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ETUDE

Le mot de Bourgogne n'évoque point à l'esprit un territoire clos au contour précis, un emplacement délimité sur la carte, mais il éveille des images très nettes etdes sensations originales. La Bourgogne, c'esl le pays des grands ducs et des grandes abbayes, c'est le pays du bon vin et de la vie plantureuse, c'est le pays de la gaieté malicieuse et hardie, c'est aussi le pays des grands hommes et des grands artistes. Sans avoir scruté le détail de l'histoire locale, chacun sait que Dijon est la ville natale la plus fréquemment citée des biographes, et, sans être un spécialiste, chacun sait aussi que Dijon est une des principales «villes d'art» de France, l'une de celles qui possèdent le plus beau musée. On dirait, en vérité, que le passé et le présent conspirent en faveur de la Bourgogne pour lui valoir, parmi nos provinces, un rang privilégié. Son nom n'est-il pas de tout temps intimement mêlé à l'histoire générale de la France?

•2 LA BOl RGOGNE

Sun nom ne nous apparaît-il pas aujourd'hui à toul instanl de la vie courante, à table ou en voyage? La plus grande voie ferrée ,1,. France n'est-elle pas officiellement dénommée o ligne de Bourgogne " el toul menu ne fait-il poinl leur pari aux produits bourguignons?

La Bourgogne le sail el s'en fait gloire. Elit- n'es! pas ins fière

des produits exquis de son sol ou de ses séduisantes industries nationales que des souvenirs brillants de son moyen âge ou des chefs-d'œuvre «le ses sculpteurs. Elle connaîl sa réputation: elle s'efforce de rester belle en gardanl la parure de ses antiquités et de ses joyaux artistiques. Et c'est en quoi. — dépouillée, comme toutes les provinces de France, de l'autonomie agissante d'autrefois, — elle conserve avec un soin jaloux, du moins au cœur de son domaine, une personnalité.

Mais la personnalité de la Bourgogne esl chose complexe, aussi complexe que l'est, géographiquement, le domaine bourguignon. D'autres provinces de France se définissent aisément : celle-ci esl une presqu'île, un morceau d'un vieux monde soudé à un continent relativement nouveau : celle-là est un plateau, relie autre une vallée ou un coin de limon enchâssé dans une armature montagneuse. La Bourgogne, elle, est à la fois plaine et montagne, vallée et plateau, tërrë primitive et apport récent. Elle regarde de tous côtés, vers les trois grands versants français, et ce qui la caractérise c est justement délie une succession de seuils, un bouquet de hautes vallées divergentes qui s'abaissent diversement de divers côtés. La nature, en somme, if'a point dessiné une Bourgogne: elle a trac. simplement un axe où s'embranchent des routes, voies d'eau ou voies de terre. Ce sonl les hommes qui ont fait la Bourgogne; ils l'ont faite différente à différentes époques, et. parmi les possibilités qu'offrait la géographie, c'est l'histoire qui a fait le choix.

Voilà pourquoi le nom de la Bourgogne n'évoque point, comme celui de telle autre province, la vision immédiate d'une tache à la forme connue sur la carte. La Bourgogne a un centre, mais point de frontières: elle est ouverte de toutes parts. Vers les confins, c'est par dégradations insensibles que la teinte bourguignonne se fond

LES PAYS BOURGUIGNONS 3

avec les teintes voisines, Lyonnais ou Champagne, Franche-Comté

ou Nivernais.

I LES PAYS BOURGUIGNONS

Les pays bourguignons sonl nombreux et variés. Le voyageur qui prend à Paris la « ligne de Bourgogne » el parcourt la province dans son plus grand axe s'aperçoil à peine de cette variété. Tout au plus constate l-il le passage d'un versant à l'autre, souligné souvent par un changemenl de temps : pluie au nord, soleil ou bruine au sud du fameux tunnel de Blaisy ; puis c'est l'acheminement vers la Méditerranée, peu sensible jusque vers Tournus, un peu plus apparent ensuite à des détails du paysage. Vue ainsi, selon une sorte de schéma rectiligne, la Bourgogne de l'Indicateur est bien déjà pourtant la Bourgogne de Michelet, apte à « réconcilier le nord el le midi ». Mais combien d'aspects divers échappenl à qui se contente de regarder à travers les glaces d'un wagon !

