‹ La Bosnie et l'HerzégovineChapitre 7 sur 132 · I -iNéogine d'eau douce · texte numérisé non relu

I -iNéogine d'eau douce

L'iv.l Néogène marin

Il Fljscà t Ho gène et Crétacé/

RSSiJ Calcaires etmamBSTJnnnmlitiques

1=1 Calcaires crétacés à Rudistes

Nb^ Calcaires jurassiguBS

I I II I Calcaires triasi(pies fThiasmiryenetsupr

Schistes de IVer/in /Ti'ias inféneurl

Schistes paléozoiques

J^oheser^tVesdnfljsch {^t^^^^L.

£-lJ Jioches éruptives acides /granités, traahytes, etcl

nS SoKil.

Fig. 45. — Géologie de la Bosnie et de l'JJerzcçjoviiie. Carte dos Tcrraïus.

Malgré tout l'intérêt que ces terrains présentent pour le géologue, nous devons résister à la tentation de les décrire ici. Relevons cependant quelques faits, qu'il est impossible de passer sous silence :

C'est, d'abord, en ce qui concerne les terrains primaires, l'existence de schistes argileux plus ou moins métamorphisés et parfois transformés en véritables schistes cristallins, entremêlés de grès micacés et de lentilles calcaires, dont la partie supérieure est carbonifère. Le plus important affleu-

LA NATURE PHYSIQUE EN BOSNIE ET EN HERZÉGOVINE

rement de ces assises forme une bande traversant en écharpe presque toute la Bosnie, depui» son angle N.-O. jusqu'à la frontière de Novi-Bazar, auprès de Foca'.

Ce sont ensuite les couches du '/VAv.s, di^veloppées surtout dans la partie haute des Alpes Dina-

Fig. 4fi. — Géologie de la Bosnie cl de l'ilerzégorine. Schéma des principales toaes. riques -. Elles comprennent, à la base, des schistes habituellement rouges, qui correspondent aux

' l.a seule discontinuité de cette longue banile se produit au S.-O. de Sarajevo, où la couverture de terrains Iriasiques se trouve conservée sur l'axe morne de l'anticlinal (massifs de la BjelaSnica cl de la Treska»ica\ Un anliclinal plus méridional amène au jour les terrains primaires auprès de Kupres; d'autres, plus septentrionaux, donnent naissance à l'afllcurcment situé tout à fait à l'angle N.-O. de la Bosnie, et à celui qu'on rencontre sur la frontière serbe, autour de Srebrenica, empiétant sur la zone du Klysrh et correspondant peul-fire aux petits affleuremenU situés Ji la limite septentrionale de la Bosnie (l'un deux est accompagné d'un Ilot granitique) et isolé* «d milieu des terrains nèogènes.

' Elles forment île larges bandes longeant de part et d'autre les anticlinaux paléoioîques et, ea Olilrv, occupent

Fig. il. — Bochers triasiqtics près de Vijcnac (environs de Travnik). — Ces rochers abrupts représentent un aspect très fréquent et 1res général des calcaires triasiques. Leur apparence ruinilorme tient à ce qu'ordinairement ils sont plus ou moins dolomitiques et, en conséquence, irrégulièrement attaqués par les agents a'anospiiériques.

couches classiques de Wcrfen (Trias inférieur) (fig. -48) ; entourant généralement les affleurements

paléozoïques, elles apparaissent aussi dans les dépressions qui séparent les plateaux calcaires

ondulés, ou planina, si largement développés en divers points de la Bosnie et principalement dans sa partie sud-est, formés de calcaires massifs, souvent dolomitiques (fig. 47), qui représentent les étages supérieurs du Trias.

L'existence du Jurassique n'est souvent, dans la région, établie que par la continuité des dépôts entre le Trias et le Crétacé, à cause de l'absence de fossiles : toutefois, il existe en certains points des fossiles indiquant la présence certaine du Lias.

Le Crétacé est extrêmement remarquable en raison des deux faciès latéraux, si distincts, qu'il présente. L'un, Crétacé à Budisles et à Nérinées, est constitué par

une roche dure, compacte, cassante et cnticromeut calcaire ; il s'observe sur le versant sud-ouest

des Alpes Dinariques, où il forme ce qu'on appelle la région du Karst. L'autre faciès, dit faciès du

Flyscli, apparaît sur le versant opposé

des Alpes Dinariques, c'est-à-dire dans

la partie de la Bosnie qui envoie ses eaux

au Danube; il se compose d'une alternance de schistes marneux et de grès,

entremêlés, çà et là, de jaspes, de dia-

bases, de mélaphyres et de serpentines.

Ce faciès ne correspond d'ailleurs pas seulement au Crétacé dans la région qui nous

occupe, et l'on constate que l'ensemble

des couches qui offrent cette physionomie

commune comprend la succession des

étages géologiques depuis le Néocomien'

jusqu'à la fin de VEogène', c'est-à-dire

tout le Crétacé et le Tertiaire inférieur. Sur le versant adrialique, les cal-

l''ig. 48. — Falaises calcaires triasiques dominant les sciiisles triasiques inférieurs [Sciiistcs do Werfen) entre le Col de l'ivaa et Konjica. — Cette falaise, presque verticale, constituée par les calcaires de la partie supérieure du Trias, forme le bord extérieur d'un plateau analogue à celui de la planina de la figure 60. Elle domine des pentes très adoucies, couvertes de forêts et de prairies qui correspondent à, la série des sciiistes du Trias inférieur (Scliistes de Werfen), superposés eux-mêmes, dans le voisinage du Col de l'Ivan, à une très puissante succession de schistes paléozo'iques.

presque toute la partie de la Bosnie située au S.-E. d'une ligne orientée du N.-E. au S.-O. et passant par Zvornils, Sarajevo, Konjica et le Prenj.

