ES ANNEES 1577 ET
Ne festonne, Bigiiet...
« Dans le ms. -^^^ de la Bibliothèque Impériale ( anci en porté ) àiiVvos'^ev ^l^nchevudim , se trouvent quelques sonnets qui m'ont paru être de Ronsard. Ils ne sont à la vérité pas signés; mais, comme ils ont été écrits de la même main que le Discours sur Antinous, qui est de Ronsard ; comme ils précèdent immédiatement cette pièce dans le manuscrit ; comme ils sont de la même date et expriment
des sentiments analogues, on a cru pouvoir les attribuer à ce poète, dont ils portent d'ailleurs le cachet.
Qu'ils soient de lui ou de son école (sic), le lecteur ne regrettera pas de les trouver ici ; car ils ne manquent ni de verve ni d'une certaine valeur historique. »
Ces sonnets ne peuvent être de Ronsard, et Blanchemain lui-même, qui n'ose tout d'abord se porter garant de leur authenticité absolue, fmit par avouer qu'ils pourraient être de son école. Il s'en trouve un, du moins, dans les Poésies Diverses selon la Diversité des Temps^ d'Estienne Pasquier {Œuvres, 1723, p. qiq). C'est le huitième de notre édition. Tl porte comme titre : Troubles de Van ij'j^, sous les noms des Huguenots et Malconteuts contre le Roy Henri troisiesine.
Influencé par le charlatan bonasse qu'était Prosper Blanchemain, Lenient [La satire en France au XVr siècle, i8b5, j,^^, sq.) écrit que Ronsard, honteux de ses « courtes complaisances », se flattait de les racheter « sous le voile de l'incognito, par quelque secrète explosion (sic) contre ces maudits mignons... Les Sonnets d' Estât, longtemps inédits ou anonvmes, constituent sans doute la meilleure part de cet héritage satirique, dont il avait cru devoir par dépit, selon Binet, priver ces contemporains et la postérité... » Lenient confond les Sonnets d'Estat avec les trois Sonnets de Ronsard enregistrés sous son nom par Pierre de l'Estoille. Quand au témoignage de Binet, il n'est pas tel que Lenient lé laisse entendre. « Les Satyres qu'il avoit
faites, dit Binet {V/e de R. éd. Laumonier, 40-41), et qu'il eust publiées, si nostre siècle eust esté plus paisible... >/ Il s'agit de Satires, « meslées à l'Horatienne >/, et non pas d'épigrammes : car un sonnet n'est qu'une épigramme et n'a jamais porté le nom de Satire, surtout à l'époque de Ronsard, où l'on pesait la valeur des mots. (Cf. Paul Laumonier, Vie lie Rons. Comment, crit., 2021.
Bon nombre de ces pièces clandestines, dit encore Lenient, troublé par l'explosion sons le voile de l'incognito, « ont été insérées et comprises dans les Œuvres d'Etienne Pasquier. Depuis, on I^Blanchemain les a revendiquées comme la propriété de Ronsard, et il faut avouer qu'on y retrouve souvent latouche vigoureuse et le verbe sonore (qne d'explosions!) du poète vendômois. Peut-être Pasquier, confident et dépositaire des plaintes secrètes de Ronsard, est-il devenu légataire par prudence et par discrétion. Peut-être aussi y a-t-il joint plus d'une fois ses propres doléances. /> Là-dessus, notre inventeur, prisd'unémoipradhommesque, embrasse ces deux braves gens qui « s'essayèrent de faire arriver jusqu'au trône de salutaires conseils. > Or « bon nombre de ces pièces clandestines >/ n'ont pas été insérées dans les Œuvres de Pasquier, où il ne s'en rencontre qu'une ; et, pour qui connaît l'intègre Pasquier, il est hors de doute que celui-ci n'eût jamais songé à publier sous son nom des poésies de Ronsard, ou de tout autre, dont il aurait été dépositaire. C'est là une idée propre à Lenient, qui aurait assumé sous son nom la publication du Secret de Polichinelle, ou l'Art de falsifier les
textes, du Compère Blanchemain, en littérature Epiphane Sidredoulx.
Bref, que ces Sonnets aient été écrits de la même main que le Discours ; qu'ils le précèdent immédiatement dans le manuscrit ; qu'ils portent le cachet de Ronsard, rien de toute cette puérile argumentation ne constitue une preuA^e. Au contraire, nous avons la preuve qu'ils ne sont pas de Ronsard : c'est que l'Estoille ne les lui a pas attribués, TEstoille si bien renseigné, l'Estoille, enfin, qui n'a pas hésité à transcrire sous le nom de Ronsard les trois Sonnets écrits de la -r main propre » du poète.
