‹ La bouquinade et autres gaillardisesChapitre 16 sur 48 · SONNETS D'ESTAT · texte numérisé non relu

SONNETS D'ESTAT

PUBLIEZ A LA CoUR ES ANNEES 1577 ET 78

Ne t'estonne, Bignet, si maintenant tu vois

Nostre France, qui fut autrefois couronnée

De mille Lauriers verds, ores abandonnée,

Ne servir que de fable aux peuples et aux Rois...

Le malheur de ce Siècle a eschauffé nos voix, (*)

Geste masle vertu, qui jadis estoit née,

Des le bers avec nous s'est toute efféminée,

Ne nous restant pour tout que le nom de françois.

Nos Peres honnoroient le nom de Roi sus tous,

Ce beau nom ; mais depuis, la Sottie de nous

Aux Lois du Courtizan l'a faict tourner en rouille; (-)

On ne parle en la Cour que de Sa Majesté :

Elle va, Elle vient. Elle est, Elle a esté ;

N'est-ce faire tomber le Roiaume en Quenouille?

Vous joués comme aux dés vostre couronne. Sire, J'y perds, vous y perdes encores plus que moy ; Le phlegme, la froideur, la palleur, et l'effroy, (*) Et la peur d'une Mère ont perdu vostre Empire.

Vous le sentes, Gaullois, et si ne l'osés dire ; Chappons au lieu de Coqs vous chastrés votre Roy. (-) Retourne, Chilperic ; Clovis, resveille toy : Voies nostre malheur qui ne peut estre pire.

Une femme estrangere, un prince sans cerveau, Un conseil bigarré, un Jésus Christ nouveau, Renverse vostre Septre, o trop fatale Rage ! {^)

Nostre nef s'est froissée au Rocher du destin : ('') Viendra point quelque Prince, ou plus fort, ou plus fin. Qui puisse recueillir les tables du Naufrage ?

loS GAILLARDISES DE RONSARD

Les Rhenois sans pitié, grenouillans à la table

Où ils sont coustumiers de passer jours et nuicts,

Apres estre eschauffez, font de merveilleux bruits

Du malheur continu dont la France s'accable. ]

L'un dit que le françois, en son tout variable, Tandis qu'il pert le temps à prendre ses déduits, Ke prévoit ni prévient ses préparés ennuits, Que d'un brave mespris il repute pour fable.

— Marchons donc, se dit l'autre, il nous disent ivrongnes, Mais ils verront comment nous faisons nos besongnes : Faisons paier l'escot aux battus et marris ;

Portons y de la femme, ou en marbre, ou en cuivre, Ce que plus elle cache, et plus se faict poursuivre. Pour laisser un Trophée, ainsi que Sesostris.

Voions de nostre Estât l'inconstante manière, {*)

Qui attend d'heure en autre un changement nouveau

On peut accomparer la France à un tableau

Où quatre grands joueurs s'esbattent à première.

APPENDICE lOg

Le Roy, sur qui doit choir la perte toute entière, Dit : Passe, si je puis, bien que son jeu soit beau ;

— Je l'envy', dit Monsieur, abaissant son chapeau, (-) Sans voir ce qui luy vient à la carte dernière.

— Je le tiens, dit la Ro3^ne, y alast-il de plus; {^) Le Prince, sous espoir de quelque petit tlus. L'enfonce de sa reste et l'autruy il hazarde; (^)

Mais le Roi de Navarre, assistant tout debout, (^) Lui demande à moitié, ce pendant qu'il regarde Le jeu des trois premiers, pour l'advertir de tout.

Ne peindés ung Lévrier par les Lièvres chassé, (*) Ni les Poissons en l'air, ni les Oiseaux sur l'onde. Vous qui, dans un tableau, voulés peindre le Monde, Tel qu'il est aujourd'huy, sans dessous renversé ;

Mais peindés moi, sans plus, un Pa3's policé (^) Non par les mains d'un Roi, mais d'une vagabonde ; Peindés y les erreurs dont nostre France abonde, (•') Avecques les abus dont son chef est pressé ;

Peindés le Gentilhomme avec un Bénéfice ; Accoustrés moy un asne en homme de Justice ; Peindés l'homme sçavant qui mendie son pain ; (')

Qu'un Faquin, par argent, acheté la Noblesse, Que l'homme vertueux soit amaigri de faim. Et qu'à ses seuls Mignons le Roy face largesse.

