‹ La BourgogneChapitre 2 sur 81 · IL. ■ïr"' - '^S^^^^H · texte numérisé non relu

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La va//ée de /a Ci/re près d'Arcy-sur-Cure.

tion bien dense ni d'une richesse bien grande. Les villages de la

Montagne sont pauvres et faiblement peuplés. Seul Chàtillon a îles allures de ville, avec sa majesté élégante et coquette de vieille capitale : l'antique église Saint -Yorles et les restes du château ducal surveillent encore, de haut, les maisons anciennes et le vaste hôtel de ville.

Pays de ressources médiocres et de population clairsemée,, le Ghâtillonnais est, en revanche, un pays de chasse el de villégiature estivale, le pays des donix el de la liante Seine, pittoresque et frais, celui où la ville de Paris envoie, pour remonter le fleuve historique et retrouver la nature, ses colonies de vacances.

LES PAYS BOURGUIGNONS

L'Avallonnais. — Dans le département de l'Yonne, l'Avallonnais est le pays du pittoresque et du tourisme, comme le Châtillonnais dans !<• département de la Côte-d'Or. A dire vrai. l'Avallonnais est

Vézelay. — La Madeleine.

la continuation naturelle du Morvan el de l'Auxois en Terre-Plaine. La ville d'Avallon est la sœur singulièrement ressemblante de la ville de Semm*.

Des clochers, des toits serrés surplombent de tous côtés des ravins profonds, les précipices du Cousin. De belles promenades, disposées en terrasses, ombragées de tilleuls, rappellent les plates-formes plan-

lées d'arbres. des villes d'Ombrie d'où un panorama dégagé se déroule sous 1rs yeux du promeneur aussi loin que peut porter sa vue. Partoul le lil tortueux de l'active rivière assiège la ville pressée dans la ceinture de ses remparts; mais les faubourgs débordent l'enceinte du moyen âge el devaient pour rejoindre l'eau courante. Du faubourg uV Cousin-le-Pont. le décor de la ville es! une féerie.

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Les Noyers de Vézelay, par (iuillun.

Musée de Dijon .

Que le voyageur qui a admiré, à A vallon, le coup d'oeil du paysage environnant et les riches sculptures du portail de Saint-Lazare, prenne au malin la route aux délicieux tournants qui mène à Pontaubert, pour visiter eu ce village proche un édifice caractéristique du style cistercien : l'excursion, ;i coup sûr, lui laissera un aimable souvenir. Mais pour apprécier comme il convient une région qui commence à devenir sérieusement à la mode, il faut pousser dans la vallée delà Cure: ici. la rivière a véritablement sculpté la roche Entre le point où elle reçoit le Cousin et celui où elle se précipite à son tour dans l'Yonne, c'est une série d'accidents imprévus, des

LES l'Aï S BOURGUIGNONS

jeux de rochers et d'eau où le géologue trouve autant à apprendre que le touriste trouve à s'extasier. Paysagistes el aquarellistes parcourent maintenant à l'envi cette vallée miraculeuse. Il se trouve même un endroil où la Cure industrieuse a troué l'oolithe de pari

Photo Boulans

lontréal. — La porte d'En-Bas.

en part, si bien qu'elle coule un temps dans des cavernes qui sonl proprement son œuvre, les laineuses grottes d'Arcy.

Or, ce ne sont pas seulement autour d'Avallon les curiosités naturelles, mais encore les merveilles monumentales qui semblent s'être donné rendez-vous. La Madeleine de Vézelay dessine hardiment sa silhouette au-dessus de la vallée de la Cure, sur la colline isolée où elle se dresse comme !•• symbole [insistant du

pouvoir monastique évanoui. Au pied de Faîtière abbatiale, la seconde croisade fui prêchée par saint Bernard. Les sculptures du narthex et de la nei conservenl le souvenir du grand élan artistique du douzième siècle,, antérieur à la prédication de l'éloquent abbé ; mais sous les voûtes imposantes qui recouvrent l'immense basilique a retenti la voix du saint exhortant Louis ^11 et sous ces voûtes

Photo Bon

La Vallée de la Canche aux environs d'Autun.

aussi se sonl déroulées les scènes dramatiques de la commune décrites par Augustin Thierry.

