DE LA JEUNE AMIE
d'un sien ami
Ode 75.
Ta génisse n'est assés drue, Aten que ses ans soient venus; Ne forte assés à la charrue, Ne pour le taureau qui se rue Lourdement aus jeus de Venus.
Ains, meslée avecque les veaus,
Follatre d'une course viste,
Ou dessous les saules nouveaus
Se voitre à l'ombre, ou près des eaus (*)
Les flammes du soleil évite.
Jamais n'endure qu'on la touche, Fuiant à bonds, comme un chevreau, Comme un jeune chevreau farouche Oui, sur le printens, s'escarmouche Par le tapis d'un verd preau.
Ne soi envieus du désir
Des raisins trop vers, car l'Autonne
Les meurira tout à loisir;
Lors, tu pourras, à ton plaisir.
Manger la grappe meure et bonne.
Le tens, ravissant ton vert âge, Le lui dônra : vêla le point Comme elle croistra davantage, Tirant un gain de ton dommage, Dommage que l'on ne sent point.
Ja me semble que je la voi, Mignarde, en ton giron assise, Te jurer éternelle foi, Et ne sçavoir partir de toi, Tant en toi s'amour aura mise.
De toi pensive et idolâtre, T'adorera quelque matin ; Je prevoi ta main qui folâtre Desja sur sa cuisse d'albâtre, Et sur l'un et Vautre tctin.
Mais quoi? pour néant tu pretens De vouloir violenter ores L'inexorable loi du tens, Oui le plaisir que tu atens Ne te veut pas donner encores.
A LA FONTEINE BELERIE
Je vcus, Muses aus beaus yeus, Muscs, mignonnes des Dieus, D'un vers qui coule sans peine, Loûancfcr une fonteine.
Sus donq ! Muses aus beaus yeus, Muses, mignonnes des Dieus, D'un vers qui coule sans peine, LoûangeoM une fontaine :
C'est à vous de me guider ; Sans vous je ne puis m'aider ; Sans vous (Brunettes) ma Lire Rien de bon ne sauroit dire.
Mais, Brunettes aus beaus 3'eus, Brunes mignonnes des Dieus, S'il vous plaist tendre ma Lire, Et m'enseigner, pour redire Cela que dit vous m'aurés, (^) Lors, Brunettes, vous m'oirés A nos Françoises oreilles Chanter vos douces merveiUes.
O beau crystal murmurant, Que le ciel est asurant D'une belle couleur blûe, Où Cassandre, toute nue (-) A mile fois remiré {^) Son front des Dieus admiré.
Et sa belle tresse blonde, Tresse aus Zefirs vagabonde. Comme Cerés émouvant La sienne, aus soupirs du vent ; Tresse vraiment aussi belle Que celle d'amour, ou celle Qui va, de crêpes reflôs, Frapant d'Apollon le dôs !
C'est toi, belle fontenéte, Où ma douce migiionnéte A miré ses deus beaus yeus, Ainçois deus astres des cieus, Que la gaie Pafienne, ['*) La brunete Cyprienne, (•') Sur ceux des Grâces loûroit, Et pour siens les avoûroit, Tant leur mignotise darde D'Amours, à qui les regarde.
C'est toi qui, dis mile fois, As relavé les beaus dois ('•) De ma douce Cassandrete (') Dedans ta douce ondelete :
Dois qui, de beauté veincus,(^) Ne sont de ceus de Bacus, Tant leurs branchetes sont plenes De mile rameuses venes, Par où coule le beau sang Dedans leur ivoire blanc ; Ivoire où sont cinq perlétes Treluisantement grélétes, Ornans les bous fmissans De cinq boutons lleurissans.
C'est toi, douce fonteléte, Qui, dans ta douce ondelete, As baigné ses deus beaus pies, Pies de Tethys déliés, Et son beau cors, qui resenble Aus lis et roses ensenble ;
, Cors qui, pour l'avoir veu nu, M'a fait Actéon cornu.
Me transformant ma nature En sauvagine figure :
Mais de ce mal ne se deut Mon cœur, puis qu'elle le veut.
C'est toi, douce fonteléte Dont la mignarde ondeléte A cent fois baisé les brins De ses boutons sinabrins, De ses lèvres pourperées, De ses lèvres nectarées, De ses roses, de qui sort Le ris qui cause ma mort. (^)
C'est toi qui tâtes sa hanche, {^^) Sa grève, et sa cuisse blanche.
Et son ... qui ne fait encor Que se friser de fis d'or. (")
C'est toi, quand la porteflame, La Chienne du ciel, enflame Le monde de toutes pars, Qui vois les menbres épars {*^) De ma dame, sur ta rive, Lors que, sur l'herbéte oisive.
