DE LA JEUNE AMIE D'UN SIEN AMI
Ta gcnisse...
Ode retranchée en 1553 pour son irrégularité prosodique : le premier vers de chaque strophe est sur une rime du même genre que le dernier vers de la précédente. C'est une imitation de VOdc LVIII d'Anacréon, et de l'ode d'Horace : /;/ Lalagen [Cann. Lib. II, 5). Voyez plus loin : A Cassandrc fuyarde. Au sujet des deux dernières strophes, cf. P. Laumonier, Œuvres complètes de Ronsard, Paris, Hachette, 1914, t. I, 219, et Ronsard Poète Lyrique, Paris, Hachette, 510-512.
On ignore le nom de l'ami de Ronsard à qui cette ode s'adresse, comme celui de cette amie. Pour l'analogie, voir plus loin : A Cassandre fuyarde.
André Chénier à développé le même thème horatien, dans la VHP Bucolique de l'éd. de L. Moland, Garnier, t. I, 08 sq. :
Tu poursuis Damalis ; mais cette blonde tête Pour le joug de Vénus n'est point encore prête. C'est une enfant encore ; elle fuit tes liens, Et ses yeux innocents n'entendent pas les tiens. Ta génisse naissante au sein du pâturage Ne cherche au bord des eaux que le saule et l'ombrage ; Sans répondre à la voix des époux mugissants. Elle se mêle aux jeux de ses frères naissants. Le fruit encore vert, la vigne encore acide Tentent de ton palais l'inquiétude avide. Va, l'automne, bientôt succédant à des fleurs, Saura mûrir pour toi leurs mielleuses liqueurs.
Tu la verras bientôt, lascive et caressante. Tourner vers les baisers sa tête languissante. Etc..
(*) Se veautre à l'ombre, ou près des eaux
[Œuvres, 1592.)
A LA FONTEINE BELER lE
Je veux, Muses ans beaus yeus . . .
Ronsard, hanté par le souvenir de Bandusie et de Vaucluse, a consacré deux autres odes à la Fontaine Bellerie (IX et VIII). Cette source, voisine de la Possonnière, se trouvait dans l'ancienne Terre de Bellerie, commune de Couture, où subsiste encore une ferme, que les habitants nomment par corruption : Ferme de la Belle Iris. C'est qu'ils croient, ajoute M. Paul Laumonnier, «à une vague tradition locale, d'après laquelle Ronsard aurait fréquenté ce lieu avec l'une de ses maîtresses. » L'origine de cette légende est justement l'ode où le poète chante les beautés de Cassandre, ou du moins celles qu'il imagine. Car, dans V Elégie à Janet (voir plus loin) Ronsard avoue n'avoir jamais vu que la gorge de son altière maîtresse :
Je ne sça}^ plus, mon Janet, où j'en suis; Je suis confus, et muet, je ne puis Comme j'ay fait, te déclarer le reste De ses beautés, qui ne m'est manifeste.
Cette ode est une véritable /b/^5'/r/>, par le sujet, le refrain et le rythme (voir la Préface du Livret
de Folastries). Quant aux autres sources de Ronsard, deux odes de Flaminio, et quelques détails, cf. Paul Laumonier, Ronsard Poète Lyrique, 116, 438, 458 sq.
'}) Les vers que dits vous m'aurez,
[Œuvres, 1567.
Où ma Dame toute nue
[Œuvres, 1578/ (•*) Lava ton beau teinct vermeil Qui detenoit le Soleil,
[Œuvres, 1560/ Qui retenoit le Soleil,
[^) Que la gaye Cyprienne,
Erycine Malienne,
(Œuvres, 1584.
As relavé mes beaus dois (sic)
{Œuvres, i^bo/ ''') De ma douce mignonnette
(Œuvres, 1584/ (^) Doits qui, en beautés veincus
[Œuvres, 1578.
^) Le ris que cause ma mort, (sic)
{Œuvres, 1560.
('•^'j C'est toi qui laves sa hanche,
[Œuvres, 1578.
'*) Que se friser de fils d'or.
{Œuvres, 1567.
(*-) Tu vois les membres espars
[Œuvres, 1567.
(*3) R'elenter, et puis r'enfler;
[Œuvres, 1571.) (*^) S'il ne fust que ses cheveus
{Œuvres, 1560.) (*^) Qui tombent, comme une nue,
{Œuvres, 1584.) (*^) Et recevoir en ton los
Ces Hz, et ces belles roses,
(*") Au bord que ton onde lave.
(1^) Et Pan, trépignant menu De son ergot mi-cornu, Guide le premier la danse
{Œuvres, 1584.) ('^) Au dous son de la cadence.
[Œuvres, 1500.) (^) Fond en qui ma Cytherée
[Œuvres, 1571.) (^*) Tousjours sa course verrée
[Œuvres, 15(37.) {^') D'une fuite perennelle,
[Œuvres, 1571.) D'une course perennelle,
{Œuvres, 1573.) (^^) Texte des Œuvres, i^bo. Dans le Cinquième des Odes, 1553 :
Et je doi bien tôt, enscendre, (-'^) Cachera desous la terre.
[Œuvres, 1560.) (-^) Et que sa Dame a baigné
[Œuvres, 1578.)
{-^'j Dans vostre claire ondelette.
{Œuvres, 1584.) En vostre claire ondelette
[Œuvres, 1587.)
IIINNE A LA NUIT Ode 9.
Nuit, des amours ministre...