Le petit village de Saint-Père, au bas de la colline, montre encore aujourd'hui les restes de l'abbaye primitive fondée, dit-on, par Girard de Roussillon sous Charles le Chauve. La petite église gothique de Saint-Père, sise tout auprès de ces ruines, se classe eommme l'un des plus précieux bijoux de l'école bourguignonne du XIII siècle.

A quelque distance de la montagne de Vezelay, parmi les églises et les châteaux qui, de toutes parts, en cette région, sollicitent

LES PAYS BOURGUHÏNMNS

l'arrêt du voyageur, se trouve Montréal, l'un des bourgs de France qui donnent le plus aujourd'hui le sentiment du moyen âge seigneurial. Des murs, des portes intactes dessinent l'enceinte où de vieilles maisons se groupent le long' des rues grimpantes, des puits

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Autun. — La porte d'Arroux.

anciens dans des cours retirées, une église à stalles curieuses, et tout en haut, un point de vue qui semble guetter encore, comme aux temps féodaux, tout l'horizon.

L'Yonne, qui a reçu la Gure, se dirige à son tour vers la Seine. La région des vins blancs de l'Yonne est encore bourguignonne, du moins en grande partie. Mais peu à peu le pavs se dénature. Où donc arrêter la Bourgogne à mesure que l'on descend le grand

affluent île la-Seihe? Auxerre même a été un temps en Bourgogne. L'ail de la Bourgogne y a souvent reflué, débordant même au delà. Voici pourtant que nous approchons de celte zone mixte, douteuse, qui sur tout son pourtour enveloppe cette Bourgogne aux limites indécises dont il s'agit ici de passer en revue les pays les plus carac-

Château de Uouches-les-Mines.

Photo Boulang

térisés. 11 est temps de rebrousser chemin el de traverser à nouveau, pour pousser cette lois vers le sud. l'Avallonnais et l'Auxois.

L Autunois et le Charollais. — Il n'est point de noms qui évoquent mieux que ceux du mont Beuvray, de Bibracte et d'Autun, la Bourgogne la plus noble el lapins authentique d'autrefois. Alésia même ne rappelle pas des souvenirs plus prenants. La vieille capitale celtique de Bibracte était la gloire des Eduens. Découverte sur le mont Beuvray, à huit cent dix mètres d'altitude, par le savant et infatigable Bulliol. elle dominait la vallée de l'Arroux. Là, elle se dres-

LES PAYS BOURGUIGNONS 27

sait, inviolable, sur un piédestal granitique, en ce lieu même où de nos jours, un massif de hêtres touffus et noueux couronne la plateforme. Sous ces arbres trop jeunes se dessine l'enceinte de l'une des plus puissantes, uV l'une des plus vénérables cités des Gaules. Sous ces ruines ont été trouvés des débris de la plus liante valeur archéologique, qui t'ont l'orgueil des musées et des collections d'Autun.

Photo Boulanger.

Paray-le-Monial. — La Basilique.

Car les musées d'Autun ont hérité des reliques du Beuvray, comme Autun même a hérité de Bibracte. La prospérité est descendue, de par la volonté des Romains, du mont dans la vallée. Et voici qu'Autun. — à son tour, — est presque une ville abandonnée. La sous-préfecture actuelle groupe autour du Champ-de- Foire ses maisons que domine la flèche d'une belle cathédrale romane. Les autres monuments paraissent extérieurs. C'est que, morne dans sa ceinture d'autrefois devenue trop vaste, la vieille cité épiscopale ne vit plus guère que par la pensée. C'est l'Aix de la Bourgogne Comme sa sœur de Provence, elle se repaît de solive-

nirs. H esl ainsi des villes en France donl la dignité calme commande le respect et dont le passe fait la parure : villes de recueillement et de sociétés savantes, de monuments et de musées.

La vie moderne, au contraire, se manifeste non loin de là, sous -a forme la plus active, au Creusol. le type île la ville industrielle.

Fermière bressane.