Le somme, en ses yeus glissant, Flâte son cors languissant; Et lors que le vent secoue Son sein, où pris il se jolie.
Et le fait, d'un dous soutier.
Ralcnter, et puis rentier ; (^•')
Elle, desus ton rivage,
Resenblant un bel image
Fait de Porfîre veneus.
Se n'estoit que ses cheveus (*'')
La découvrent sur ta rive,
Estre quelque Ninfe vive,
Et que les oiseaus perchés,
De leurs cols demi pan cliés,
En rejergonnant, l'épient.
Et de se tenir s'oblient
Sur la branche, tant l'ardeur
De ses yeus brûle leur cœur,
Et trepignans dedans l'arbre,
Font, desus son sein de marbre,
Ecouler dis mile fleurs,
Fleurs de dis mile couleurs.
Qui tonbent, d'une eau menue, (*^)
Desus sa poitrine nue,
Si bien qu'on ne peut savoir,
A la voir, et à les voir.
Laquelle, ou de la fleurète
Ou d'elle, est la plus douillete.
\'raimcnt, cr\'stal asuré, Ciystal gaiment enmuré D'une belle herbe fleurie.
Pour avoir fait à ma mie Un do us chevet de ton bord, Quand, languissante, elle dort : Je t'asseure, ondete chère.
Que jamais, ainsi qu'IIomerc,
Noire ne t'apelerai,
Mais toujours je te loûrai
Pour clere, pour argentine,
Pour nette, pour crystaline ;
Et te supli de vouloir,
Ains qu'entrer dedans le Loir
D'une course serpentiere,
Recevoir l'hunble prière
Que je fai desus tes flôs.
Non indine de ton lôs, (**'')
Et de recevoir ces roses
Que je verse, à mains decloses,
Avec du miel et du lait,
Desus ton sein ondelet;
Et ces beaus vers, que j'engrave
Au bord que ta source lave. (*')
Fille à Tethys, désormais.
Puisses-tu, pour tout jamais, Plus qu'argent estre luisante, Et que la Chienne cuisante, Jamais dedans ton vaisseau Ne face tarir ton eau.
Toujours les belles Naiades, Oreadcs, et Dryades, S'entreserrans par les mains, Jointes avec les Sylvains, Puissent rouer leurs caroles Autour de tes rives moles, Pan, retrepignant menu (*'^) De son argot mi-cornu,
Guidant le premier la dance Au dous son de sa ca dance. ('•')
Jamais le lascif troupeau, L'aignelet, et le chevreau Ne broutent tes rives franches ; Ne jamais fueilles, ne branches Ne puissent troubler ton fond, Tonbant d'en-haut sur ton front, Front en qui ma Cytherée (-") A sa face remirée ; Ne jamais quelque Roland, Epoint d'amour violent.
Ne honnisse ta belle onde, Mais, sans cesse vagabonde, Caquetant sur ton gravois D'une flotlotante vois.
Toujours ta course verrée (-*) Se joigne à l'onde Loirée.
Mais adieu, fonteine, adieu !
Tressaillante par ce lieu.
Vous coures, perpétuelle, D'une fuite paranelle, (--) Vive, sans jamais tarir :
Et je doi bien tôt mourir, Et je doi bien tôt, en cendre, (-•'*) Aus chams Elysés decendre, Sans qu'il reste rien de moi, Qu'un petit je ne sai quoi, Qu'un petit vase de pierre Pourira desous la terre. (-'')
2b GAILLARDISES
Toutefois, ains que mes yeus Quitent le beau jour des cieus, Je vous pri, ma fontelete, Ma doucelete ondelete, Je vous pri, n'obliés pas.
Des le jour de mon trépas.
Contre vos rives de dire Que Ronsard, desus sa Lire, N'a vôtre nom dédaigné.
Et que Cassandre a baigné (-^) Sa belle peau doucelete Dans vôtre belle ondelete. (^')
lilNNE A LA NUIT Ode ç.
Nuit, des amours ministre, et sergente fidèle (*) Des arrests de Venus, et des saintes lois d'elle.
Qui, secrète, acompaignes L'impatient ami de l'heure acoutumée, O l'aimée des Dieus ! mais plus encore aimée (-)
Des étoiles compaignes.
Nature de tes dons adore l'excellence : (•'*) Tu caches les plaisirs desous muet silence
Que l'amour jouissante Donne, quand ton obscur étroitement assemble Les amans embrassés, et qu'ils tumbent ensemble
Sous l'ardeur languissante.