Car, en dehors des grandes roules qui s'y croisent, la Bourgogne est. pour ainsi dire, faite de petits compartiments qui s'adaptent les uns aux autres et se succèdent par lentes transitions. Le seul département de la Côte:d'Or, vrai cœur de la Bourgogne, est un composé de plusieurs «régions naturelles» qui se différencient comme les unités multiples d'un inonde eu miniature : deux liantes régions, le Morvan et la Montagne; une plaine. l'Auxois ; un nœud de diffusion hydrographique, le pays d'Arnay ; une arête, la Côte; une vallée, le val de Saône.

Le Morvan. — Le Morvan n'est bourguignon que sur sa lisière, car c'est une vieille unité géographique, partagée entre les provinces voisines, tour à tour répudiée ou revendiquée par chacune d elles. Aujourd'hui, le paysan du village sis au pourtour, — comme Liernais, — ne s'avouera pas « morvandiau ». C'est que sur cette ossature archéenne s'étend un maiioais pays, un pays froid et humide, profondément entaillé à la base par des cours d'eau. Tout y est ancien, traditionnel, et comme immobilisé. Le nom celtique du

Morvan, — la'montagne noire, — a traversé les siècles: les appellations el les langues diverses, les circonscriptions et les remaniements se sont succédé sans l'entamer, el l'expression en Morvan accolée aux noms de maints villages témoigne encore de cette indes tructible individualité.

L'homme est ici primitif comme le sol. Dans les villages pauvres el disséminés qu il s y est bâtis, nul métier campagnard n'a pénétré.

Ferme en Morvan.

L'exploitation des bois transportés par chaland ou par flottage, ^élevage du gros bétail que Ton fait reproduire el que l'on revend jeune, subviennent à peine aux besoins d'une population clairsemée. Aussi, à l'élevage animal, le Morvan s'est-il avisé d'ajouter un élevage humain, car la race-est robuste : le Morvan est « le pays des nourrices ». L'exode des Morvandelles, très recherchées a Paris, a pour contre-partie l'envoi d'enfants, — surtout les « Petit-Paris ». — au village, et il serait injuste de ne pas mettre en regard de la démoralisation que cette exploitation toute spéciale entraîne trop souvent, les actes de dévouement qui s'accomplissent en faveur d'abandonnés et que récompensent parfois bien à propos des prix de vertu.

LES PAYS BOURGUIGNONS

L'Auxois. — « On dirait, — a écrit Courtépée, — que !<• Morvan fait la séparation des enfants d'Israël et de ceux d'Edom. Les uns jouissent vraiment de la graisse de la terre et les autres semblent n'en avoir que la rosée. La nature a traité les premiers en mère et

Photo Leiuaire.

Château de Chastellux.

paraît ne regarder les autres qu'en marâtre. » Au pied du Morvan, en effet, c'est l'Auxois, la région historique du grand passage qui a gardé à jamais le nom de l'Alésïa de César. Cette dépression marneuse, intercalée entre le Morvan et le Plateau de Langres, a été de tout temps un pays favorisé, le bon pays que l'expérience des générations oppose au mauvais pays, c'est-à-dire au Morvan tout proche.

