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La botanique de la bible

Une étude complète des plantes mentionnées dans la Sainte -Ecriture n’a jamais été faite, que je sache, dans la langue française du moins , en réunissant, sous un petit volume, les détails scientifiques, historiques, littéraires et exégétiques qui peuvent intéresser le lecteur de la Bible.

Jusqu’ici le pasteur, le moniteur de l’école du dimanche, le simple lecteur du volume sacré, tous ceux qui se sont trouvés en présence d’un nom

de plante dont le sens demande à être commenté,

expliqué ou peut-être discuté, ont dû recourir à des commentaires, à des dictionnaires de la Bible, à des récits de voyages en Orient, et souvent,

comme cela arrive si facilement en pareille matière, pour n’aboutir à aucun résultat satisfaisant.

C’est pour combler une lacune qui m’a paru regrettable que j’ai entrepris ce travail; il jettera je l’espère un jour nouveau sur plus d’un passage, et épargnera à plus d’un étudiant biblique de longues et fatigantes recherches.

Je n’ai cependant pas la prétention d’avoir résolu toutes les questions qui se rattachent aux passages que le botaniste biblique est appelé à examiner, ni d’avoir déterminé avec certitude toutes les espèces qui sont mentionnées dans la Sainte -Ecriture; mais je crois avoir signalé tous les végétaux dont il est question directement ou indirectement, et j’ai mis sous les yeux du lecteur tous les renseignements que j’ai pu réunir et les principales opinions qui ont été exprimées sur la vraie signification des noms de plantes que les différents passages renferment.

Les traductions modernes sont extrêmement défectueuses sous le rapport des noms des plantes. Les mots hébreux qui désignent les arbres, les légumes, les fleurs, les fruits, ne présentent aucun sens au traducteur moderne, et les descriptions qui accompagnent ces noms, de même que les autres renseignements qu’on peut puiser dans le contexte, sont souvent trop incomplets pour que nous puissions nous y fier pour déterminer les espèces végétales auxquelles les écrivains sacrés ont fait allusion. Un grand nombre de noms de

plantes ont été traduits, pour ainsi dire, au hasard. 11 y a un mot dans le texte hébreu qui est rendu dans différentes versions par chêne , tilleul , orme et platane. C’est le mot alali que Martin traduit par rouvre dans Esaïe, vi, 13, et par orme dans Osée, iv, 13.

Les exégètes et les naturalistes ont cherché, de bien des manières, à tourner la difficulté que le traducteur rencontre dans les noms de ces plantes que les écrivains mentionnent sans les décrire, mais ils sont loin d’avoir obtenu des résultats satisfaisants.

On a réuni tous les passages où le même nom se trouve répété, et on en a étudié le contexte; mais les renseignements qui résultent de ce procédé sont en général trop maigres pour permettre de former une opinion. On a étudié la végétation qui s’observe actuellement dans les pays qui furent le théâtre des événements bibliques, et on a conclu que, parce que tel arbre abonde aujourd’hui en Palestine, il doit être l’arbre mentionné sous tel nom dans l’Ancien-Testament.

Tel voyageur a observé qu'une certaine mousse croît en quantité sur les murs de Jérusalem aujourd'hui, et il en conclut que cette mousse est 1 hysope « qui sort de la muraille » que Salomon met en contraste avec « le cèdre qui est au Liban. » Tel autre touriste, parcourant la Palestine au commencement du printemps, trouve les landes maritimes de la Syrie émaillées de l’admirable floraison d un blanc de neige du Ciste de Crète : il écrit

aussitôt à ses amis que le Cistus creticus est, sans aucun doute, la fleur chantée par Salomon sous le nom de Rose de Savon. Un second voyageur visitant, vers la meme époque, les plaines marécageuses du Jourdain, y foule par milliers le narcisse aux fleurs délicates et au parfum suave : celui-là inscrira immédiatement dans son journal que le Navcissus iazzetta est la Rose de Savon ; un troisième enfin, voyageant plus tard dans l’été aux environs du Liban, aura Foccasion d’y admirer les belles panicules roses du Nevium oleandev , et proclamera que c’est du laurier rose que Salomon a voulu parler.

Inutile d’insister sur l’insuffisance de toutes ces conjectures. Une seule observation suffit pour leur enlever presque toute leur valeur.