Cette pièce, d'abord rangée parmi les Odes en 1350, figura en 1557 dans le Q^uatriesme Livre des Hymnes, et fut supprimée par l'auteur en 1578, à cause, pense-t-on, de l'unité de genre des rimes, singularité prosodique que Ronsard n'admettait plus. Les textes anciens ne comportent pas de séparation strophique.
M. Paul Laumonier, dans son Ronsard Poète Lyrique (511, 084, 750), a donné en regard de cette pièce, l'Hymnus in Nocteni de Pontano, dont elle est imitée (cf. Amorum, 1518, Lib. I, fol. 8 v°). Le critique, dans ses Œuvres Complètes de Ronsard, Hachette, 1014, (t. Il, Odes, 21,) relève encore une contamination de Pontano et de Navagero, pour la seconde strophe, et fait remarquer que le vers 24 a été modifié inutilement par Blanchemain de la façon suivante :
^< et aus cieux qui noircissent
Les étoiles attaches. »
C'est bien idoles qu'il faut lire. Non seulement, dit en substance M. Paul Laumonier, cette exprès-
sion est dans ApoUonios de Rhodes, qui nomme les étoiles Filles de la Nuit, mais encore Ronsard emploie le mot idole, dans ï Hymne sur le trespas de Marguerite de Valois, pour désigner <-< les esprits délivrés des corps et volant par l'espace », les simulacres ou voiles de ces corps transformés en étoiles :
« La, de ta parole endors
Geste guerrière, et le voile
De son victorieux corps
Transforme au ciel en estoile ;
En-après laisse rouler
Son idole parmy l'air... »
Richelet a pourtant pris soin de rédiger une note au mot idole, que Blanchemain a reproduite, et dont il ne s'est pas souvenu quand il imprima le tome V des Œuvres, où figure V Hinne à la Nuit : «. Sa ressemblance comme une ombre. Les philosophes composoient l'homme de trois choses : d'ame, de corps, et de cette ombre ou simulachre qu'ils imaginoient retenir la forme du corps. »
{*) Nuit des amours ministre, et ministre fidelle
[Œuvres, 1573.) (-) O Mignonne des Dieus, mais plus encore aimée
[Qiiatre premiers Livres des Odes, 1555.) (•^) Nature, de tes dons honore l'excellence :
[Œuvres, 1560.) (*) Lors que la main tâtonne ores la cuisse, et ore Le tetin pommelu, qui ne s'égale encore A nul rubi qu'on voie, {Qttatre premiers Livres des Odes, 1555O
{^) Plus d'odeurs et de tleurs d'un seul baiser amasse
[Quatre prem/ers Livres des Odes, 1555.) (^) Et tout le soin enclos en nos âmes dolantes, {Quatre premiers Livres des Odes, 1555.) Et tout le soin enclos en noz âmes dolantes,
{Œuvres, 1573.) (') Et donte sous mes bras celle qui m'est trop pleine [Quatre premiers Livres des Odes, 1555.)
A CASSANDRE FUIARDE Ode 8.
Tu nie fuis d'une...
M. Paul Laumonier, dans l'éd. Lemerre, t. VIIT, Notes, et dans l'éd. Hachette, Odes, II, 113, conjecture que cette ode est antérieure au mariage de Cassandre Salviati, qui fut célébré en novembre 1546. C'est une imitation de l'Ode XXIII d'Horace, L. I : Ad Cliloen. Voyez ci-dessus : De la jeune amie d'un sien ami.
Ronsard, qui supprima cette pièce en 1578, à cause de l'ordonnance des rimes, modifia le vers 5 pour le faire rimer avec le vers 7, la rime semble lui paraissant trop éloignée de celle du vers g et d'une situation prosodique irrégulière. Mais, au lieu die fuiarde qui ne rime pas avec trace et qui se lit dans les textes suivants, sans doute par suite d'une erreur d'impression, M. Paul Laumonier propose avec raison : fugace — « Allongeant sa jambe fugace />. — C'est encore pour la même raison que
Ronsard ajouta ce vers : » Arrestc fiiiardc tes pas //, la rime qui clôt la pièce se trouvant trop éloignée du vers 14.
(*) Tu me fuis de plus vite course
Qu'un Fan la dent fîere d'une ourse, Fan qui va les tetins chercher [Q^uatre premiers Livres des Odes, 1555.) (-) Allongeant sa jambe fuiarde,
Sautelant de fraieur, ce semble, [Q^iiatre premiers Livres des Odes, 1555.) Ç^) Mais toi, belle, qui m'es ensemble Ma douce vie, et mon trépas, Comme une ourse je ne cour pas [Q^natre premiers Livres des Odes, i5S5-) Las 1 toy, belle, qui m'es ensemble
[Œ livres, 1371.) (*) Atten moy, je ne te cours pas
Comme un loup, pour te faire outrage.
[Œuvres, 1571.) (^) Areste, fuiarde, tes pas,
Ettoi, ja d'âge pour m'atendre, {Quatre premiers Livres des Odes, iS=>S-)
SONNET Ores l'effroi...
Au sujet des sources grecques, latines et italiennes de cette pièce, cf. Paul Laumonier, Ronsard Poète Lyrique, 507 ; Œuvres Complètes de Ronsard, Lemerre, t. VIT, Notes, ibi. Muret ren-
voie à \'irgile pour le dernier tercet : Pnlchr unique inori siiccurit in arniis.
Ce Sonnet a été mis en musique par Guillaume Boni {Sonct\ de P. de Ronsard, Second Livre, 1607), à 4 parties, dont la Bibl. Nat. possède la Taille. Le Dessus, la Haute-Contre et la Basse- Contre manquent.