Mais il faut finir d'en découdre avec Prosper.., Pourquoi, fondé sur le principe d'analogie d'écriture, n'avoir pas reproduit, sous le nom de Ronsard, les poésies de Des Portes et de Jodelle, que contient, avec des pièces d'autres poètes, le ms. 7052? Pourquoi donc avoir retranché le X" Sonnet d'Estat, et diverses poésies anonymes qui le suivent? Pourquoi avoir banni les Sonnets dEstat, de l'édition Jannet, et, par contre, avoir prétendu, dans le tome VI (340) de la même édition, où elles ne figurent que par leur incipit, que sept des épigrammes accompagnant lesdits Sonnets pouvaient être de Ronsard ; et pourquoi, derechef, avoir réimprimé seulement l'une d'entre elles ( Brissac aime tant Vartifice) dans le tome VIII? Inconséquent Prosperl.. Prosper irrésolu!..
L'argumentation de Sainte-Beuve contre Blanchemain, dans l'une des Causeries du Lundi (20 octobre 183 5 j ne touche pas juste. Celle d'Edouard Thierry, dans le Moniteur Universel du 10 octo-
bre de la même année, est entachée d'inexactitude, et n'est pas non plus très directe, sauf par ce dernier trait : '< ... ce n'est vraiment pas une raison pour en faire honneur à Ronsard, que de les avoir trouvés dans le ms. 7052... copiés de la même main que le Discours sur une médaille d'Antinoïis. » Reste toujours à savoir si le Discours lui-même est de source authentique.
M. Paul Laumonier, dont on consultera la Noiice sur Pierre de Ronsard {Œuvres conipl. Lemerre, VIII, 247, note i) n'a pas reproduit les Sonnets d' Estât. Voir encore son Tableau chronologique (80, note 2; — 81, note 3), et son Ronsard Poète Lyrique, 2(32.
(*) M. Blanchemain a lu: ... a eschangé nos voix. Le malheur de ce Siècle a eschangé nos Loix,
(Ms. 6678.) (-) Ainçois du Courtizan, la fait tourner en Rouille ;
(Ms. 6678.)
Vous joues comme aux dés...
(*) Texte du ms. 5578. Dans le ms. 1562 :
Le blasme, la froideur, la palleur et l'effroy,
(-) Chappons au lieu de Coqs, vous chastrés vostre Loy
(Ms. 0078.)
(3) Correction. Le texte porte:
Renverse vostre Septre, o quelle fatale Rage !
Dans le ms. 0078 :
Renverse ndstre Sceptre, ô quelle fatale Rage ! (*) Notre Nef est froissée au Rocher du Destin :
(Ms. 6078.)
Voious de nostre Estât...
L'Estoille donne une seconde fois ce Sonnet dans son manuscrit, mais placé dix ans plus tard, et remanié selon les exigences de l'actualité politique. Le titre général des pièces reproduites en 1585 est le suivant :
« Ramas de divers Escrits, Discours, Pasquils, Sornettes et Poésies de toutes sortes, semées et Divulguées, en cest an 1585, sur le Subject de la Ligue, agréable aux uns et desplaisant aux autres, selon la diverse composition et Bigarrement des esprits de ce Siècle. Prenez le Bon, laissez le Mauvais. »
(^) \'oiant de nostre Estât l'inconstante manière,
(Ms. 0078, année IS7S-) Voiant de nostre temps l'inconstante manière. Oui attend d'heure à autre un changement nouveau. On peut bien comparer la France à un tableau
(Ms. 24322.) (-) Je l'envy', dit Bourbon, en quittant son Chapeau,
(Ms. 0078, année 158s.) Je l'envie, dit Bourbon, en quitant son chapeau, Sans voir ce qui luy vient en la quarte dernière.
(Ms. 24322.)
(3) Le Navarois le tient, y alast il de plus ;
Le Guisard, soubz espoir de quelque petit flus,
(Ms. 24322.) Je lay tiens, dit Esparnon, y allast il de plus; (Ms. 6678, année 1585.) ('') L'enfonce de sa reste, et l'autruy y hazarde,
(Ms. 6678, année 1575.) Enfonce de son Reste, et l'autruy y hazarde, (Ms. 6678, année 1385.) (•''') Mais le fin espagnol, assistant tout debout, Y estant de moitié, couvertement regarde . A luy fournir argent, pour, en fin, avoir tout.
