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LES ÉCOLES TECHNIQUES ACTUELLES

A côté des écoles de commerce, le Gouvernement actuel a senti la nécessité de créer des écoles techniques. Si les premières préparent, d'une façon générale, à l'exercice des affaires, les secondes, plus spéciales, enseignent et apprennent à pratiquer les principes d'Art et de Science qui sont l'âme même de certains métiers.

L'Administration construit des routes, des ponts, des édifices publics; elle endigue des torrents; elle entretient les forêts et procède à des reboisements. Pour mener à bien ces entreprises et y intéresser les gens du pays, force lui est de recruter parmi eux le personnel qui dirigera en sous-ordre ces travaux et en assurera la bonne exécution.

En certaines villes, surtout à Sarajevo, le développement du commerce, le progrès de la richesse, l'immigration de fonctionnaires autrichiens et hongrois couvrent le sol de maisons nouvelles et font subir à la vieille demeure bosniaque et à l'ameublement d'autrefois une véritable métamorphose. Il importe de former sur place des artisans et contremaîtres susceptibles de se plier h celte évolution, de dresser le plan des édifices du nouveau style, de les orner des boiseries, des ferrures, du mobilier que réclame le goût du jour. Il faut aussi penser aux paysans, qui, à mesure que les routes se multiplient et que leurs affaires s'étendent, ont besoin de plus de véhicules, d'un matériel de transport plus perfectionné. Enfin, quelques métiers d'art, — ciselure, fabrication de tapis, etc., — autrefois exercés à la main dans les villages et aujourd'hui menacés par la concurrence d'usines étrangères savamment outillées, disparaîtraient rapidement si l'État ne prenait soin de les doter de l'organisation industrielle, qui décuple la production, et de les pourvoir d'artisans rompus à la spécialisation que la fabrication économique exige.

Ce sont là les raisons qui ont décidé M. de Kallay à fonder en Bosnie et en Herzégovine les écoles dont nous avons maintenant à parler.

§ t. — École technique moyenne de Sarajevo.

En 1889, l'Administration austro-hongroise institua à Sarajevo une École technique {TecLiiische iMittelschiile), destinée à former des agents-voyers, arpenteurs, petits ingénieurs, aides-architectes, capables de construire des maisons, des ouvrages d'art, de dresser le cadastre, de rendre des services comme contremaîtres dans les campagnes et d'occuper de petits postes dans les forêts.

C'est, en effet, ce personnel moyen — intermédiaire entre le simple ouvrier et l'ingénieur sorti des écoles savantes de Vienne ou de Buda-Pest — qui jusqu'à ces dernières années a le plus manqué au Service des Travaux publics. L'École technique a pour but de le préparer. Elle reçoit comme élèves des jeunes 'gens d'environ quinze ans, sortant soit des écoles commerciales, soit de la quatrième classe d'un gymnase, soit des roujcUé des musulmans ou de quelques établissements d'ordre plus élevé. Dès leur entrée, elle les répartit en deux Sections, dont l'une est consacrée à l'Architecture, l'autre aux Forêts.

Les élèves passent trois années à l'École. Ils y suivent : 1° des cours de science communs aux deux Sections; 2° des cours particuliers à chaque Section.

Les cours communs portent sur les Mathématiques (avec application spéciale à l'arpentage et à

lîM)

la mesure des capacités), sur le Dessin, la Mt-canique, la Physique, la Chimie et la Géolofçie. Pour renseignement de ces sciences, l'Ecijle possède des formes gt-omélriques, des modèles de dessin, de» instruments de démonstration et la collection des principales roches du pays. Les maîtres répètent devant les élèves et leur font répéter les expériences fondamentales de la Mécanique et de la Physique, et ils leur enseignent l'analyse chimique. Tous les jeunes gens manipulent; ils apprennent h effectuer correctement l'analyse minérale qualitative et, en certains cas, quantitative. On leur montre, en outre, en quoi consiste l'analyst! immédiate, et on leur apprend à reconnaître et à préparer quelque» corps organiques tels que : alcool éthylique, acide acétique, éther éthyliquc, acétone, etc. En Géologie, on se borne à leur donner les notions générales, et on les exerce à déterminer, — d'après la structure visible i\ l'œil nu, la densité et la réiiclinn aux acides, — les roches dont l'ingénieur et le forestier ont intérêt à connaître le rôle naturel dans le sol et le soussol, ainsi que le mode d'emploi.

Fig. I4',t. — Snllu du Musce de la Section des Fonts à l'Ecole technique moyenne,

à Sarajevo.

i. Section d'Architecture. — Dans la Section d'Architecture, on insiste sur la pratl(iue du dessin, et l'on demande aux élèves de savoir faire un projet de iiiiuson d'habitation, d"liô]>ilai, de pont, de gare de chemin de fer, en plan coté, avec projection horizontale, élévation et coupe verticîile. On va plus loin, cl on leur fait faire, en Géométrie descriptive, des épures d'escaliers

tournants. Enfin, les éléments du Dessin d'ornement leur sont aussi enseignés. En ce qui concerne les niacliines qu'ils auront à utiliser, on leur apprend à faire, ii main levée, les croquis des pièces principales, puis à en dresser les plans.

La Section d'Architecture dispose, en outre :

1" D'une collection d'engins mécaniques, poulies, moufles, treuils, leviers, grues, engrenages, que les élèves manipulent eux-mêmes et dont ils étudient tiiéoriquemenl et pratiquement le fonctionnement ;

2° D'une collection de matériaux de construction et de modèles de diverses .sortes de constructions en bois et en pierre h des stades successifs d'édification.

liien que d(> petit format, ces modèles permettent aux jeunes gens de se rendre compte de la structure et de l'agencement des pièces variées du bAliment. On les exerce à travailler le bois, à manier la truelle et la pioche, il fabriquer eux-mêmes à petite échelle tous les lyp«'s d'édilîces el d'ouvrages d'art, dont, comme conlvemaitres ou sous-ingénieurs, ils auront plus tanl :^ diriger ou surveiller la eonstruclion,

