LE CHAPELET LA SENTINELLE
Par une belle journée d'août de l’an passé, le curé de notre village prononçait un sermon sur la prière. Vêtus de leurs habits de fête, les paroissiens, | gens de la plaine, laboureurs n pour le plupart écoutsient le prêtre avec recueillement.
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Je me souvins que le même
Sermon avait déjà frappé mon.
esprit. Plus de vingt années me séparaient. de l'époque où, sous les voûtes de Notré-Damo de Paris, j'avais ‘entendu le KR.
P. Lacordaire s'écrier: La prière sort du cœur des pauvres
Comme du cœur'des rois ; elle
se croit aussi forte en s'élançant du toit dé chaumé qu'en s'éle-
vant des lambris de cèdre, en.
parlant à Dieu d'un morceat de pain qu’en s’occupant d’un
empire. Le rationalisme sourit
en voyant passer des files de 8ens qui redisent une même pa role, Colui qui est éclairé d’urie
intel tivés.
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moins idéales,
meilleure. lumière, comprend que l'amour n’a qu'un mot, et
qu'en le disant toujours, il ne
le répète jamais. ”
L’illustre dominicain avait pour auditeurs les hommes du grand monde, les savants, les orateurs, les écrivains, les belies intelligences et les espritt cultivés. Il pouvait donc s'élever
jusqu'aux \cimes les plus rap-
prochées du ciel. Le curé du village s’adressait à des cœurs tout aussi purs, à des âmes non moins précieuses ; mais ces natures plus liées à la terre exigeaiont des formes oratoires
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Je remarquai même que le pasteur du hameau insistait sur
des pensées négligées par le cé-
lèbre dominicain. Par exemple, le curé du village poursuivait cette idée: Dieu protège celui qui prie. Il disait : “ Priez aux Champs, et la moisson sera plus
belle, Priez au foyer, et le mal-
heur n’y entrera pas. ” Eu sortant de l’église pour
* me rendre à ma demeure, je
suivis le sentier qui contourne la forêt. Des groupes de villageois sillonnaient la plaine où so balançaient les riches épis de.la moisson. | Le chemin que je suivais,
que le tait sur ir le céremple, suivait
e celui lez aux ra plus le mal-
> pour ire, je tourne | villane où S épis
aivais,
groupées autour de l’église, à
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était presque solitaire: car il ne conduisait qu’à deux ou trois maisons isolées,
Un homme marchait devant moi, etje ne tardai pas à lat teindre. Le récit qui va suivre
:m'oblige à vous présenter cet
homme. L Après avoir été sergent au
42ème régiment d'infanterie,
Jacques Orval est revenu à la ferme paternelle située dans le canton de Chartres ; il aperçoit de son jardin la magnifique cathédrale et la ville qui l'entoure, Jacques n’a pas-manqué de comparer les maisons de Chartres,
des poussins abrités sous J’aile maternelle. Les fermiers ont
donc leurs heures de poésie ?
Aussi vaillant à la culture qu'à la guerre, Jacques est l’un de ces robustes enfants de la Beauce, graves et infatigables,
‘ Allons, sergent, lui dis-je, lorsque je fus près lui; —sergent est son nom de guerre Vous avez entendu le prône, et vous prierez à l'avenir, ”
“Je prie depuis longtemps,
répondit Orval; et, mieux que personne, je sais que la prière protège. C'est une histoire que je vous raconterai quelque jour, ”
* J'insistai pour avoir le récit, ot le sergent, après avoir allumé son tabac, prit la parole, J'étais à Rome avec mon régiment, lorsque la guerre de 1870 fat déclarée. Rentrés en France, nous servimes de noyau au 13° corps d'armée que formait le général Vinoy. Le jour de la bataille de Sédan, nous étions à Mézières, et le bruit du canon arrivait jusqu'à nous.
Après l’admirable retraite du brave général Vinoy, notre brigade, formée du 35e et du 49e, devint le noyau de l’armée pour ia défense de Paris.
: Après de nombreux combats,
mon bataillon était envoyé à Vitry; nous construisions une
redoute et quelques ouvrages |
uéfensifs ; mais la surveillance de l'ennemi inquiétait nos tra- "Vailleurs. L’ennemi choisissait les plus häbiles tireurs prussiens et bavarois; ils se glis-
saient dans les moindres plis
de terrain, homme par homme, et, s’abritant derrière les haies ou se plagant dans des trous pratiqués sous le sol, ils obser- . Vaient nos travaux et nos mouvements, tirant à coups sûrs et disparaissant ensuite. Notre ‘commandant vonlut opposer à cette tactique ténébrense ce
royé à 18 une
vrages
lance 8 tra” siSSait
prus- | glis-
s plis
qu'il nomma une contre-mine.
Il fit appel aux hommes de bonne volonté, tireurs expérimentés, et faisant bon marché de leur vie: je fus accepté, et pris rang parmi ces enfants perdus.
Nous devions nous glisser en rampant jusq"’à une distance prescrite, observer l'ennemi
à sans être vus, et ne faire feu que pour tuer, et non pour brû-
ler de la poudre; la dernière recommandation du commandant fut d’en descendre le plus possible, afin de les dégoûter du jeu. “ Soyez tout yeux et tout
oreilles, nous dit le comman-
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