L'ADMINISTRATION ACTUELLE
EN BOSNIE-HERZEGOVINK
Arrivés en 1878 dans un pays en complète insurreclion depuis trois ans cl habité par une population dont la iliversilé des croyances constituait le plus sérieux obstacle au rétablissement de la paix, les Autrichiens s'attachèrent tout d'abord h donner à chaque confession un régime administratif autonome, distinct, sinon dans la forme, du moins dans la composition de ses rouages, de celui qui devait être imposé aux adeptes d'une religion diflérente. A cet effet, ils divisèrent le pays en un cerUiin nombre de cercles correspondant aux divers groupements où prédominaient des gens de même croyance, de même souche, vivant des mômes traditions et, ce qui en est l'indice, portant, en général, le même costume. C'est celte pensée qui a présidé ù l'institution des cinquante-quatre sous-préfectures actuellement établies dans le pays '.
Pour éviter tout désaccord entre les jugements des tribunaux et la loi sacrée, le Gouvernement adjoignit i\ chaque sous-préfet un ronsoillcr, chargé de l'éclairer ainsi que le tribunal sur les usages consacrés par le temps et ayant, aux yeux du peuple, force de loi. C'était là une garantie sérieuse |)our les sectateurs de tous les cultes, notamment pour les musulmans, à qui échappait le pouvoir. Les catholiques et les orthodoxes reçurent également des garanties. Liberté des cultes, sauvegarde de leurs droits de citoyens, régime de complète égalité des uns et des autres devant les lois, tels sont les hinirt'ux changements que les fidèles des deux confessions, si souvent molestés sous la domination du Sultan, durent au changement de régime.
Puis, lorsque la i)aciticalion fut achevée et la sécurité définitivement garantie, l'Autriche-Hongrie essaya peu h, peu d'appliquer à une civilisation très ancienne les méthodes les plus nouvelles d'organisation administrative et de vie économique. Elle supprima certains impôts vexatoires, pour les remplacer l)ar une inscription au budget (suppression, en 1884, d'un impôt jusque-là prélevé sur chaque maison scrho-orlliodoxe pour le traitement des métropolites). Elle outilla le pays à l'aide de divers emprunts qui
' L& division du pays en pri-feclures et sous-pri'focturcs n'est donc pas une simple division géographique. Elle repié* sentait tivs cxaclenient, il y a vingt ans, I,i rt^partition de groupes particuliers de population. Celte r*p*rtilion <eM. uiodiûéc un peu avec le temps, mais les traditions locales ont subsista.
paraissent être amplement garantis par l'exploitation de ses richesses naturelles. Elle rendit l'instruction obligatoire. Elle organisa le service militaire sur les mêmes bases que dans l'Europe continentale. Elle modifia, en s'inspirant des données modernes, le régime des prisons. Elle encouragea l'agriculture. Elle releva les industries locales, facilita le commerce, ouvrit à l'exploitation un certain nombre de mines, contribua à la création de nombreuses compagnies d'assurances.
Pour étrange que puisse paraître l'application de semblables réformes à une civilisation très ancienne, il faut reconnaître les heureux effets de l'expérience. Pris dans leur ensemble, les principes de l'Administration de la Bosnie-Herzégovine paraissent avoir été inspirés par le désir de coopérer au relèvement moral et matériel de ce pays et à la renaissance de son amour-propre; tàciie humanitaire, qui ne peut laisser les Français indifférents.
ADMIMSTRAÏIO.V CE.NTKALE
L'Administration de la Bosnie -Herzégovine est confiée au Ministère des Finances du Ministère commun de l'Empire Austro-Hongrois, dont le titulaire est actuellement S. Exe. M. Benjamin de Kallay de Nagy Kallo. Il est le représentant de l'Empereur pour les deux provinces et réside à Vienne.
Dans le pays même, le pouvoir administratif est partagé entre le Gouverneur militaire commandant le corps d'armée d'occupation et le Gouverneur civil. Ils relèvent l'un et l'autre du Ministre des Finances de l'Empire. Le Gouverneur militaire est actuellement S. Exe. le général baron Jean Appel; et le Gouverneur civil, S. Exe. le baron Hugo Kutschera. Les Gouverneurs civil et militaire ont leur résidence à Sarajevo.
Le Gouverneur militaire n'a que des attributions militaires. Quant au Gouverneur civil, son administration comprend quatre Sections : Admiiiislrution cciilrule, Fiiumccs, Justice, Travaux publics. Ces Sections sont divisées en Départements et les Départements en Bureaux.
Les Sections sont dirigées par des chefs, les Départements par des conseillers auliques ou des conseillers de Gouvernement, les Bureaux par des secrétaires de Gouvernement.