' La preuve que le Néocomien est compris dans le Flysch résulte de la découverte de VAptychus anjiilicoslatus Pict à Graéanica.

' En etlet, on trouve, intercalés dans le? sédiments supérieurs, des calcaires de teinte claire à Polypiers, dans lesquels ont été rencontrées des Nummulites à Kotorsko (vallée de la Bosna\ Des calcaires analogues existent aussi vers l'ouest, à Banjalulia et Kozarac.

LA NATURE PHYSIQUE EN BOSNIE ET EN HERZÉGOVINE 39

caires crélacés à Rudistes qui forment le Karsl supportent, par places, des couches nummuUliques. Ces assises, constituées par des calcaires compacts et des marnes grises h. Nummulitcs et Alvéolines, sont disposées suivant une série de bandes étroites, à peu près parallèles à la côte; elles sont surtout développées vers l'ouest et se réduisent en approchant du Monténégro.

Les dépi^ls néogènes se subdivisent en deux grandes séries : 1» des formations marines cantonnées uniquement dans le nord de la Bosnie, au voisinage du cours de la Save; 2" des formalions considérées comme d'eau douce, qui se rencontrent, dans cette même région et aussi dans toute la Bosnie et l'Herzégovine, sous forme d'affleurements isolés, que les géologues autrichiens considèrent comme d'anciens lacs primitivement indépendants. Presque tous les grands systèmes de vallées en Bosnie et dans le nord de l'Herzégovine (fig. W), ainsi que la plupart des grands polje d'Herzégovine, correspondent à ces affleurements néogènes (fig. 50), dont les dépôts sont très variables comme faciès. En beaucoup de points, ces dépôts renferment à leur base des lignites exploités'.

Après le dépôt de ces couches, la sédimentation a pris fin dans toute la région, sauf naturellement la formation d'alluvions pléistocènes et d'alluvions récentes dans le fond des vallées et des poljc Mais le sous-sol est, dans la plus grande partie de la Bosnie, recouvert par une couciie plus ou moins épaisse de Ivlim ou de terre végétale, provenant, en grande partie, de l'altération sur place des couches qui

constituent le sous-sol, et qui a pu commencer à se former dès lémersion de la majeure partie de la Bosnie, c'est-il-dire dès le début du Néogène. C'est à ce revêtement que la Bosnie doit l'existence des cultures qui occupent les parties basses, et des belles forêts et prairies qu'on rencontre dans les parties les plus élevées.

Le contraste si frappant qui existe entre l'aspect vert et riant de la Bosnie et l'aspect désolé de la Dalmatie et de la plus grande partie de l'Herzégovine, tient au déboisement trop rapide et relativement récent de ces régions et i\ l'ablation du manteau de terre végétale qui en a été la désastreuse conséquence. Dans toute celle région, sauf les bandes marneuses nummulitiques et le fond des polje, il n'existe comme lerre végétale que l'argile rouge {terni rossa), provenant de la décalcification des cal-

l'il^. 41). — Hus.^in néujtine dti Koujica Jlerzèfjoviao). — Aspect du cour» supérieur de la Narenta entre des collines arrondies et couverte» de végétation (Paysage de caractère bosniaque en pleine Herzégovine^.

' Ce sont des couclies argileuses et marneuses associées & des gré» et des conglomérat» qui constituent la plus grande masse de ces ameurenients, qui ont parfois une épaisseur considi^ralile (comme dan» le grand afneurement de Trarnik, Zenioa et Sarajevo), et dans lesciuols les calcaires ne se rencontrent habituellement que !ou» forme de lentilles intercalée», localisées d'ordinaire à un niveau assez voisin de la base. Ces couches renferment une faune de Mollusque» Irè» conitinta dans laquelle dominent souvent des Molnnopsis et des Congcrics, ainti que des lits à Végétaux (.-Icor, CioDtmomam, Piaua Poaeiles, etc.).

caires et qui est généralement entraînée à mesure dans les dépressions Là, les sels de fer, qui la colorent si fortement en rouge, se concentrent souvent en donnant des oolithes ou des pisolithes ferrugineuses (Citluk).

Indépendamment des terrains d'origine sédimentaire, la Bosnie est assez riche en roches éniplivcs. Celles du type granitoïde basique se composent de diorites, diahases, gabbros, péridotiles et surtout de serpentines (fig. 43). C'est principalement dans la zone du Flyseh qu'elles se montrent très développées (fig. 46); elles y forment des bandes orientées dans la direction des assises où elles se trouvent intercalées. Les affleurements de ces roches sont très fréquents. Citons notamment ceux qui apparaissent en maints endroits dans la vallée de la Bosna, depuis Doboj jusqu'auprès de Vranduk. Un massif important de roches semblables est développé aux environs de Visegrad, dans la région des

calcaires triasiques de la vallée de la Drina.

Outre ces roches, qui semblent avoir fait éruption pendant la période secondaire et la période tertiaire, on trouve aussi en Bosnie des diorites, diabases et porphyrites, moins basiques et plus anciennes (du Trias, peut-être du Primaire). Il en est ainsi dans la vallée du Vrbas entre Dolnji Vakuf et Jajce, la vallée de la Rama, celle de la Narenta en amont de Jablanica (Trias inférieur).