La végétation, la flore d’un pays ne sont pas seulement le résultat de la latitude sous laquelle ce pays se trouve et de la composition de son sol; une foule d’autres causes contribuent à les modifier. Les conditions topographiques de la surface de la terre varient grâce à Faction des cours d’eau, aux soulèvements et aux abaissements volcaniques; les conditions météorologiques et climatériques sont également sujettes à changer, par suite d’un état de culture plus ou moins complet, du boisement ou du déboisement, sans parler de l’influence très-considérable de l’homme, de la présence ou de l’absence d’une population nombreuse, et sans parler, enfin, de la modification générale et gra-

duelle que tous les climats du monde subissent ensemble, grâce au refroidissement intérieur de notre planète.

Que les conditions du sol de la Palestine soient très-différentes aujourd’hui de ce qu’elles étaient il y a deux mille ans, cela n’offre pas l’ombre d’un doute.

C’était alors « un pays découlant de lait et de miel; » chaque Israélite pouvait s’asseoir « sous sa vigne et sous son figuier; » aujourd’hui, la lande aride et le marais malsain ont remplacé les moissons de Booz et la vigne de Naboth. La parole de Jérémie a eu son accomplissement : « La joie et la gaieté se sont retirées du champ fertile... et la chanson de la vendange n’y est plus entendue » (Jér. xl viii, 33).

L’Arabe nomade et guerrier a remplacé le cultivateur paisible et laborieux. Est-ce la cause ou la conséquence de la modification du sol? C’en est lune et l’autre sans doute, mais c’en est surtout un indice infaillible.

Non-seulement la culture introduit dans un pays des végétaux qui disparaissent dès que le sol est abandonné à lui-même, mais la flore spontanée se modifie partout où l’homme travaille la terre. C’est ce que nous pouvons tous observer autour de nous sur une échelle plus ou moins étendue.

Prenez un terrain inculte; vous y rencontrerez une foule de plantes qui ne se présentent jamais devant le soc de la charrue dans les champs labourés, ni sous la pioche du cultivateur dans les

jardins; mais défoncez ce terrain inculte, semez-y du grain., et vous ne tarderez pas à voir surgir parmi le blé les feuilles si connues de toutes les mauvaises herbes, ces chardons et ces épines que la malédiction de Dieu a ordonné à la terre de produire devant l’homme qui cultive le sol à la sueur de son front.

On ne peut donc pas se fier entièrement à la flore actuelle de la Palestine et aux observations des voyageurs pour déterminer les espèces qui sont désignées par les noms que nous trouvons dans le texte hébreu.

L’étude de ce texte lui-même, ne nous offre, comme je l’ai déjà dit, que des ressources limitées, non-seulement à. cause du peu de détails dont les noms des plantes sont accompagnés, mais encore à cause de l’absence, dans la langue hébraïque, d’une littérature autre que les Saintes-Ecritures.

La langue de l’Ancien -Testament ne possède pas, comme le latin et le grec, des ouvrages profanes scientifiques où nous puissions retrouver les mêmes mots avec des descriptions plus ou moins détaillées, mais qui nous permettent de déterminer avec une certitude, au moins très -approximative, les espèces que ces mots indiquaient.

C’est surtout dans des questions de cette nature que la plus ancienne traduction qui a jamais été faite de l’Ancien -Testament , dans une langue étrangère, devient précieuse et acquiert une trèsgrande autorité.

Quelle que soit l’incertitude qui règne et qui régnera toujours sur l’époque précise de l’exécution de la traduction grecque dite des Septante, il paraît positif que ce travail a été achevé au moins un siècle et demi avant l’ère chrétienne. La Palestine était par conséquent en pleine culture, les plantes qu’on y rencontrait devaient être identiquement les espèces qui figurent dans les récits des livres historiques, des hagiographes et des prophètes.

Les traducteurs étaient des Juifs d’Alexandrie, mais des Juifs , et ils devaient savoir parfaitement quelles essences étaient indiquées par telle et telle expression de leur langue nationale. De plus ils possédaient la langue grecque dans laquelle ils écrivaient et il est raisonnable de supposer qu’ils ont rendu ces expressions par les noms communément employés dans cette langue pour désigner les mêmes espèces.

Le mot alah , dont je parlais tout à l’heure , et qui est rendu d’une manière si arbitraire et si fantaisiste par nos traducteurs modernes travaillant sur le texte hébreu, est traduit dans le Septuagint par Tcpeéwôoç; or, nous savons très-bien quel est l’arbre que les Grecs désignaient par ce mot, un arbre de haute futaie appartenant au genre Pistacia et qui croît volontiers dans toute l’Asie tempérée et l’Europe méridionale. Tout porte donc à croire que dans les passages où il est question d’arbres appelés alah il faut traduire par Pistachier térébinthe .