Lors que l'amie main court par la cuisse, et ores ('*) Par les tetins, ausquels ne s'acompare encores
Nul ivoire qu'on voie, Et la langue, en errant sur la joue, et la face. Plus d'odeurs, et de Heurs, là naissantes, amasse (•'•)
Que l'Orient n'envoie.
C'est toi qui les soucis, et les gennes mordantes, Et tout le soin enclos en nos âmes ardantes, C')
Par ton présent arraches ; C'est toi qui rens la vie aus vergiers qui languissent, Aus jardins la rousée, et aus cieus qui noircissent
Les idoles attaches.
Mets, si te plaist, déesse, une fin à ma peine, Et donte sous mes braz celle qui est tant pleine (')
De menasses cruelles, Affin que de ses yeus (yeus qui captif me tiennent) Les trop ardens flambeaus plus brûler ne me viennent
Le fond de mes mouelles.
A CASSANDRE FUIARDE Ode 8.
Tu me fuis d'une course viste, (•) Comme un fan qui les loups évite, Allant les mammelles chercher De sa mère, pour se cacher, Sautelant de fraieur, ce semble, (^j Si un rameau le vient toucher :
Car, pour le moindre bruit que face D'un serpent la glissante trace, Et de genous, et de cueur tremble ; Mais ma vie, et mon ame ensemble {^) Ne laissent de suivre tes pas :
Comme un lion je ne cour pas (^) Apres toi, pour te faire outrage.
Mets donc, ma mignonne, un peu bas La cruauté de ton courage.
Et toi, ja d'âge pour te fandre, (^) Laisse ta mère, et vien aprendre Combien l'amour donne d'esbas.
SONNET
Ores l'effroi et ores l'espérance, (*) Deçà, delà, se campent en mon cœur ; (-) Or l'une vainq, ores l'autre est vainqueur, (^) Pareils en force et en persévérance.
Ores douteus, ores plain d'asseurance.
Entre l'espoir et le froid de la peur, ('') Heureusement de moi mesme trompeur, Au cœur captif je promets délivrance.
Verrai-je point, avant mourir, le tans Que je tondrai la fleur de son printans, Sous qui ma vie à l'ombrage demeure?
Verrai-je point qu'en ses bras enlassé, De trop combatre honnestement lassé, (^ Honnestement entre ses bras je meure ?
SONNET
Petit nombril, que mon penser adore, Non pas mon œil, qui n'eut onques ce bien ; (*) Nombril de qui l'honneur mérite bien Qu'une grand' vile on lui bastisse encore. (-)
Signe divin, qui divinement, ore, (•') Retiens encor l'Androgyne lien, Combien et toi, mon mignon, et combien Tes flancs jumeaus folastrement j'honore I ('•)
Ni ce beau chef, ni ces yeux, ni ce front.
Ni ce dous ris, ni cette main qui fond ['')
Mon cœur en source, et de pleurs me fait riche,
Ne me sauroient de leur beau contenter, (^)
Sans espérer quelque fois de tâter
Ton paradis, où mon plaisir se niche. (')
SONNET
Quand en songeant ma follâtre j'acoUe, Laissant mes flancs sus les siens s'alonger, Et que, d'un branle habilement léger, En sa moitié ma moitié je recolle :
Amour, adonc, si follement m'affolle, Ou'un tel abus je ne voudroi changer, Non au butin d'un rivage étranger.
Non au sablon qui jaunoie en Pactole.
Mon dieu, quel heur, et quel contentement, M'a fait sentir ce faus recollement, Changeant ma vie en cent metamorfoses !
Combien de fois, doucement irrité, (*)
Suis-je ore mort, ore resuscité,
Entre cent lis et cent vermeilles roses !
SONNET
Heureuse fut Tétoile fortunée Qui' d'un bon œil ma maitresse aperceut l Meureus le bers, et la main qui la seut Emmailloter, alors qu'elle fut née ! (*)
Heureuse fut la mammelle emmannée De qui le lait premier elle receut!
Et bienheureus le ventre qui conceut Si grand'beauté, de si grans dons ornée! ('^)
Heureus les chams qui eurent cet honneur (■^) De la voir naitre, et de qui le bonheur L'Inde et l'Egypte heureusement excelle !
Heureus le fis dont grosse elle sera !
Mais plus heureus celui qui la fera
Et femme et mère, en lieu d'une pucelle !
SONNET
Ces flots jumeaus de lait bien époissi Vont et revont par leur blanche valée, Comme à son bord la marine salée, Qui lente va, lente revient aussi.