D'autre part, on rencontre aussi, en quelques points, des roches franchement volcaniques, à structure porphyrique ou trachytique. Ces roches forment, en particulier, un important massif auprès de Srebrenica [dacites, andôsites), ainsi que le mamelon de Maglaj [trachyle à sanidine et biotite), et une bande allongée au milieu des schistes paléozoïques au nordouest de Fojnica. Bien qu'il n'y ait, pour dater ces roches, que des documents très incomplets, leur âge semble très récent.

Pour compléter cette énumération, je citerai l'îlot de gvanito perçant les schistes paléozoïques de l'affleurement de Kobas, le long de la Save.

§ 2. — Tectonique.

Comment sont disposés ces terrains et ces roches, et comment les diverses couches géologiques se sont-elles comportées sous l'action des mouvements orogéniques, produits à différentes époques de l'histoire géologique de la région? Telle est la question importante dont la solution doit permettre d'expliquer l'état actuel des choses. Nous n'avons malheureusement à ce sujet qu'un petit nombre d'indications isolées. On peut, toutefois, constater que les dépôts néogènes sont séparés des précédents par une discordance très nette, tandis qu'au contraire la série des assises antérieures paraît, en beaucoup de points, absolument concordante et continue. La disposition même des couches néogènes montre bien qu'après le dépôt du Nummulitique, c'est-à-dire à la fin de la période éogène, la Bosnie fut émergée et plissée, bien qu'il y ait eu, depuis le dépôt des dernières assises néogènes, des mouve-

Fig. 5(1. — Culliiirs de Irrniiii iicnijrui- u (Jsli-ozac aux cnviruiis (If Kon-

jica {liassin supérieur de la IVarenta). — Ces collines aux formes

arrondies, aux flancs cultivés, tranchent fortement sur l'aspect

anguleux et abrupt des montagnes calcaires triasiques, beaucoup

plus élevées, qui les environnent.

LA NATURE PHYSIQUE EN BOSNIE ET EN HERZÉGOVINE 41

ments du sol, qui, parfois, ont fortement redressé ces couches. Ces mouvements persistent même encore actuellement sous la forme de tremblements de terre, très fréquents sur la cAte adriatique'; il est pourtant certain que ces mouvements récents ont été de faible importance par rapport à ceux qui sélaienl produits au début du Miocène, en sorte que c'est à ceux-ci qu'il faut attribuer la plus grande part du travail orogénique qui a amené la région à sa disposition tectonique actuelle.

Il existe une série d'affleurements paléozoïques, que j'ai énumérés précédemment, et qui semblent se comporter comme des anticlinaux, ou peut-être, plus exactement, comme des dômes allongés sensiblement du nord-ouest au sud-est, c'est-à-dire parallèlement à la grande chaîne des Alpes Dinariques. Toute la région triasique qui entoure ces divers affleurements, présente de nombreux plissements, mais dont rétud(! détaillée reste encore à faire''; elle offre aussi, d'après M. Bittner, d<!S lignes de fracture parallèles à la grande chaîne, ainsi qu'une ligne de direction tout à fait différente, allant de Sarajevo ti Nevesinje. De part et d'autre de celle ligne, existeraient des différences assez notables au point de vue de la correspondance des accidents principaux, orientés du nord-ouest au sud-est.

Toute la partie septenlrionale de la Bosnie montre aussi une prédominance de la direction N.O.-S.E., pour les accidents tectoniques; mais ceux-ci sont encore trop peu connus pour que j'essaie d'en donner une idée.

La partie la mieux connue, et d'ailleurs la plus facile à étudier, à cause de l'ab.sence de végétation et aussi de la simplicité de sa constitution, est la région du Karst (fig. 43, 56, 57), c'est-à-dire celle qui csl comprise entre le grand anticlinal paléozoïque et l'Adriatique. Elle pré.senle une série de gradins d'altitude graduellement décroissante en se rapprochant de l'Adriatique; cette disposition se retrouve dans toute la Dalmalie et le Monténégro, et se relie à une cause générale, qui, d'après M. Sue.ss, est l'an'aissemonl de l'Adriatique. Ces lignes de dislocation, qui séparent les divers gradins et amènent les calcaires crétacés de l'un au-dessus des couches nummuliliques du suivant, ne sont pas de véritables failles, mais des chevauchcmcnls vers le sud-ouest, déjà indiqués pour l'Herzégovine par .M. Bittner, et dont j'ai pu voir des exemples très nets à Gitluk et à Ljubuski.

L'une de ces lignes de di.slocation, en particulier, suit la ligne de rivage depuis Spalato jusqu'à Raguse et Caltaro, .sauf à la presqu'île de Sabbioncello. Celle-ci est reliée à la terre ferme par un isllime étroit correspondant au passage d'une bande nummulitique.

Ces données nous permettent maintenant de nous faire une idée de l'aspect géographique.- Je vais subdiviser cette description en deux parties, correspondant aux deux grandes divisions que j'ai indiquées dès le début et qu'on peut désigner sous les noms de région herzégovinicnnc el région hosniaqtie.

RELIEF, MODELÉ DU SOL ET 11 Y D ROC. U A l'UI E DE LA IlÉGION A FACIES n ERZÉGO VINIEN

Lorsqu'on suit le fond de la vallée de la Narenla, surtout dans la pjtrtie entre Mostar el Rama, on éprouve, au fond de ces imposantes gorges (flg. 44 et 51), la sensation qu'on est dans une région montagneuse, dont les sommets dominent le fond de la vallée de plus de 2.000 mètres. Mais, si l'on s'élève

' De noiirbrcuses observations des mouvements du sol ont été faites en Bosnie depuis l'organisation du Service météorologique ^iiul doit iiislallcf iii-ocliaiiUMueiit des sisniograpliesl. Il existe deux centres principaux de secousses : l'un en Itosnie, le Ion;,' de la ligiie Ti-aviiik-Jajce. parallèle aux directions tectoniques de la n'gion; l'autre en llem^govine, au voisinage de Mostar.

