‹ La Bosnie et l'HerzégovineChapitre 107 sur 132 · INDUSTRIE ÉLECTRIQUE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE ÉLECTRIQUE

Le lecteur a pu être surpris que, dans un pays aussi accidenté que la Bosnie, on n'ait pas cherché à utiliser davantage les nombreux torrents pour mettre en mouvement des appareils électriques et en transmettre l'énergie aux points de consommation. Cela tient principalement aux richesses considérables du pays en forêts et en charbon minéral. Il était indiqué, néanmoins, de tirer parti de la grande difl'érence de niveau qui existe entre le Vrbas et l'un de ses affluents, la Pliva, dont il reçoit les eaux à Jajce par une chute grandiose de 30 mètres.Il s'est donc formé une Société « Bosniche Electricitals AcliengescUscbafl^ », qui exécute en ce moment des travaux considérables pour faire servir la force hydraulique à la fabrication du carbure de calcium et du clilorate de potasse, et à la traction d'une ligne qui relierait Jajce au tronçon de Banjaluka. Un canal de section rectangulaire (4" X 2"), débitant 12 mètres cubes par seconde et ayant 3 kilom. ioO de longueur, dont 2 kilom.

300 en béton, 350 mètres en bois et 800 mètres en tunnel, part du lac supérieur, qui baigne le village de Jezero (fig. 223), longe le lac inférieur, et, au delà d'un déversoir qui communique avec la Pliva en amont des chutes, aboutit à deux conduites en tôle très inclinées de 126 mètres de longueur, l°>,oO de diamètre et 6 à 20 millimètres d'épaisseur suivant l'emplacement des viroles. Ces conduites amèneront l'eau aux turbines placées dans le même bâtiment que les génératrices. La hauteur réelle de chute utilisée sera de 34 mètres et la puissance théorique disponible de 8. 070 che-

f. JtfyTTonians Se

Fig. 223. — Travaux en cours pour l'installation électrique de Jiijcc

« La maison Schuckert, de Nuremberg (Bavière), y est intéressée pour 30 <>/o.

vaux, dont 4..'J()0 seront résorvés pour los deux usines do carbure de calcium (travaillant avec le cliarlxfn de bois de Teslic) et de chlorate do potasse.

Trois mille ouvriers sont actuellement occupés aux travaux de terrassement, qui comportent 30.000 mètres cubes de déblai. Ce sont des Bosniaques, Dalmates ou Italiens: les premiers louchent, par joiii', 1 fr. 70, tandis que les autres sont payés 2fr. 30 à 2 fr. 9.").

INDUSTRIES CniMIQUES

1. Fnhriqne de souJo nmmonincalo à Liikarac, près Tuzln. — L'ouverture de la ligne de Doboj à Donja Tuzla devait rapidement porter ses fruits. Une nouvelle industrie vint se greffer à celle des salines, en un point de cette ligne : à Lukavac.

En 1893, une Société par actions, composée d'un certain nombre d'industriels austro-hongrois, se forma pour y fabriquer la soude ammoniacale par le procédé Solvay. Dans ce but, elle achète à l'Élat, annuellement, an prix de 0 fr. Oi le litre, 600.000 mètres cubes d'eau salée, qui, par grijvilé, sont envoyés de Tuzla ju.sque dansl'usine même de Lukavac, au moyen d'une conduite de 15 kilomètres de longueur. Du carbonate de soude produit par l'intermédiaire des sels ammoniacaux', partie est livrée au commerce, partie est transformée en soude caustique et en soude cristallisée. Une fabrication annexe consiste h préparer du bichromate de soude en utilisant, comme matière première, le fer ( lironK' de Duboàtica; de plus, on étudie en ce moment la production de la soude caustique au moyen (le l'électricité. L'ensemble des machines, pompes, compres.seurs , etc., représente une puissance d'environ 2.000 chevaux. La consommation annuelle des matières premières est de 4.000 wagons de lignite, 3.000 wagons do pierre calcaire, 400 wagons de coke, 70 wagons de minerai de chrome; et la production : ITi.OOO wagons de soude ammoniacale, 500 wagons de soude caustique, .500 wagons de soude cristallisée, 200 wagons de bicarbonate pur et GO wagons de bichromate de soude. Tous ces produits .s'exportent dans les Balkans, le Levant, les Indes orientales, mais surtout en Italie, qui, ne possédant pas de fabri([ues de soude, se fournissait jusqu'alors presque exclusivement en .Angleterre et en Belgi([ue.