Une distance entre eus se fait, ainsi Qu'entre deus monts une sente égalée, En tous endroits de neige dévalée, (*) Sous un hiver doucement adouci.
Là, deus rubis, haut élevés, rougissent, Dont les raions cest ivoire finissent. De toutes pars, uniment arrondis ;
Là, tout honneur, là, toute grâce abonde, Et la beauté, si quelqu'une est au monde, Vole au séjour de ce beau paradis.
LES BACANALES
ou LE FOLATRI.ME VOIAGE d'iIERCUEIL
près Paris, dédié à la joieuse troupe de ses compagnons.
Fait Vaii 1^40.
Amis, avant que l'Aurore (*)
Recolore D'un bigarrement les cieus, Il faut rompre la paresse
Qui vous presse Les paupières sur les yeux.
Dormes donc, or' que la Lune,
La nuit brune, Traine de ses noirs chevaus ; Dormes donc, ce pendant qu'elle
Enmielle Le plus amer de vos maus. (^)
Dormes donc, dormes encores.
Ores, ores, {^)
Que tout languit en séjour, (^*) Sillés d'une nuë obscure
L'ouverture De vos 3^eus, jusques au jour. («)
lô, j'enten la brigade, C^)
J'oi l'aubade De nos conpains enjoués, (") Oui, pour nous éveiller, sonnent
Et entonnent Leurs chalumeaus enroués.
J'entroi déjà la Guiterre,
J'oi la terre Retrepigner durement («) Desous la libre cadance
De leur dance.
Qui se suit folâtrement. {^)
Sus ! Abel, ouvre la porte,
Sus î qu'on porte (*') Devant ce troupeau divin Maint flacon, mainte gargouille, (<2)
Mainte endouille, Espérons à picquer vin.
Dieu gard la savante trope,
Calliope Grave au ciel vôtre renom, {^^) Bellai, Baïf, et encores
Toi, qui dores La France en l'or de ton nom.
Le long des ondes sacrées,
Par les prées.
Ombragés des saules verds, (*^) A l'envi des eaus jazardes, (^■')
Trepillardes, L'un après l'autre en vos vers ; (**^)
Ou bien, levant la pensée (*')
Elancée, D'un ardeur qui vaudra mieus :
Vous redirés quelles choses
Furent closes Dans le Chaos ocieus.
Vous dires le chaut, les glaces,
Quelles places Phebus ne daigne alumer, Et pourquoi les jours s'alongent.
Ou se plongent Plus tardis dedans la mer.
Mais moi, dont la basse Idée {^^)
N'est guindée Dessus un cable si haut, Qui ne permet que mon âme
Se r'enflamme De l'ardeur d'un feu si chaut :
En lieu de telles merveilles,
Deus bouteilles Je prendrai sus mes rougnons, (*^)
Et ce rianap à double anse,
Dont la panse Sert d'oracle ans compagnons.
\'oiés Urvoi qui enserre
De lierre Son flacon gros de vin blanc, P) Lequel, porté sur l'épaule, (•*)
D'une gaule.
Lui pendille jusqu'au ilanc!
A veoir de celui la mine
Qui chemine, Seul parlant à basse vois, Et à veoir aussi la moue
De sa joue, C'est le bon Thenot Guilois. {^'^)
Je le voi comme il galope,
Par la trope, Un grand âne sans licol; Je le voi comme il le date,
Et lui grate Les oreilles et le col.
Ainsi les pasteurs de Troie,
Par la voie, Guidoient Silène monté, Portant les lois de sa leste,
Et sa teste Qui lui panchoit d'un costé.
Abel le suit à la trace, (-•^)
Qui ramasse Ses flacons tonbés à bas, Et les fleurs que son oreille
Qui sommeille Laisse choir à chaque pas.
Ore cet Abel le touche, (-'*)
Or' la bouche Il lui ouvre, ore dedans Met ses dois, puis les retire.
Et pour rire Ils se rechignent des dens. (^•')
lô, voici Harteloire, (-*')
Dont la gloire Monte au ciel d'un roide vol.
Et Latan, qui l'aconpaigne,
Voire, et daigne Contrefaire un jour le fol.
Des Mireurs seul nous regarde,
Etprent garde, D'un œil expérimenté, Que tel débaus ne nous tronpe,
Et ne ronpe L'acord de nôtre santé.
Voici Ligneri, qui pousse.
De son pouce, Les nérs du lut inmortel ;
Et Capel, qui ne peut plaire
Au vulgaire, Ni le vulgaire à Capel.
lô, iô, trope chère,
Quelle chère Ce jour amëine pour nous 1 Parton-donq, or' que l'Aurore
Est encore Dans les bras de son épous.
