LES CURÉTIENS : LES SERBES ORTHODOXES
Pris en bloc, les chrétiens sont en majorité; ils forment, aujourd'hui, un peu moins des deux tiers de la population de la Bosnie-Herzégovine, environ 64 "/o d'après le dernier recensement (1893). Si on laisse de côté trois ou quatre milliers de protestants, luthériens ou calvinistes, presque tous immigrés récemment, la population chrétienne indigène se divise en deux groupes inégaux, les orthodoxes, ou, comme ils disent li\-bas, les pravoslaves de rite oriental, et les catholiques de rite latin. A l'inverse d'autres contrées, il n'y a presque pas, en Bosnie, d'Orientaux unis à Rome pour servir do trait d'union entre les adhérents des deux Églises.
Les orthodoxes, qui sont unanimes à s'intituler Serbes, sont de beaucoup les plus nombreux. Ils étaient ilC.OOO, lors du recensement do 1879; 571.000, lors de celui de 1885; 673.000, lors de celui de 1893. La progression, on le voit, est marquée; elle atteste la vitalité de la race et l'amélioration des conditions d'existence; mais, comme toute la population des deux provinces a crû rapidement durant la période de paix inaugurée par l'Occupation, le tant pour 100 des Serbes orthodoxes n'a guère varié. De 12,88 °/o, en 1879, la proportion dos Sorbes orthodoxes s'ét^iit abaissée à 42,76 •/, en 188o, pour remonter à 42,94 %, en 1893. Un certain nombre d'immigrés serbes, de Slavonie, de Dalmatie et de Hongrie même, sont venus grossir leurs rangs depuis l'Occupation.
Les orthodoxes ou Serbes — pour eux, il ne faut pas l'oublier, les deux noms restent synonymes — constituent ainsi, sans conteste, l'élément le plus considérable, par le nombre, de la population de la Bosnie-Herzégovine. S'ils n'arrivent pas il en former la moitié, ils en constituent plus des deux cinquièmes, tandis que les musulmans (."ilS.OOO) n'en forment guère plus d'un tiers (33 "/.) et les catholiques (334.000), guère plus d'un cinquième (21 V,)- C'est sur cette supériorité numérique, ainsi que sur l'histoire du i)ays au Moyen Age et sur certaines particularités de la langue populaire, que sappuient les Serbes de Serbie ou du Monténégro pour proclamer que la Bosnie-Herzégovine demeure un pays foncièrement serbe.
Cette population orthodoxe serbe (fig. 85 à 92) est répartie sur tout l'ensemble du pays, mais non pas également. C'est ainsi qu'elle ne prime, par le nombre, que dans la moitié seulement des six préfectures ou cercles {oriizje) entre lesquels le pays est partagé, et elle ne possède la majorité absolue, sur les musulmans et sur les catholiques réunis, que dans deux seulement de ces six préfectures, celle de Banjaluka et celle de Bihac. Dans la préfecture de Sarajevo, la capitale, les Serbes orthodoxes sont inférieurs en nombre aux musulmans (79.000 contre 1H.900); et dans les deux préfectures de Travnik et de Mostar, ils le cèdent aux catholiques (78.000 et 74.000 Serbes contre 90.000 et 88.000 catholiques).
Dans l'ancienne Herzégovine, qui constitue aujourd'hui la préfecture de Mostar, la prépondérance des catholiques est postérieure au traité de Berlin, lequel a laissé au Monténégro un certain nombre de communes presque entièrement serbes. Aujourd'hui encore, le long des frontières de la Montagne Noire , dans les districts de Gacko ou de Trébinjé, par exemple, la prépondérance demeure aux Serbes, tandis que les catholiques l'emportent dans le nord-ouest de la province. A Sarajevo même, la capitale de tout le pays, les orthodoxes (5.800) ne viennent, aujourd'hui, qu'en troisième lieu, à une grande distance des musulmans (17.000) et même des catholiques (10.600), ne dépassant que de peu les juifs (4.000), dont le nombre a dû récemment augmenter encore. Dans le cercle de Sarajevo, il est vrai, c'est-à-dire dans la fertile campagne autour de la capitale, les orthodoxes reprennent l'avantage, formant, à eux seuls, plus de la moitié des habitants.
