‹ La botte de paille [microforme]Chapitre 4 sur 5 · RAT · texte numérisé non relu

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danty et n'oubliez pas que vous

êtes entourés de gaillards qui

n6 vous ménageront pas. .

Un peu avant le jour, je m'enfonçai dans le lit d’un ruissean à peu près desséché, et j'en suivis les sinuosités, me trat-

nant sur les genoux et sur les

mains, le fusil en bandoulière, un morceau de biscuit dans ma pothe; une ceinture maintenait autour de mon corps le revolver et la lorgnette de mon lieute.

nant%-une gourde pleine de café complétait mes provisions de guerre. Il était défendu de fumer, de se tenir debout, de fairé le moindre bruit,

Jec observ avec. 1 somme de rer d’herb des ou afin de

Arrivé près d’un gros arbre

dont le tronc était entouré de

broussailles, je m'arrétai. Rasant la surface de la terre d’un

rapide regard, je m'orientai :

Choisy-le-Roi était devant moi, la Seine coulait à ma gauche, le fort d'Ivry s'élevait en ar-

rière.

Je choisis ce point pour mon observatoire ; je creusai la terre avec ma baïonnette; puis au soramet du talus, je fis une sorte de rempart que je couronnai d'herbes sèches; je pratiquai des ouvertures dans Ce rempart, afin de voir sans être vu. Tout

cela était aussi petit que pos.

8ible.

Après un quart d'heure d’im-

mobilité, je tentai une recon:

naissance plus approfondie. A Une cinquantaine de mètres devant moi, je vis un chemin creux qui traversait un champ profondément labouré. Ce che.

min était bordé d’une haie en partie détruite ; en quelques endroits, au contraire, la haie

Supportait des arbres abettus :|

dont les branches formaient un fouilis impénéiräble à la vue.

Des mottes de terre énormes des amas de fumier, do profonds gilions donnaient à ce Châinp un

seau d:

Il n’ét que je de mes ce ruis Jeu je serv quelqu sais dis

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ndjie. À mètres chemin à Champ Ce chehaie en jues enla haie abattus ent un la vue, Ormes ofonds np un

vue 4G

aspect sinistre, C'était l'imago

de la destruction. Il y avait même les ruines de deux chau-

mières dévorées par les flam-

mes. . |

Malheureusement le sentier n’était point parallèle au ruisseau dans lequel je me trouvais, Il n'était donc pas impossible que je fusse à découvert sur l'un de mes flancs. Les courbes de

ce ruisseau limitaient ma vue.

Je ue tardai pas à oublier que je servais peut-être de cible à quelques Prussiens, et me lais.

sais distraire par les plus petitea choses, Ces natites choses me firent oublier la mort tou-

en 44 —

. jours présente, J 6 m'intéressais &une fourmi; qui trafnait un far.

deau plus volumineux qu'elle.

même; j'admirais un scarabés À Jen , Qui déployait ses ailes ver‘es gur } mon ol l'écorce de l'arbre, et je rodres. } Une h sai leplusdélicatementpossiblo | autre; la tige d'une petite fleur bleue | sespére que le ruisseau menagait d’en- |} je crus . &loutir, , | creux, Le canon grondait au fort | main L d'Ivry et au fort de Charenton; | raissait la fusillade se faisait entendre Bien du côté de la Gare-aux-Bœufs | l’ennen et du Moulin-Saquet: los obus | J'eus re Sifllaient au-dessus de ma tête, |'jevisn éclatant de tous côtés, Mais les À et les nr

. tempêtes de fer et de seu no E

itéressais 6 un far.

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au fort renton ; tendre -Bœufy 6 obus na tête,

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feu ne

| ment près que je fs instinctive-

pouvaient me distraire de la fourmi, du scarabée et de la pe” tite fleur.