Ore donque, que l'Aurore (-')
Est encore Dans les bras de son épous, Parton, ains qu elle tlanboie,
Et qu'on voie Son grand flanbeau dessus nous. ('^^)
S'il nous voit parmi la plaine,
A grand'peine Les chams nous seront plaisans.
Tant l'ardente Canicule
Lui rebrule De son front les rais cuisans.
Laisson au logis ces femmes,
Par les flammes La Cyprienne éviton :
Ensemble, la Paphienne (-^1
Et la Chienne Nous envoiroient chés Pluton.
Mais animon ces bouteilles, {■''-)
Ces corbeilles Acliernon de janbons gras, De pâtés, de pains d'épices.
De saussisses, De boudins, de cervelas.
Chacun préne son espée, (-*)
Equipée Pour se revenger le dôs, De peur qu'une fiere audace ("^-)
Ne nous face Les coupables de Minos.
Gardon, amis, qu'on ne tonbe
Dans la tonbe, (•^'^) Séjour aveugle et reclus :
Depuis qu'une fois la vie
Est ravie, Les Seurs ne la filent plus.
lô, comme ces saulaies {^'^)
Et ces haies Sentent l'humide fraîcheur, Et ces herbes, et ces plaines,
Toutes pleines De rousoiante blancheur!
Que ses rives écumeuses
Sont fumeuses.
Au premier trait de Phebus !
Et ces fontainieres prées
Diaprées De mile tapis herbus !
lô, que je voi de roses
Ja décloses.
Dans l'Orient flanhoiant : F) A veoir des nues diverses
Les traverses, ^'oici le jour ondoiant.
Voici l'Aube safranée,
Qui, ja née, Couvre d'œillés et de Heurs Le ciel, que le jour desserre^
Et la terre De rosées et de pleurs.
(iCA
Debout donq. Aube sacrée.
Et recrée De ton beau front ce troupeau, Qui, pour toi, pend à la gaule
De ce saule.
D'un coq aime-jour la peau!
Tire, Kinfe vagabonde, 1^')
Hors de l'onde Un Soleil qui ne sc^it pas Perruque dun feu qui jette
Sa sagette Trop ardentement à bas.
Ainsi, Cephale amiable,
Pitoiable Soit toujours à ton désir ; Ainsi puisses-tu sans cesse.
Ma déesse, Nue entre ses bras gésir! {^^)
Quoi ! flamboiante couriere.
Ma prière Tu mets donques à mépris?
Aimer puisses-tu sans cesse,
Tronperesse, De Tithon les cheveus gris !
Vous qui avés la chair tendre,
Il faut prendre Et la coife et le chapeau, De peur que la Canicule
Ne vous brûle La trop délicate peau (•'^^)
Armés de lueilles vos testes, ('*")
En cent crestes.
Et de peur d'enpeschement.
Avalés bas la botine
Marroquine, Pour aler plus fraischement.
Evoé ! Père, il me semble
Que tout trenble D'un branlement nonpareil
Et que je voi, d'un œil trouble,
Le ciel double Doubler un autre Soleil.
Evoé ! donteur des Indes,
Que tu guindés Mon cœur bien haut, Eldean !
Tu lui dis quel sacrifice
Est propice A ton autel Lenean.
Avienne qu'orné de vigne
Je trépigne.
Toujours vilant Evoé ! (''*) Et que je dance sans cesse
Par ta presse.
Au son du cor enroué !
Tes coulevres innocentes (^-)
Sont glissantes Sus mon chef plein de leurs neus.
Et ton Thyrse, lance forte,
Gai, je porte, Par tes Thiases vineus.
Parmi la barbare Thrace,
A ta trace.
Je sui tes pas dérobés.
Le long des secrés rivages.
Tous sauvages De lierres recourbés.
Je voi Silène qui entre
Dans un antre ; (^^) J'oi les bois émerveillés; Je le voi, sus l'herbe fraische,.
Comme il presche Les Satyres oreilles.
Evoé ! Den3^s, tenpere,
Thebain père, Tenpere un peu mon erreur, Tenpere un peu ma pensée
Insensée, Du plaisir de ta fureur.
Ce n'est pas moi qui te taxe^
Roi de Naxe, D'éjarter le Thracien, Ni d'avoir au chef la mitre,
Ni le titre Du Trionfeur Indien.
Mais bien c'est moi qui te loûe^
Qui t'avoue Pour un Dieu, d'avoir planté L'heureuse vigne féconde, {""''}
Dont le monde Est si doucement tenté ;
Qui, comme une âpre guerrière, (^)î
En arrière Chasse des hommes bien loin^
Non l'amour doucement veine, 1''^')
Mais la peine, Mais le travail et le soin.