La population serbe orthodoxe est, en elTet, en grande majorité, rurale. Elle reste en minorité, devant les musulmans ou devant les catholiques, dans la plupart des villes. Quoiqu'elle compte, elle aussi, dans son sein des négociants, des marchands, des propriétaires, des artisans, elle constitue le gros de la population paysanne. Aux Serbes orthodoxes appartient le plus grand nombre des kmels, des tenanciers héréditaires qui, depuis la conquête musulmane, étaient demeurés dans une sorte de servage, souvent fort dur. Ces tenanciers chrétiens, orthodoxes ou catholiques (il en est aussi quelques-uns de musulmans), ont été fort opprimés, durant des siècles, par leurs seigneurs, qui, non contents d'exiger d'eux la (retins, soit le tiers de leurs récoltes, venaient souvent s'installer chez eux, durant des semaines, et y vivre à leurs dépens. Déjà, avant l'occupation autrichienne, la Porte, elle-même, avait dû essayer de protéger les kwets contre l'oppression et la tyrannie des begs et des aghas. Le mécontentement de ces tenanciers chrétiens a été l'une des causes de la grande insurrection de 1875-1870, d'où sont provenus, avec la guerre d'Orient de 1877-1878, les grands remaniements territoriaux du traité de Berlin, y compris l'occupation de la Bosnie par l'Autriche,
Fig. 83. — Série orthodoxe do Bosnie, comptant parmi Jos notables de Foca.
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Les Serbes orthodoxes, encouragés par leurs fr^fres de race et de religion de la Serbie el du Monlénégro, formaient le gros de ces vaillants insurgés que les meilleures troupes de la Porte furent impuissantes i\ réduire. Parmi les chefs ou voiévocles de ces bandes rustiques, dont les chants populaires célèbrent encore les exploits, se rencontrait plus dun pope orthodoxe. Le soulèvement avait ainsi, à la fois, un caractère économique, national et religieux. Si opprimés, si abaissés qu'eussent été les kmets, et les chrétiens en général, durant trois siècles, ils n'avaient pas perdu tout .sentiment national, ni lout espoir de relèvement. Cela était particulièrement vrai des Serbes orthodoxes, que soutenaient les encouragements et l'exemple de leurs congénères de la Serbie et de la Montagne-Noire. Leur lîglise était devenue le refuge de leur nationalité, d'autant que, à cette extrémité de l'Empire turc, les efforts des prélats grecs pour faire de l'Ëglise un instrument dhellénisation n'avaient pu avoir la même intensité, ou les mômes facilités qu'en Macédoine ou en Bulgarie. Encore aujourd'hui, l'attachement des Serbes orthodoxes pour leur Église s'explique, en grande partie, parce que cette Église s'identifie, à leurs yeux, avec la ca\ise nationale. Elle n'est pas seulement, pour eux, comme le cadre extérieur de leur nationalité; ainsi qu'au temps de la domination turque, elle en reste la citadelle. Aujourd'hui même, ils continuent à voir en elle la sauvegarde de leur avenir, comme elle a été leur abri et leur refuge dans le passé. L'amour qu'ils ont pour elle est une affection patriotique autant que religieuse, et les plus zélés pour elle ne sont pas toujours les plus croyants ou les plus pieux.
