RÉGIME COMMERCIAL
La Bosnie-Herzégovine faisant partie intégrante de l'Empire austro-hongrois au point de vue économique, le régime douanier est le même, sans exception, depuis l'année 1880, époque à laquelle la même application a été faite au littoral croate, à l'Istrie, à la Dalmatie et côtes adjacentes. Les traités de commerce passés par l'Empire avec l'Étranger ont donc toute vigueur en Bosnie-Herzégovine.
Il est assez difficile de se rendre compte, de prime abord, des conséquences qu'aurait, pour les produits français, une atténuation au régime douanier actuel, cela parce que l'importation de nos produits est véritablement trop peu importante ; cependant, il est bien évident que certains articles pourraient bénéficier de cette nouvelle situation; c'est ce que nous examinerons plus loin.
§ t. — Dispositions légales.
1. Monnaies, Poids et Mesures. — La monnaie austro-hongroise a seule cours; cependant, dans les comptes, la population rurale surtout emploie encore la monnaie turque, savoir :
1» 5 para = 1 kreutzer.
2» l mariaz (pr. mariage) ^2 —
3° 1 gros (pr. grosch.) = 8 —
4° 1 vizlinz (pr. vigelino) =12 —
5° 1 keca (pr. ketcha) =50 ducats.
Un ducat représente! H fr. 80 de noire monnaie.
Jusqu'au 31 décembre 1808, le florin était l'unité monétaire; depuis le 1" janvier 1898, runil<5 est la couronne de 100 hellers (ou 50 kreutzers).
Le système m(''lri(iu(! est en vigueur, mais les paysans pèsent encore avec des balances romaines, en oka, qui égale i kil.28(J, et qui est l'unité du poids turc. Cet usage n'est que toléré, ci l'Administration s'appli(iue aie faire graduellement disparaître.
2. Monopolos : Svl, jjoiidrv, luhac. — Le Gouvernement n'a, jusqu'à présent, mis en régie ni l'alcool, ni les allumettes.
Les trois articles monopolisés sont : le sel, la poudre de tir et le tabac; ce dernier est le plus important et le plus prospère. Les règlements en vigueur en Autriche-Hongrie ont toute leur application en Bosnie-Herzégovine. Les prix payés par le Trésor aux planteurs sont fixés chaque année par district, d'après la qualité du tabac.
La quantité de tabac récollée est en moyeime de 3. 000 tonnes; cependant, elle s'est déjà élevée à 4.400 tonnes. La quantité transformée en tabac à fumer ou en cigarettes .s'élève par an à 1.900 tonnes en chiffres ronds. Les cigares viennent de Hongrie et d'Autriche. Le tabac est surtout cultivé en Herzégovine. Il en est exporté quelque peu en Italie.
La mise en régie date de 1880. Antérieurement, la Banque du Crédit général hongrois était chargée de la vente du tabac.
Comme la régie des tabacs de la Bosni(>-Herzégovinc est distimle de celles d Auhiilie et de Hongrie, l'cxporlation du tabac est prohibée d'un de ces pays dans laulre, afin d'éviter la concurrence.
La recette d'une bonne récolte peut s'évaluer à 4.300.000 florins environ.
Les manufactures de tabac sont au nombre de quatre: Sarajevo, Travnik, Banjaluka, Mostar; elles occupent ensemble 3.500 ouvriers.
Pour la vente des produits, il faut une permission délivrée par les autorités.
La poudre de tir donne un revenu annuel de 18.000 florins.
Le sel donne une recette annuelle d'environ 1.150.000 florins. Les salines de Donja-Tuzla (sources de Siminhan et de Kreka), exploitées pour le compte du Gouvernement, suffisent à la production du sel gros consommé dans le pays.
Le sel lin vient d'Autriche (de Wilicza, Galicie). Autrefois, la Dalmalie envoyait de grandes quantités de sel iiiarin.
3. Doiiinios, — Celle rubriciue a été développée dans ses parties essentielles au paragraphe « liéginic commercial ». Ajoutons que l'Empire encaisse pour son compte personnel les droits de douane perçus et verse annuollenicnl une .somme de 600.000 florins au budget de la Bosnie-Herzégovine. 11 est à présumer que les revenus .sont inférieurs.
La langue ('iii[)loyéc dans le commerce est le bosniaque, identique au serbo-croate; on l'écril Soit en caiiutères latins, soit en caractères cyrilliques. L'écriture indigène liosanvic», cursive is.-sue (In cvrilliquo, tend à disparaître. Dans le but de calmer l'antagonisme entre les musulmans de Bosnie- Herzégovine (les « Turcs », comme on les appelle souvent) et les chrétiens, les Bureaux se s<'rvenl, pour la correspondance oflicielle avec les musulmans, de la langue serbo-croate, mais écrite en caractères latins.
1. Terme. — II n'y a rien de spécial dans les usages du commerce extérieur. Dans les transactions avec les petits commerçants et la population rurale, les ventes ou achats se font à terme, mais avec usure.
2. Taux d'Intérêt. — L'usage de l'ancien intérêt à taux légal, qui était de 12°/o l'an, a subsisté dans les transactions chez le peuple. Mais l'intérêt des banques, des grands magasins et du Gouvernement varie de 5 "/o «> 6 °/„.
3. Banques, Crédit agricole. — Avant 1878, il n'y avait en Bosnie-Herzégovine aucun établissement de crédit. Il existe actuellement la « Banque locale privilégiée de Bosnie-Herzégovine », qui a payé en 1897 un dividende de 6 °/„ — et r« Union Bank » — succursale de la même Société à Vienne. Ces deux établissements ont leur siège à Sarajevo, avec plusieurs succursales dans le pays.
Les conditions de crédit sont trois et six mois.
Il y a, en outre, à Brcka-Bjelina et Banjaluka, une caisse d'épargne.
Tous ces établissements sont des Sociétés par actions placées sous la surveillance du Gouvernement local.
Enfin, nous devons dire quelques mots sur les caisses de crédit agricole. Elles sont destinées à, mettre à la disposition de la population agricole, sous certaines garanties et moyennant un intérêt convenable, des avances soit d'argent, soit de valeurs en nature. Ces avances sont faites pour un terme assez restreint, allant jusqu'à huit mois; l'intérêt théoriquement fixé est de 4 à G "/„, suivant la catégorie des besoins à couvrir. Sans entrer dans le détail de l'organisation de ces caisses de district, nous renverrons à la brochure que M. de Horowilz leur a consacrée. Nous dirons cependant que la tentative semble avoir réussi, puisque, après les deux premiers essais faits en 1886 à Gacko et en 1887 dans le district de Nevésinje, le nombre des districts dotés de caisses de ce genre s'est élevé au chiffre de 32 en 1892. Les 32 caisses existantes en 1892 avaient en dépôt un capital d'au moins 1.348.200 francs. — Ces caisses de crédit sont également des caisses de secours.