2. Soclion des Forêts. — La Section forestière (fig. 149, loO, loi) est encore plus remnrqualjle. Là sont réunis, en un musée admirablement conçu et classé, et mis continuellement à la disposition des élèA'es, tous les échantillons d'arbres, de bois, de plantes forestières et de graines que le spécialiste

doit connaître. Des dessins ^~^^^^m ou des photographies met- ^^^H tcnt dans l'œil du r(''lu(lianl ^^^H le port de chaque arbre, * couvert de feuilles ou dénudé ; à côté, il voit le tronc coupé dans le sens vertical et dans le sens horizontal, le bois varlope et ciré; les feuilles, les fruits, la graine sont renfermés au voisinage dans des bocaux (fig. 149); se dit les exigences de l'essence

de la Section fores- considérée, l'intérêt qu'elle offre pour le reboise-

ticrede l'Ecole tccli- [uiqiie moycnoc. ment OU l'entretien de la forèl, l'usage que l'industrie en peut faire. Mais ce

n'est pas tout : des insectes, des champignons vivent sur ou dans ces plantes, attaquant, suivant les cas, racines, tige, branches, feuilles, fleurs, fruits. Tous ces parasites sont représentés en nature, et non pas seulement piqués dans des cartons, mais à l'œuvre, pris sur le fait de leurs déprédations. Les moyens de les combattre, lorsqu'on les connaît, sont indiqués avec soin.

Dans cette collection, les graines méritent une mention spciale, en raison des dispositions prises pour en mettre en évidence la sélection et le mode de semis.

Enfin, des casiers spéciaux, remplis de terre, figurent des portions de .sol à reboiser ; et l'on y a marqué l'aménagement que requièrent les divers systèmes de semis et de plantations.

A la suite de ces collections, sont rangés des modèles de constructions, de travaux d'art et d'instruments usités dans l'exploitation forestière ; on apprend aux élèves à construire ces modèles (fig. 130), à faire, en petit format, les ouvrages qu'on effectue dans les forêts (flg. 131), enfin, à fabriquer eux-mêmes et à manier les engins de leur métier. C'est ainsi qu'ils acquièrent tout à la fois l'habileté de l'ouvrier et les connaissances scientifiques qui les guideront dans leur carrière.

Fig. 151. — Groupe d'élèves de l'I-.'cole technique moyenne s'exerçant au maniement des outils et reproduisant, à petite échelle, quelques-uns des ouvrages que les forestiers ont à exécuter.

L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN BOSNIE-IIEaZÉGOVIXE soi

3. Résulluts. — L'Rcole a déjà produit bon nombre d'arcliilecles cl de forestier», aujourd'hui employés à la mise en valeur du pays. Au début (1889), elle n'eut que peu d'élève» (17) ; mai», peu à I)OU, los joiinos Hosniafiuos sont venus à elle plus nombreux (Tableau Vlll), et, aujourd'hui, il» y consliluenl une soixanlaine détudianls. 11 y a parmi eux quelques rares musulmans. quHques Israélites, mais surtout des orthodoxes (Serbes) et des catholiques (Croates). Les Croates, venus à rf!<>.|o jiliis laid (pu! los Serbes, semblent maintenant tendre à y prédominer (Tableau VIlIj.

Los Irais d'entretien de l'École technique ont été de 77.000 francs (chiffre rond) en 1898. Dons ces dépenses (igure pour une somme importante le total des traitements du Directeur et des professeurs. Lo premier touche environ 3.000 francs l'année même de son entrée en fondions, et envi- Niii T.riOO (Vancs ajjrôs vingt ans do services. Les professeurs recoivenl, au début, h peu pW'S

Tarliau VIII. — Mouvement des élèves à l'École technique moyenne, à Sarajevo.

Ayaf.K scolaire

NOMBBE DES ÉLfevKS

d'après la conicssion relig., à la fin do l'anm'e «roi.

ce

'Ji

Total

.'t.OOO francs par au, et, au bout de vingt ans, finissent par gagner un peu plus de 6.000. Ce sont là, comme on voit, des situalioiis enviables dans des régions où le coût de la vie est peu élevé.

S 2. — École nationale des Artisans.

Celle écolo [LaiulesliaïKlwcrJiCVscJiiilc) a pour but do l'oriner des artisans dans los industries du bois et du fer. Au moment où sur tout le territoire se développent agriculture et commerce, s"embelli.ssenl et se iniilliplieul les habitations urbaines, la Bosnie-Herzégovine a besoin de petits patrons pour la carrosserie commune, lobénislerio, la scM-rurerio, le travail du for et de l'acier. Or, jusqu'à présent, la i)opulalion a toujours méprisé ces métiers manuels, et c'est uniquement la classe pauvre qui, à défaut d'occupations moins dédaignées, s'est résignée à exercer ces professions. Los enfants qui s'y desliiionl on apprennent la pratique uniquement par l'usage, en se plaçant comme apprentis. Ignorant lo Dessin, la Géométrie, les principes scientifiques qui devraient guider leurs travaux, ils ne s'en acquillenl ([uon ouvriers, incapables de rien innover, incapables de se plier à l'évolution que subissent actuellement les arts industriels.

Si cet état de choses commandait de créer une école pour les futurs artisans, d'autre part il donnait h penser qu'au moins au début l'Établissement no pourrait recruter ses élèves que dans los familles les moins aisées. Dès lors, plusieurs mesures s'imposaient : la scolarité devait être gratuite, et facile l'admission. Cette impossibilité d'exiger des candidats un savoir un peu élevé entraînait elle-même la nécossi!(' de donner aux élèves, pendant la durée de leurs éludes cl latéralement à leur éducation technique, un complément d'instruction s;énérale.

1. Comlitioiis d'admission, de stage et de régime. — Telles sont les idées dont s'est inspiré le Gouvernement, lorsqu'on 1893 il fonda, à Sarajevo, l'École nationale professionnelle. Il s'appliqua à rendre très aisé l'accès à l'Établissement. Pour y entrer, il suffit d'être îigé de quatorze à seize ans et de posséder le brevet de capacité délivré à la sortie de l'école primaire. Aujourd'hui encore, la plupart des candidats ne sont pourvus que de l'instruction très élémentaire que ce brevet est censé garantir. Cependant, voici que, depuis quelques années, un tout petit nombre de jeunes gens se présentent après avoir passé par une école de commerce ou la première et même la deuxième classe du gymnase de Mostar ou de Sarajevo*.

Le stage normal des élèves à l'École est de quatre ans\ Le régiziie auquel ils sont soumis

Tableau IX. — Pian des études à l'École nationale des Artisans, à Sarajevo.

MATIÈRES ENSBIGNÉKS

HEURES d'études PAR SEMAINE

Dans chacune des 4 années.

Religion

Dans l'c 1 la Ian«:

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SSUN.