[oi une vie facile s'esl développée. Il n'est qu'à voir les maisons bien construites, élégantes souvent, il n'esl surtout <ju à visiter les églises rurales qui jalonnent les routes, pour sentir que des siècles d'aisance ont valu a ces bourgs comme à ces campagnes cet aspect réconfortant qui frappe le voyageur. Le moindre village est dépositaire d'oeuvres d'art souvent admirables : à Pouillv, se cache dans

Photo Boulang

Se mur

Vue sénérale.

la pénombre d'une chapelle un Saint-Sépulcre de la lin du w' siècle où le groupe traditionnel des trois Maries est d'une délicieuse humanité; tout prés, à Saint-Thibault, c'est l'une des constructions les plus hardies du gothique bourguignon qui se dresse, un chœur du xiu" siècle rayonnant où le mur, quoique modérémenl ajouré, n'est en fait qu'un écran de pierre, tandis que la monture frêle d'un système d'arcatures équilibré à miracle suflit à soutenir une voûte élever sous laquelle s'abritent des statuettes charmantes, des tombes dignes d'une cathédrale, sans parler d'un portail richement historié

LES PAYS BOURGUIGNONS

cl de vantaux de bois d'un exquis style Louis XII finement fouillés. El presque chaque village du « bon pays » possède quelque merveille.

G'esl que longtemps l'Auxois fut le grenier de la Bourgogne.

Photo des Monuments Historique

Saint-Thibault. — Portail onesl de L'éslise.

Aujourd'hui, il est surtoul el de plus en [dus un pays d' « embouche ». On y élève pour la boucherie un bétail abondant et bien engraissé, renouvelé par l'importation des races nivernaise et suisse qui sont venues modifier la race indigène, celle de ce « bétail rouge » dont la terminologie locale semble vouloir couserver et devoir perpétuer le souvenir.

Les marcliés et foires des gros bourgs sont lies fréquentés en

Auxois. Mais évolution économique et le tracé des grandes lignes de chemins de fèr en ont détourné le grand trafic, en dépit du canal de Bourgogne.

En revanche. l'Auxois retrouve, grâce à son charme pittoresque,

grâce aux mamelons ou tasselots qui de toutes parts font face auMorvan, un attrait nouveau et des plus vifs. Des châteaux historiques, — Ghastellux, Bussy-Rabutin , notamment, — témoignent que l'Auxois n'est pas à cet égard une découverte imprévue des touristes modernes.

Leur attention, toutefois, désormais attirée, rend de plus en plus justice à ce pays.

Semur, sa véritable capitale , commande une vallée délicieuse ou les fervents de la nature et les amateurs d'arl trouvent une égale satisfaction. Enlacée par l'Armançon qui s'est creusé pour lit une véritable gorge, la petite ville se dresse sur un beau socle de granit rouge pailleté de quartz et de mica. I >n dirait une citadelle fortifiée par la nature avant l'arrivée des hommes. Le moyen âge n'en a pas moins superposé à ces défenses naturelles des défenses artificielles qui se profilent étrangement en murailles, donjons et tours, que domine une église gothique svelte et hardie aux fiers clochers.

Photo Neurdi

Semur et l'Armançon.

LES l'AVS BOURGUIGNONS

Et non loin, à quelque distance au nord, le .Mont Auxois luimême, assiette de L'antique Alésia, commandant la plaine des Laumes, rappelle L'un des plus grands épisodes de l'histoire. C'est là que s'élève la statue colossal»' de Vercingétorix par Millet; là qu'ont été retrouvés, point par point, les fossés et 1rs restes des fortifications compliquées el formidables par 1»' moyen desquelles 1rs Romains, en l'an 52 avant Jésus-Christ, vinrent péniblement à bout de la suprême résistance des Gaules :

là. enfin, que pieusement l'on exhume, depuis quelques années, les substructions de la cité détruit*'. Les débris recueillis dans les fouilles sont maintenant conservés sur place, au lieu d'être dispersés au loin.

A lui seul, l'aspect du site impose. Pour le goûter pleinement, il faut le parcourir le récit de César en main. Le mont, comme l'a écrit M. Camille Jullian, « surgit de la plaine complètement isolé des autres hauteurs, homogène, compact, sans contreforts ni caps avancés, couronné par

une vaste plate-forme qui repose sur ses flancs inclinés comme un gigantesque entablement ». Les rivières, les hauteurs et tous les accidents du terrain qui ont leur place dans la narration circonstanciée des Commentaires de César se retrouvent exactement auprès de cette table géante où campèrent les quatre-vingt mille hommes de Vercingétorix, et il n'est pas jusqu'au poste d'observation d'où le vainqueur suivit en personne les péripéties déci-

Pboto Neurdeiu.