Depuis la création de ces établissements, Lukavac, qui n'était rien, a pris une grande importance. Pour les quatre cent cinquante ouvriers employés, parmi lesqtiels il y a beaucoup «rAllemands, une v('rllable colonie a été formée, conq)renant un cercle, un casino, une église, une école (propriété d(^ la Société), dont l'accès est gratuit pour les communes avoisinanles.

2. Société pour la dislillntion et le mf/iiifigo du pétrole, dite « Dnnica ». — L'usine, installée en 1894, !\ Rosnisch Brod, recevait primitivement le pétrole de Bakou au moyen de cinq navires qui le conduisaient à Sulina, doit il arrivait en vrac i\ Brod. Depuis quelques années, on a découvert des couches iuqiortantes de pétrole en Galicie, et c'est celte matière qui est niaintenant exclusivemeiil lrail<'»>.

' Il est intéressant de rappeler les formules fondamentales du procédé :

NaCI + .\zU'0.-2CO' = Na0.2CO' -|- AzU'CI;

AzII'CI 4- CaO = CaCJ -|- AzH'O

NaO.SCO' = NaO.CO» -f- f.O*.

Des wagons-réservoirs amènent le pétrole bruL à Buda-Pesth, où il s accumule, puis des bateaux plats le chargent à destination de Brod, où il est soumis à la distillation et séparé en éthers et essences de pétrole, en huiles dites photogènes, plus tard raffinées, en huiles lourdes, en paraffine et en coke. L'usine comporte: 2 chaudières, 4 machines à vapeur de 80 chevaux, 2 dynamos avec accumulateurs, un mouvement annuel de 1.500 wagons et un personnel de 130 ouvriers.

3. Bougies et savons. — Il y a deux fabriques de bougies, l'une îi Tuzla, l'autre à Sarajevo.

A Sarajevo, il existe une fabrique de savons, mais, en général, ce sont les paysannes elles-mêmes qui font leur savon, d'une façon très primitive, avec des graisses, des suifs et de la cendre de bois.

4. Distilliition des bois, à Teslic. — Une Société par actions {Bosnische Holzverwerthungs Action- Gcsellscliaft) distille les bois d'après les procédés Bergmann. Le bois est écrasé, transformé en briquettes, puis distillé dans des cornues. Les produits qui se dégagent .sont tous recueillis, puis séparés successivement sous forme d'alcool méthylique, acide acétique, etc. ; un charbon de bois absolument pur forme le résidu. C'est un procédé analogue à celui qui va être employé à Nantes par la Société de l'Industrie chimique du Lois pour utiliser les déchets de bois dont le tanin a déjà été extrait.