Langue nationale (avec composition sur des sujets il'anaires)

Calcul, y compris le calcul rommercial et la tenue de livres

Ecriture

Physique

Résistance des matéiiaux el Technologie

Dessin n main levée

Géométrie et dessin géoiiiétri(|ue

Théorie et dessin des projections

Dessin spécial

Enseignement et pratique des travaux d'atelier . . .

Tolal

• l/îs orgerons ont à apprendrt théorie de la ferrure et des oxerci

', au lie ces spée

u du dessin spécial, la laux.

est une sorte de demi-internat : en dehors des locaux de l'École, dans une pension à eux destinée, on leur fournit chaque jour, et ce gratuitement, le repas de midi. Cette pension comprend deux réfectoires : un pour les chrétiens, un autre pour les musulmans; à ces derniers ue sont servis que les mets autorisés par le Coran. Dans ces réfectoires sont rigoureusement observées, au sujet des jours de carême, les prescriptions des diverses religions représentées — catholique, orthodoxe et islamique.

L'École concourt enfin à l'entretien de ses élèves en donnant une mensualité de 12 fr. 50 h ceux qui

' Dans les statuts de l'École, il est stipulé que, si le nombre des candidats venait à dépasser celui qu'elle peut accueillir, on devrait, pour les sélectionner, tenir compte de leur conduite, de leur degré d'instruction et aussi d'indigence, enGn des besoins de la contrée d'où ils viennent.

• On accorde une prolongation de séjour à ceux d'entre eux que des motifs valables ont empêchés de suivre certains cours ou exercices de la quatrième année.

habitent Sarajevo, et de 20 francs aux autres. A tous, elle distribue blouses, tablier» et instrumenU

de travail.

2. Orgunisalion (jànénik' du r/ùisoif/nomenl. — L'ensci)^ncinoiil qu'cllf leur (.-onfère comprend : pour la partie tctlinique, des cours et des manipulations; pour la partie «•'•nérale, des leçons orales cl des « devoirs » écrits. Les cours techniques, Dessin compris, .sont fails par le Directeur de l'école el

Fig. 152. — E\einj)lc des épures exécutées par les élèves de l'École nationale des Artisans : Coupe verticale optique d'un

ctiariot rustique, exécutée à plus grand format.

'.\ professeurs, dont 1 ingéniour-mt^canicien. Les travaux manuels sont diriges par 8 maîtres. Enfin, des leçons de serbo-croate (avec compositions sur des sujets d'affaires), des leçons de Calligraphie, de Géométrie, d'Arithmétique, de Calcul commercial, de Tenue des livres el de Physique, ol un certain nombre de cours complémentaires de Dessin sont donnés par <l(>s aii\iliairf<. <]iii («■(•ii|M>nt des situations de professeurs dans d'autres établissements de Sarajevo.

Le tableau IX indique la laiton dont sont distribuées, suivant les classes (années), les diverses parties de renseignement. Après les travaux d'atelier qui, dans ce programme, tiennent le premier rang, ('est à létude de la Géométrie, du Dessin linéaire et du Dessin i\ main levée, que se trouve

consacré le plus de temps; cette science de la Géométrie et du Dessin est, en effet, la base principale de toutes les opérations que les artisans du bois et du fer ont à pratiquer. On lui a fait large place à l'École professionnelle. De grandes salles y ont été spécialement aménagées pour les besoins de cet enseignement. Chacune possède une riche collection do modèles. Elles sont pourvues : pour la Géométrie dans l'espace, de figures en bois ; pour la Descriptive, de figures en carton susceptibles de rabattement ; pour le Dessin linéaire, d'épurés au trait et au lavis; enfin, pour le Dessin à main levée, de modèles en bos.se.

Il convient d'insister sur la manière dont cet enseignement est compris dans l'École. Le directeur, M. Aloïs Studnicka, a, en effet, déployé, pour l'organiser, un talent pédagogique de premier ordre : il s'est ingénié principalement <à le simplilier et à le graduer. La succession des exercices auxquels il soumet ses élèves pour leur apprendre à pratiquer le dessin linéaire les achemine méthodiquement des éléments de ce Dessin, d'une part à l'exécution d'épurés aussi compliquées que celles d'un escalier tournant, d'autre part à l'ornementation. Le format de ce livre ne nous permet pas de reproduire à une échelle suffisante les planches qu'il a composées à cet effet et qui servent de guides aux élèves. Disons seulement le soin que l'auteur a eu de leur donner, quelle que soit la fantaisie des lignes d'un dessin, le moyen d'en repérer les principaux éléments; .si capricieux qu'apparaisse le contour d'une frise, d'un dos de fauteuil, de la ferrure d'une porte, l'élève arrive à le dessiner facilement; il le « construit », dans le sens géométrique du mot, en se fondant uniquement sur les distances d'un point quelconque de la courbe à deux coordonnées rectilignes.

Le Dessin à main levée, le Dessin d'ornementation, même celui qui repré.sente des feuilles et des fleurs, se trouve ainsi rattaché d'une façon étroite au Dessin linéaire, et l'étudiant passe sans difficulté du plus simple, exclusivement justiciable de la règle, de l'équerre et du compas, à une forme plus complexe et toute voisine de l'Art.

Nous avons pu juger de l'excellence de cette méthode par les résultats auxquels arrivent les élèves. Après leur deuxième année de stage, tous des.sinent avec aisance; non seulement ils savent représenter en plan horizontal, en élévation et en coupe verticale les objets qu'ils devront fabriquer (fig. 152), mais, la plupart sont capables de crayonner rapidement les croquis de ces objets et des détails ornementaux susceptibles de les embellir (fig. 153 et loi). En troisième et en quatrième année, ceux qui se destinent à l'ébénisterie et à la carrosserie font à ces industries l'application spéciale de leur savoir en Dessin.

Après le Dessin, il faut signaler, comme chose importante dans l'enseignement technique de l'École, l'étude des propriétés, particulièrement de la résistance mécanique, des matériaux. L'ingénieur-mécanicien chargé de ce cours dispose dans ce but de machines à essais, il en apprend le maniement aux élèves. Ceux-ci fabriquent eux-mêmes les « éprouvettes », et en déterminent, par l'expérience, les coefficients de résistance à la pression continue, au choc brusque, à la flexion, à la traction, etc. Cette étude scientifique est assurément une excellente initiation aux choses de leur future profession.

Quant aux exercices manuels, les jeunes gens sont répartis en quatre sections : Ébénisterie, Carrosserie, Serrurerie, Travail des Métaux.