Le couloir qui s'ouvre entre la Côte-d'Qr et les monts du Gharollais est formé par les vallées de la Dheune et 'le la Bourbince. C'est une longue et étroite bande de mines el d'usines: Épinac, Montchanin. Montceau, Blanzy. Le terrain touiller donne ;i ce pays sa couleur et son allure également caractéristiques. Il s'est annoncé près de Saint dierain-sur-Dheune, mine aux spéculations fameuses, à laquelle se rattachent les débats retentissants où lut mêlé Emile de

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Girardin. Les gisements et les centres ouvriers se suivent. L'étang de Longpendu résume le décor lacustre où s'encadre la ville de Montchanin ; puis c'esl Montceau, enfin le Greusot dont les merveilles dépassent tout ce que l'Antiquité a pu imaginer des forges idéales de Vulcain. tandis que le vieux Montcenis, capitale régionale du temps des .lins, végète à l'écart, si réduit et si humble que sa

Pécheurs Charollais, par Jean Laronze.

Mus le Dijon .

déchéance est un des retours les plus frappants de l'histoire en Bourgogne.

De fait, aucun pays, dans toute la province, n'a été à ce point transformé. Le sous-sol a fait ce miracle. Le canal du Centre, la voie ferrée ont imprimé à tout ce pays un élan de vie exceptionnel. Encore ne faut-il pas omettre de signaler aussi, au passage, l'importance de la céramique de construction et de la faïencerie dans le même domaine: à Montchanin, à Digoin. Pour la céramique et la tuilerie, le centre bourguignon vient tout de suite après le centre prépondérant de Marseille.

m LA BOURGOGNE

.Le Brionnais, antique dépendance féodale «le l'Autunois, vit surtout, comme Autuu. de souvenirs-. De fraîches vallées retirées abritenl «le jolis villages. La parure monumentale en accroît le charme. Paray-le-Monial, avec sa basilique, attire l»'s pèlerinages. Charlieu, avec sou splendide portail et son cloître merveilleux, attire les touristes; mais toute une famille de délicieuses églises romanes s'est égrenée dans les vallons verdoyants : Seniur-en-Brionnais. Varennes-l'Arconce. Anzy-le-Duc, tous joyaux précieux de l'école bourguignonne 'lu \u siècle.

Quant au Charollais. qui confine au Brionnais, son nom seul en ■ lit assez long, — c'est le pays de l'élevage, pays de prairies ondulées aux bords de l'Arconce où une race bovine bien caractérisée et bien connue trouve son habitat. De magnifiques bœufs blancs tâchés de jaune paissent tranquillement dans de vastes prés d'embouche que ceignent îles baies touffues et que coupent çà et là des bouquets d'arbres dont l'ombrage doit abriter la sieste paresseuse des animaux. Ce sont des bêtes choisies et soigneusement entretenues, gloire «les concours agricoles. La race cbarollaise est une race d'élite, <jui vaut par la qualité bien plutôt que par le nombre. Grâce à la richesse de l'alimentation et à une sélection continue, le bœuf charollais offre une rare perfection de formes et une exceptionnelle qualité de chair. La ville de Lyon est la meilleure cliente des éleveurs de la contrée

La Bresse et le Maçonnais. - En face du Charollais s'étend la Bresse bourguignonne, c'est-à-dire la Bresse louhannaise et chalon- •laise, portion de cette grande Bresse qui, depuis la Saône, s'étend jusqu au Jura.

On peut définir la. Hresse un sous-sol marneux recouvert d'un tapis de limon C'est donc une région basse et plate où les rivières ont l'air de dormir, où l'eau se ramasse dans des cuvettes et reste souvent stagnante: paysde marais, de landes et de friches. Louhans, petite sous-préfecture, est, en Saône-et-Loire, la vraie capitale de ce royaume de la volaille. Ici, le maïs — qu'on appelle le turquis — est la culture essentielle, base tout à la fois de l'alimentation humaine

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et de l'élevage domestique. Pour l'homme, à pari les navets et les raves, il se nourri! en effel de maïs accommodé sous différentes formes: « gaudes », ou « millasses » ou encore « flamusses ». Le maïs également engraisse les hôtes de la basse-cour, avec la collaboration <lu sarrasin el <lu seigle, sous la forme d'un mélange <le farine (jui donne les meilleurs résultats.