• J'ai pu conslalcr, en passant rapidement, en compagnie du U'' Kalzer, l'existence de renversements et de cbevtuchements dans les schistes de Werfen et les calcaires triasiques, entre Sarajevo el Viàegrad.

sur les flancs de cette vallée, l'aspect change à mesure qu'on monte; on s'aperçoit vile que la Corsnica et le Prenj, par exemple, ne sont pas de véritables montagnes isolées, ni même les points culminants d'une véritable chaîne de montagnes, mais, au contraire, des éperons faisant partie d'un vaste plateau d'altitude très élevée. Ces éperons ont été plus ou moins isolés par l'érosion qui a donné naissance aux formidables gorges qu'ils dominent, et telle a été aussi l'origine des gigantesques monolithes qui se dressent çà et là sur les pentes (fig. 52). Si on les voit, du fond de la vallée, sous forme de sommets abrupts se profilant nettement sur le ciel, c'est par suite d'une erreur de perspective, tenant à ce qu'on est beaucoup trop bas et trop rapproché d'eux'. A l'inverse des véritables montagnes, qui sont des

.^■Âi.,-^'S

Fig. ôl. — Vallée de la Narcnta au nord-est de, Moslar.— Cette photographie, prise à peu de distance de celle que reproduit la figure 44, montre l'élargissement, assez considérable, de la vallée et une diminution dans la roideur des versants,

toujours formés de calcaires.

parties s'élevant au-dessus d'un niveau moyen correspondant au fond des grandes vallées, le niveau moyen de la région est ici celui du plateau élevé, dans lequel ont été creusées les grandes vallées, sous

• II n'est pas même nécessaire de faire l'ascension indiquée pour se rendre compte de la disposition topographique exacte. Lorsqu'on se trouve dans la vallée de la Narenta au connuent de la Dreziianka, on voit, en effet, une sorte de chaînon très abrupt séparer ces deux vallées et s'élever graduellement jusqu'à la ëorsnica, dont il semble former un rameau; mais, à mesure qu'on descend la vallée de la Narenta et qu'on acquiert ainsi plus de recul, on voit ce chaînon s'abaisser graduellement et bientôt disparaître entièrement sous une ligne d'horizon plus élevée et qui apparaît de plus en plus régulière et horizontale à mesure qu'on s'éloigne et que les dentelures du bord du plateau cessent de se profiler sur le ciel. On constate alors très nettement que ce qu'on aurait pu prendre pour un chaînon n'est qu'une sorte de terrasse, intermédiaire entre le plateau principal et le fond de la vallée, et marquant l'une des étapes du formidable travail d'érosion qui a creusé les deux vallées de la Narenta et de la Drezanka. D'un autre côté, on peut voir aussi (moins nette-

LA NATURE PHYSIQUE EN BOSNIE ET EN HERZÉGOVINE

forme de vc'rilables canons'. Les vallées de la Narenta, de la Drei^anka et de quelques tributaires semblables ne sont donc que des accidents très peu étendus au milieu d'une région beaucoup plus élevée, dont elles n'interrompent que momentanément la continuité. On doit, par suite, prendre comme caractéristique de la région le plateau du Karst, ou, plus exactement, les phiteaux du Karst lorsque l'on considère l'ensemble de l'Herzégovine.

Ces plateaux constituent l'une des régions naturelles les mieux définies, et il importe d'y insister quelque peu.

§ 1. — Aspect général du Karst.

Constitué exclusivement par des calcaires durs, sauf quelques bandes marneuses nurnmulitiques, le Karst d'Herzégovine est presque partout dépourvu de terre végétale. Là où cette terre existe, elle apparaît sous la forme d'une argile rouge, connue dans le pays sous le nom de 1er rit rossa ; celle argile provient de la décalcification (1(^ la roclie qui constitue le sous-sol ; elle n'est que le résidu de la dissolution du calcaire par les eaux de [)hiie, toujours chargées d'acide carbonique. Ce calcaire, quoique en apparence très pur, renferme toujours une pelilc proportion d'argile et de sels de fer; ces sels prennent, par peroxydation et hydratation, la Icinle rouge caractéristique.

L'aspect dénudé du pays est encore accentué par l'absence d'humidité durable à la surface, ce qui fait que, même dans les points où existe la terro ros^a, on ne voit que par places un mince tapis de verdure recouvrir le sol. La couleur même du calcaire contribue encore à accentuer ce caractère de tristesse; ce calcaire, en effet, qui, sur les cassures fraîches, préscnlc une teinte hlanclu! ou à peine jaunâtre, prend sur les surfaces exposées à l'action de l'almosphère une (einte uniformément grise, sur laquelle tranchent seulement çù et là le rouge vif de l'argile et le vert d'arbustes rabougris.