Pendant les sept premiers mois de leur séjour à l'École, tous, indistinctement, s'exercent en ces quatre métiers. On estime avec raison que le menuisier et le charron ne peuvent se dispenser de savoir un peu travailler le fer et l'acier, de même que le serrurier et le forgeron doivent pouvoir, le cas échéant, manier et même fabriquer les outils du menuisier. D'ailleurs, l'œuvre à produire — charrue, charrette, armoire, porte, chaise, table, etc. — serait-elje collective, qu'il importerait encore.

L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN HOSNIE-IIERZÉGOVINE

Wi

Vf', m.

Spécimen des détails ornementaux dessinés à l'Kcolc nationale de» Artisans : Motil décoratif, style Heuaissance.

pour la riiridro harmonieuse, ([iic cliiu'iin de ceux ([iii y concourent cjnnût le» exigences de» méliera adjuvants.

En ce qui concorno les travaux du Lois, tous les élèves apprennent à se scr\-tr des outils usuels, pratiquent le découpage, le l'orage, le rabotage des formes plates, prismatiques et rondes, et s'initient au MiauJeiiiiMil du tour : ils construisent des vis et des écrous. On leur enseigne aussi rasscmblage des pièces et la façon dont celles-ci doivent être agencées pour parer aux déformations que la chaleur cl riiuiiiidilc- leur l'ont subir.

Le Directeur exige do tous les élèves qu'ils exécutent en bois les « formes » îi l'aide desquelles on leur enseigne, au cours, les propriétés des principaux types de « corps » géoin(''lri(|ues. La confection de ces

« solides » n'a pas seulement le mérite d'exercer les jeunes gens au travail du bois : pour construire ces volumes, il est nécessaire de considérer en chacun d'eux les rapports des lignes et des surfaces, et cela aide singulièrement à saisir la démonstration des théorèmes. Celle démons-

I ration trouve, si l'on peut ~~~~' -exprimer ainsi, son appui

ilans lexpérience, et c'est en parlant, en quelque sorte, aux sens qu'elle arrive à se faire accepter de la raison. Li mélhode est surtout précieuse pour introduire en des esprits mal dégrossis des notions abstraites. GrAce A elle, les l)otils rustres de l'École professionnelle saisissent parfaitement les principes de la Géométrie dans l'espace. Nous pensons qu'il y aurait avantage à introduire ce procédé pédagogique en beaucoup de nos écoles.

Quant au travail du fer et de l'acier, tous les élèves, au début de leur stage, exéculenl à la lime, au ciseau et à l'émeri les formes prismatiiiues, rondes, coniques, etc., se livrent au perçage, au forage et à la soudure, et, au moyen du lour. au linissage des barreaux. On leur fait connaître les précautions à observer pour forger le fer soit à chaud, soit A froid: on leur appi-end A élirer le

Fig. 151. — Spécimen des déliiils ornementaux dessinés à l'École nationale des Artisans : Motif décoratif, style Renaissance.

métal en barres plates ou rondes, à l'effiler sous forme prismatique, à le dresser, le plier et le souder, à le forger, enfin à traiter le vieux fer pour le rendre susceptible d'une nouvelle utilisation.

3. Orgnnisalion do la spéciiilisntioii techniqiw et des travaux d'atelier. — Lorsque les sept premiers mois consacrés à ces exercices sont écoulés, la spécialisation commence : le Directeur distribue les élèves dans les Sections techniques. Ce qui le guide dans cette sélection, c'est d'abord l'aptitude déjà manifestée par l'étudiant, puis la considération des besoins de la contrée d'où vient le jeune homme et où, vraisemblablement, il ira se fixer. Si, par exemple, dans une région, le nombre des forgerons est insuffisant, l'élève qui en est originaire doit, en cas d'aptitude, apprendre le métier de forgeron.

Les quatre Sections ci-dessus énumérées sont pourvues chacune de deux ateliers. Ciiaque atelier est dirigé par un maître; il comprend des établis pour les élèves et un outillage très complet, analogue à celui d'une petite usine.

Dans les quatre Sections, les manipulations se rapportent aux problèmes les plus importants que le spécialiste rencontrera dans l'exercice de son art. Le maître commence par exposer la question à résoudre; il en indique les difficultés, puis il décrit par le menu la série des opérations à effectuer pour arriver au résultat désiré, et toujours il a soin d'expliquer la raison de chaque opération, même de chaque tour de main. Cet exposé fait, il donne l'exemple de l'application. Mais là ne se borne pas son rôle : il doit aussi surveiller les élèves qui répètent les mêmes opérations, et il corrige leur travail. 11 leur enseigne, étant donné un plan coté, à créer en grandeur convenable l'objet représenté; ou bien, étant donné un spécimen réel de serrure, de bureau, etc., il leur apprend à le reproduire en même format. L'élève consigne, dans son livre d'atelier, le dessin des pièces fabriquées, les principales indications du maître et ses remarques personnelles.

Soumis à cette discipline, les jeunes gens, quand ils sortent de l'École, connaissent vraiment le métier qu'ils y étaient venus apprendre. Les ébénistes excellent dans le travail du bois, qu'ils savent découper, assembler, polir, colorer, imprimer et laquer ; ils fabriquent des meubles, des lambris, des escaliers, des fenêtres, volets, corniches, chambranles, devantures de magasins, fort réussis. De même, les charrons, à la fin de leur stage, sont aptes à construire tous les types de véhicules usités dans le pays (voitures à bras, voitures à chevaux, traîneaux, etc.), les outils communément employés dans les ménages et en divers corps de métiers, enfin des instruments aratoires tels que rouleaux, sarcleurs, etc. Serruriers et forgerons ne sont pas moins bien pourvus de savoir technique. Versés dans la pratique de la cheminée de forge, du soufflet et des ventilateurs, ils connaissent les propriétés des matières combustibles et s'entendent à la conduite du feu : nous avons vu, dans les ateliers de serrurerie, des serrures déportes et de fenêtres, des grilles de foyers et de fourneaux, des serrures de sûreté et de précision, exécutées par les élèves et susceptibles de rivaliser, ijour la perfection du travail et l'élégance de la forme, avec les productions de nos meilleurs artisans.