Je voi cent bestes nouvelles,
Pleines d'ailes, Sus nos testes revoler, Et la main épovantée
De Penthée Qui en vain les suit par l'air, f'')
Evan ! que ta douceur folle ('**]
Me ra folle De vineus étourbillons I Je ne voi point d'autres bestes
Sur nos testes Qli'uu scadron de panillons.
Leurs ailes, de couleurs maintes
Sont dépeintes ; Leur front en deus trais se fend, ('''■') Et leur bouche bien petite
Contr'imite Le mutle d'un Elelant.
Sus ! amis, par céte rive, {^^)
Que l'on suive (^*) L'ombre des ailés troupeaus ; Qu'étourdis on les atterre
Contre terre, A petis cous de chapeaus.
Lequel aura la victoire, Et la gloire ,
D'avoir conquis le plus beau,
Qui tout doré sert de guide, Par le vuide,
A cet escadron nouveau?
Lequel pendra de la beste (^-)
La conqueste.
Pour trophée de bon heur?
Celui, vraiment, sera dine
Qu'un bel hinne Dorât chante à son honneur.
16, comm' il prend la fuite !
Nôtre suite Ne le sauroit ofencer.
Si le plus gai de la trope
Ne galope Plus tôt, pour le devancer.
Ha ! je Tavoi, sans sa voie (•'^)
Qui ondoie. D'un voler bien peu certain, Et sans l'erreur de son onde
Vagabonde, Qui s'est moqué de ma main; {^'')
Et sans une vigne entorse.
Oui la force A soustraite de mes pas.
Et m'a fait prendre bedaine
Sus la plaine, Adenté tout plat à bas.
Teleph' sentit, en la sorte,
La main forte Du Grec qui le conbatit.
Quand au milieu de la guerre,
Contre terre Un cep tortu l'abatit.
lô, regardés deriere
La poudrière Que Berger écarte au vent, Tant en courant il s'élance.
Et s'avance Pour l'afronter par devant.
Mais, mais voies, voies comme
Il l'assomme (•^^) Mort sus la rive étandu.
Et comme l'aile et la teste
De la beste Dans un saule il a pendu ! (^^)
Ja la dépouille captive,
Céte rive Honore, et ces saules vers, Et ja leur écorce verte
Est couverte Du long cerne de ces vers :
Je, Berger, plein de vitesse, i^^')
Par humblesse, Aux DiEus Chevrepiés jappens Céte despouille conquise.
Par moi prise, En l'âge de cinquante ans. (^^)
Père, que ta verve douce
Me repousse En un dous afolement, Plus fort que devant, ta rage.
Le courage Me chatouille doucement. (^^)
De ces chênes, goûte à goûte.
Bas dégoûte, (*'") Ce me semble, le miel rous.
Et ces beaus ruisseaus qui roulent, f***]
Tous pleins coulent De Nectar, et de vin dous.
Amis, qu'à teste panchée,
Estanchée Soit nôtre soif la dedans; Il faut que leur vin apaise
Céte braise (^-) Qui cuit nos gousiers ardans.
Boivon leurs ondes sucrées, (°^)
Consacrées Au Dieu qui nous point le cœur;
Sondon leurs vagues profondes,
Toutes blondes D'une vineuse liqueur.
'Que chacun de nous i entre
Jusqu'au ventre, Jusqu'au dos, jusques au front; 'Que chacun sonde et resonde
La douce onde Qui bat le plus crcus du fond.
Voies Urvoi qui s'élance
Sur la pance, Tout vctu, dans le ruisseau, Et voies comme il barbouille.
En grenouille, Dessous les vagues de l'eau!
Suivon le saint trac humide
De ce guide; Elançon nous comme lui, Et lavon dans cette rive, C^'*)
En l'eau vive.
Pour tout jamais nôtre ennui.
Que l'homme est heureus de vivre.
S'il veut suivre Ta folie, ô Cuisse-né, Qui tes temples environnes, ('^)
Pour couronnes, D'un verd panpre raisiné!
Sans toi, je ne voudrois estre
Dieu, ne maistre Pes Indiens, ne sans toi, De Thebes Ogygienne,
Cité tienne, Je ne voudrois estre Roi ;
Sans toi, di-je, race belle
De Semele, Sans toi, di-je, N3^séan, Sans toi, qui nos soins efaces
De tes tasses, Père, Evien, Lyéan.