La sécheresse absolue de la surface se traduit par l'absence complète de ruisseaux ; le silence du Karst n'est troublé ni par le murmure des eaux, ni d'ailleurs davant^ige par le bruissement du vent dans les arbres, ni par le gazouillement des oiseaux, qui fuient celte terre désolée. Lorsque le vent souffle sur le Karst, c'est souvent la tempête, la bora, ce fléau des pays adriatiques, qui contribue à

Fig. S2. — Havin luléial de la rive gauche du la Natcata à i kiloiuilre en aval du pnsle de gendarmerie de Zcaica {eatre Jablanica et Afoslar). — Cette pliotograpliie montre le mode d'érosion des calcaires du Karst, lorsqu'ils sont entaillés par des gorges très profondi^s.

ment, il est vrai, que si l'on était monté à la surface du plateau, mais encore d'une manière suffisamment nette) que la Sorsnica n'est pas un sommet montagneux, mais le point culminant d'un plateau présentant seulement des ondulations très douces.

' Pour la bibliograpliie des très nomlireux travaux relatifs aux phénomènes du Karst, se reporter aux deux récents ouvrages suivants : 1» D^ J. Cvuic : Das Karstph.Tnomen {(leogr. Ahhandl. von Prof. Penck. Wien, Bd. V. Hefl 3. 1893.), 2" D'' KuiiT I1assbi\t : lieitrage zur pliysischcn Cieographie von Monténégro, mit besonderer Benlcksictiligung des Karsies {Petermanns Mitteilungen, Ergiinzungsheft, n" ir>, Goltia, 1893).

il- S , . ■^^

Fig. 53. — Sources de la Biina, prés de Moslar. — L'eau sort d'une fente du rocher et actionne le moulin visible au milieu de la figure. Tout au fond du bassiu qu'elle alimente, elle conslitue moins une sourci-, au sens ordinaire du mot, que le poinl d'i-mergence d'une véritable rivière souterraine qui s'est formée en profondeur et sort avec un débit énorme.

C'est le type des sources vauclusiennes d'Herzégovine.

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enlever en poussière la tci-ra rossa desséchée par le manque d'eau. La surface de la roche calcaire demeure ainsi décapée, sans trace d'humus sur lequel puisse s'établir une végétation, qui serait du reste bien maigre, à cause des chaleurs tropicales de l'été et de l'absence presque complète de pluie pendant celle période.

Au milieu d'un pareil désert de pierres, les habitations sont forcément très rare» cl très pauvres ; c'est seulement sur lo bord des polje, cuvettes à fond humide et fertile, ou bien sur les étroites bandes du terrain nuininulilique, (juon trouve çù et là quelques hameaux; ces petits groupes de maisons, abrités de la Loru et entourés de verdure, semblent de véritables oasis, en dehors desquelles on ne rencontre guère d'autres ôtrcs humains que ceux qui sont obligés de se rendre d'un point à un autre.

Deux faits d'ordre différent expliquent la formation du Karst et les phénomènes si curieux qui résultent de sa constitution : c'est, d'une part, la dissolution du calcaire par les eaux de pluie chargées d'acide carbonique; d'autre part, la structure même de la roche, criblée d'une inHnité de petites fissures ou diaclases qui livrent rapidement passage à l'eau de pluie. Ces diverses conditions étant réalisées dans beaucoup de régions calcaires, on peut s'étonner que les phénomènes donnant naissance au Karst soient localisés, ou du moins excei)lionnelk'm('nt intenses, dans les régions qui avoisinent l'Adriatique et la Méditerranée orientale. La raison s'en trouve facilement lorsqu'on se souvient du fait, que j'ai indiqué plus haut, que la masse d'eau qui lomhc aauuellemeiil sur cette région et surtout celle qui tombe au moment des grandes pluies périodiques d'automne, est exceptionnellement grande et peut agir ainsi très activement sur la roche. On s'explique en môme temps ce paradoxe que la région de l'Europe la plus dépourvue de ruisseaux soit celle 6ii il pleut davantage. D'autre part, l'été y est très sec et très chaud, circonstance qui agit dans le môme sens que la précédente en empochant l'établissement d'une riche végétation, qui préserverait le sous-sol d'une semblable érosion; il faut, d'ailleurs, remarcjuer (jue l'homme doit être rendu en partie responsable de la formation de ces déserts, par suite du déboisement trop rapide de ces régions, autrefois couvertes de forôls.

§ 2. — Réjfime hydrographique.

Parmi les divers caractères du Karst, celui (pii saule aux yeux en première ligne est l'absence d'un réseau hydroç/riiphiquo superliciel, c'est-à-dire de ruisseaux et de rivières courant à la surface du sol. Les eaux de pluie, bien que très abondantes durant les fortes averses d'automne, s'intillrcnt presque immédiatement à travers les milliers de diaclases qui traversent le calcaire en tous sens, en sorte que Vnclion mécanique des précipilations atmosphériques, qui, d'ordinaire, prédomine dans la fornialion du modelé superficiel, devient ici à peu près nulle; par contre, l'action chimique de ces précipilations est de la plus haute importance.

Comme conséquence de cette absence d'un réseau hydrographique superficiel, on doit trouver un écoulement souterrain des eaux; on constate, en efl'et, que le sous-sol du Karst est absolumenl percé en tous sens par de nombreuses cavernes et grottes, dont on ne connaît certainement encore qu'un petit nombre et qui livrent passage à de véritables rivières souterraines. Celles-ci, après un trajet plus ou moins long, vont ressortir à un niveau généralement beaucoup plus bas que la surface ilu plateau, par des sources vnuclusicnncs d'un débit considérable et à peu près constant. Telles sont la superbe source de la Buna (fig, ;;3), celle de la Comadina, celle qui se trouve située auprès de la gare de Grabovica, dans la vallée de la Narenla. enfin la célèbre source de Krupié (fig. 54^. Ces sources ne sont exactement que le point où une rivière toute formée en profondeur par les multiples suintements

Kig. .'it. — Source vauchisicnne à Krupic. — Comme la lîuna, cette source représente le point .l'émergence à l'air libre (J^m Ucuve soutoirain. L'eau, dès la sortie du rocher, est assez abondante pour actionner des moulins et entretenir le débit

d'une large rivière.