Pour être moins artistiques, les pièces dues aux forgerons méritent pourtant d'être signalées. Elles consistent surtout en boulons, vis, chaînes, pelles, pincettes, chenets, ferrures pour outils, brouettes, fardiers, charrues, herses, voitures, etc.... Tous ces objets sont de première importance pour les besoins domestiques et l'exploitation des champs. A ceux qui les fabriquent, l'École apprend, en outre, à ferrer les bêtes de somme, chevaux, ânes et mulets. Elle leur enseigne, à cette occasion, la théorie du ferrage, fondée sur la structure du sabot et les maladies de cet organe. A défaut des vétérinaires, les forgerons sont souvent appelés, dans les campagnes, à traiter ces maladies : l'École leur en fait

L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN BOSNIE-llEIlZÉGOVINE

coiinaîlre les causos et les met en mesure de prévenir le mal, puis, s'il est déclaré, de le guérir. On voit qu'elle ne perd jamais de vue le résultat pratique à atteindre. Enlin, ce qui est tout à fait à sa iouaiigo, la considération d'un tel but ne lui fait pas oublier que ce qui doit être l'ftmc de la pratiijiie, c'est l'élude scientifique des pliénomènes : elle exige de ses forgerons qu'ils connui.sS4>nl les iiiodilications du fer et de l'acier sous l'inlluence du cliauflage, de la trenipe et du travail de forge, et ainsi elle prépare mieux que de simples spécialistes, uniquement capables de fabriquer le» pièces qu'ils ont appris ù construire; elle les met en état de se tirer d'affaire le jour où, pour répondre à (le nouveaux besoins, ils auront à tenter la création de nouveaux types.

•4. Dihtoiiilireincnl des artisnns déjà formés, — Les jeunes gens ainsi ('duqut'S atteignaient déjà, à la liri de 1897, le nombre de 2.'J1, chiffre qui, depuis, a été dépassé. Le tableau X fait voir que, depuis la création de l'École, le nombre de ses élèves est allé sans cesse en augmentant. A l'heure actuelle, il a dépassé la centaine; il comprend une petite quantité de musulmans, environ deux fois plus

Tableau X. — Mouvement des élèves à l'École nationale des Artisans, à Sarajevo.

ANNàB

scolaire

NOMHllK Jli:S Ér.ftvKS. d'après l.\ RELIGION,

à la tlii de l'aiint^e st^olairo

1893-1894 1894-1890 l895-t89tl 1896-1897

de catholiques et quatre fois plus d'orthodoxes. Les Israélites, plus aptes au commerce qu'à l'industrie, n'y ont jusqu'à présent été représentés par aucun élève.

Parmi les « Turcs», Serbes et Croates, on n'a constaté aucune différence d'aptitude en rapport avec les groupes ethniques ou plutôt sociaux qui correspondent aux trois religions dominantes. \ quelque groupe qu'ils appartiennent, les élèves se portent vers la serrurerie et la forge, plutôt que vers l'ébénisleric et la carrosserie. C'est que les métiers de serrurier et de forgeron sont ceux qui manquent le i>lus dans le milieu, surtout agricole, du monde bosniaque.

Actuellement, 36 jeunes gens sont déjà sortis de l'École professionnelle, munis du brevet qui les autorise à exercer, avec une sorte de garantie officielle de compétence, les professions auxquelles ils se sont préparés. Quelques-uns sont établis artisans et petits patrons; d'autres se sont engagés dans dos ateliers particuliers ou des services publics; certains sont allés visiter des pays étrangers en vue de perfectionner leur savoir; les plus jeunes accomplissent leur service militaire, où, de préférence, on les emploie aux métiers ([u'ils savent ; enfin, les quatre meilleurs élèves que l'École ait produits ont trouvé place dans cet Établissement en qualité de maîtres : ils dirigent chacun un atelier. L'un d'eux enseigne, en outre, l'art général du Dessin et l'application particulière de cet art aux travaux techniques.

5. Dépenses de l'h'cole. — Kn regard de ces résultats, il est intéressant de considérer ce qu'ils coûtent à l'État. C'est à plus de DO.IXX) francs que s'élèvent les dépenses annuelles de l'École. Ces

dépenses comprennent le traitement du Directeur, de l'ingénieur-mécanicien, de 2 professeurs, — rémunérés respectivement comme le Directeur et les professeurs des écoles de commerce, — de 4 maîtres de l'" et de 2° année, de 4 maîtres de 3° et de 4° année, les honoraires des professeurs auxiliaires, le salaire des étudiants, les frais de cuisine faits pour eux, la location de l'immeuble, l'entretien des locaux, le chauffage et l'éclairage, la rénovation des matériaux et des instruments employés dans les classes et les ateliers. Tous ces frais portent à environ 900 francs par élève les sacrifices annuels de l'État. Chaque élève passant quatre ans à l'École, son éducation technique coûte au pays 3.600 francs. L'État, croyons-nous, fait en cela un bon placement : dans quelques années, tous les centres importants de Bosnie et d'Herzégovine seront pourvus d'artisans émérites, qui, pour une part, contribueront à l'accroissement du bien-être de la population, à la prospérité de son agriculture et de son commerce.

§ 3. — Écoles et Ateliers -modèles d'Art décoratif.

C'est aussi pour aider au relèvement de l'industrie et du commerce en Bosnie-Herzégovine que l'Administration austro-hongroise a fondé en ces provinces des écoles et des ateliers-modèles d'Art décoratif.

L'institution de ces établissements a été accueillie avec faveur par les indigènes. Leur hérédité les avait préparés à saisir la haute utilité de ces créations. Tandis qu'ils méprisaient les métiers de forgeron, de charron, etc., dont nous venons de parler, les Bosniaques, surtout les musulmans, avaient toujours tenu en particulière estime quelques industries délicates qui exigent à la fois un sens artistique très fin et une remarquable habileté manuelle. Bien avant la conquête de leur pays par les Turcs, dans toutes leurs cités, en beaucoup de leurs villages, des ouvriers spéciaux se livraient h l'incrustation sur bois et sur métal, au damasquinage, au repoussage et à la gravure ; en quelques centres, la fabrication des tapis était aussi en honneur, et, sur tout le territoire, les femmes excellaient dans l'art charmant de la broderie.

C'était là le legs d'un lointain passé. Avec la domination grecque s'étaient introduits, puis répandus dans le pays, le goût et les procédés de l'ornementation byzantine. Sous l'influence de Venise 'et de Raguse, cet art s'était ensuite transformé ; enfin, les mains mêmes qui le pratiquaient étaient arrivées à lui imprimer, avec l'empreinte de l'âme slave, une sorte de physionomie personnelle : elles en avaient fait quelque chose de très particulier et de relativement original : l'Art bosniaque.