Chez les Serbes orthodoxes de Bosnie, comme chez leurs congénères du dehors, le clergé n'a pas toujours une grande influence sur le peuple, et, quand il en a une, c'est autant et plus peut-être comme organe attitré de la nationalité que comme ministre de l'Évangile. On se tromperait, du reste, si l'on croyait tous ces popes ignorants et grossiers. J'ai eu la chance d'assister, après une cérémonie religieuse, à un banquet qui en réunissait un grand nombre, et j'ai rencontré, parmi eux, des hommes instruits, parlant, outre la langue nationale, l'allemand ou l'italien. Comme dans toutes les Églises du rite oriental, ce clergé serbe orthodoxe est marié, ce qui le rapproche encore
du peuple. A sa tète, sont trois dignitaires revêtus de la dignité épiscopale (fig. 88), et, selon la discipline de l'Orient, astreints au célibat. Tous trois portent le titre de métropolite. Autrefois, avant le Imité de Berlin, les évêquos bosniaques étaient nommés par le Patriarcat de Constontinople et investis par un bérat du Sultan. Depuis* lOccupalion, ils sont choisis par le Gouvernement autrichien, qui a conclu, à ce sujet, avec le Patriarche «œcuménique», une sorte de concordat, unique peut-être on Orient. Par cet acte, fort analogue à ceux que négocient les princes ou les États avec la Curie romaine, l'Aulriche-
Fig. 86. — Jeune femme serbe orthodoxe de Bosoie. — (Photographie communiquée par M. Vemeau, Collection inédite du Muséum d'Histoire naturelle.) On remarquera le large pantalon à plis, fait d'étoffe unie, la vcsle soutachée et la coiffure. (Les bottines, dont est chaussée la femme représentée ici, témoignent, comme aussi l'ombrelle, delà pénétration des articles étrangers dans le pays.)
Hongrie s'est fait reconnaître du Patriarcat de Constantinople le droit de désigner elle-même, en Bosnie, les évoques orthodoxes, auxquels le Patriarche confère seulement l'investiture canonique '. Pour obtenir du Phanar cette faculté de désigner les évoques orthodoxes, le Gouvernement austro-hongrois s'est engagé à verser annuellement au patriarche œcuménique une rente de quelques milliers de florins, équivalente au revenu que le Phanar tirait des provinces occupées, avant le Congrès de Berlin. Sous la domination turque, chaque évêque orthodoxe prélevait sur ses ouailles, pour son intronisation et pour son entretien, une sorte de capitation montant à un peu moins d'un franc par tête de fidèle. Cette taxe ecclésiastique, appelée vladiknrina (du nom de vladika, évoque), le Gouvernement autrichien a tenu à en affranchir la population orthodoxe. Comme ils sont désignés par lui, les trois métropolites orthodoxes sont rétribués par le Gouvernement; il en est de môme des évêques catholiques, de
même aussi du Reis el Uléma et des muftis musulmans. Quant aux popes, ainsi que les curés catholiques, ils vivent des revenus de leur église ou de leur casuel et des dons des fidèles. Le budget ordinaire des cultes ne montait, en 1898, qu'à une centaine de mille francs, plus, il est vrai, une somme égale, employée en subventions diverses. En outre, le Gouvernement entretient, à ses frais, un séminaire orthodoxe, en même temps qu'un séminaire catholique et qu'une école supérieure de théologie musulmane, assurant ainsi, sans distinction de culte, le recrutement des divers clergés.
Avec le droit de nommer des métropolites, rémunérés par l'État, le Gouvernement austro-hongrois semble s'être assuré le moyen d'exercer une action, par le clergé, sur toute la population serbe. Cela paraît avoir excité les appréhensions d'une partie de la population orthodoxe. Elle semble, en plusieurs localités, se défier d'un clergé dont les chefs lui paraissenfdans la dépendance du pouvoir. De là, certaines résistances, qui, sur quelques points, ont abouti, en 1897 et en 1898, à des incidents étranges à nos yeux.
Il faut dire, pour comprendre les difficultés soulevées en plusieurs paroisses, que, sous la molle domination turque, la paroisse ou la commune serbe orthodoxe, la srpska obcina, jouissait d'une autonomie presque entière, s'administrant librement elle-même, en dehors de toute ingérence gouvernementale. C'est ce que l'incurie ou le laisser-aller turc toléraient souvent, chez les raiahs, auxquels le mépris même du pouvoir valait parfois de précaires, mais réelles libertés. La Turquie est longtemps restée le pays des autonomies locales et religieuses, qui survivaient aux actes d'arbitraire et aux heures de violence.
La commune serbe, Vobcma, ayant à sa tête un groupe de notables choisis par les habitants, gérait librement les affaires de la communauté, spécialement son église et son école. Le pope et l'instituteur étaient au choix de la commune, par suite, au choix des habitants, qui, les ayant élus, les
Fig. 87. — Jcunn /lllo sorbe orthodoxe de Bosnie. — (Photographie de M. Verneau, Collection inédite du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.)