LA NATURE PHYSIQUE EN BOSNIE ET EN HEIIZÉGOVINK 47

venus de lu surface, sort d'un tunnel plus ou moins large. Tantôt celte sortie se fait sur le bord d'une vallée importante, profondément entaillée dans le Karsi et qui se rend directement h la mer (Narenta); tantôt les eaux qui se sont réunies ainsi vont ressortir dans l'un de ces bassins fermés qu'on appelle les polje, et sont ensuite forcées de s'engouffrer de nouveau par une fissure du sol {poiioj'), pour ressortir plus bas, soit dans une vallée principale, où elles coulent ensuite & lair libre jusqu'à la mer, soit de nouveau dans un autre polj'e situé en contre-bas du premier, et d'oO elles ne peuvent encore sortir que par un nouveau cours souterrain. Cette succession Aa polje étages, et dont la disposition n'est d'ailleurs qu'une conséquence de la disposition générale du Karst en gradins, te trouve nettement indiquée sur la figure V>o. Le cours inférieur de la Narenta entre Rama et Moslar me paraît devoir être comparé à l'un de ces cours souterrains réimissant les divers poijes.

En résumé, on voit qu'au point de vue hydrographique, le Karst est caractérisé par le fait que son

I'"ig. 53. — Disposilion élugée rfi's polje vu Ilcrzéijavinc cl on Dalmalii'. — (.a coupe supérieure monlre In coniniiinii-alion souterraine de divers poijes élatfés. — (Ei-lielie des longueurs : 1 : 625.000; échelle de» hauteurs: I : ÔO Odn

rcsvaii (le coiirf< d'ciiii osl en mnjcuro partie Inuispovlé dans la profondeur du sous-sol, au lieu d'être superficiel, connue cela a lieu d'ordinaire. Mais ce caractère n'est pas absolument spécial au Karst et se retrouve dans beaucoup d'autres régions calcaires, les Causses français par exemple.

Modelé superfioieL

L'examen de la surface du sol montre d'aulres i>nrticularités. Tout d'abord, la surface dénudée de la roche est généralement découpée par une infinité de sillons aussi net.s (pie des traits do scie {rasck's, lapiez), et les parties intermédiaires en relief sont inégales et rugueuses, souvent creusées de cavités, et nioiilrt ni des liaees évidentes d'un phénomène de corrosion, analogue ù ce qu'on obtiendrait en traitant un bloc de calcaire par de Icau renfermant un acide (fig. 5G). Cette comparaison n'est, d'ailleurs, pas seulement théorique, puisque nous avons vu que c'est îli l'action de l'eau de pluie chargée d'acide carbonique qu'on doit attribuer le modelé de la surface du Karst.

Cette surface se montre donc formée dune infinité de parties rocheuses en relief .sé|)arécs par des fentes plus ou moins larges et profondes (parfois de plusieurs mètres), et la circulation y est extré*

mement pénible et difficile, parfois même impossible. La comparaison, faite par beaucoup de voyageurs, à une mer brusquement solidifiée pendant qu'elle serait en proie à une tempête violente, est assez juste'.

D'un autre côté, si, dans une première approximation, on peut parler des plateaux du Karst, il ne faut pas prendre ce terme dans le sens d'un pays tabulaire et plan, car, au contraire, sa surface présente une série de dépressions de toutes formes et de toutes dimensions, qu'on peut grouper en plusieurs catégories : les dolines, les poije, et les vallées fermées.

Nous avons déjà parlé de ces vallées fermées qui, après avoir serpenté au milieu des plateaux,

R; j' V,;.-W- ri;-.

Fig. uil. — Sui i.i'-,- nu Kiirsl viiiiu Muslar et Cilluk. — L'aspect île celle surface ilu calcaire est dû à la corrosion par les agents atmosphériques, en particulier à la dissolution par les eaux de pluie chargées d'acide carbonique.

se terminent brusquement à un barrage montagneux, au-dessous duquel s'engouffrent et se perdent les rivières. Il nous reste maintenant, en ce qui concerne le modelé superficiel, à décrire les dolines et les polj'e.

1 . Dolines. — Les dolines, dépressions en forme d'entonnoirs, à contours généralement arrondis, souvent presque circulaires (fig. 37), sont les accidents les plus remarquables et les plus caractéristiques de

' Ces champs de rascles ou lapiez (7ïarreD/cM en allemand), ne manquent jamais dans une région de Karst typique; leur production doit être intimement liée à l'existence des nombreuses fissures traversant le calcaire en tous sens, plutôt qu'à des différences d'homogénéité dans ce calcaire, en général remarquablement pur et homogène. Leur formation se produit certainement surtout par l'action chimique de l'eau de pluie, aidée aussi, en certains points, par le crevassement diî à l'action de la gelée, et en général des variations brusques de tempéralure, par l'aclion c-irrosive et mécanique des racines des plartts, lorsqu'il en existe, etc.