Çà et là,, autour îles maisons, quantité de poules picorent, entourées de leurs poussins, qui seront demain poulets et poulardes; ou

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Chalon-sur-Saône . — Perspective du pont Saint-Laurent el rue du Pont.

bien encore. (1rs troupes d'oies se prélassent, ressource importante «les marchés bressans.

Les marchés se tiennent aux bourgs, car les fermes de la Bresse sont en général isolées, plutôt que groupées en villages. Au marché du bourg- on va vendre et l'on va acheter : le lieu du marché' esl en même temps un petit centre d'approvisionnements.

Les villes actives, par contre, s'échelonnent sur les rives de la Saône, qui est, dans le département de Saône-et-Loire, la grande artère. Tournus, — la patrie de Greuze, — a déjà une importance commerciale réelle : c'est un nœud géographique, un point de contact et par conséquent d'échanges entre le pays de la volaille et le pays

du vin. Mais li- centre le plus actif de la Saône, en même temps le débouché naturel delà région houillère, est Chalon, l'une des villes les plus avantageusement situées de France, puisqu'elle est assise au point où la Saône, devenue navigable pour les plus grands chalands, reçoit le canal du Centre. A peu de distance, quatre voies d'eau prennent naissance : le canal de Bourgogne, le canal de la Marne à la Saône, la petite Saône et le canal de l'Est. Aussi l'industrie et le commerce tendent-ils à faire de Chalon quelque chose de plus qu'une métropole locale, l'une des stations les plus considérables et comme le port de la France intérieure. Volontiers on croirait que cette cité, qui fui aux temps barbares comme une capitale •le toute la Bourgogne, a chance de retrouver dans le jeu des forces économiques modernes quelque chose de sa prééminence oubliée

Le Chalonnais et le Maçonnais ont leur côte qui continue celle de Nuits et de Beaune, et qui, face à la Saône, étage des crus dont plusieurs ont leur bonne part de renommée. Entre le Chalonnais et le Maçonnais, « une sorte de golfe de plaine » s'est créé par eftondremenl : c*esl la dépression où. coule la Grosne et où s'e>l réfugié Cluny. Là, depuis le xe siècle, la vieille abbaye qui gouverna les siècles romans s'était établie à l'écart, parmi les calcaires, les prairies et les forêts. «Avantageusement placée, — dit M. Vidal de La Blacbe, — pour influer à la fois sur la Loire et sur la Saône. Cluny est néanmoins tout bourguignon par le site et par les hommes. On laisse derrière soi les vieux pavs retirés, les landes de genêts et de bruyères où de vieilles femmes filent leur quenouille au bord des haies. Les sommets des montagnes usés par la culture deviennent gris et chauves; mais sur leurs pentes s'étale, entre les murs de pierre sèche, la grande rangée des vignobles, parsemés de fermes riantes et ouvertes, de villages, de châteaux, qui descend sans interruption jusque dans la plaine aux hauts peupliers dont Mâcon tient l'entrée. »

Maçon, si bien nommé « le balcon de la Saône », port aussi et marché de vins avant tout, ville aux vieilles maisons a pans de bois et aux chais tout neufs, regarde surtout vers le sud. Et bientôt, à

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mesure que la Saône lentement, dans son cours rectiligne, s'avance à la rencontre du Rhône, le pays, comme au nord vers fAuxerrois, tend à changer de nature el d'aspect, la teinte bourguignonne va se dégradanl el peu à peu se perd dans le Lyonnais.

G'esl ainsi qu'insensiblemenl on passe en Bourgogne du nord au sud, comme on (tasse de l'esl à l'ouest, de la plaine à la montagne.

Photo Katton.

Màcon.