:Je n'oubliais cependant pas mon observatoire, et je veillais

Une heure se passa; puis une

autre ; et je commençais à désospérer de ma mission, lorsque je crus voir dans le chemin creux, derrière un arbre, une main qui paraissait et disparaissait,

Bientôt, je ne pus en nie:

l'ennemi était là, près de moi,

J’eus recours à la lorgnette, et

: je vis non sans émotion la tête

et les mains de l'homme telle-

cs 46

ment ce que nous nommons une retraite de corps. L'homme ne me voyait pas; car il fouillait

nonchslamment la terre avec

Un morceau de bois. Assis par terre, la tête appuyée sur le bras gauche, les jambes éten.

dues, il semblait oublier son rôle de guetteur. Le corps et la tête disparaissaient pendant

* quelques secondes, puis repa-

raissaient. Jeune encore, le vi.’ sage imberbe, les cheveux très blonds et coupés courts, ce Bavarois possédait une honnête physionomie. Sous son uniforme, on déceuvrait Sans peine le jeune paysan qui, sans doutè,

rêvait à tai vr:

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rêvait à sa chaumière. Je regrettai vraiment de me voir dans l'obligation de le tuer comme un lièvre au gîte,

, Je m'y préparais cependant,

Lorsque j'eus le fusil dans les mains, le genou droit en terre, la crosse près de l'épaule, j'attendis que mon jeune homme fût à découvert. Je voulais le frapper en pleine poitrine pour lui éviter la souffrance. J’attendais dans une immobilité complète, l'œil fixé, oubliant même

la fourmi, le scarabée etla fleur .

bleue.

Le Bavaroïs avança la tête, promena un long regard autour

de lui, sans l’arrêter sur le point que j'occupais. JN’ayant rien découvert, il attira sur ses ge-

noux un petit sac de cuir et

l'ouvrit. De la main droite, il en retira un objet que je ne pus distinguer. Je posai mon fusil pour avoir recours à la lorgnette,

Le Bavarois tenait un chapelet dans ses doigts; il se souleva pour se mettre à genoux, fit le signe de la croix, et par ces mouvements se mit entièrement à découvert pour moi.

L'instinct de la guerre me fit reprendre mon fusil, et je visai l'homme, Je le vis au bout

de m tête u

yeux lèvres que l saien!

Qu ne sa tien b je cru desce de ce même airs, Une: mon:

de m:

le point nt rien ses ge-

cuir et

droite, ue je ne ai mon à la lor-

an Cha- | 86 SOugenOUX, et par entièremoi.

rre mo 1, et je au bouÿ

do mon canon, immobile, la tête un peu plus inclinée, et les yeux levés vers le ciel. De ses lèvres sortait la prière, tandis que les grains du chapelet glissaient sous ses doigts.

Que se passa-t-il en moi? Je ne sais, Tout mon sang de chrétien bouillonna dans mes veines; je crus voir des rayons lumineux descendre du ciel sur le front de cet homme; il me sembla même qu'il s'élevait dans les airs, enveloppé de nuages d’or, Une sainte vision envahit tout mon être, et le fusil s’échappa

de wes mains...” 4c

Le fermier suspenditson récit ot je lui dis :

‘“ Le fusil s’échappa de vos mains; cela me rappelle la parole d'un religieux : ‘ Quel est celui de nous qui n'ait point rencontré dans sa vie une autre main que la Sienne, une main imprévue, habile, profonde, inexprimable par un autre nom que le nom de Providence ? ”

Après un moment de silence, Jacques Orval termina son récit.

‘Il est sans doute rentré dans son pays, sans se douter que la prière lui avait sauvé la * vie.

mu ff

Au moment où je me retirais après le départ du Bavarois,

deux balles sifflèrent à: mes

oreilles. Je me retournai vivement, et ne vis pas d’où elles venaient. La prière de l’homme me protégeait sans doute, Cependant, en veillant, lanuit suivante, près du feu du bivac, je me demandai si j'avais bien

le droit d'épargner ainsi un en-

nemi de mon pays. Pour calmer ma Conscience, je me rendis le 20 novembre au combat de l'Hay, et le 30 au combat de Choisy-le-Roi. Je me fis large part, 6t payai ma dette à la pa-

trie. Le soir, on me rapporta ; ë

| sanglant à l'ambulance ; je requs . la médaille militaire.

Décidément, j'ai peu de goût Pour cette guerre de taupini.

ère : j'aime mieux la bataille à

visage découvert et lo corps droit: c'est ainsi que combat.

taient nos ancêtres à Fontenoy, eb nos pères à Austerlita.

Le général AMBEBT,

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