Vercingétorix, par Millet, au sommet du -Mont Auxois.

sives, qui in1, puisse être repéré avec précision sur les lieux. Aujourd'hui Alise-Saînte-Reine, humble petite-fille de l'Alésia gallo-romaine, sommeille à l'écarl des grandes voies. Flavigny, qui hérita au moyen âgé de la primauté stratégique, dépérit à son tour d'une agonie lente sur sa hauteur abrupte, dans 1 enchevêtrement de ses vieilles rues aux niches peuplées de vierges, de saintes el de saiiil> vigoureusement sculptés à la bourguignonne, tandis

Photo Xeurdein.

Alise-Sainte-Reine.

Vue générale.

que la commune de Venarey-les-Laumes, tranquillement assise en plaine, a déjà ravi à son héroïque voisine jusqu'au titre de chef-lieu de canton.

Le pays d'Arnay. — Le pays siliceux d'Arnay-le-Duc, lui aussi, a été dépouillé' par l'évolution économique .moderne de sa valeur essentielle de pays de grandes communications. Jadis, il continuait l'Auxois et ménageait pour lui le carrefour des directions diverses, car il dessine connue un éventail de vallées el constitue, selon l'expression de M. Gabriel Hanotaux, un « Saint-Gothard français ». De là divergent les eaux vers la Seine, la Loire, le Rhône : c'est, à quelques kilomètres à la ronde, l'Arroux, la Suze, la Canche el la

LES PAYS BOURGUIGNONS

lt

Drée, le Serein et L'Armançon, l'Ouche et quantité de ruisseaux et de ruisselets. Qssourdentà deux pas de distance pour aller au loin finir aux extrémités les plus opposées de la France. Les voies romaines onl laissé en maint endroit leurs traces en ce paj s de croisement, en ce lieu par excellence de transition, fréquenté au surplus bien au delà du moyen âge. Il n'a fallu rien moins que le triomphe

Photo Barrter.

Maison de vignerons.

du rail, attiré ailleurs par «les avantages techniques, pour détourner tout ;i l'ail le trafic et les voyageurs sur la trajectoire dessinée aujourd'hui à travers la Bourgogne par la grande voie ferrée.

La Côte. — La grande ligne, — après avoir longé le Mont Auxois, franchi le souterrain de Blaisy et touché Dijon, — suit la Côte, sans laisser apercevoir son véritable aspect au voyageur, à qui des noms universellement connus. — Çhambertin, Vougeot, Nuits. Beaune, Meursault, - - risquent de donner le change. En réalité, les riches

coteaux à vignobles se tiennenl à distance de la voie ferrée; 1rs villages où se récoltent les vins des grands crus s'égrènent en un long chapelet sur la route qui, parallèlement, se développe le long des hauteurs, et c'est, comme on l'a dit, moins une route qu'une véritable « rue ».le long de laquelle, — sans interruption ou presque, — se succèdent des groupes de maisons, des bourgs, des châteaux entourés de clos. Une population dense est ici vouée à la vigne, une population toute spéciale façonnée par cette terre et pour elle, les vignerons.

Les autres départements démembrés de l'ancienne Bourgogne doivent leurs noms à des cours d'eau. La Gdte-d'Or, — et c'est justice, — ■ doit le sien à ces collines fameuses qu'un député du bailliage de Dijon. — André-Rémy Arnoult. -- baptisa d'un ternie heureux en ÎT'.IO.

