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LUS ÈCOLKS SUPÉRIEURES ACTUELLES POUR JEUNES CENS

La Bosnie cl l'Herzégovine possôdent acluellemenl, pour les jeunes gens, un certain nombre d'écoles qualiliées de supérieures. Dans les plus élevées, quels que soient le» cours professé», le nivemi de l'instruction correspond à pou près à celui de notre enseignement secondaire'; mai» le programme des études y est souvent tout autre. Sous ce rapport, une grande diversité règne parmi ces établissements : les uns, exclusivement mahométans, n'ont rien de commun avec nos écoles, et portent, avant tout, l'empreinte de la théologie musulmane; d'autres, qui se rapprochent de no» collèges, consistent en gymnases relevant soit de communautés chrétiennes, soit de l'État, et en séminaires pour popes orthodoxes et prêtres catholiques.

Le pays est trop pauvre pour fournir i\ ces institutions un gros contingent d'élèves; ce qui, en cer- taines, l'augmente sensiblement, c'est l'appoint de la population immigrée. Sans prétendre mesurer limportance d'un enseigneinciil au nombre de ceux ([ui le reçoivent, on peut dire qu'en Bosnie et Herzégovine- les écoles supérieures ne sont pas encore assez Vig.l^fi.— La médrossé actuelle {Èeole religieuse supérieure turq\xe).i^r^ero.

peuplées pour exercer sur la vie

nationale une influence comparable à celle des écoles élémentaires et des écoles techniques. Pour

cette raison, nous ne consacrerons à la plupart d'entre elles qu'une très brève description.

§ 1 . — Écoles musnlmanes.

Dans l'ordre de l'enseignement supérieur fi celui des siJiinn mckich, les musulmans de Bosnie ont conservé une partie de leurs môdressé et de leurs roiijdic; en outre, l'Klat les a dotés d'une école juridique et religieuse : le Schériat.

Les médressé (fig. 158 et i:j9) sont restées ce qu'elles étaient au temps de la domination turque : des séminaires pour miwziii, hodja, imaii ou Imtib (personnages investis de fonctions religieuses). Elles coiilitHii'iil d'être entretenues par les wnkouiï; moins répandues qu'autrefois, elles sont au nombre de ciiii|iianle. Dans loules, l'enseignement porte principalement sur le vieil arabe. Les éludes y durent de se|>l à luiil nus.

' Il y a cependant, comme il sera indiqué plus loin, exception pour le Schéri»!, qui eit ▼raimenl m éUbline-

mcnt d'instruction guptSrieure.

LA REVUE GËNKRÂLE DES SCIENCES EN BOSM E-ll KHZKCOVINE

Quant aux roiijdié, sortes d'écoles primaires supérieures, dont, avant l'Occupation, l'État assumait la charge, le Gouvernement austro-hongrois n'a pu se résoudre à les laisser périr entièrement. Il a sauvé d'une déchéance certaine colles de Sarajevo, Travnik, Donja Tuzla, Banjaluka, Biliac et Mostar, en inscrivant au budget des deux provinces les dépenses de ces établissements. Ces six

Fig. lui). — La wcdrosso actuelle, à Travnik.

écoles sont, de toutes les anciennes roiijclié, les seules qui subsistent actuellement. L'Administration a pensé que, dans un pays en partie musulman, il y avait intérêt général, en même temps que justice, à maintenir en quelques grands centres la forme de culture profane qui convient le mieux aux mahométans. Chez ceux-ci la religion et le cortège d'études que requiert la connais.sance du Coran constituent tout le fonds de l'enseignement. Or, bien qu'en principe l'État n'ait pas mission de soutenir les entreprises sectaires, il importait de ne point priver fout d'un coup les maliomé-

rON PUBLIQUE I:N BOSNIE-IIERZfiGOVINE

ilH

avaienl

is soin de s'octroyor la faveur quand ils dinposnient de l'adminislration du pays. Avet; les roiijdié acrn'd, en effet, disparu un farteur important de la rivilisntion musulmane, une puissance dont il y avait évident intérêt à diriger l'application. Kn intervenant dan» la vie même de ces institutions pour les soutenir, le Gouvernement acquérait le droit de les orienter. Il s'efforça tout d'aliord d'y élargir l'enseignement. Sans rien élaguer de leur ancien programme, il y iiili'odiiisit l'élude de la langue et de la littérature bosniaques; il exigea que les cours fussent faits, non plus en turc ou en arabe, mais en serbo-croate, et que, pour la lecture el l'écriture en cette dcrnioro langue, les caractères latins des Croates et les caractères cyrilliques des Serbes fussent employés tour à tour.