M. Henri Dallemagne, notre très distingué consul de France à Sarajevo, possède une intéressante collection d'étoffes, d'objets en métal finement travaillés par d'anciens artistes du pays. Nous y avons admiré notamment des boîtiers d'argent, des vases de bronze curieusement ciselés, des armes damasquinées, des broderies sur lin et sur soie d'une rare élégance et qui sont véritablement des chefsd'œuvre. Les Serbes en composaient eux-mêmes le dessin; à une époque et dans un milieu oii, pour personne, le temps ne représentait de l'argent, ils déployaient une infinie patience dans l'ornementation minutieuse et délicate du vêtement et des objets domestiques. Aujourd'hui, ces tissus précieux, ces magnifiques poignards à manches ciselés, ces crosses de fusil incrustées d'ivoire, ces belles cartouchières d'argent repoussé que les hommes étalaient non sans complaisance ni forfanterie sur leur poitrine, ces tiares brillantes dont, aux jours de fête, les femmes se ceignaient le front, sont devenus d'une rareté extrême. Les collectionneurs n'en ont laissé que fort peu dans le pays. Si, au moment de l'Occupation austro-hongroise, il en restait encore dans le commerce, les Bosniaques avaient depuis longtemps cessé de les fabriquer avec le même goût et la même ardeur. Un état de guerre permanent, sous forme soit de soulèvement contre la Puissance suzeraine, soit de luttes san-

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glunles enlrc sectateurs de nationalités ennemies, avait épuisé ia vitalité de» habitants, el entraîné, sinon la disparition totale, au moins la déchéance de leurs industries artistiques.

Dés le d('J)ul de son ailministration, c'est-à-dire dès 1882, M. de Kallay comprit tout l'intérêt qu'il y aurait à ne point laisser périr les traditions de ces anciens métiers. Il lit rechercher, par tout le pays, les vieillards qui, depuis leur jeunesse, avaient abandonné les travaux artistiques, recruta des graveurs cl créa des ateliers, où furent remises en vigueur les anciennes techniques, cl bientôt res.suticitèrenl les industries éteintes. De la Perse même, dont l'Art bosniaque s'était jadis inspiré, il lit venir des dessinateurs et compositeurs de tissus. Mais ce n'était pas assez de restituer à l'indigène le» élément» do sa pr()sp(''rité d'autrefois : si le Hosniaque s'était simplement remis, avec les ressources de ses p(''ics, au uuHier de brodeur el de ciseleur, peut-être son habileté serait-elle arrivée à égaler la leur; mais sa production serait demeurée très limitée et n'aurait que faiblement contribué à la richesse publique. M. de Kallay pensa qu'il en devait être autrement : à côté des artiste» épar», qui, pour leur plaisir esthétique, peinent dans la solitude à des œuvres de prix, il pensa, avec raison, (|u'il importait d'industrialiser, si je puis dire, les procédés courants pour arriver à une production abondi'.nle et largement rémunératrice. Kn con.séquence, il dota les anciens métiers de ce régime de la division du travail el, quand ce fut po.ssible, de l'outillage mécanique .sans lesquels on ne saurai! ajjourd liui ni abaisser les prix de revient, ni fournir un grand débit de marchandises.

Telle a été l'origine de ces alelier.s-modèles, à la fois musées, écoles et usines, où le Gouvernement nrliicl forme el enlrelienl des arfisles. Ce qu'il fallait surtout faire, en créant ces établissements, c'élîiil (!e conserver aux produits qui en sortiraient ce qui en constitue le véritable intérêt, c'e.st-à-dlrc leur caractère bosniaque. Tous les grands magasins de l'Europe et du Nouveau Monde ont aujourd'hui drainé Turquie, Perse, Levant, Arabie, Egypte, el inondé nos marchés d'annes, d'étoffes, de [ap'in l'.ii)iiqiiés en ces régions. Copier ces articles, devenus vulgaires, eût été lourde faute. Il importait, avant tdiil, de respecter le cachet propre d'un art jusqu'alors demeuré isolé el que ne tarderaient pas à rechercher, pour sa saveur originale, les amateurs el connaisseurs de lou» les pays. En (•onsé(iuence, lAdminislralion se préoccupa de rassembler les plus belles œuvres de l'ancien temps, les formes qui, pures de tout mélange, avaient marqué l'apogée de l'art indigène. A côté de ces pièces, il réunit aussi divars types d'ouvrages byzantins qui avaient servi de modèles aux Dalmales et orienté le goût des artisans de Bosnie. S. M. l'Empereur François-Joseph se dessaisit pour quelque temps de véritables trésors, qui, fabriqués pour un Phocas, un Juslinien ou un Comnène, appartiennent aujourd'hui à la cour d'Autriche. Ces pièces — aiguières d'or ou d'argent, coupes à boire, vases à conserver le viu, etc. — furent reproduites dans les ateliers de l'Étal, à Sarajevo, Foca et Livno, el les copies qu'on en a faites servent actuellement il l'instruction des élèves. On s'attache A leur faire apprécier le .système général du dessin de ces modèles el à l'adapler à la décoration des objets su.sceptibles d'être utilisés dans l'état de notre civilisalion. Le (louvernement a ainsi fait revivre, en Bosnie el eo Herzégovine, plusieurs branches d'industrie (|ui, de plus en plus, assureront à ces provinces d'imporlatits revenus. Son but n'a pas été de créer (m monopole : en fondant des aleliers-école», il a voulu, avant tout, instiUier, pour les artistes, des sortes de ruches d'où ceux-ci pussent ensuite librement essaimer; quand ils sont capables de travailler d'une façon indépendante, l'atelier central, l'école d'où ils sorteiit, les aide à s'établir, ii exercer pour leur propre compte le métier qu'ils onl appris.

Jusqu'à présent, les écoles et ateliers d'Art décoratif que l'Etat a fondés sonl au nombre de cinq.

La description détaillée de ces établissements nous entraînerait au delà du cadre de cet article. En c«

qui concerne chacun d'eux, nous devrons nous borner i\ de brèves indications.

LA REVUE GÉNÉRALE DES SCIENCES EN BOSNIE-II ERZ l': (10 VLN E

i. Ecolo centrale et Atelier-modèle dlacvuslation, Ciseluve et Gravure, ii Sarajevo. — En première ligne, il nous faut citer l'École centrale d'Incrustation, Ciselure et Gravure, sise à Sarajevo. C'est un établissement d'importance considérable. 11 comprend actuellement 6 ateliers et, en plus du Directeur, 65 travailleurs, dont 3 maîtres, 13 aides et 43 élèves.