LA NATURE PHYSIQUE EN BOSNIE ET EN HERZÉGOVINE

la région du Karst. Leurs dimensions sont des plus variables : leur diamètre peut atteindre parfoio jusqu'à 1.000 mètres, mais descend aussi à une valeur très faible, 10 mètres et même moins. De même, leur profondeur peut varier beaucoup, en général de 2 à 100 mètres. L'inclinaison des parois de

cet entonnoir est aussi très variable; elle se lient, en général, (;ntre 10° et -iO", mais peut aussi dépasser de beaucoup ce dernier cliiflre et même devenir verticale. On peut de la sorte, avec M. Cvijic, distinguer, d'après le rapport du diamètre à la profondeur, des dolines plaies ou en cuvelles le» dolines typiques ou on ciilonnoirs, et les véritables puita ou avens, formes qui passent, d'ailleurs, les unes aux iuilres par toutes les transitions possibles'.

Les dolines sont rarement isolées à la surface des plateaux du Karst; le plus souvent, elles sont disposées côte à côte en grand nombre, donnant à la région un cachet tout à fait spécial, souvent caractérisé en allemand par le terme de « lilflicrnurijir/ », c'est-à-dire grêlé de pclili' vrrolc. Le fond de ces dépressions montre rarement la roche nue, car, môme si le calcaire est très pur, il reste toujours, par sa décomposition, un résidu iiisolul)le de terra rossa; en outre, des blocs éboulés des parois et des particules d'humus, amenées par l'eau et le vent, s'associent à elle pour recouvrir le fond d'une couche de terre. Cette couche masque les crevasses qui prolongent vers le fond la doline et qui peuvent parfois s'élargir en un canal béant. Les grandes dolines plus ou moins remplies de terra rossa sont souvent cultivées, d'autant plus qu'elles fournissent un terrain abrité contre l'action désastreuse de la bora (flg. 58)'.

La formation des dolines a été l'objet de trf's nombreuses théories, qui se ramènent, en définitive, à deux théories principales. Suivant Tune, les dolines se produiraient par affaissement des couches superlicielles au-dessus des points où la voûte des galeries souterraines s'eftondrerail. La plupart des géologues, abandonnant cette hypothèse, tendent de plus en plus à attribuer les dolines ii l'érosion superficielle, les eaux de pluie dissolvant le calcaire plus rapidement au point de croisement de deux diaclases '.

Fig. 07. — Surface du Karst sur la routo de Cilluk à IJuiuski. — En cette région, la surface du Karst n'est pas compli-lcment dépourvue de végétation et porte quel(|ues maigres bouquets d'arbustes rabougris, entre lesquels apparaît la eurfacc dénudée de la roche ; à l'arrière-plan se voit uue doliuc, peu proronde, mais assez étendue (environ tiOO mètres de diamètre).

' L'inclinaison des parois peut, du reste, varier dans une même doline: c'est ainsi que, d'après Heyer, les dolines creusées dans des régions disloquées, où les bancs calcaires sont assez fortement inclinés, ont leur paroi plus raide d'un C('ité que de l'aulre, la pente la plus adoucie corres|iondant à la surface des couches, la plus raide à leur tranche l'ne dissymétrie sonibliible peut aussi se produire par d'autres causes; la pente est généralement plus forte pour le côt* exposé davantage h la pluie, à la tempôtc ou, dans les dolines qui restent pendant de longs mois rempiles de neige, pour le côté exposé au soleil, etc.

' Eu outre, à ciMé des dolines simples, il y a des formes composée», lorsqu'il se pro luit, sur les parois d'une doline mèri', de petites dolines secondaires ou dolines filles, ordonnées autour de la doline principale. II existe aussi des doliues doubles ou Junielles lorsque la séparation entre deux ou plusieurs dolines contiguSs n'atteint plus le niveau du plateau avoisinant, par suite des progros de l'érosion dans chacime d'elles; on peut voir ces dolines donner naissance ulléricurcnient h un entonnoir unique, lorsque l'érosion a fait disparaître complètement les cloison» qui lei séparaient. Toutes ces formes composées s'expliquent facilement par l'inégal envahissement de la décomposition autour de points d'atla(iiie isolés.

' L'un des meilleurs arguments pour cette théorie a été fourni par l'examen do dolines visibles en teclion *l où l'on

2. Polje. — Les poljc, larges et longues cuvettes à fond plat, constituent l'un des caractères les plus curieux et peut-être le plus typique du Karst de Bosnie et d'Herzégovine ; ce sont de grandes dépressions allongées, dont la longueur dépasse généralement le double de la largeur; leur bord, à pente en général très raide, circonscrit un large fond absolument plat, au lieu de se continuer en entonnoir jusqu'à la base comme dans les dolines. Ces dépressions ne se rencontrent que dans les régions où les couches calcaires ont été plus ou moins fortement redressées par des actions orogéniques, et manquent, au contraire, là où les couches sont horizontales ; d'autre part, leur plus grande dimension est parallèle à la direction d'affleurement des couches, ce qui permet, dès le premier abord, de penser que leur formation est en relation avec la tectonique de la région. C'est dans le Karst d'Herzégovine que cette disposition se manifeste peut-être avec le plus de netteté.

Les divers polje de l'Herzégovine sont tous allongés du nord-ouest au sud-est, et, en général,

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Fig. 58. — Région cultivée au miliou du Karst, près de Citluk (sur la roule do Moslar à Citluk). — Cette photographie représente une portion d'une dépression allongée, à la limite du calcaire du Karst, visible au dernier plan, et des marnes nummulitiques. Celle dépression, remplie de lerrn rossa amenée par les eaux de ruissellement, est intermédiaire entre une dolinc et un poljc. Elle constitue une véritable oasis au milieu du plateau dénudé du Karst; celui-ci montre cependant des taches sombres, bien visibles sur cetle photographie; ces taches correspondent à des parties couvertes de maigres arbustes, qui servent de nourriture aux troupeaux. Chacun de ce» Ilots d'arbustes est eutouré d'uQ mur eu pierres sèches, visible en quelques points de la photographie sous la forme d'un liséré blanc.

disposés à des altitudes graduellement décroissantes à mesure qu'on se rapproche de la mer (fig. 53).