Mais laisson, troupe gaillarde, (^^)
L'eau mignarde ; riâton plus menu le pas, Céte chaleur âpre et grande
Nous conmande De ne nous arrêter pas.
Sus ! conduises d'une aubade (^")
La brigade, O vous, chantres honorés.
Qui tenés, en ce bas estre,
Vôtre naistre D'Apollin aus crins dorés !
Mon Dieu ! que céte musique
Angélique Fiche mes espris béans, {^^)
En ces ménétriers qui sonnent
Et entonnent Les sains cornés Idéans !
Que ces tlûtes qui douchantent
Me contentent De leurs acors discordans !
Certes, la musique douce
Seule pousse De nos cœurs les soins mordans. {^^)
lô, je voi la valée
Avalée Entre deux tertres bossus, Et le double arc qui enmure
Le murmure De deus ruiselés moussus.
C"est toi, Hercueil, qui encores
Portes, ores, D'Hercule l'antique nom, Qui consacra la mémoire
De ta gloire Aus labeurs de son renom.
Je salue tes Dryades,
Tes Naiades, Et leurs beaus antres conneus, Et de tes Satyres pères
Les repaires, Et tes Faunes front-corniis. ('")
Chacun ait la main armée
De ramée.
Chacun, d'une gaie vois, Assourdisse les canpagnes,
Les montagnes, Les eaus, les prés, et les bois.
Ja la cuisine alumée
Sa fumée Fait tressauter jusque aus cieus.
Et ja les tables dressées
Sont pressées De repas délicieus.
Cela, vraiment, nous invite
" D'aler vite.
Pour apaiser un petit La furie véhémente Qui tourmente Nôtre aboiant apetit.
Dessus nous pleuve une nûe
D'eau menue.
Pleine de lis et de fleurs ; Qu'un lict de roses on face
Par la place, Bigarré de cent couleurs.
Qu'on prodigue, qu'on répande
La viande, D'une libérale main.
Et les vins, dont Tancienne
Memphieniie Fétia le mol Roniinain. ['^)
Douce rosée divine, (^)
Angevine, Bacus sauve ta liqueur !
L'amitié que je te porte
Est tant forte .Que je l'ai toujours au cœur.
Je veus que la tasse pleine
Se promeine Tout au-tour, de poin en poin, Et veus qu'au fond d'elle on plonge
Ce qui ronge Nos cerveans d'un traistre soin. P)
Ores, amis, qu'on n'oublie
De l'amie Le nom, qui vos cœurs lia, Qu'on vuide autant céte coupe,
Chère troupe, Que de lettres il i a.
Neuf fois, au nom de Cassandre,
Je vois prendre Neuf fois du vin du llacon, Afin de neuf fois le boire.
En mémoire Des neuf lettres de son nom.
lô, qu'on boive ! qu'on chante ! ("'*)
Qu'on enchante La dent des soucis félons !
La Vieillesse larronnesse
Ja nous presse Le derrière des talons.
lô, Garçon, verse encore,
Que j'honore D'un sacrifice joieus, Céte belle onde verrée,
Consacrée Au plus gai de tous les Dieus.
Que l'on charge toute pleine ('^)
La fontaine De gros flacons surnoûant ; ('*') Qu'en l'honneur de lui, maint verre (
Mi-plein, erre, Sus les vagues se rouant. ('^)
Evan ! ta force divine ^
Ne domine Les hommes tant seulement. Elle étraint de toutes bestes
Toutes testes.
D'un éfort, également. {'^)
Voiés-vous céte grenouille,
Qui gazouille, Yvre, sus le haut de l'eau,
Tant l'odeur d'une bouteille
(Grand'mer veille !) {^-) Lui enchante le cerveau?
Comm' elle, du vin surprise,
Est assise Sur nos llacons entr'ouvers !
Comme sus l'un, et sus l'autre,
Elle vcautre Son cors flotant à l'envers !
Mais tandis que céte beste
Nous arreste, 16, compains, n'oiés vous {^^) De Dorât la vois sucrée,
Qui recrée Tout le ciel, d'un chant si dous?
16, 16, qu'on s'avance :
Il conmence Encor à former ses chans, Célébrant en vois Romaine
La fontaine, Et tous les Dicus de ses chans. {'^-)
Préton-donq à ses merveilles
Nos oreilles ; L'entusiasme Limosin Ne lui permet rien de dire
Sur sa lire Oui ne soit divin, divin.
16, iô, quel dons stile
Se distile Parmi ses nonbres divers, Nul miel tant ne me recrée
Que m'agrée Le dous nectar de ses vers.