Mais quant au Roi d'Espagne, assistant tout debout, (Ms. 6678, année 1385.)
Ne peindés iing Lévrier...
Voyez la Bibliographie des Poésies, note i.
(*) Texte du ms. 0678. Dans le ms. 1662 :
Ne peingnés un lévrier par les lièvres chassé, Ni des poissons en l'air, ni des oiseaux sur l'onde,
(-) Texte du ms. 0078. Dans le ms. 1062 :
Mais peingnés moy, sans plus, un païs policé,
(^■) Texte du ms. 6678. Dans le ms. 1662 :
Peingnés y les erreurs dont nostre France abonde,
(*) Texte du ms. 6678. Dans le ms. 1602 :
Qu'un faquin^ par argent, achepte la Noblesse ; Peindés l'homme sçavant qui mandie son pain ;
Pourquoi dors tu...
(•) Correction. Les deux textes donnent :
Dans les termes lascifs d'une jeunesse folle, M. Blanchemain a lu : Dans les travers lascifs... (-) Qui n'a, pour tout son mieux, que vaine la Parolle.
C^) Ceux là te feront régner, non pas ces Glorieux,
(Ms. 0078.)
Ganinied's effrontés. . .
(•) Correction. Les deux textes donnent :
Ganimedes effrontés, impudique canaille, (-) Qui vos teints Damoiseaux, vos Perruques troussées,
(Ms. 0078.) (■') Sont de \''ice loiers aux jeunes Impudens,
(Ms. 0678.)
Ils yr ont, non feront...
Ce sonnet est d'Estienne Pasquier. Voyez ci-dessus l'article consacré aux Sonnets d' Estât, et la note i de la Bibliographie des Poésies.
(*) Texte des Œuvres de Pasquier, dans les deux manuscrits :
Ils yront. non feront, ces Courtisans guerriers,
(-) Ces mignons, ces minons, ces abateurs de filles,
Ces masquez, ces musquez, nouveaux muguets de villes, Ces taillants, ces fendants, et ces rudes guerriers. [Œuvres de Pasquier, 1723.) (•') Ils combattront au Camp, de Bastons invasibles,
(Ms. 6078.)
Ils combattront, hardis, de bastons invasibles, Ou, poTir mieux assaillir, de bastons invisibles, [Œuvres de Pasquier, 1723.)
['') Ils portent, quand et eux, et le Feu et la Mesclie,
p) Pour entrer bravement au lict dans une brèche, Ils portent quand et soy, et le feu et la mesche, Lance, pistole, escus, et harnois acerez ;
[Œuvres de Pasquier, 1723.)
Je me ri, quand je voi . . .
(*) Je me ri, quand je voi ces rudes Chevaliers,
(ms. 6578.)
Ce grand Perigourdin ...
Non reproduit par Blanchemain. \^oyez ci-dessus l'article concernant les Sonnets d' Estât.
LES MIGNONS DE L'AN 1577 enfilés en ce Sonnet.
Sût net Luc, petit qu'il est . . .
Cf. L'Estoille, octobre 1577. — « Mignons. Le dimanche aC octobre, le Roy arriva à Olinville, en poste, aveq la trouppe de ses jeunes mignons, fraisés et frizés aveq les crestes levées, les ratepenades en leurs testes, un maintien fardé, avec l'ostentation de mesmes, pignés diaprés et pulverizés de pouldres violettes et senteurs odoriférantes, qui aromatizoient les rues, places et maisons où ils frequentoient. Ils furent tous enfilés en un sonnet, qui en fust fait en son temps, semé et divulgué partout... //
Voyez la Bibliographie des Poésies. Blanchemain, dans ses Œuvres Complètes de Ronsard donne l'incipit de cette épigramme, et dit qu'on peut l'attribuer à Ronsard, mais toujours sans raison valable. Il en fait de même pour les pièces suivantes : Oiiand ce beau Maugeron... — Oiiélus n'entend pas... — Bidet, que l'orgueil... — Je crois qu'il veut sçavoir... — Ceux qui vont revirant...
(*) Texte du ms. 6678. Dans le ms. 1062 :
Do, ce grand larron, hardi ne sçait comment.
NOTES ET VARIANTES 2m