PIÈCES FAUSSEMENT ATTRIBUÉES A RONSARD
SONNET
d'une qui avoit les pasles couleurs
En quelle nuict, de ma lance d'yvoire Au mousse-bout d'un corail rougissant, Pourra}' je ouvrir ce bouton languissant, En la saison de la plus grande gloire?
Quand verserai-je, au bout de ma victoire, Dedans sa fleur le cristail blanchissant, (*) Donnant couleur à son teint palissant.
Sous le plaisir d'une longue mémoire? (-)
Puisse-elle, tost, à bonne heure venir.
Pour m'engraver un joyeux souvenir.
Tardant si peu de son cours ordinaire.
Qu'elle voulust l'ombre noir qui la suit : Car de la nuict le clair jour je puis faire. Et du clair jour l'ombreuse noire nuict.
SONNET
Douce lancette à la couleur vermeille, Dardant par fois sa plus prompte vigueur, Qui au toucher met le feu dans le cœur, Assoupissant la vie qui sommeille,
Et qui savoure, avecque sa pareille, (') Le doux friand d'une douce liqueur; Rafraischissant la bruslante chaleur (-) Du s.mg bouillant sous l'ardeur nompareille
Chatouille un peu mon maintien endormy, Te retirant, t'avanceant à demi (^) Dedans le clos de la mienne couchée ;
Je te rendray le semblable plaisir, (^) Qui mettra sus le plus outré désir, En attendant la luitte tresbuchee.
SONNET
Touche de main mignonne, frétillarde, Sur l'instrument le plus doux en amour, Qui peut chasser la plaintive clamour, (*) Sous un accord de plaisance gaillarde ;
Et, au tenter d'une ruse pillarde, Pince et blandist mainte corde à l'entour, En l'animant d'agile brusque tour, Par la vertu de ta voix babillarde ;
Assez, assez pour jouir à plaisir; Pour commencer me tente le désir :
Tiens la mesure, ou sur mon luth fredonne
Les doux accords des accordants débats ; Ce temps pendant du pouvoir que me donne Le long repos, je fourniray le bas.