Il est indiqué comme pouvant se chanter sur l'air de : Q^ni voudra voir comme un Dieu nie surmonte, mis en musique par Janequin, dans le Supplément aux Amours, de 1532.
(*) Ores la crainte et ores l'espérance,
! Œuvres, 1578.) (-) De tous costez se campent dans mon cœur ;
{Œuvres, 1567.) , De tous costez se campent en mon cœur ;
(•') Et tour à tour l'un et l'autre est veinqueur,
{Œuvres, 1860.) Ny l'un ny l'autre au combat n'est vainqueur,
{Œuvres, 1578.) ('*) Entre l'espoir, et le doute, et la peur,
[Œuvres, 1560.) Entre l'espoir, le soupçon, et la peur, Pour estre en vain de mov-mesme trompeur,
{Œuvres, 1578,) (^) De trop combatre, en la jouste lassé,
D'un beau trespas entre ses bras je meure.
{Œuvres, 1567.) Recreu d'amour, tout penthois, et lassé,
[Œuvres, 1578.)
Tantost dispos, tantost demv-lassé,
D'un beau souspir entre ses bras je meure.
[Œuvres, 1587.)
SONNET
Petit nombril...
Supprimé en 15S7. Au dernier vers du premier quatrain, le poète fait allusion à un passage de Callimaque [Hymne à Jupiter) : •'•' A peine, ô Jupiter ! Néda sortait de Tliène et s'approchait de Gnossus, que ton cordon ombilical tomba. C'est de là que les Cydoniens ont nommé cet endroit la plaine Ombilicale... >/ Une ville fût bâtie dans ce lieu, que l'on nomma Omphalos, c'est-à-dire nombril.
Nous avons eu l'occasion, dans les Notes du Livret de l'olastries, p. 145, de parler de cette pièce comme d'un blason. C'est en effet un blason anatoniique, dans le goût de Marot et des Fleurs de poésie françoise de 1536. Yo'wV Avertissement des Blasons des XV" et XVP siècles, de Méon., 1807, et celui du Bibliophile Ad. B. (van Bever) .:, Blasons Anatomiques du Corps Féminin, Paris^ Sansot, 1907.
Ce Sonnet est indiqué comme pouvant se chanter sur l'air de : Q^ui voudra voir comme un Dieu me surmonte, mis en musique par Janequin, dans le Supplément aux Amours, de 1552.
(^) Et non mon œil, qui n'eut onques le bien
Que de te voir, et qui mérites bien Que quelque ville on te bastisse encore.
[Œuvres, 1578.
De te voir nud, et qui mérite bien
[Œuvres, 1584.
Qu'une grand'ville on te bastisse encore.
[Œuvres, l'yb'j.
Signe amoureux, duquel Amour s'honore, Représentant l'Androgyne lien, Et le courroux du grand Saturnien, Dont le nombril tousjours se remémore.
[Œuvres, 1578.
Ton embompoint folatrement j'honore.
Ny ce beau sein, où les flèches se font, Que les beautez diversement se forgent ;
[Œuvres, 1578.
Ne me pourroient la douleur alenter.
Sans espérer, quelque Jour, de tâter Ton compaignon, oii mon plaisir se niche.
[Œuvres, 1500.
Ne me pourroyent ma douleur conforter,
[Œuvres, 1584.
Ton compagnon, 011 les amours se logent.
[Œuvres, 1578.
SONNET
Ouûud eu songea nf...
Supprimé en 1584. Comme dans le sonnet précédent, Ronsard tire parti à sa façon du mythe plato-
NOTES ET VARIANTES iSl
nicien derAndrogvne : » Et que d'un branle habilement léger, — En sa moitié ma moitié je recolle. // Au sujet des songes erotiques de Ronsard, cf. Paul Laumonier, Ronsard Poète Lyrique, 508-509.
Voici, entre plusieurs autres de Navagero, J. Second et Muret, une pièce de Théodore de Bèze qui n'est pas sans analogie avec le Songe de Ronsard. C'est la XIX'' épigramme àes Juvenila : De Candida. Dans une lettre latine à Maclou Pomponne, Bèze fait de celui-ci le sujet de son rêve, et remplace le nom de Candida par celui de Macutns.
« La fatigue au beau milieu du lit m'avait couché, et, lourde de sommeil, déjà ma tête s'inclinait : Candide alors, prise de pitié pour son bien aimé Béze, me parut présente à mon sommeil. Elle me faisait mille badinages et gentillesses, et me caressait de la main, et fixait sur moi ses jolis 3^eux, et semblait me parler en zézayant. Rêvant toujours, je lui répondais : -'•' Si tu ne m'es pas, ô maîtresse, plus chère que moi-même, je veux que mon être s'en aille et meure tout entier... » A peine avais-je dit que soudain la jalouse lumière dissipa mon rêve et me ravit mon amante. //
Tous ces Songes sont plus ou moins inspirés de VOde VIII d'Anacréon.
Le Sonnet de Ronsard a été mis en musique par Antoine de Bertrand [Premier Livre des Amours, 1578) à 4 parties. Le Superius et le Ténor sont à la Bibl. Nat. Le Contratenor et le Bassus manquent.
Il est indiqué comme pouvant se chanter sur l'air de : Q/// voudra voir comme un Dieu me sur-
l82 (iAILLARDlSES DE RONSARD
monte, mis en musique par Janequin, dans le Supplément aux Amours, de 1552.