Les enfants entrent aux roiijilii; vers l'âge de douze ans, le plus souvent après avoir appris, dans les iHckloh, un peu de religion, un peu de calcul el les rudiments des langues turque, persane el arabe. Ils y passent qualrt! années, au cours desquelles on s'applique principalement à accroître leur savoir dans les mêmes matières (Tableau XI). Cependant, en troisième et quatrième année, on les initie assez sérieusement à la Géninéirie, el, de plus, on leur donne quelques notions de Géographie, de Physique

Tableau XI. — Programme des études dominantes dans les Roujdié (Horaire du Samedi' à Mostar).

l" ANNKK

2' annAb

3* ANNKE

4' AUXéK

( Arahe, .le 8 à 0 11.

l Li'clure en l<inf;iie serbo- 1 croate, île "J à 11) II.

^ ^^ ' l.etture en lanf,'iic turque, (le 10 à 11 h.

l':iudcdu(:oran,dcll à 12 h.

Ai'ni':s- S Iteligicn musulmane MMii / Crununaire scrUo-croale

(Iraniuiaire serbo-croate

Langue arabe

Ca'çiii en bosniaque

iM'rilnrc arabe

l.erinre bosniaque KIc niL'nls (le lanffue persane

l';tn(le du Coran, de 8 à 'J h.

l^ecture bosniaque

Langue arabe

Calligraphie bosniaque

Langue luri^ue (Ifograiibie

Calcul en boaniaquc

Langui! arabe

Lectuie bosniaque

Langue periiane

riéograpliie l^anguc turque

et d'Ilistnii-c nnlurcllc. Il faut dire (juc cette» dernière partie de l'enseignement est bien médiocre; en ce qui concerne les sciences biologiques, les élèves ne savent presque rien'; la Physique ne se trouve guère mieux partagée, n'ayant à son service que des instruments de bric-à-brac, tels qu'une méchante boussole ou un électrophore avarié; encore send>le-t-il que le maître surmène rarement ces apiiareils, î'i en juger par la poussière qui, derrière la glace des vitrines, les soustrait aux regards indiscrets. Ainsi, les « écoles de science » que veulent être les roiijdii', délaissent ii peu près complètement r(''tud(' di's pliénomèr.es naturels, dont vit aujourd'hui la civilisation d'Occident. En revanche, le maître y demande à des exercices de linguistique, aux vieilles littératures de l'Orient, — qui sonl pour les peuples islamisés ce que le grec et le latin sont pour les nations latinisées, — d'afliner l'intelligence des enfants, de développer en eux, avec l'élégance du go.lt, celte subtilité de la pensi'e où excelle le iiuisuiiuMn lettré el qu'il prise ;\ l'égal d'une vertu. C'est en vue de cette culture que semble coinbliii' tnul renseignement de la roiijdia; par la gymnastique qu'elle impose à l'esprit, l'École réussit, sans doute, à l'assouplir, et. si l'on nous passe celle image, à le ciseler; mais elle ne le met en conlacl (lu'avec des choses mortes; si elle l'aiguise, elle ne le nourrit pas. Les hommes qui

' Les aulrea jours, les matières sont enseignées dans un autre ordre, mais demeurent lei mimes: m outre, pendant la 2° et ia 3» année, l'enseignement comprend, phuieurs fois la semaine, diverses matières désignées dans le texte.

* Nous les avons interrogés à Mostar par l'entremise d'un fonctionnaire de la Préfecture, grec de nationalité, M, L'iytsc Malrakis, que nous nous faisons un plaisir de remercier ici de son aimable el bienveillant concours.

reçoivent une telle éducation pourront, à, la vériti', continuer de mener une existence douce et tranquille tant qu'ils vivront h l'écart des nations savantes ; mais, du jour où ils entreront en concurrence avec elles, ils seront forcément des lutteurs malheureux.

Les amener peu à peu à passer de l'immobilité à l'évolution, est une lAche qui s'impose aujourd'hui. C'est à quoi l'Administration actuelle s'est appliquée en introduisant, à petite dose, il est vrai, — à dose prudente, afin de n'effrayer personne, — quelques rudiments des sciences modernes dans un enseignement qui conserve tout son charme d'attraction pour le mahométan , précisément parce que la plus large place y est encore faite aux études classiques de l'Islam.

Le Gouvernement s'est aussi inspiré de cette politique lorsqu'il créa à Sarajevo l'école du Schériat (fig. 160). Il s'est dit que, jurisprudence et théologie étant, dans le cerveau du musulman, choses

Fig. 160. — L'Ecole juridique du Sehériat, à Sarajevo.

indissolublement unies ou plutôt deux aspects d'une seule et même vérité, il était de la plus haute importance pour l'État que ses cadis, chargés de juger les différends entre maliométans, fussent instruits en détail des lois coraniques. C'est dans ce but, et aussi pour permettre à la religion de recruter ses docteurs {ulémas), qu'en 1887 M. de Kallay et ses collaborateurs instituèrent le Sehériat.

Cet établissement, qui coûte plus de 50.000 francs par an à l'État, est à la fois l'École supérieure de Droit et, si l'on peut s'exprimer ainsi, le grand séminaire des musulmans de Bosnie. Les jeunes gens, sortant des roiijdié, y arrivent vers seize ou dix-huit ans, et y accomplissent un stage de cinq années ; ils étaient 15 au début ; leur nombre atteint maintenant 45 (Tableau XII, page 220). Tous sont internes. Neuf professeurs, logés aussi dans l'Établissement, leur enseignent les sciences sacrées, les prescriptions religieuses et les traditions juridiques. Ces maîtres sont convenablement rétribués : selon leurs états de service, ils reçoivent : le Directeur, de 3.500 à 5.000 francs par an environ ; les professeurs, de 2.500 à 3.800 francs.