11 en est ainsi d'une foule de passages. Il convient, en conséquence, en étudiant les plantes de

la Bible, de ne jamais perdre de vue la traduc-

tion des Septante et d’accorder une place importante aux renseignements que nous fournissent les mots qui y sont employés.

On est frappé, en feuilletant la Sainte-Ecriture, de n’y rencontrer que les noms de quatre-vingts et quelques espèces végétales, c’est-à-dire un nombre extrêmement restreint vu l’étendue du volume et le caractère de quelques-uns des livres qui le composent; on est frappé également de n’y trouver aucune mention de certains fruits qui étaient cependant très -connus en Orient et dans les temps bibliques.

Le citronnier, par exemple, ne figure pas dans nos saints livres; il était cependant cultivé trèsanciennement dans l’Asie mineure et ses fruits ont été célébrés dès les temps les plus reculés par la légende mythologique du jardin des Hespérides.

On a cru reconnaître le genre Citrus dans les arbres mentionnés, notamment dans le Cantique des Cantiques, sous le nom de Tappuach , mot que les traductions modernes rendent par pommier, mais nous n’avons aucune donnée pour nous fixer avec certitude.

J’ai remarqué un autre détail dans l’examen des passages de la Sainte-Écriture qui se rapportent aux végétaux : c’est la maigreur des descrip-

lions que les écrivains sacrés nous donnent de la nature organique en général, du règne végétal en particulier, le peu d’enthousiasme pour la beauté des fleurs et des arbres qui caractérise leur langage.

Le règne animal leur était plus sympathique ; leurs poètes ont consacré quelques paroles chaleureuses et senties aux animaux ; mais, à part de rares passages des prophètes et de Salomon, il règne un réalisme remarquable dans le style de l’Ancien -Testament dès qu’il s’agit de plantes. Celles-ci ne sont mentionnées en général qu’en passant et presque toujours à un point de vue positiviste, sans admiration, sans poésie. Le goût poétique des anciens Juifs ne se portait guère que sur la nature inorganique :

« Les Cieux racontent la gloire du Dieu fort et l’espace fait connaître l’ouvrage de ses mains. »

« Il n’y a en eux ni langage ni paroles, cependant leur voix est entendue. »

« 0 Eternel! que tes œuvres sont en grand nombre! Tu les as toutes faites avec sagesse : la terre est pleine de tes richesses; cette mer étendue et profonde où des animaux innombrables se meuvent... »

Mais la fleur délicate et parfumée qui se cache sous la feuille naissante ou qui inonde la lande aride de ses couleurs ardentes; la forêt sombre et mystérieuse où les rayons du soleil tamisent avec peine à travers la feuillée touffue ; l’arbre gigantesque qui couronne la hauteur et s’élance vers

les deux ; l’herbe verdoyante qui ondoie sur la plaine sous la poussée de la brise, et la liane gradeuse de la vallée dont les longues tiges se baignent dans le ruisseau bavard ; toutes ces scènes si éminemment poétiques, qui formaient, à juste titre, l’âme de la poésie grecque et romaine, ne réveillaient aucun écho dans l’esprit des anciens Juifs.

Quoi de plus senti que la description que Virgile nous fait d’une retraite à la campagne :

Hic ver purpureum, varios hic flumina circum Fundit humus flores ; hic candida populus antro Imminet, et lentæ texunt umbracula vites.

Quoi encore de plus délicatement poétique que l’image employée par Homère pour décrire le passage des bataillons d’Agamemnon dans les plaines fleuries du Scamandre :

Tü)V S/wGT’opVlOtoV XETEYJV&V E0VEa 'JZoXkOL , yyjVÛV Y] Y£P^Va)V h ^XVüJV OQ'J Ar/QOcl'po)V ,

’Aa(ci) ev XsipuSvc, Kauaxptou ap.çi pésOpa, sv0a y.at IvOa TiOTomai afaXX.6p.svai iTTEpufEasi , yXaffYpbv TCpo%a0tÇ6vT(i>v GpapafsT os te Xstp.wv Ciç tcov s0vsa ^oXXà vstov a7TO '/.ai y.XiGiàujv èç tueBiov 'îTpoy.éovTo 2xap.av6piov • aùxàp utco /0wv GpspoaXéov TtovàêtÇe tuoowv auiwv te */ai txjrtov*

Eaxav §’sv Xsip.<îm 2y.ap.av6p (a) av0sp.6svTt ,

{j.upîoi, Soaa te çuXXa y.aî av0sa ftfVETai cop'O*

Ces passages trahissent un goût poétique admirable et une appréciation des beautés de la nature

organique qui abonde dans les poésies grecques et latines, mais qu’on cherche en vain chez les écrivains de nationalité juive.