(') Combien de fois, doucement agité,
[Œuvres, 1578.)
SONNET
Heureuse fut...
Muret signale que Ton rencontre dans Ovide € semblable déduction de propos, en ce que dit Salmacis à Hermaphrodite, au quatriesme des Métamorphoses. » (Cf. éd. Panckouke, t. I, 258, V. 320 sq.) Il ajoute qu' '■< Ovide a traduict ces vers d'Homère, en son Odvssée, faisant parler Ulysse à Nausicaa >> ; et que ^<. ce sonnet est presque semblable au 142, I^ de Pétrarque, bien qu'il soit pris à son sens contraire. »
Il a été mis en musique par Antoine de Bertrand [Premier Livre des Amours, 1578) à 4 parties. Le Superius et le Ténor sont à la Bibl. Nat. Le Contratenor et le Bassus manquent.
Il est indiqué comme pouvant se chanter sur l'air de : Qui voudra voir comme un Dieu me surmonte, mis en musique par Janequin, dans le Supplément aux Amours, de 1552.
(*) Enmailloter, le jour qu'elle fut née !
[Œuvres, 1578.) f) Telle beauté, de tant de dons ornée !
[Œuvres, 1378.)
[^) Heureux parens, qui eustes cest honneur De la voir naistre un astre de bon-heur ! Heureux les murs, naissance de la belle !
{Œuvres, 1578.)
SONNET
Ces flots j'iiineaiis...
Imité de l'Arioste, Orl. fur. VIT, st. 14; XI, st. t)8, portraits d'Alcide et d"01ympie. (Cf. Vianey, Bull. ital. déc. iqoi, 298.)
Pour le r' quatrain :
Due poine acerbe, e pur d'avonio faite, Vengono, e van conie oiida al primo niargo, Qiiando piacevole aura il uiar combatte.
Pour le second :
Spatio fra lor ta! disceiidea, quai fatte Esser veggeam fra piccoliiii colli L'anibrose valli in sua stagione amené, Ch'el verno habbia di nevc alVhora piene. Ce sonnet est signalé comme pouvant se chanter sur l'air de : Nature ornant la dame qui devait., pièce mise en musique par Janequin, dans le Supplément aux Amours, de 1552.
(*) Blanche par tout de neige dévalée Quand en hyver le vent s'est adouci.
[Œuvres, 1578.) Sous un hiver sans orage adoucy.
{Œuvres, 1567.)
C^iiand au printemps le ciel s'est adouci.
[Œuvres, 1587.)
LES BACANALES Amis, avant que V Aurore...
Nous donnons cette pièce folâtre et bachique en pendant aux Ditliyrauibes à la Pompe du Bouc de Ë. Jodelle, publiés dans iioive Livret de Fotastries. La première est antérieure de quatre ans à la seconde, qui date du carnaval de 1353; elle ne doit pas être confondue avec elle, comme La fait Claude Garnier. Il fut sans doute trompé, pense M. Chamard {Joac/i. Du Bellay, Lille, iqoo), par le fait que les Bacchanales, écrites en 1549, n'ont été publiées qu'en 1552, avec les Amours qHq V" Livre des Odes, peu avant la représentation de Cléopâtre et le second voyage d'Arcueil. Cette pièce est surtout précieuse par les noms qu'elle nous conserve des condisciples de Ronsard au Collège Coqueret. Sous l'appellation de Brigade, ils constituaient déjà une école littéraire, dont le manifeste fut la Défense et Illustration. Cette Brigade, qui comptait primitivement une quinzaine de militants, s'augmenta peu à peu, jusqu'au jour où Ronsard distingua une élite dans cette légion, élite qui fut la '!' seconde Brigade >/ de 1553, et devint finalement la Pléiade, réduite à sept poètes, sur le modèle de la Pléiade alexandrine, contemporaine des premiers Ptolémées, laquelle, d'après Suidas, se composait d'^antide, Apollonius de Rhodes, Aratus, Homère
le Jeune, Lycandre, L}Xophron et Tliéocrite. On consultera, sur la composition des deux Brigades et de la Pléiade, la thèse déjà citée de M. Chamard, les Notices de Marty-Laveaux sur Jodelle et sur Ba'if, la Vie de P. de Ronsard, de Claude Binet, avec les Couimentaires critiques de Paul Laumonier, Paris, Hachette, iqio, 2iq-22s; Ronsard Poète Lyrique, du même, 40 sq., t»iq-b20, et enfin les Notes des Œuvres Complètes, Lemerre 1919, t. VII, 501-508.
A partir de : « Evoél Père, il me semble //, commencement d'un dithyrambe bachique, on trouve des analogies avec la pièce des Folastries et VHynne de Bacchus, duquel il est parlé dans les notes du même volume.
Olivier de Magny, dont les Gayete:^, publiées en 1554, dérivent directement du. Livret de Folastries, a imité les Bacchanales sous le titre de Martinales, à François de Charbon Jiier 1 cf. Les Gayete:^ d'Olivier de Magny, avec Notice par E. Courbet, Paris, Lemerre, 187 1, 62-75). L'Ode VII des Vers Lyriques de Du Bellay : Du Jour des Bacchanales, a plus de rapport avec les Dithyrambes du Livret de Folastries.
(*) Les trois premières Stances sont supprimées dans les Œuvres, 1584.
('^) Le souvenir de voz maux.
{Œuvres, 1578.) ("^) Dormes ores,
{Œuvres, 15O0.) (*) Que tout languist en repos,
l86 GAILLARDISES DE RONSARD
(^) De VOS yeux doucement clos.