5. Injection des traverses de chemins de fer. — C'est la Société Guido Riilgers de Vienne qui, depuis 1883, est chargée de ces travaux', et c'est à Han (station de la ligne Lasva-Bugojno) qu'elle exploite ses procédés, au moyen desquels on peut injecter jusqu'à 1.000 traverses en vingt-quatre heures. La traverse en bois de hêtre, longue de 1",60 et de 0", 20X0", 12 d'équarrissage, est fournie par le département forestier du Gouvernement. Le liquide d'injection se compose d'une solution de chlorure de zinc (3° Baume à 17°, 3 centigrades), à laquelle on ajoute, dans une proportion de 1 à 25, de l'huile créosotée qui renferme au moins 13 °/„ d'acide phénique et moins de 6 % d'eau. L'opération se subdivise en 3 parties, les traverses étant soumises : 1° à une exposition dans de la vapeur d'eau à 3 à 4 atmosphères ; 2° à une exposition dans l'air raréfié, le vide résultant non seulement de la condensation de la vapeur, mais aussi de l'action d'une pompe et devant descendre au moins à 0,33 de mercure; 3° à un bain dans le liquide injecteur, lequel est comprimé à 7 1/2 atmosphères pendant une heure au moins. Une traverse de hêtre doit, après l'injection, contenir au minimum 8 kil. 3 de liquide désinfectant; une traverse en bois de chêne, 3 kil. 3. Les prix de l'opération par traverse sont respectivement 70 et 33 centimes. Notons, en pas.sant, que, sur les lignes de l'État de Bosnie-Herzégovine, chaque traverse porte un gros clou, sur la tête duquel est inscrit le millésime de l'année de sa mise en service, excellente précaution qui facilite beaucoup l'entretien des voies.

6. Cuirs de Visoko. — Cette ville est renommée pour l'importance de ses tanneries et la qualité de son cuir.

On y fabrique presque exclusivement des chaussures indigènes [opanlte), des ceintures de cuir [bonsila) et des petits porte-monnaie; mais une certaine quantité des cuirs est exportée en Autriche.

Le tan vient de Bosnie, d'Herzégovine et surtout de Dalmatie. Il varie suivant la destination des cuirs : le cuir des semelles de chaussures est tanné avec le gland du cliène, ou plutôt avec la eupule dans laquelle repose le gland proprement dit; d'autres cuirs plus tendres, celui des cliaussures

* Cette Société emploie up procédé identique pour la préparation des pavés de bois.

(le fcilunc par exemple, sont tannés avec une i)lante très répandue en Bosnie, la Valonin, qui donne au cuir une couleur jaune citron. La couleur rou(^e si particulière des cuirs bosniaques, autrefois extraite do pliMiles iniligènes, vient aujourd'hui directement d'Autriche. Voici quelle est la façon de procéder des tanneurs de Visoko : Les peaux sè(;h(ïs sont baignées quatre h cinq jours dans les eaux courantes de la rivière jusqu'à ce qu'elles soient bien souples. On les traite ensuite pendant quarante-liuit lieuros à la chaux éteinte en les empilant les unes sur les autres avec des couches intermédiaires de réactif. Puis ou h^s racle au couteau, et, après un bon lavage à l'eau, on les enfouit huit & douze jours dans les fosses ou cuves avec h^ lan dilué. Le tannage est suivi d'un lavage à grande eau et d'un séchage à lair, les peaux étant pendues autour des bâtisses au premier étage des maisons.

7. J'iipetcric do Zonicn. — Celtes fabrique fut créée en 18S7, avec subvention de l'Klat, pour les besoins de 1 Administration. Klle fait actuellement des papiers de toute .sorte, en se servant particulièrement de la pâte de bois chimique. Le découpage, le lessivage, le défilage, le blanchiment, le raffinage sont installés dune façon absolument moderne. Le matériel comprend des scies et cisailles pour le découpage des bois, des machines défibreuses et raflineuses, des broyeurs à meule verticale, des machines à papier de Hollande (piles ou cylindres), des rouleaux, des presses, des calandres, des bancs à tirer, 3 chaudières, 1 machine à vapeur à deux cylindres de 450 chevaux avec distribution Colmann et une mîicliine de 2o chevaux. Toute la matière première, à l'exception de la cellulo.se, vient de Bosnie. La production s'élève à L-lOO tonnes de papier, représentant une valeur de 84.000 francs. Les ouvriers i-mployés, au nombre do 130 à 160, sont en grande partie indigènes, et les salaires varient de 0 fr. 80 à 1 fr. 50.

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