Ces jeunes gens se recrutent, en général, parmi les adolescents qui sortent soit des écoles élémentaires, soit des écoles de commerce. C'est entre douze et dix-huit ans qu'ils sont admis. Ils passent à l'École quatre années, au cours desquelles ils reçoivent une bourse de G fr. 20 par mois pendant

Fig. loo. — Objets divers fabriqués dans Ica Ecoles et Ateliers-modèles d'Art dàcuriitiï, ii Sarajevo. — Cuivres ciselés; armes damasquinées; plateaux de bronze repoussé; broderies, etc., etc.

la première moitié de leur stage, et de 10 fr. 50 pendant la seconde. L'École leur donne, en plus, le dîner. Elle loge même et entretient gratuitement les plus pauvres.

La journée de travail est de 10 heures, dont 8 sont consacrées aux exercices de métier, et 2 à l'instruction générale. Cette instruction comprend lecture, écriture, algèbre et religion. Le dessin linéaire et surtout le dessin d'ornement sont enseignés avec un soin particulier. Ceux qui y sont le plus habiles deviennent, en général, les meilleurs ouvriers.

Quant aux opérations techniques, les élèves doivent tous connaître les procédés généraux, l'art de fondre et de mouler, puis on les répartit en 3 Sections affectées à l'incrustation sur bois, à l'incrustation sur cuivre, à la gravure, au repoussage et à la ciselure des métaux, enfin au montage des pièces fabriquées.

Après quatre années d'apprentissage en ces spécialités, ils ont à subir un examen. Celui qui n'y

LINSTRUCTION PUBLIQUE EN BOSNIE-HEIIZÊGOVINE 211

réussit pus reste élève une auiiée de plus. Les autres peuvent, à leur gré, soit rester à l'atelier en qualité d'aides, au traitement de 31 fr. 50 à 94 fr. 50 par mois, selon leur habileté, soil s'établir & leur compte au dehors. En ce dernier cas, l'École leur fournit gratuitement les outils de leur profession.

Chaque Section est dirigée par un maître indigène, qui, par contrat, est engagé pour plusieurs années. Outre le dîner qu'il prend avec les aides et les apprentis, il reçoit, comme honoraires, de 1.512 & 1.638 francs par un. Quelques-uns de ces maîtres sont de véritables artistes dont les œuvres sont connues et appréciées dans tout le Hulkuii. Voici, au sujet des principaux travaux qu'ils dirigent, quehpies indications :

Dans la Section <ÏIiiscrutalioii sur Lois, le maître, assisté de six aides, s'applique surtout à faire acquérir à ses élèves le sens particulier des conditions esthétiques de leur métier et la dextérité que requiert une exécution très soignée. C'est en développant en eux ces qualités alliées qu'on obtient deux de confectionner, en quelque sorte de chic, le meuble de fantaisie : tabourets, tables ù café, plateaux, coffrets finement sculptés, incrustés de nacre et d'ivoire.

Dans la deuxiènK! Section, qui est plus importante, une vingtaine d'élèves se livrent, sous la surveillance d'un maître et de quatre aides, à Y Incrustation sur métal. C'est là une industrie particulièrement estimée; dans l'ancien temps, elle avait atteint chez les « Turcs » et les Serbes un haut degré de perfection. Le Gouvernement s'applique à lui rendre sa splendeur passée, en développant chez les jeunes gens le culte des formes si pures qui avaient valu au métal incrusté de Bosnie son antique renommée.

Dans les autres Sections, les apprentis pratiquent le Repoussage, la Gravure, le Montage et la. Dorure; c'est très peu de temps après leur entrée à l'École qu'ils se spécialisent en l'une ou l'autre de ces branches; 3 professeurs et 6 moniteurs leur enseignent les techniques de ces arts, en même temps que les principes d'ordre esthétique dont doit s'inspirer l'ouvrier.

Les élèves passant quulre années en ces ateliers, et plusieurs continuant à y travailler en qualité d'aides, lorsqu'ils connaissent bien le métier, l'École produit annuellement, dans les divers genres que nous venons d'énumérer, une grande quantité d'articles de bois et de métal finement ouvrés, que le Gouvernement destine surtout à l'exportation.

2. Ecolo et Atelier-modèle iTArt industriel, à Foèa. — A Foca, qui avait été un centre artistique renommé, l'État a voulu aussi subventionner une sorte de musée ou d'alelier-modèle où les jeunes gens de la région pussent s'exercer à l'incrustation sur bois. Mais Ih on ne peut dire qu'il ait complètement réussi. Les élèves ne sont venus qu'en petit nombre et leur travail a été trop irrégulier pour produire de bons effets.

3. Ecole et Atelier-modèle d'Incrustation, à Livno. — A Livno, il a été plus heureux : l'École qu'il y a relevée, et à laquelle il fournit un subside annuel, ne compte encore qu'une quinzaine d'élèves; cependant elle a acquis non seulement dans la région, non seulement en Bosnie, mais même dans tout le monde artistique autrichien et hongrois, une juste célébrité ; depuis plusieurs années, ses œuvres, très appréciées dans l'Allemagne du Sud, trouvent en ce pays un important débouché.

\. Ecole centrale et Atelier-modèle pour la iabrication des Tapis, à Sarajevo. — Bien avant la domination ottomane, les seigneurs de Bosnie recherchaient, pour l'enibcllisjicwcnt do leurs demeHrc»

les tapis d'Orient. La plupart de ceux qu'ils reçurent de Constantinople venaient de Perse ou de la côte d'Asie, et portaient, quant au dessin et à l'assortiment des couleurs, la marque artistique des pays d origine. Les villageois s'étaient d'abord appliqués à les imiter, puis étaient arrivés à des compositions plus personnelles, de style plus vigoureux cl d'une harmonie différente. Ce fut, chez eux, une

Ta/td..

l'"ig. 156. — Spccimcn des Ispis fabriqués ù l'Atclier-iiwdi-Io de Sarajevo.

industrie estimée et qui demeura llorissante longtemps après la conquête musulmane. Elle avait cependant à peu près disparu de Bosnie et d'Herzégovine quand lAutriche-Hongrie fut appelée à administrer ces provinces. L'un des premiers soins du Gouvernement nouveau fut de la rétablir. Procédant comme pour les autres arts qu'il s'agissait de relever, M. de Kallay fit réunir en une sorte de musée, sis à Sarajevo, les plus beaux types de tapis anciens, et, dans ce musée même, il créa un ateliermodèle, dont la mission fut de conserver au style national sa pureté primitive, de déterminer la qualité des matières à employer, de perfectionner les méthodes de fabrication, déduquer des artisans.