[Œuvres, 1578.) {^) Debout ! j'enten la brigade,
[Œuvres, 1584.) p) De nos amis enjoués,
{Œuvres, 1560.) {^) Qui tressaute sous leurs pas,
[Œuvres, 1578.) (•'') Qui follastre sans compas.
{Œuvres, 1578.) Qui trépigne sans compas.
{Œuvres, 1584.) [^^) Corydon, ouvre la porte,
[Œuvres, 1578.) ('*) Qu'on leur porte.
Dés la poincte du matin,
{Œuvres, 1584.) (*-) Jambons, pastez, et saucices, Sacrifices Qu'on doit immoler au vin.
[Œuvres, 1578.) (^-) Augmente vostre renom,
[Œuvres, 1560.) Honore vostre renom,
(*'') Couronnez de saules vers,
(^^) x\u son des ondes jazardes,
[Œuvres, 13(30.) (*^) Correction. Le texte donne :
L'un après l'autrés vos vers.
Variante :
A l'envi ferés des vers.
{Œuvres, 1560.) {}') Cette Stance et la suivante sont supprimées
dans les Œuvres, 1560.
(•^) Mais moi, las ! dont la pensée N'est haulsée Du désir d'un vol si liault,
[Œuvres, 1500.) Moi, petit, dont la pensée
[Œuvres, 1578.
(1^) Je pendray sus mes rongnons,
[Œuvres, 1578/ (^) Son flacon plein de vin blanc,
{Œuvres, 1584.
(^') Et le portant sur l'espaule
{Œuvres, 1578.
p) C'est le conte d'Asinois.
[Œuvres, 1560/ C'est le conte d'Alsinois.
P) Jamin le suit à la trace,
{Œuvres, 1578.
Vigneau le suit à la trace,
{Œuvres, 1584.
("^^) Ore ce Jâmin le touche,
{Œuvres, 1578.
Ore ce Vigneau le touche,
[Œuvres, 1584.
p) S'entre-rechignent des dents.
[Œuvres, 1578.'
iSS GAILLARDISES DE RONSARD
(-■') Cette S tance et les deux suivantes sont
supprimées dans les Œuvres, 1584.
(-') Cette Stance et la suivante sont supprimées dans les Œuvres, 1584.
{--) Le soleil aux cheveux rous.
[Œuvres, 1578.) (-^) Le chaut, le vin, Cytherée, Font l'entrée Du grand portail de Pluton.
[Œuvres, 1584.) (^^') Cette Stance est supprimée dans les
Œuvres, 1584.
P) Chacun ceigne son espée,
[Œuvres, 1584.) (^-) De peur qu'un brigand ne face Nostre face Dévaler devant Minos.
(3^) En la tombe,
[Œuvres, 1S84.) (•^'') lô, comment ces saulaies
[Œuvres, 1560.) Cette Stance et la suivante sont suppriprimées dans les Œuvres, 1384.
(3^) Par l'Orient llamboyant :
[Œuvres, 1584.) (^^) Sors du lict. Aube sacrée,
[Œuvres, 1578.) Q') Cette Stance et les quatre suivantes sont
supprimées dans les Œuvres, 1584.
{^^) Tousjours en ses bras gésir 1
[Œuvres, 1578.)
(39^ Vostre damoiselle peau.
[Œuvres, 1578.) i^*^) Armés de fueilles les festes De vos testes,
{Œuvres, 1560.) (*•) Tousjours dessous toy, Evan !
Qu'à ta feste Trietere
Ton mystère Je porte, devant ton van.
[Œuvres, 1584.) (*-) Cette Stance et la suivante sont supprimées dans les Œuvres, 1584.
(^^) En son antre ;
[Œuvres, 1584.) (*^) La vigne en raisins féconde,
(43) Vigne, ainçois douce guerrière, Qui derrière
[Œuvres, 1560.) (*'') Non l'amour, ny la plaisance, Ny la dance,
[Œuvres, 1578.) (") Qui les chasse parmy l'air.
[Œuvres, 1578,) [^^) Evan I que ta teste folle
[Œuvres, 1584.) (^^) Leur front en cornes se fend,
[Œuvres, 1584.) (•^'^) Cette Stance est supprimée dans les
Œuvres, 1384.
p*) Qu'on poursuive
[Œuvres, 1578.)
iqo GAILLARDISES DE RONSARD
i;'-) Cette Stance est supprimée dans les
Œuvres, i=-S4.
(•*"^) Je le tenois, sans sa voye
{Œuvres, 1560.) (•'*) Qui se moquoit de ma main ;
{Œuvres, 1567.) (^^) Il assomme
Le papillon estendu,
{Œuvres, 1584.) p^) Sur un saule il a pendu 1
(5') Je, Bergier, plein de vitesse,
(^^) En l'eage de soixante ans.
{Œuvres, 1560.) (39) Me forcené doucement.
[Œuvres, 1567.) Me rafole doucement.
{Œuvres, 1584.) {^) Redegoute,
{Œuvres, 1384.) ('*) Et ces ruisselets qui roulent,
[Œuvres, 1578.) {^^) La grand" braise
{Œuvres, 1578.) C"^) Boivon ces ondes sucrées,
[Œuvres, 1507.) Cette Stauce est supprimée dans les Œuvres, 1584.
{^'*) Et lavon sous ceste rive,
{Œuvres, 1578.)
("■') Dont le beau front s'environne, Pour couronne,
[Œuvres, 1584.)