Je ne veux cependant pas méconnaître ce qu il y a de beau dans certains passages poétiques de h Ancien -Testament où il est question de végétaux.

« Le juste, dit le psalmiste, verdit comme le palmier et croît comme le cèdre du Liban ; » la « Rose de Saron » inspire a Salomon plus dune expression heureuse. Balaam dans ses « discours sentencieux » adresse quelques magnifiques paroles à Israël :

« Qu’elles sont belles tes tentes, ô Israël! Et tes demeures ô Jacob !

cc Elles s’étalent comme des vallées,

« Comme des jardins au bord d’un fleuve,

« Comme des aloès plantés par Jehova,

« Comme des cèdres près des eaux. »

Esaïe emprunte au règne végétal une image magnifique pour exprimer le caractère passager de la vie :

ce Une voix dit : Proclame !

« Et l’on dit : Que proclamerai-je ?

« Toute chair est une herbe et toute sa grâce comme la fleur des champs :

« L’herbe sèche, la fleur se fane, quand du souffle de l’Eternel elle est atteinte.

« Oui , le peuple est une herbe !

« L’herbe sèche, la fleur se fane mais la parole de notre Dieu demeure éternellement. »

Il y a de la poésie dans ces lignes ; mais comme je l’ai déjà dit, les plantes ne sont généralement mentionnées par les poètes juifs qu’en passant ; elles servent de comparaison, mais elles ne sont jamais chantées pour leur propre beauté, comme la mer, les montagnes, les deux.

Cela ne doit pas nous étonner. Parce que la Bible est un livre inspiré il ne faut pas, pour cela, nous attendre à ce qu’elle soit un modèle parfait de style ni de goût littéraire ; l’inspiration ne saurait s’étendre jusque-là ; elle avait autre chose en vue.

Le goût littéraire des Juifs s’est ressenti de leurs relations avec les peuples orientaux leurs voisins, et surtout de leur long séjour en Egypte, ce pays de la raideur, de l’immobilité dans les choses et les idées.

Il n’est donc pas étonnant que leur goût poétique rappelle l’Egypte plutôt que la Grèce. Il y a entre la poésie hébraïque et la poésie grecque une différence qui fait penser au contraste qu’on remarque entre les sculptures raides des monuments égyptiens et les productions gracieuses et naturelles du ciseau de Phidias et de Milo.

D’ailleurs les Grecs et les Romains étaient des peuples plus agricoles, moins pastoraux que les Juifs; en outre ils habitaient des contrées accidentées et à végétation riche et variée; leur attention se trouvait ainsi attirée tout naturellement sur l’élément de la nature qui formait à la fois la richesse et l’ornement de leurs pays.

Mais le peuple juif était un peuple de bergers

par son origine; sorti des plaines de l’Egypte, ayant passé les moments les plus aventureux de son histoire au milieu des rochers du désert, ses traditions étaient celles d’une tribu nomade et pastorale.

Sa religion y entrait pour une large part. La littérature des Hébreux était exclusivement religieuse; chez eux F historien et le poète se confondent avec le* sacrificateur et le prophète. Or dans la loi cérémonielle de Moïse, tout était de nature à rehausser l’importance de l’animal et à faire oublier la plante.

Depuis les sacrifices de Caïn et d’Abel jusqu’aux holocaustes du tabernacle et du temple, la révélation et la religion d’Israël étaient celles d’un peuple éleveur de bestiaux, qui comptait ses richesses par têtes de bétail, et qui ne considérait les produits végétaux du sol que comme un accessoire devant servir à un $utre but plus important.

Leur admiration pour la nature inorganique s’explique avec une égale facilité. Ils habitaient un pays dont la végétation n’était probablement pas riche; ils se conformaient à l’habitude orientale de passer leurs moments de loisir sur les toits des maisons plutôt que dans des jardins; leurs occupations pastorales les appelaient à garder des troupeaux sur les grandes plaines et pendant la nuit; tout cela était propre à tourner leur attention surtout vers le ciel et les astres.

Ici encore la religion de Moïse a fait sentir son

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