La côte bourguignonne est. géographiquenient. une falaise, un rebord de plateau en forme de muraille, qui domine la plaine d'environ cent à cent cinquante mètres. Cette muraille est entaillée d'échancrures, de combes, que l'usure des eaux a insensiblement burinées. De ces combes, la plupart aboutissent simplement à une sorte de cirque aux remparts escarpés, où le buis et le houx abritent ces vipères si redoutées auxquelles les habitants font une impitoyable chasse. D'autres combes sont de véritables axes de communications; elles escaladent le plateau et mettent en relation la zone des grands crus avec la seconde zone viticole qui occupe le plateau même et qu'on appelle Y arrière-côte. Nuits et Beaune marquent les points où s'ouvre une vallée plus importante. Ce sont là les véritables capitales de la Côte, que la terminologie locale divise précisément en Côte de Beaune et Côte de Nuits.

La métropole de la côte est Beaune, chai mante ville aux rues silencieuses, serrée derrière la ceinture mutilée de vieux remparts tout mangés d'herbes, de saxifrages et de clématites. Un lieu calme et recueilli entre tous est l'Hôtel-Dieu, où le moindre détail a gardé la saveur médiévale et qui a l'aspect immuable d'une oasis de perpétuité au milieu du changement incessant et général. La ville, comme il convient, se réveille lors du grand œuvre des vendanges : le bruit des maillets résonne plus fort sur les tonneaux dans les ruelles où

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l'herbe verdil Le pavé, tandis que se répand le capiteux parfum du vin nouveau.

Le Val de Saône. — La falaise de la Côte domine une plaine d'affaissement qui date des temps tertiaires, et c'est le val de Saône

Photo M. Tarnier.

La Combe de Chambœuf.

qui se développe vers le sud eu horizons fuyants. ^ oiei donc ce qu'en Bourgogne on nomme le Pays-Bas. Le long de la grande rivière, un nouvel axe de peupleuienl s'oppose à celui de la Côte. C'est qu'en dépit de la concurrence du rail, une batellerie active, à peine arrêtée quinze jours par an par le gel, anime ici les quais des ports : la Saône. — qui joue dans la littérature bourguignonne un rôle assez comparable à celui de la Loire dans la littérature française, — reste, au point de vue économique, une grande artère de trafic.

ii LÀ BOURGOGNE

♦La Saône est une belle rivière, à la pente très faible, au courant à peu près insensible, aux fortes crues pourtant en hiver, mais aux eaux très basses en été. Los tributaires de gauche lui fournissent de beaucoup le plus fort appoinl : les affluents bourguignons qui lui viennent d'autre pari sont plus remarquables par le développement de leurs vallées que par leur longueur ou par leur débit : \ ingeanne, Tille. Ouche. Dheune, Grosne, Azergues.

Les mariniers distinguent plusieurs Saunes : la Saône supérieure. qui n'est point bourguignonne, puisqu'elle finit à Gray : puis, la Petite Saône, qui atteint Saint-Jean-de-Losne: enfin, la Grande Saône qui se développe en aval.

A l'entrée de la rivière en Bourgogne, c'est le vieux village de Pontailler, — où Charles Je Chauve eut l'un de ses châteaux. — qui se mire d'abord dans ses eaux claires. La S, ouïe passe ensuite le long des bâtiments légers dé la poudrerie de Vonges, s étale paresseusement, traverse connue une nier de verdure, et se dirige avec nonchalance vers Auxonne, petite ville célèbre par l'abondance de ses cultures maraîchères et par ses souvenirs militaires, notamment celui que rappelle une statue du lieutenant Bonaparte qui trouva ici mi première garnison au sortir de l'école de Brienne. Aux points où les rives se rapprochent, un port s'est établi, du même coup position stratégique au temps où la Bourgogne était une marche. Au dessous d'Auxonne, voici Saint-Jean-de-Losne, la ville décorée de la Lésion d'honneur pour sa « belle défense ». De riches cultures parent la campagne à l'entour : la betterave surtout et aussi le tabac et le maïs y régnent. Le paysage losnois t'ait songer, — comme on l'a écrit. — à la Flandre, à une « Flandre moins crasse mais plus lumineuse », et où coulerait un fleuve qui a le calme et la sérénité d'un lac. Plus bas, Seurre, cet autre « bourg d'eau ». est peut-être moins tourné vers la rivière : ses expéditions de volailles et de hoiihlon prennent plus volontiers la voie ferrée.