(^^) Cette Staiicc et les trois suivantes sont supprimées dans les Œuvres, 15S4.
C*') Sus! reveillez, d'une aubade,
[Œuvres, 1560.) C^^j Détient mes esprits béans,
Ravist mes esprits béans,
[Œuvres, 1578.) ('''') Des hommes les soins mordans.
[Œuvres, 1560.) (™) Et des Faunes front-cornus,
[Œuvres, 1560.) ('*) Festial le mol Romain.
[Œuvres, 15O0.)
Festia le mol Romain.
[Œuvres, 1571.) (''^) Cette Stance et la suivante sont supprimées dans les Œuvres, 1584.
('•'^) Noz cerveaux d'espineux soing.
[Œuvres, 1578.) ("*) Cette Stance et la suivante sont supprimées dans les Œuvres, 1584.
('•5) Qu'on luy charge toute pleine
[Œuvres, i^^i-) Qu'on me charge toute pleine
(Œuvres. 1584.)
C^) De maint flacon surnoûant ;
[Œuvres, 1378.)
{'') Qu'en riionncur du Dieu, maint verre
[Œuvres, 1584.)
('*^) Sur les vagues se rouant.
('^) D'un effort, joyeusement.
[Œuvres, 1584.) (^') L'assomeille,
Et luy cherme le cerveau?
[Œuvres, 1384.) (^*) D'autre costé n'oyez-vous
[Œuvres, 1378.) {^-) Et tous les Dieux de ces chans.
[Œuvres, 1571.) (^) Tout l'esprit ravy soudain.
[Œuvres, 1584.)
{^'') Remplit sa bouche de miel,
De miel sa Muse divine,
[Œuvres, 1584.) («S) Dont le voile
Noircist du ciel le coupeau.
Ne vueilles si tost paroistre.
Menant paistre
Par les ombres, ton troupeau.
[Œuvres, 1384.)
(^^) L'arche du ciel de tes yeux.
[Œuvres, 1578.)
('^') Arreste, noire courriere,
[Œuvres, 1584.)
(^) Quoy? des Astres la bergère,
Trop légère,
Tu reviens faire ton tour,
[Œuvres, 1584.)
(^) Que pour l'homme resjouyr !
{Œuvres, 1584.)
SONNET
PI eut -il à Dieu. ..
Supprimé en 1587, ce Sonnet a été mis trois fois en musique :
1° Par Antoine de Bertrand { Premier Livre des Amours, 1S78), à 4 parties. Le Superius et le Ténor sont à la Bibl. Nat. Le Contratenor et le Bassus manquent.
2" Par François Regnard i Poésies de P. de Rousard, 1S7Q), à 4 parties. Complet à la Bibl. d'L'psal. 3" Par Guillaume Boni iSonef:^. Premier Livre, 1583), à 4 parties. Le Contratenor (Haute-Contre) et le Ténor sont à la Bibl. Nat. Le Superius et le Bassus manquent.
(1) Las ! pleust à Dieu n'avoir jamais tasté
[Œuvres, 1500.) Je voudrois bien n'avoir jamais tasté
' Œuvres, 1578.) (^) Sans ce malheur, l'autre plus grande envie, Jamais, helasl ne m'eust le cœur tante.
[Œuvres, 13(30.) Ne m'eust jamais le courage tenté.
(^) Quand le péché d'un seul petit toucher. Ne me pardonne, et les mains me foudrove.
[Œuvres, 1578.) (*) De mile mors, sans jouir, me foudroïe.
(Œuvres, 1300.)
SONNET
Ha ! Seigneur dieu ! . . .
Ce sonnet a peut-être donné l'idée à quelques littérateurs de rimer des gayetés et folastries à la Puce de Catherine des Roches, sous ce titre célèbre : La Puce ou Jeux Poétiques François et Latins conipose;^sur la Puce aux Grands Jours de Poitiers, l'an i^^Ç, dont Pasquier fut le premier motif. Dans l'avis Au Lecteur, daté du lo septembre 1582, Pasquier [Œuvres, 1723, t. II, 944) s'exprime ainsi : ^r... M'estant transporté en la ville de Poictiers, pour me trouver aux Grands Jours qui se dévoient tenir sous la bannière de M. le Président de Harlay, je voulus visiter mes Dames des Roches, mère et fille, et après avoir longuement gouverné la fille, l'une des plus belles, et sages de nostre France, j"apperceu une Puce qui s'estoit parquée au beau milieu de son sein;' au moyen de quoy, par forme de risée, je luy dy, que vrayment j'estimois cette Puce très prudente et tres-hardie : prudente d'avoir sceu entre toutes les parties de son corps, choisir cette belle place pour se rafraischir; mais tres-hardie de s'estre mise en si beau jour : parce que jaloux de son lieur, peu s'en falloit que je ne misse la main sur elle..., et bien luy prenoit qu'elle estoit en lieu de franchise...; et estant ce propos rejette d'une bouche à autre par une contention mignarde, finalement ayant esté l'Autlieur de la noise, je luy dy que, puisque ceste Puce avoit receu
NOTES ET VARIANTES iq^
tant d'heur de se repaistre de son sang, et d'estre réciproquement honorée de nos propos, elle meritoit encores d'estre enchâssée dedans nos papiers...» Parmi les collaborateurs de ce recueil, se rencontrent Cl. Binet, Odet de Turnèbe, Raoul Cailler, N. Rapin, Courtin de Cissé, Macefer, Anth. Loisel, Catherine des Roches, etc. Voici un passage de la pièce de Pasquier, dont les deux dernières rimes rappellent celles de Ronsard :
Je ne veux ni du Taureau Ni du Cygne blanc oyseau.