Quand je l'enten, il me semble
Que l'on m enble Mon esprit, ravi soudain, {^^) Et que loin du peuple j'erre,
Sous la terre, Avec l'ame du Tliebain.
Avecque l'ame d'Horace,
Telle grâce Se distile de son miel, (*'^) Et de sa vois Limosine,
Vraiment dine D'estre Serene du ciel.
Ha, Vesperî brunette étoile,
Qui d'un voile (■"•^) Par tout enbrunis les cieus, Las ! en ma laveur encore
Ne décore Ta grand voûte de ses yeus. (■'^)
Tarde un peu, noire couriere, ('^^)
Ta lumière.
Pour ouir plus longuement
La duLiceur de sa parulo.
Oui m'afole D'un si gai chatouillement.
Quoi? des astres la compaigne, i'^^)
Tu dédaigne Mon prier, et san séjour.
Devant l'heure tu flanboies,
Et envoies Sous les ondes nôlre jour?
\'a ! va 1 jalouse, chemine ;
Tu n'es dine, Ni tes étoiles, d'oûir Une chanson si parfaite,
Qui n'est faite Que pour les Dieus éjoûir ! {^^)
Donque, puis que la nuit sonbre,
Pleine d'onbre.
Vient les montagnes saisir, Retournon, troupe gentille,
Dans la vile. Demi soûlés de plaisir.
Jamais l'homme, tant qu'il meure,
Ne demeure Fortuné parfaitement :
Toujours avec la liesse
La tristesse Se mêle secrètement.
SONNET
Pleut-il à Dieu n'avoir jamais tâté (*)
Si follement le tetin de m'amie !
Sans lui, vraiment, l'autre plus grande envie.
Hélas ! ne m'eut, ne m'eut jamais tante.
Comme un poisson, pour s'estre trop hâté, Par un apàt suit la fin de sa vie.
Ainsi je vais où la mort me convie, D'un beau tetin doucement apâté.
Qui eut pensé que le cruel destin Eut enfermé sous un si beau tetin Un si grand feu, pour m'en faire la proie?
Avisés donc quel seroit le coucher
Entre ses bras, puis qu'un simple toucher (•')
De mile mors, innocent, me foudroie. (*)
lia ! Seigneur dieu ! que de grâces écloses (*] Dans le jardin de ce sein verdelet, Enflent le rond de deus gazons de lait, Où des Amours les flèches sont encloses !
Je me transforme en cent métamorphoses, Quant je te voi, petit mont jumelet, Ains du printans un rosier nouvelet, Qui le matin bienveigne de ses roses. (-)
S'Europe avoit l'estomac aussi beau, De t'estre fait, Juppiter, un toreau, (^) Je te pardonne. Hé! que ne sui'-je puce?
La baisotant, tous les jours je mordroi Ses beaux tetins, mais la nuit, je voudroi Que rechanger en homme je me pusse.
SONNET
Je voudrois estre Ixion et Tantale, Dessus la roue, et dans les eaus, la bas. Et quelque fois presser entre mes bras (*) Cette beauté qui les anges égale.
S'ainsin étoit, toute peine fatale Me seroit douce, et ne me chaudroit pas, Non d'un vautour fussai-je le repas, Non qui le roc remonte et redevale.
Lui tâtonner seulement le tetin (^) Echangeroit l'obscur de mon destin (•') Au sort meilleur des princes de l'Asie ;
Un demidieu me feroit son baiser ;
Et flanc à flanc entre ses bras m'aiser, ('')
Un de cens la qui mengent l'Ambrosie.
SONNET
Je veus mourir pour tes beautés, Maistresse ; Pour ce bel œil, qui me prit à son hain ; Pour ce dous ris : pour ce baiser, tout plein D'ambre, et de musq, baiser d'une Déesse.
je veux mourir pour cette blonde tresse ; Pour l'embonpoint de ce trop chaste sein ; (') Pour la rigueur de cette douce main.
Qui, tout d'un coup, me guérit et me blesse.
]e veus mourir pour le brun de ce teint ; Pour ce maintien qui, divin, me contreint (-) De trop aimer ; mais, par sus toute chose,
Je veux mourir es amoureus combas, {^) Souflant l'amour, qu'au cœur je porte enclose, ('') Toute une nuit au millieu de tes bras.
D'UNE COURTIZANXE A VENUS
Si je puis ma jeunesse folle.
Hantant les bordeaus, garentir De ne pouvoir jamais sentir Ne poulains, chancre, ne vérole :
O Venus! de Bacus compaigne, A toi je promets, en mes vœus.
Mon éponge, et mes faus cheveux.
Mon fard, mon miroer, et mon paigne.