‹ La Bosnie et l'HerzégovineChapitre 25 sur 132 · HF V · texte numérisé non relu

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l'Orient, et, par là, étaient attirés dans Forbite historique de Byzance, les Croates, à l'ouest, adoptaient la foi romaine, avec le rite latin, et subissaient l'attraction de la première Rome et de la civilisation latine. Car, il vaut la peine de le remarquer, en puisant l'eau du baptême à des sources différentes, ces Slaves du Sud, frères de race et de langue, puisèrent, en même temps, à des sources diverses, les premiers éléments de la culture et de la civilisation. C'est ainsi qu'ils ont un calendrier différent, et qu'ils ne célèbrent pas les mômes fêles aux mêmes jours. C'est ainsi que, s'ils parlent la même langue, à peine légèrement nuancée de dialectes, ils ne l'écrivent pas de même. Les uns, prosélytes de Rome, ont pris et gardé l'écriture latine, heureux d'avoir le même alphabet que les grands peuples de l'Occident; les autres ont reçu l'écriture dite cyrillique et se sont fait honneur de la conserver comme un patrimoine slave et comme un héritage des ancêtres. El ainsi des institutions et de bien d'autres choses; ainsi, parfois, des coutumes et des lois. La différence des écritures et des alphabets est ici symbolique : Serbes et Croates se tournaient pour ainsi dire le dos, regardant les uns vers l'Orient , les autres vers l'Occident. Leur civilisation se colorait diversement, prenant une teinte différente, selon qu'elle leur venait de Byzance ou des Latins, de l'Orient ou de l'Occident. Par là, les différences de rite et de religion influaient sur la nationalité elle-même, et le schisme religieux amenait un schisme national, qui dure encore. En vain, je ne sais plus quel slaviste a montré que les noms mêmes, en apparence étrangers l'un à l'autre, de Serbes et de Croates (Hervates, Herbates), étaient en réalité identiques, ayant même sens et même étymologie, l'aspiration de l'un correspondant à la sifflante de l'autre ; quand cette identité serait prouvée, on pourrait voir, dans ces noms primitivement semblables et aujourd'hui divers, un emblème des destinées diverses faites, à travers les siècles, à ces populations serbo-croates. On dirait deux frères jumeaux, séparés dès leur enfance et élevés à deux écoles différentes. De ces Slaves illyriens, que la communauté d'origine et l'unité de langue semblaient destiner à former une seule et même nation, la religion, l'histoire, la culture ont fait deux peuples auxquels le sentiment de leur identité d'origine et de leur parenté primitive n'est revenu que tardivement, après qu'ils s'étaient longtemps méconnus.

Chez les Croates catholiques, comme chez les Serbes orthodoxes, il s'est levé, récemment, des patriotes désireux de mettre fin à ce schisme historique. Pour combler le fossé séculaire, creusé par l'histoire entre les deux peuples jumeaux, ils les invitent, tous deux, à se considérer comme un même peuple ayant une même nationalité. Réussiront-ils, ces patriotes jougo-slaves, dans cette tâche ardue de réunir en un seul corps de nation ce que les siècles ont dissocié? L'unité serbo-croate est-elle autre chose qu'un rêve de poète ou de philologue, et, si elle doit jamais se réaliser, quelles seraient les conditions et quels seraient les résultats de cette fusion nationale? Nous n'avons pas aie rechercher ici. Il nous suffit d'indiquer, brièvement, les données du problème, de montrer quelle est la situation faite, par un passé déjà long, aux peuples et aux pays de langue serbo-croate. Us sont, aujourd'hui encore, coupés en deux par la religion. Orthodoxes et catholiques, alors même qu'ils se tendent la main par-dessus les antiques barrières confessionnelles, se regardent d'habitude comme appartenant à deux peuples différents, à deux peuples frères, mais rivaux.

Cela est particulièrement sensible dans les pays où se rencontrent les deux rites, en Dalmatie, ainsi qu'en Bosnie et en Herzégovine. Interrogez un orthodoxe dalmate, il se dira Serbe; interrogez un catholique, il se dira Croate. J'en ai fait maintes fois l'expérience. Il faut aller jusqu'au sud de la Narenta, jusqu'à Raguse, l'ancienne et noble république slave, pour rencontrer des catholiques qui se disent Serbes. Là, aux extrémités du littoral autrichien et du domaine de la langue serbe, il se rencontre des Slaves, plus ou moins cultivés, qui se disent Serbes ou se déclarent Croates, par un libre

clioix, par une sorte do nalionalilé d'éleelion, par sympathie politique pour tel ou tel régime, pour tel ou tel gouvernement. Les noms de Serbes cl de Croates tendent alors à devenir comme une dénomination de partis, et le lils peut se dire Serbe, tandis que le père se dit Croate. En Dalmalie, comme en Bosnie, ce ne sont encore là, aujourd'hui, que des exceptions. D'une manière générale, les catholiques latins se considèrent comme Croates, tandis que les orthodoxes orientaux se proclament Serbes ; et, presque partout, la rivalité, voire l'antagonisme, entre les deux confessions et les deux éléments, est demeuré vivace.

Ainsi en est-il, en particulier, do la Bosnie, avec cette aggravation que, chez elle, plus d'un tiers de la population ayant passé jadis à l'Islam, les divisions confessionnelles sont plus compliquées e,t plus profondes. Au lieu d'être coupé en deux, le pays est coupé en trois. Tandis que le musulman s'intitulo « Turc », l'orthodoxe se déclare « Serbe », et, si les catholiques indigènes ne se donnent pas toujours comme « Croates », les sympathies du plus grand nombre d'entre eux vont à la Croatie, au « royaume trinilaire ».

Examinons successivement chacun de ces groupes confessionnels, qui forment comme autant de facteurs nationaux.

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