Dijon et le Dijonnais. — Le Dijonnais est une dépendance de la plaine de la Saône : c'est une région composite dont Dijon semble faire l'unité artificielle et qui. géogràphiquemênt, n'a guère de cohésion : la marne de Gémeaux est une terre à houblon : à Asnières et

t.KS PAYS BOURGUIGNONS

t oui autour, des carrières de calcaire fournissenl au génie sculptural de la race des éléments de choix pour son activité; autour de Tanay, c'esl la craie qui affleure et <|ui fait soudain apparaître « un coin de Champagne au milieu des paysages bourguignons »: presque par tout, c'esl le limon. Les houblonnières el les champs se partagent, au nord de Dijon, les préoccupations du paysan. Des forêts d'autrefois qui ('ouvraient en majeure partie la région dijonnaise, il reste encore, pour n'en poinl citer d'autres, deux témoins qui comptent

I'Ik.Im Boulanger.

Saint-Seine-I' Abbaye.

dans le domaine forestier de laFrance: la forôl de Citeaux et la foret île Longcliamp. Entre les deux coulent les deux rivières principales du Dijonnais, l'Ouche et la Tille.

C est l'Ouche qui arrose Dijon et qui peut-être en a déterminé le site, dominé dé 584 mètres par la masse calcaire du Mont Afrique. Du moins, la coupure de ['(Juche marque le point précis où la Montagne t'ait place à la Côte: elle commande les passages du Châtillonnais et de l'Auxôis, les vallées de la Saône el de la Seine. A Dijon exactement le midi finit. C'est là que poussent les derniers figuiers. Au delà, c'est le nord. La brèche dijonnaise acquiert de ce fait sa véritable importance et l'on en saisit tout l'intérêt au renard de la

géographie humaine, si l'on reconstitue par la pensée les forêts presque impénétrables (1rs temps anciens en ce lieu accidenté du grand passage. A vrai dire ce seuil marque un arrêt de la circulation, partant un lieu d'habitat humain. L'Ouche, e1 aussi le modeste Suzon, autrefois plus abondant, ont fait du relais primitif un village d'abord, puis une ville. Un réseau de routes gauloises, surtout romaines, s'esl créé auprès. L'histoire, qui a tant travaillé à modeler la Bourgogne sur les données sommaires de la géographie, s'est chargée du reste et a l'ait de Dijon, bien des siècles après son humble naissance, une métropole.

Pourtant, malgré ses agrandissements successifs, bien que son ancien caractère de nœud de routes, depuis les grands progrès du rail et la création du canal de Bourgogne, reliant la Saône à la Seine par leurs affluents, se soit accentué de plus en plus. Dijon, ville des ducs et ville parlementaire, demeure ville moyenne. Cette agglomération de No. 00(1 âmes n'a. en somme, ni grand commerce ni mande industrie, et ses produits de bouche, fabriqués avec une persistante prédilection, font toujours le meilleur de sa renommée.

La Montagne. -- Le Dijonnais s'oriente aussitôt au nord vers la Montagne: ainsi s'appelait autrefois, d'un nom caractéristique, le bailliage de Châtillon-sur- Seine.

En réalité, la Montagne est plus vaste que le bailliage ou l'arrondissement de Ghâtillon. Elle est constituée géologiquement par une sorte de table de calcaire jurassique. Elle s'étale depuis l' Arrière- Côte jusqu'à Langres et Chàtillon. C'est un plateau pierreux, garni de forets et de landes, à peine capable de nourrir çà et là quelques maigres cultures. La partie la plus élevée est située autour de Màlain. Sur le plateau au sol perméable, l'eau est rare. Les bourgs se tassent aux pieds des escarpements, aux points où l'eau fugitive réapparaît. Dans les replis se blottissent tant bien que mal des villages aux noms significatifs : Fontaine-les-Sèches. Coulmiers-le- Sec. Ce sont des agglomérations de maisons dont la pierre prochaine a fourni les sommaires matériaux: des moellons calcaires pour les quatre murs, des «laves » ou dalles minces pour la toiture en pente.