I/élève qui, instruit de leurs leçons, a eu subi avec succès l'exanien de sortie, doit ensuite, pour être

L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN nO';MK-IIKUZf:(i()Vl.\ E 219

dans la magistrature, passer l'examen de « jinjc du Srliiirial ». Le musulman investi de ce titre a charge de prononcer les sentences dans les procès de famille et de succession des mahométans. A ceux-ci l'État tient, en effet, à assurer, dans cet ordre de questions, la jurisprudence qui dérive du Coran. Or, c'est précisément le rôle de l'École du Schériat de définir cette jurisprudence. Aujourd'hui, cet admirable Institut, installé dans un palais moderne où tout a été disp<jsé jjour la commodité de l'étude et le charme des yeux, constitue, môme pour le voyageur le plus superficiel, l'une des principales curiosités de Sarajevo. Le Gouvernement a eu raison de consacrer au .S'cArr/a/ un monument dont l'imposante grandeur et l(;s harmonieuses proportions ifig. ifiUj frappent tous les regards et disent bien haut à tous les musulmans de Bosnie et d'Herzégovine la protection (pi'il entend accorder à leurs croyances et à leurs droits.

§ 2. — Oymnases '.

La plus stricte impartialité commandait, d'autre part, à l'Administration centrale de créer ou de soutenir divers établissements d'instruction supérieure accessibles à toutes les confessions religieuses et spécialement adaptés aux besoins des chrétiens et des Israélites.

Actuellement, l'État possède à Banjaluka 1 école réale, à Sarajevo et Mostar 2 gymnases supérieurs, h Sarajevo 1 école normale de jeunes gens. Enfin, il subventionne à Travnik le gymnase épiscopal, ouvert à tous les cultes.

V Écolo réale de Banjaluka fonctionne comme établissement national depuis 1895. Elle a pour but de donner à des enfants de situation aisée, qui deviendront fonctionnaires, commerçants, administrateurs, l'instruction générale dont tout homme de condition moyenne doit être pourvu. Son enseignement correspond à peu près à celui dos classes de commerce dans nos collèges : il porte principalement sur la langue bosniaque et la langue allemande, l'Arithmétique et la Géométrie, le Dessin linéaire, la Géographie et l'Histoire. Ses cours durent huit années. Ils sont suivis par une centaine d'élèves, dont la moitié sont Serbes (Tableau XIII). — Le budget annuel des dépenses de celle école s'élève à près de oO.OOO francs.

A Sarajevo, le Gymimsc {Ohorgymnasiuni) semble, .ï tous égards, comme programme et qualité des études, comparable aux lycées de nos petits clu^fs-licux. Mais il ne comprend que des élèves externes. Ceux dont les familles ne sont pas domiciliées dans la ville trouvent dans un établissement contigu, organisé en pension, le logement et les repas. Une nourriture spéciale y est servie aux musulmans. Tout, d'ailleurs, aussi bien au gymnase même qu'en cette .sorte d'hôtel, a été réglé de façon h respecter les jours d<i jeûne et de repos, ainsi que les heures de prière de chaque confession.

Les enfants entrent au gymnase vers dix ou douze ans et n'en sortent guère qu'A vingt ou vingldeux ans, après dix années d'études.

En Malhéiiintiqiics, ils apprennent l'Arithmétique (théorie comprise), l'Algèbre jusqu'aux équations du second degré, la Géométrie plane et la Géométrie dans l'espace, la Trigonométrie, même sphérique, et les éléments de l'Analyse. Mais, en dehors des simples notions de Calcul infinitésimal nécessaires pour comprendre les équations de la ligne droite, de la circonférence et de l'ellipse, on ne leur enseigne ni le Calcul différentiel, ni le Calcul intégral ; on ne leur apprend pas la Descriptive. Somme toute, les plus laborieux reçoivent une assez bonne culture malhémati(iue.

' A déTaut d'un meilleur terme, nous comprenons, sous la dénomioation générique de gymoases, direri élablissemeots

dont l'enseignement se rapproche de celui de nos collèges.

Tableau XII. — École juridique du Schérlat, à Sarajevo.

TAnLEAU XV. — Gymnase de Mostar.

NOMBRE

NOMBRE

ANNÉE

NOMBRE

des

des

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scolaire

des professeurs

de

1 examen

l'année scolaire

de fin d'année

Ifi

Tableau XIII. — École réale supérieure, à Banjaluka.

ANNKE

scol tire

NOMBRH PRS KLKVKS PRKSKNTS

d'après la religion, à la tin de l'ann^-e scolaire

Tableau XIV. — Gymnase cfe Sarajevo.

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