‹ La boule de vermeilChapitre 24 sur 46 · DE LÉONARD LIDO A JACQUES TITULLE · texte numérisé non relu

DE LÉONARD LIDO A JACQUES TITULLE

Mercredi, 10 août.

Mon cher Jacques,

Voici huit jours que je ne reçois de tes nouvelles. Ce silence me fait peur. Je crains que tu n'aies pas tenu compte de mes conseils et que tu te sois laissé entraîner à ta romanesque et ancillaire passion. Ecrismoi vite pour me rassurer. Je ne demande qu'un mot de toi, mais par retour du courrier.

Tout à toi

Léonard.

DE J. TITULLE A L. LlDO

Mercredi, 10 août.

Je ne reçois rien de toi, mon cher Léonard, et je m'inquiète de ta santé.

Si je te dis que nous sommes à Xaples, en Italie, moi et mon amie, tu vas sourire dans ta barbe de joli faune et penser que j'ai enlevé ma belle servante pour en user comme d'une maîtresse. Je ne suis point encore un débauché. Je l'ai bien emmenée loin de la petite rue du Chat ; mais, dès que nous nous sommes trouvés sous le beau ciel d'Italie, nous n'avons pensé qu'à la religion du pape et aux convenances sociales : nous nous sommes liés matrimonis segreto, comme dans les romans de M. Bourget.

Je ne t'ai point envoyé de lettre de faire-part, parce que j'ai jugé qu'il était plus délicat d'écrire moi-même la nouvelle à un ami. Mais comme j'étais fort embarrassé de tourner des phrases à l'adresse de mes beauxparents d'Agamples, je leur ai envoyé un faire-part ; et Mmc Framond y a répondu en termes fort amicaux. Ma belle-mère termine sa lettre, où l'on devine bien

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pourtant un peu de blâme, en m'embrassant de tout cœur.

Je suis bien content et joyeux, mon Léonard, auprès de ma petite femme Suzette : l'Italie, je l'avoue, est bien un pays où l'on est heureux continuellement.

Mais pourquoi ne m'écris-tu point et me laisses-tu dans l'inquiétude à ton sujet ?

Jacques Titulle.

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