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Le quadrilatère du Châtillonnais, — compris entre Châtillon, Ravières, Grancey-le-Château el Saint-Seine-l'Abbaye, — est par excellence Le pays forestier. C'est à peine si deux rivières, l'Ource et la haute Seine, y déroulent le ruban vert de leurs vallées. Par contre, l'eau qui tombe. — assez abondamment d'ailleurs, — sur !•■ haut du plateau, disparaît aussitôt : elle s'infiltre : des creux souterrains, des gouffres ont été, de la sorte, ménagés à la longue dans le

Photo L. Bégule.

Abbaye de Fontenay. — Ensemble du Cloître. L'église, le dortoir.

sous-sol: Creux-Percé ou Puits-Glacière de Pâques, Creux de Soucy, Peuptu de Vernot.

Le Creux-Percé, par exemple, situé à un kilomètre et demi du joli village de Pâques, sur la route de Plombièresdes-Dijon à Blaisy-Bas, est un des abîmes célèbres de la région. Le grand spéléologue Martel en fit l'exploration en 1892. La profondeur du puits est d'environ cinquante mètres. Sur la paroi nord-est s'étend une superbe glacière aux éclatants stalactites. Tout autour un réseau compliqué de galeries souterraines se creuse, encore incomplètement reconnu.

La Montagne doit à sa nature géographique une formule écono-

LA Buim.oGNK

mjque nettenïenl spécifiée. Le bois y domine. La forêl primitive a certes bien diminué. Sans doute les Gallo-Romains de Vertillum, 1rs moines <!n Val-des -Choux, de Saint-Seine, de Fontenay ou de Molesmes < m l conquis au cours des siècles le sol ingrat. Mais de grandes masses boisas subsistent: l«'s reboisements récents vont

Avallon. — Maison de la place Saint-Lazare.

eau-foi te •]•• P \ B.

les augmentant d'année en année : aussi le département de la Côte- TOr se classe-t-il parmi les départements les plus boisés de France. Les essences les plus fréquentes \ son! le chêne en premier lieu, puis le charme, et, dans les parties marneuses, le hêtre, l'érable, le Irène, sans parler des coudriers, amélanchiers el cornouillers. Dans ie Chàtillonnais, en particulier, la forêt est favorisée par l 'humidité du climal el notamment par les pluies de l'été : à Châtillon le pluviomètre accuse quatre-vingts centimètres d'eau.

LES PAYS BOURGUIGNONS

Les friches occupent presque tout ce que la forêt laisse ;i découvert. La culture, faute de bras, recule chaque jour. Le terrain abandonné gagne donc. Ce sont de maigres pàtis. des bouquets de noisetiers, de genévriers, d'aubépines, de ronces

Photo des Monuments distor

Avallon. — Portail de t'éstise Saint-Lazare.

Dans ces triches pastorales, le mouton trouve un bon terrain de parcours. Aussi le Ghâtillonnais élève-t-il le mouton en nombre. Une statistique récente enregistrait 716 troupeaux dans l'arrondissement de Châtillon, dont 163 dans le seul canton de Laignes, avec 20.243 tètes. Axant Daubenton on ne connaissait dans la contrée que le mouton indigène, du type berrichon, élevé uniquemenl pour le fumier et la laine. Mais, de 1766 à 1777. Daubenton acclimata à

là ferme de Courtangis, près de Montbard, un troupeau de mérinos. Ce fut le principe d'une transformation, lente à la vérité mais continue, qui s'accentua au xix" siècle. La rare des mérinos bourguignons actuels, produit d'une sélection savante autant que patiente, se recommandeà la fois par la qualité de la viande el par la (inesse de la toison.

assurément l'élevage du mouton n'est point I indice d une popula-

é* -*■ \ SÊÊL^â

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