, et, le plus souvent, y suivre des itinéraires différents. Si, lorsqu'il nous arrivait de nous rencontrer, nous échangions nos impressions, c'est presque toujours isolément que nous les avions ressenties et déjà analysées. C'est donc aussi indépendamment les uns des autres, et sans nous influencer mutuellement, que nous devions les écrire'.
Les nombreux touristes que la liovuc a menés en Bosnie et en Herzégovine trouveront, sans doute, dans les articles ainsi composés, un utile complément à leur voyage. Nous espérons aussi que la présente monographie donnera aux autres lecteurs une idée suffisante et juste des questions que nous avons abordées. Entreprises suivant une discipline toute scientifique, les éludes auxquelles, nos éminents collaborateurs et nous, nous nous sommes livrés, doivent, si nous ne nous trompons, conduire beaucoup plus près de la vérité que les ouvrages publiés dans un but politique ou pour la démonstration dune thèse. Les deux méthodes sont, comme on sait, radicalement opposées : la seconde mutile et dénature les réalités, toujours complexes, pour les pliera des théories a />riori, toujours simplistes;
' Nous avons eu soin, rppenil;int, do nous renseigner, les uns près des autres, au sujet des f.iil'« i|iii échappaieal à hotre compétence et sur lesquels un autre collaborateur se trouvait, au contraire, en mesure de nous éclairer. L«s observations du f;èolof,'ue sur la nature physique du sol devaient, par exemple, tlrt communiquée* aux ingéaivon «t
à rajfronomc, et ainsi du reste.
la première, — et c'est elle que nous avons voulu suivre, — respecte les réalités : elle s'efforce d'établir les faits, résolue d'avance à en accepter l'enseignement.
Nous ne nous faisons cependant que peu d'illusion sur la portée de notre travail. Aux brouillons de la politique, qui, avant de légiférer, jugent inutile d'étudier, il ne rendra, sans doute, aucun service. Nous l'offrons avec plus de confiance aux esprits convaincus qu'il appartient à la Science, — à la Science indépendante, extérieure et supérieure à toutes les opinions, — d'intervenir comme guide dans la direction des sociétés humaines.
Louis Olivier.