Ni d'Amphitrion la forme, Nv qu'en pluye on me transforme :
Puis que Madame te paist Sans plus de ce qu'il te plaist :
Pleust or' a Dieu que je pusse Seulement devenir Puce...
(*) Que de beautez, que de grâces écloses
{Œuvres, 1378.) Que de Beautez, que de grâces écloses Voy-je au jardin de ce sein verdelet, Enfler son rond de deux gazons de lait,
[Œuvres, 1384.) (^) Qui le matin caresse de ses roses.
(Œuvres, 1560.) (^) Sage tu pris le masque d'un toreau Bon Jupiter, pour traverser les ondes :
Le Ciel n'est dit parfait pour sa grandeur. Luy et le sein le sont pour leur rondeur : Car le parfait consiste en choses rondes.
[Œuvres, 1578.)
Luv et ce sein le sont pour leur rondeur :
SONNET
/(' voudrais cstre...
Le vers 7 est une allusion au supplice de Tityus; avant eu 1" insolence de vouloir attenter à l'honneur de Latone. comme elle traversait les campagnes de. Panope, il fut tué par Apollon et Diane et précipité dans le Tartare, oi^i un vautour lui déchirait ses entrailles sans cesse renaissantes. « Celui, dit Lucrèce, que nous devons regarder comme le véritable Titvus, est l'homme que les charmes continuels de l'amour empoisonnent, que ses inquiétudes et ses désirs dévorent sans cesse, et tiennent dans l'esclavage. >/
Muret^ annotant les vers 7 et 8, écrit au sujet de « non d'un vautour », et « non qui le roc » : « C'està-dire, non, fussé-je celuy qui remonte et redevale le roc. Cette manière de parler n'est pas encore usitée entre les François; mais elle est divinement bonne toutesfois. et poétique autant qu'il est possible. »
Le tercet llnal est emprunté à Rufm. Cf. AntJiol. Grecque, Èpigr. Erotiques, 94; le vers 12 est imité de Properce, II, 15, v. 30-40. Cf. Paul Laumonier, Ronsard Poète Lyrique, so8.
Ce Sonnet a été mis en musique à quatres parties par Antoine Bertrand \Prenuer Livre des Amours, 1378.) Le Superius et le Ténor sont à la Bibl. Nat. Le Contratenor et le Bassus manquent.
[') Et nui à nud presser entre mes bras
[Œuvres, i^b'j.) {-) Voir ou toucher le rond de son tetin Pourroit changer mon amoureux destin Aux majestez des Princes de l'Asie;
{Œuvres, 1S78.) [^) A descouvert, changeroit mon destin
[Œuvres, 15(57.) ['') Et en son feu mon feu desembraser,
Un des grands Dieux qui mangent TAmbrosie.
[Œuvres, ist)7.) Et dans son sein mon feu desembraser.
Un de ces Dieux qui mangent l'Ambrosie.
[Œuvres, 1S78.) Et sein sur sein mon feu desembraser,
[Œuvres, IS84.) Sein contre sein mon feu desembraser,
[Œuvres, 1587.)
SONNET
Je veus inour/r. . .
Muret signale, au vers 7, une réminiscence de Pétrarque :
Una mail sola, mi risaiia, e punge.
Au vers 8, allusion à la fable de la lance d'Achille.
Ce Sonnet a été mis en musique à quatre parties par Antoine de Bertrand. [Premier Livre des Amours, 1578.) Le Superius et le Ténor sont à la Bibl. Nat. Le Contratenor et le Bassus manquent.
(^) Pour le mignard embompoin de ce sein ;
(-) Pour ceste voix, dont le beau chant m'estraint Si fort le cœur, que seul il en dispose,
{Œuvres, 1S78.) (^) Je veux, Amour, mourir en tes combats. Tuant l'ardeur qu'au sang je porte enclose,
[Œuvres, 1587.) ('') Soûlant l'amour qu'au cœur je porte enclose,
[Œuvres, 1507.) Soûlant l'amour qu'au sang je porte enclose,
[Œuvres, 1578.)
D'UNE COURTIZANNE A VENUS
Si Je puis ma jeunesse folle. . .
Cette pièce, dans le goût de VAuthoIogie, fut rejetée par Ronsard de ses Œuvres collectives, « parce que, dit M. Paul Laumonier (cf. Ronsard Poète Lyrique, 441 sq.), il la jugeait inférieure //, aux vœux -'" que Du Bellay avait publiés dans les Jeux Rustiques en 1558 >/. Voir aussi, Œuvres Complètes, Lemerre, loiQ, Notes, VIT!, 43.
LES DONS DE JAQUET A ISABEAU
Si tôt, ma doucette...
Pour l'inspiration et les sources de cette pièce, imitée de Navagero, cf. Paul Laumonier, Ronsard
Poète Lyrique, 12Q-130, 441-443. Elle ne reparut pas dans les éditions collectives postérieures à 1573. Fut-ce à cause du remaniement de 1^67, qui en détruisit l'ordonnance strophique (voir ci-dessous la dernière variante)? Ou bien, Ronsard, dédaignant de reproduire le texte primitif, en lit-il le sacrifice à Du Bellay, pour la même raison qui lui fît écarter la pièce précédente et plusieurs autres de même style? C'est en tous cas un petit poème d'une rusticité charmante, un de ceux qui justifient le Sotuiet de Mellin de Saint-Gelais A Pierre de Ronsard, sur son livre intitulé les Bocages :
Quand il te plaist tu esclaires et tonnes ; Quand il te plaist doucement tu resonnes. Superbe au ciel, humble entre les bergiers. (•) Que l'Aube, qui t'est ressamblable,
[Œuvres, 1560.) Que l'Aube, à tes yeux ressemblable,
{Œuvres, 1567.) (-) (Si l'amour de Jaquet tu sens T'echaufer les veines tendrettes) Vien seule, auprès de ces coudrettes, Je te donray mes beaux presens.
