‹ La botanique de la bibleChapitre 68 sur 76 · LA ROSE DE SARON · texte numérisé non relu

LA ROSE DE SARON

y a peu de noms de plantes dans la Sainte-Ecriture qui aient donné lieu à autant de contestations et de conjectures que la Rose de Saron.

Voici les deux passages où cette fleur est mentionnée:

Cant. iq l : « Je suis la Rose de Saron et le lis des vallées. »

Esaïe xxxv, 1 : « Le désert et la terre aride sont dans la joie et la plaine est dans l’allégresse et elle fleurira comme la Rose... »

Rien n’est plus difficile que de déterminer le sens du mot Chcibbazzeleth ; il n’est pas meme certain que le mot grec pcoov ait été appliqué rigoureusement à notre rose. Comme je l’ai déjà fait observer page VIII) les suppositions qui ont été fai tes n’ont ni ne peuvent avoir aucune espèce de fondement.

Le contexte nous apprend seulement qu’il s’agit d’une plante sauvage et dont les fleurs embellissaient le désert.

Or il y a des centaines de plantes qui remplissaient nécessairement ces conditions sur les terres incultes de la Palestine au temps de Salomon et d’Esaïe.

Inutile d’en faire la nomenclature. Je ferai observer seulement qu’il faut certainement exclure du nombre la vraie rose. La rose était cependant connue, cultivée et estimée par tous les peuples anciens.

Elle a été de tout temps la reine des fleurs. Anacréon l’appelle « la joie des mortels et le doux parfum des dieux. » Les poètes racontent qu’elle était blanche d’abord mais que Venus s’y étant blessée, la colora de son sang; on la consacra, en conséquence, à la déesse de Cythère.

Dans les temps modernes, les arts se sont efforcés de célébrer la beauté de la rose ; la peinture et la sculpture ont lutté d’efforts pour en retracer les formes élégantes ; l’horticulture a consacré ses meilleurs soins à l’embellir et à la varier; enfin il n’y a pas un jardin où elle n’ait fleuri, pas une main qui ne l’ait cueillie, pas un bouquet dont elle ne soit le plus bel ornement.

On connaît les vers si vrais et si beaux dans leur simplicité que Malherbe adressa à un ami qui pleurait la perte d’une tille chérie :

Las ! elle était du monde où les plus belles choses Ont le pire destin ,

Et, Rose, elle a vécu ce que vivent les roses,

L’espace d’un matin.

Mais la rose quoiqu’ indigène en Orient est essentiellement une fleur cultivée; les roses sauvages dont

les fleurs sont en général insignifiantes et sans parfum, ne se présenteraient guère à l’esprit d’un écrivain qui décrit les fleurs du désert.

Parmi les plantes qui abondent sur les landes de la Judée et qui ont paru avoir le plus de titres à être la Rose de Saron, on peut rappeler la Narcisse (Narcissus tazzetta) , charmante liliacée à fleurs blanches et jaunes, fortement parfumées, et le Ciste de Crète (Cistus creticus ou ledon) arbrisseau glutineux à fleurs sans parfum mais d’un beau blanc et qui apparais-

sent par milliers sur toutes les montagnes de la région méditerranéenne, dès les premiers jours du printemps.

Cette plante prend son nom spécifique linnéen, Cistus ledon , du ladanum, gomme-résine employée dans la parfumerie et qu’on récolte dans l’Archipel grec en battant les cistes avec des fouets de cuir. Le ladanum dont la plante est couverte s’attache aux lanières du fouet et on le rassemble en raclant avec un couteau. On racle de la même manière la barbe et les poils des chèvres qui paissent parmi les cistes.

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