A LA .MESME DAME
Contente toy d'un poinct :
Tu es, je n'en ments point, (*] Trop chaude à la curée ; Un coup sufit, la nui et, L'ordinaire qui suit Est tousjours de durée.
De reins foible je suis.
Relever je ne puis :
Un Cheval de bon estre, Qui du montoir se plaist, (-) Sans un nouveau surcraist.
Porte tousjours son maistre.
Le nombre plus parfait Du premier un se faict, Qui par soy se compose ; La très-simple unité, Loing de pluralité Conserve toute chose.
Le Monde sans pareil Ne porte qu'un Soleil, Qu'une Mer, qu'une Terre, Qu'une eau, qu'un Ciel ardant Le nombre discordant Est cause de la guerre.
Ma mignonne, croy moy :
Mon cas n'est pas mon doy, (^) Quand je puis, il me dresse; Tant de fois pigeonner, Enconner, renconner.
Ce sont tours de jeunesse. (*)
Mon chevel blanchissant (^) De mon cœur va chassant La force et le courage ; L'Yver n'est pas l'Esté : ('•) J'ay autresfois esté.
Tu seras de mon aage.
Hier, tu me bravas, Couchée entre mes bras :
Je le confesse, Bure, (")
J'eusse esté bien marry, Au règne de Henry, D'endurer telle injure.
Lors qu'un printemps de sang M'eschauffoit tout le flang (;'') A gaigner la victoire, Bien dispos, je rompois Huict ou neuf fois mon bois. , .
Maintenant, il faut boire !
Ne resemble au goulu, (^) Qui son bien dissolu Tout à la fois consomme : (*") Cil qui prend peu à peu L'argent qui luy est deu, (*^) Ne perd toute la somme.
Sois donc saoulle de peu ;
De peu l'Homme est repeu : (*-)
Celuy qui, sans mesure.
Le faict et le refait,
Mesnager il ne sçait
Le meilleur de Nature.
Au lieu que l'inconstant Jouvenceau le fait tant, Trop chaud à la bataille ; Demeurons plus longtemps.
Qu'un de nos passetemps Quatre d'un autre en vaille.
Il faut se reposer, Se tas.ter, se baiser.
D'un accord pitoyable Faire trefves et paix :
Souvent, les petits mets {^^) Font durer une Table.
Ne fronce le sourci : (*'•) Si tu le veux ainsi.
Bure, tu es servie ; Je veux, sans m'abuser, En me jouant, user Et non perdre la vie.
SONNET LVII
Maistresse, embrasse mo}^ baize moy, serre moy^ Haleine contre haleine échauffe moy la vie, Mille et mille baizers donne moy, je te prie. Amour veut tout sans nombre, amour n'a pas de loy.
Baize et rebaize moy, belle bouche : pourquoy Te gardes tu. là bas. quand tu seras blesmie, A baiser de Pluton ou la femme ou l'amie, N'avant plus de couleur, ny rien semblable à toy?
En vivant, presse moy de tes lèvres de roses ; Bégaye, en me baisant à lèvres demy-closes. Mille mots trançonnez. mourant entre mes bras;
Je mourrav dans les tiens, puis, toy resuscitée,
Je resusciteray ; allons ainsi là bas : (*)
Le jour, tant soit il court, vaut mieux que la nuitée.