[Œuvres, 1560.) Tu viennes quérir tes presens Dessoubz la coudre, où je t'atens ; Tu sçais où elle est, mignonnette :
Mais vien, mon cœur, toute seulette.-
[Œuvres, 1567.)
EPITAFE DE FRANÇOIS RABELAIS Si d'im mort qui...
Cette épitaphe, qui aurait pu figurer parmi les Folastries, semble être inspirée des Epigrammes Funéraires de V Anthologie Grecque (23 à 2)3) sur la tombe d'Anacréon, et dont trois des principaux auteurs sont Antipater, Simonide et Dioscoride. Cependant, Tépitaphe burlesque n'était pas un genre nouveau au temps du Bocage de Ronsard, car Saint-Gelais et Marot en avaient rimé quelquesunes ; de ce dernier, la plus connue est celle de Jeau de Serre, excellent joueur de farce, qui relève du genre bachique. Un recueil •'< satyrique » du xvf siècle, le Trésor des Joyeuses Inventions, réimprimé par Gay en 1864, contient V Epitaphe de Maistre Robert VAsnier, qui est celle d'un ivrogne, et que Ronsard n'ignorait pas. Les poètes de la Renaissance ont consacré des épitaphes badines, imitées de l'antiquité grecque ou latine, soit à des personnes, soit à des animaux privés ; Olivier de Magny, qui marche toujours sur les traces de Ronsard, publia la même année, en 1554, La Couronne de F. de Charbonnier pour avoir le premier regrette Marceline, excellent biberon [Gayete:^, éd. Courbet, 187 1, 95).
Le tour plaisant de cette pièce, bien que dépourvu de malice, et par lequel le poète voulut identifier Rabelais à Gargantua, a trompé jadis quelques critiques, ou du moins leur a fait prêter attention au passage que rapporte Pierre Bayle [Dict. article Ronsard, in fine) du médecin Jean Bernier. Ce Jean
Bernier, de qui Bayle lui-même écrit -r que la mauvaise fortune l'avoit rendu satirique /•, et « qu'il employoitson loisir à critiquer //, rapporte dans les Jugements et nouvelles Observations sur les Œuvres de Rabelais, lôqy, 5^2-59, que Ronsard logeait à Meudon dans une tour, chez les Princes de la Maison de Lorraine, et que Rabelais le regardait «. comme un poëte impérieux et misérable, au point qu'il se tenoit fort heureux de loger en une échauguette ». Ronsard, poursuit-il, allant faire sa cour au château, -''' trouvoit souvent sur son chemin Maistre François Rabelais qui ne l'épargnoit gueres, car après tout s'il n'étoit pas si fameux Poëte que lui, il ne laissoit pas d'être né Poëte comme Médecin, incomparablement plus savant que ce Prince des Poètes de son temps, et entendant bien mieux raillerie ». Et Ronsard, d'après Jean Bernier, <'< qui n'eût osé attaquer Rabelais vivant par écrit », s'en serait vengé à sa mort par l'épitaphe en question !... Il est visible que Jean Bernier jalouse les lauriers de Ronsard, pensant que lui aussi « ne laissoit pas d'être né Poëte comme Médecin //, ex utroque Apollo. Quoi qu'il en soit, cette ridicule assertion, publiée 140 ans après la mort de Rabelais, incita le crédule et verbeux W\c\\Q\ei[Hist. de Fr., Lemerre, 1885, XI, ch. VIII, 131-32), à tirer un scandaleux parallèle entre le poète pindarique QiWmii du naturel. La critique contemporaine, avec Sainte-Beuve, Marty-Laveaux, et Paul Laumonier, a fait justice du racontar de Jean Bernier. Outre que l'épitaphe n'ait rien d'injurieux, qu'elle montre même une véritable estime littéraire, une sympathie fami-
202 (.AILLARDISF.S DE RONSARD
Hère, on a fait remarquer que la Deffense et Illustration, à laquelle Ronsard a collaboré, loue, entre tous f<. les sçavans hommes de France... Celuv qui fait renaistre Aristophane et feint si bien le nez de Lucian... » (Chap. XII, Exhortation aux François d'écrire en leur langue, avecqiies les Louanges de la France.)
On consultera, au sujet de \' Epitaphc de Rabelais, Paul Laumonnier, article de L'Avenir de la Vienne, ii mars iqoi ; Revue des Etudes Rabelaisiennes, iqo3, 3*^ et 4' fasc. pp. 210 sq. ; Ronsard Poète Lyrique, ii-j ; Œuvres Complètes, Lemerre, 1Q19, t. VIÏI, Notes.
(*) Car d'un seul traict, sa grande gueule
[Œuvres, 1560.) (^) Leurs loix, leurs façons et demeures, - Et frère Jean des antoumeures,
[Œuvres, 1560.) (^) Texte des Œuvres, 1360. Dans le Bocage: Qui fut trouble, dans le giron