Pourquoi dors-tu, mon Roi, si long tems enchanté Dans les thermes lascifs d'une jeunesse folle, (*) Qui n'a pour tout son mieux que vaine sa parolle, {^) Douteux le jugement, et l'esprit esvanté.

Qui se rid de te voir languir, accravanté Dessous le pesant faix d'un Septre de la Gaule, Qui tient en tes Palais de paillardise escole, Qui dedans ton Estât a le trouble enfanté?

Resveille toy, mon Ro)^, chasse moy les sorciers ; Retire près de toi tes princes, tes guerriers, Tes Capitaines vieux, et ta sainte Justice ;

Ceux te firent régner, non pas ces Glorieux, Qui pensent que le Ciel n'esclaire que pour eux, Et que digne tu n'es de leur faire service.

Ganimed's effrontés, impudique canaille, (*) j

Cerveaux ambitieux, d'ignorance comblés, j C'est l'injure du temps, et les gens mal zélés.

Qui vous font prospérer sous un Roy fait de paille. ;

Ce n'est ni par assaut, ni par grande bataille, . i

Qu'avés eu la faveur, mais pour estre allez ]

D'un corrompu esprit, l'un et l'autre enfilés, •] Guidés de vostre chef qui les honneurs vous baille.

Qui vos teints damoiseaux, vos perruques tressées, (-) Aime autant comme Escus, et lances, et espees. Puis que les grands Estas, qui vous rendent infâmes.

Sont du vice loier aux jeunes impudens, (^)

Gardez les à tousjours, car les hommes vaillans

N'en veulent, après vous, qui estes moings que femmes.

Ils yront, non feront, ces Courtisans gorriers, (^)

Ces fraizés, ces frizés, ces abbateurs de filles.

Ces musqués, ces Masqués, nouveaux mignons de villes,

Ces taillants, ces vaillants, et ces rudes guerriers. (^)

Lors que vous les verres en œuvre, ces ouvriers, Ils combatront en camp, de bastons invasibles. Ou, pour mieux asseurer, de bastons invisibles, (^) Ceignans leurs frons de Mirthe, et non pas de lauriers.

Pour entrer vaillamment dans un lit, à la bresche. Ils portent, quand et eux, et le feu puis la mesche, {'*) Pistole, lance, escus, et harnois acérés; (^)

Puis, piaffans, bragards, au bal dans une salle. Ils troussent Hugenots et Malcontens en masUe : Tout cela n'est ce pas pour nous rendre asseurés ?

Je me ri, quand je voi de ces jeunes guerriers, Marchons au petit pas. la façon effrontée, Qui, d'un brave discours, et d'une voix fardée, Deffont un escadron de mille pistoliers.

Je me ri, quand je voi ces nouveaux chevaliers, (*) Et tous les Adonis de la belle Chambrée, Se promettre l'honneur de conduire l'Armée, Ou bien un régiment, ou des chevaux légers.

Mais je rirai bien plus quand, venant aux effects. Je les verrai souvent, ou battus, ou deffaicts. Revenant au logis, plus doux que des Pucelles.

Alors, je leur dirai : Mes Mignons de la Cour, Retournez à Paris, qu'on vous face l'Amour, Frizans vos beaux cheveux comme des Damoiselles.

Ce grand Perigourdin qui, d'un pas dédaigneux, Tallonne le pavé, indigne, comme il pense, De servir de soustien à la rogue cadence Qui fait le mouvement de son corps orgueilleux ;

Ce puissant taillebras qui, d'un regard hideux, D'un sourcil renfrogné, porte la contenance De dompter un Caesar, et qui a la vaillance, Sinon dedans le bras, pour le moins en ses ieux ;

Ce Chapeau de travers, ceste longue moustache, Qui, parles Cabarets, jeux de paSme, s'attache Aux valets, aux naquets, de parole et de coups :

Bien armé qu'il estoit, l'autre jour, print querelle Contre un jeune garçon, lequel, de sa semelle, Le souffleta trois fois, et fist devenir doux.

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