' La Bosnie-Herzégovine reste ainsi rattachée au Patriarcat de la « grande Église », quoique l'Autrlche-Hongrie possède, chez elle, trois Églises orthodoxes « autocéphalcs », dont l'une pour les Serbes de Hongrie a son patriarcat à Carlowitz, une autre pour les Roumains de Hongrie a son métropolitain à Hermannstadt, une autre enfin pour les orthodoxes de la Cisleithanie possède un patriarche à Czernowitz (Bukovine).
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tenaient l'un et l'autre on tutelle. La commune ou paroisse pouvait recevoir des dons et des legs; elle possédait des biens parfois considérables, qu'elle administrait et faisait valoir, & son gré, sans contrôle du dehors.
Cette situation si favorable, bien peu de nos Étals occidentaux centralisés l'eussent entièrement respectée. Le Gouvernement autrichien n'a pas cru pouvoir la maintenir. Selon une formule dont on a tant usé et abusé chez nous-mêmes, c'eût été, comme me le disait un fonctionnaire, tolérer un Etat dans l'État. Cédant au penchant habituel de l'État moderne et peut-être aussi à de secrètes défiances, le (jouvcrnomont de la Bosnie a voulu s'ingérer dans les comptes et dans la gestion des communes serbes orthodoxes. S'il a, d'habitude, respecté leurs écoles, s'il a souvent même laissé aux paroisses le choix de leurs instituteurs, il s'est arrogé le droit de les confirmer; il n'a pas voulu que ces instituteurs, chefs d'une sorte d'école libre, pussent rester en fonctions sans son assentiment.
Nationales ou religieuses, on retrouve ainsi, jusqu'au fond de la Bosnie, ces luttes autour de l'école confessionnelle, qui ont tant remué l'Europe contemporaine. De môme pour le clergé. \u lieu d'abandonner le choix des prêtres ou curés à leurs ouailles, le Gouv(M'ncmonl préfère les faire nommer l)ar le métropolite. « Mieux vaut, disent les partisans de cette mesure, faire choisir les prêtres par un évoque éclairé que par des paysans ignorants. » La nomination par les métropolites semble, du reste, plus conforme au droit canon. C'est ainsi, il faut le reconnaître, que les choses se passent, en général, aujourd'hui, dans les pays orthodoxes, notamment au Monténégro et, au moins actuellement, dans le royaume de Serbie. Au .Monténégro, demeuré le type de l'État slave patriarcal, la commune a bien son chef, son kinol ou maire élu ', assisté d'adjoints choisis par les chefs de famille ; mais l'instituteur n'en est pas moins nommé par le Gouvernement, et le pope désigné par le métropolite.
La commune serbe orthodoxe de Bosnie a été ainsi dépouillée d'une partie de son autonomie et de ses privilèges. Le Gouvernement a cru aussi devoir réglementer les dons ou donations qu'elle peut recevoir des fidèles. En outre du déplaisir qu'éprouvent toutes les institutions ou les corporations à voir réduire les droits dont elles jouissaient, les Serbes ont pu redouter qu'en s'immisçant dans les affaires de leurs paroisses ou de leurs écoles, le Gouvernement autrichien n'en voulût
Fig. 88. — Le feu Métropolite orthodosr.
' I.e mot ktni'i a, chez les Serbes, deux sens divers : il signifie tenancier et il signifie maire.
altérer le caractère national. Ainsi s'expliquent, en grande partie, le mécontentement et les résistances soulevés par l'application des nouvelles mesures. C'est au Gouvernement à rassurer sur ses intentions ses administrés orthodoxes. Sur quelques points, à Mostar notamment, nombre d'orthodoxes, faute d'autres moyens d'opposition, ont imaginé de manifester leur mécontentement par une sorte de grève religieuse. Le Conseil de la commune serbe de Mostar avait été dissous; ses écoles avaient été placées sous la direction d'un commissaire du Gouvernement; des popes qui n'avaient pas été agréés par elle officiaient dans sa grande église. Pour protester contre cette ingérence du pouvoir dans leur église ou dans leur école, certains orthodoxes ont refusé les sacrements et déserté les cérémonies religieuses. C'est ainsi que, en 1898, nombre de Serbes de Mostar défendaient au pope de bap-
I'"ig. 89.