L INSTIlCCTION PURMOUK KN HOSMK-H KIIZRGOVINE 2i:i

M. (le K.ill.iy voulut, ili' plus, (|ui' ralclicr fonctionnât commo une vi^rilnble usine, r)'|ian<lit au loin st'S produits ol servit niusi de luodi-ie à l'industrie i)rivr'(>.

Ce résultat est aujourd'hui atteint. \ l'heure actuelle, rEtaldisscrnent comprend : un uiajçasin pour les fils, un atelier de teinture, plusieurs ateliers pour le tissage et ua pour le nouage. Le Directeur a sous ses ordres : 2 dessinateurs, 4 maîtres, 2 aides-menuisiers, 3 aides-teinturiers el juHf|u'à ISO ouvriires nu apprenties. Parmi ces femmes, 120 travaillent dans les locaux mêmes de l'Ecole; (iO .iiili'cs lissent clic/, elles : i\ il Sarajevo, 40 î\ Kre.sevo.

Les (iiivrières à domicile sont, pour la plupart, maliomélanes. Avant de leur distribuer de l'ou-

Fig. 157. — Upcratioo du aouaije à V Atelier-modèle pour la tabrication des lapis, i Sarajevo.

vra^,e, le (iouvcnuinent exige quelles fassent leur apprcnli.ssage à l'atelier; il leur accorde, pendant celte sorte de noviciat, des bourses do 12 fr. 60 par mois.

Les métiers à tisser, dans rétablissement ou au dehors, sont du moilèle le plus perfei-tionné. Les femmes qui les dirigent n'ont, pour ainsi dire, qu'i\ en entretenir le mouvement el ii les surveiller.

Il en est tout autrement des ouvrières employées au nouage (lig. 157).Celles-cionlbe.soindplK'nucoup l)his d'iiahilclc: il Iciu l'aul, en efl'cl, pour composer des fleurs, des ornements variés, suivre continuellement les indications des brefs des dessinateurs, en insérant dans la chaîne, non pas mécaniquement, mais à la main, les fils de trame. Exercice difficile, qui demande du goût, un long apprentissage, el dont nous avons vu les ouvrières de Sarajevo s'acquitter avec adresse.

Mais, ce qui est fondamental dans ces ateliers, ce qui assure f\ llùole de tapisserie le succès dont elle jouit, c'est le soin extrême avec lequel le Dessin y est enseigné et pratiqué. C'est avec raison que la p(-tlaKoi;ic officielle, en Bosnie-Herzégovine, accorde une très grande place j\ cet art dans les écoles. 11 y est, toute proportion gardée, plus représenté, surtout plus cultivé, que dans nos établisse-

ments scolaires, et cela au grand profit de la vie industrielle et de la vie pratique. Presque partout, comme le lecteur Ta peut-être remarqué, nous avons été frappé de la part que le législateur a faite au Dessin dans l'éducation générale de l'adolescent et l'éducation technique de l'ouvrier de métier.

5, Ecole (Tapprentis&age pour la fabrication des bez et broderies. — C'est encore au moyen du Dessin que le Gouvernement actuel a régénéré, en Bosnie, l'industrie, vraiment nationale, des bez et des broderies. Il a pensé qu'il arriverait à la réimplanter dans le pays, en instituant, ne fût-ce que temporairement, une École d'apprentissage pourvue d'un atelier d'où émigreraient les élèves devenues bonnes ouvrières. Cette École comprend actuellement : 1 Directeur-comptable, 3 contremaîtres (1 pour le tissage, 2 pour la broderie), 2 aides, 8 tisserandes et 42 brodeuses travaillant en qualité d'apprenties. Elle a déjà doté la Bosnie et l'Herzégovine d'un très grand nombre d'ouvrières, qui, aujourd'hui, en divers centres des deux provinces, pratiquent le tissage des bez et la broderie. En plus des 50 apprenties de l'École, 538 femmes travaillent au deliors pour l'Établissement; 372 vivent du tissage : 84 à Sarajevo, 47 à Mostar, 37 à Travnik, 42 à Bugojno, 37 <i G. Varuf, 34 à Stolac, 38 à Trebinje, 22 à Fojnica, 31 à Kresevo; les brodeuses externes sont au nombre de 166 : 73 à Sarajevo, 52 à Mostar, 41 à Travnik. L'École donne à toutes ces ouvrières les métiers à tisser et à broder, et elle leur fournit à crédit les fils de lin et de soie. Elle leur achète ensuite les bez confectionnés. L'État se charge, en effet, de les vendre. Il les écoule, partie à Sarajevo, partie à Vienne. Le montant de la vente suffit à couvrir les frais d'entretien de l'École et des ateliers.

A l'Exposition internationale qui vient d'attirer le monde entier à Paris, les étoffes fabriquées dans ces conditions, ainsi d'ailleurs que les tapis, les objets ciselés, gravés ou incrustés sortis des Écoles d'Art décoratif de Bosnie et d'Herzégovine, ont obtenu près des connaisseurs un grand succès.

§ 4. — École militaire pour les indigènes.

Parmi les écoles techniques dues à l'Administration actuelle, il nous faut enfin citer une institution qui a pour but de préparer les indigènes à la carrière des armes et leur facilite l'entrée aux Écoles des Cadets de l'Empire.

Le Gouvernement a voulu, en effet, permettre aux jeunes Bosniaques que tenterait le métier mililoire, de s'y engager avec chance d'avancement. L'école qu'il a créée à leur intention est située à Sarajevo. Elle est dirigée par un officier de l'armée austro-hongroise, et recrute aussi dans cette armée ses professeurs. Son enseignement comprend deux parties : l'une a pour objet les connaissances d'ordre général, dont tout homme quelque peu instruit doit être pourvu; l'autre consiste dans l'éducation technique du futur soldat et se compose de cours oraux et d'exercices militaires.

Jusqu'à présent, un très petit nombre de Bosniaques seulement ont répondu à l'appel du Gouvernement et profité de ses dispositions libérales à leur égard.

L'INSTRUCTION PUBLIQUE IvN BOSMK-II Kit / r:'i(i V I M!

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