Leurs dimensions et leur superficie sont extrêmement variables; le plus grand de tous ceux de la région est celui de Livno, qui a 60 kilomètres de long et environ 10 kilomètres de large, avec une superficie de 40.500 hectares. Ceux de Nevesinje, Popovo, Glamoc, Zupanjac, dépassent 10.000 hectares; celui de Kupres atteint presque ce chiffre. Par contre, les plus petits ne dépassent guère 173 hectares.

En général, le fond des poljo est formé de matériaux ou de limons résultant de l'accumulation de l'argile due à la décalcification des calcaires; parfois aussi, il y existe des marais tourbeux. Leur

a pu constater que l'allure des couches n'est pas troublée et que les dolines ne se poursuivent pas en profondeur par une cassure remplie de matériaux éboulés.

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l'orid ne présente pas de pente générale, el souvent on y observe différentes inclinaisooB, d'ailleurs très faibles, et, par conséquent, des directions d'écoulement variable;. En règle générale, ces dépressions sont complètement entourées d'un talus ; il en résulte l'impossibilité d'un écoulement siipeificiel. L'alimcnlaliun de ces dépressions en eau se fait : 1° par les précipitations almospliériques tombant directement sur le polje; 2° mais surtout par des sources .sortant çà el là sur les bords ou même au fond du polja el qui y amènent l'eau tombée sur la partie avoisinante du Karst. Quant à l'écoulement de cette eau, il se fait par des gouffres {avens, ponors), les uns situés au fond du poljo et fonctionnant d'une façon continue tant qu'il existe de l'eau dans le polJe, d'autres se rencontrant dans les parois, à une hauteur variable au-dessus du fond, et fonctionnant seulement de temps h autre comme trop-pleins, lorsque la quantité d'eau accumulée dépasse certaines limites. Ces poiiurs donnent naissance à des cours d'eau souterrains, qui vont ressortir plus bas par des sources. On désigne parfois aussi sous le nom de poIJe ouverts des dépressions absolument identiques, à tous les points de vue, aux véritables polje, mais présentant une échancrure dans leur bord, ce qui permet l'existence d'un écoulement superficiel.

Tableau HI. — Répartition des divers types de polje.

Poljes secs

— périodiquement

inondés . . .

(Surfaces inondées) .

TOTAL

hectares

hectares T. 850

hectares 52.810

hcclaroii 61.540

Parmi les /;r;//V', les uns sont constamment à sec, leurs ;)o;iors étant capables de drainer la quantité d'eau qui leur arrive. Dans d'autres, l'alimentation peut, à certaines époques de l'année (par exemple, au moment des pluies périodiques et surtout au moment de la fonte des neiges, au printemps), être supérieure à la quantité d'eau que peuvent engouffrer les poiwrs, en sorte qu'il se produit une inondation temporaire, qui prend fin lorsque l'écoulement devient supérieur à lalimenlalion. L'un des meilleurs exemples en est fourni par le Moslarsko Blato, situé au sud-ouest de Mostar. Celle inondation peut occuper en partie ou en totalité la surface Ans, polje. Enfin, certains lacs, tels que celui de Janina, en Épire, doivent être considérés comme des polje constamment inondés, ft cause do l'importance et de la régularité du débit des sources qui s'y déversent; ces poljc-hics ne sont pas représentés en Herzégovine, non plus que ceux dont le fond se trouve inférieur au niveau de la mor et qui sont occupés par l'eau salée qui pénètre par les multiples fissures du calcaire.

La réparlilion de ces divers types en Bosnie el Herzégovine, indiquée par M. Ballif, est la suivante : Sur une surface totale de 157.260 hectares, qu'occupent les àivers poljo, les polje secs représentent 61.340 hectares et ceux qui sont partiellement inondés onl une pari de 95.720 hectares, sur laquelle 56.820 hectares sont inondés tous les ans en automne et au printemps, et 19.400 hectares restent constamment marécageux.

La réparlilion de ces divers types avec l'altitude est aussi très intéressante, el montre que les poljo secs se rencontrent surtout aux grandes altitudes, el \cs polje à inondations périodiques aux alliludes plus faibles (Tableau III).

' Baulik, Wasacrhautcu in Uoanieu uml ia Jer Hcrci-goviaa, 1. Theil, in-8». A. IloUbauicn,Wirn. 1896.

Beaucoup de polje, principalement ceux de quelque importance, renferment des sédiments néogènes, ce qui démontre que leur formation doit être relativement très ancienne'. Les polje secs sont souvent très caillouteux, tandis que l'inondation des poljo humides durant des siècles a produit d'ordinaire une couche puissante d'humus, qui se rencontre aussi dans certains poljo secs ou plutôt actuellement asséchés. Parmi ceux à inondations périodiques, les plus élevés sont d'ordinaire en prairies et les plus bas en cultures, car les limons déposés par les inondations sont très fertiles; mais, d'un autre côté, ces inondations mettent obstacle à un travail rémunérateur du sol, lequel ne peut être cultivé quedurantpeu de mois chaque année.

Aussi s'occupe-t-on actuellement, principalement au /)o/ye de Livno, à réduire le plus possible les parties marécageuses ou simplement les parties soumises aux .inondations périodiques, en cherchant à donner aux eaux un écoulement plus facile par l'élargissement des poiiors d'un débit insuffisant.

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