Fig. 90.
Fig. 89. — Femme scvbo orthodoxe de Bosnie. — (Photographie de M. Vcrneau. Collection inédite du Muséum d'Histoire
naturelle de Paris.) Fig. 90. — Serbe orthodoxe de Glasinac. — (Photographie de M. Verneau. Colleclion du Muséum d'His'oire naturelle de Paris.)
tiser leurs enfants et repoussaient le concours de l'Église pour l'enterrement de leurs morts. La forme même de cette protestation montre à quel point le sentiment national se mêle, en ces pays d'Orient, au sentiment religieux, et comment, parfois, un patriotisme plus ou moins bien entendu y fait taire la piété chrétienne.
Le Gouvernement, soutenu par le haut clergé, n'avait pu, récemment encore, triompher de toutes ces résistances passives. Les mécontents en ayant appelé, inutilement, à l'empereur François- Joseph, en 1897, se sont tournés vers l'autorité ecclésiastique, demeurée, théoriquement, juge suprême de leur Église, vers le patriarcat de Conslantinople. Les trois métropolites, de leur côté, d'accord, semble-t-il, avec le Gouvernement de la Bosnie, ont adressé, à ce sujet, au Patriarche un mémorandum. Il serait curieux de voir le lointain Patriarcat qui se pare encore, fastueusement, du litre d'oecuménique, appelé à jouer le rôle d'arbitre suprême, entre le pouvoir civil et les fidèles orthodoxes, en des provinces que ne rattache plus à l'Empire ottoman qu'un lien aussi âche que frêle. Dans l'Église
d'Orient, en effet, on sait que la juridiction ecclésiastique suit, d'habitude, le sort de la souveraineté*, de façon que chaque province clirclienne éinancipC-e de la domination turque diminue d'autant l'étendue des domaines spirituels du Patriarcat byzantin. En Bosnie, comme ailleurs, le Patriarcat œcuménique ne conserve de droits de juridiction qu'autant que le Sultan y garde de souveraineté.
Si délicates que soient les questions soulevées, et si excités que semblent, sur certains points, les esprits dans les communautés orthodoxes, on peut espérer que le Gouvernement de la Bosnie aura assez de tact pour apaiser cette agitation et assez de sagesse pour laisser aux communes orthodoxes toutes les libertés qui ne sont pas incompatibles avec le bon ordre et la tranquillité du pays.
Outre leurs églises et leurs écoles, les Serbes ortiiodoxes ont, dans l(^s villes, des Sociétés litté-
Fig. 91.
Fig. 92.
Fig. 91.— Ji'iiiw femme serbo orthodoxe en Bosnie. {Riche paysanne en costume do fête.) — (Photographie de M. Verneau.
Colleclion inédite du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.) Fig. 92.— Jeune vilhiiicois serbe orlhoihxe, do riclie famille, eo Bosnie. — (Photographie de M. Verneau. Colleclion ÏDédlle
du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.) — On remarquera la richesse du costume, la protusion et la délicatesse des
broderies et des soutaohes. la finesse du linge, l'ornementalion soignée de la large ceinture de cuir, qoi entoure la
taille et sert à soutenir les armes.
raires et des Sociétés de musique, sorte de cercles ou de bibliothèques, où ils trouvent des livres et des journaux. J'ai visité plusieurs de ces lieux de réunion. A côté des portraits de l'empereur François- Joseph et de la défunte impératrice, ou y voit, d'habitude, ceux du jeune roi de Serbie et du prince de Monténégro. Ce n'est pas toujours là une marque d'hostilité contre le régime actuel. De semblables images, surtout le portrait du prince de Monténégro, poète et soldat, se rencontrent souvent, en Dalmatie, chez des Croates catholiques, qu'on ne saurait suspecter de penchants séparatistes. Néanmoins, on serait étonné si le Gouvernement de Bosnie ne soumettait pas ces Sociétés serbes à la surveillance de sa police. Il veut s'assurer que, sous prétexte de littérature et de culture nationales, ces cercles ne fassent pas d'agitation politique et ne servent pas de foyer à la propagande des partisans de la « Grande Serbie ».