In véritable système de carrefours de routes, fluviales ou terrestres, s'offre à qui parcourt successivement ces pays bourguignons dont on avouera volontiers, — sans avoir à redouter le paradoxe. — que la variété t'ait l'unité, si l'on songe que la complexité géologique du sol, la multiplicité des accidents naturels, les contrastes el les pentes divergentes même ne vont qu'à mieux assurer les transitions entre des régions lointaines, dont le point de raccord se trouve ainsi savamment ménagé et dont la soudure s'opère ici tout à la lois au bénéfice de la civilisation générale et de la prospérité locale.

tl L'HISTOIRE ET L'ART

La Bourgogne avant les Bourguignons. — La vocation géographique de la Bourgogne, pays de passage, a déterminé son histoire, surtout son histoire primitive. Si l'on a trouvé à Solutré, près de Màriui. (1rs gisements importants et caractéristiques de l'âge de pierre, on peut dire que, «les le bronze, le passage d'Alésia donne déjà à la Bourgogne sa pleine signification historique : aux pieds du Mont Auxois passe « la route de l'ambre et de l'étain », l'équivalent à cette époque lointaine de ce que peut être aujourd'hui la plus active de nos grandes lignes mondiales. Par la Suisse, la Bourgogne du bronze el du fer est en communications constantes avec l'Europe centrale, notamment avec la Bohème. La prospérité continue d'Alésia s'explique d'autant plus aisément : Alésia est mieux qu'une ville, c'est un point privilégié, un rendez-vous commercial et religieux aux grands jours de fêtes et de foires, en un mot un sanctuaire et un marché. Les autres grandes agglomérations gauloises de la région sont ailleurs, à Bibracte et à Langres, capitales respectives de ileux grandes peuplades, les Eduens et les Lingons. Lue tribu secondaire possède le Mont Auxois. les Mandubiens. Et c'est autour du Mont Auxois que sombre en 52 avant Jésus-Christ l'indépendance des Gaules. L'épisode célèbre que résument les noms de Vercingétorix et de César ne met qu'en plus parfaite lumière l'importance du seuil bourguignon dans l'histoire générale.

Région de passage, la Bourgogne avait mis face à face à l'heure suprême les Gaulois et les Romains: région de passage, elle devait tout naturellement aussi recevoir l'empreinte rapide et profonde de la civilisation victorieuse. Les villes anciennes prospèrent, de nouvelles villes se fondent. Dijon naît sous la forme modeste d'un castriim impérial. Langres reste sur sa hauteur. Bibracte descend dans la plaine et sous le nom latin d'Autun devient la métropole de la Bourgogne romaine. C'est au point que ses écoles fameuses apparaissent comme le prototype d'une université bourguignonne. La langue et la culture latine se répandent. Voici qu'un riche réseau

L'HISTOIRE ET L'ART

routier se développe. Enfin, comme si ce n'était pas assez pour récompenser ceux grâce à qui, sans doute, s'est décidé son triomphe, Rome fait à ses fidèles Eduens et à la Bourgogne ellemême ce cadeau inestimable : la culture de la vigne.

Le temps était venu où le christianisme faisait à son tour la conquête du sol bourguignon. La tradition pieuse en attribue l'évangélisation à saint Bénigne, accompagné «le Thyrse et d'Andoche.

Photo Ration

La Roche de Solutré.

Les temps barbares. — Or, l'invasion burgonde, survenue au V siècle, n'a pas compromis le christianisme en Bourgogne, mais l'a plutôt consacré. Il est vrai que les rois burgondes. embrassanl l'hérésie arienne, se trouvèrent engagés clans un conflit de croyances avec leurs sujets; mais la race burgonde semble avoir été douée d'une aptitude particulière à l'assimilation. Aussi bien la « romanisation » intense du pays où ils avaient trouvé « l'hospitalitas » réagissait-elle puissamment sur les nouveaux venus. Sidoine Apollinaire nous montre les Burgondes de l'invasion sous la figure de bons géants encore grossiers auprès «les Romains raffinés, ajoutant par leur appareil guerrier, par leur chevelure teinte et graissée de beurre

rance, une note pittoresque à la vie quotidienne. Déjà cependanl Gondebaud, le plus illustre de leurs rois, l'auteur de la célèbre loi Gombette, — se montre si sauf législateur, que Sidoine ne craint pas de l'appeler un « moderne Solon ». Toutefois l'élan irrésistible de la conquête mérovingienne ébranle el renverse l'état burgonde : Clovis commence l'œuvre, ses lils l'achèvent^ le royaume de Bourgogne n'èsl plus que l'un des éléments de l'empire des Francs. Ce n'esl pourtanl pas «mi vain que quelques personnalités exceptionnelles du \i siècle se sonl succédé à la tête de ce pays. Ne «lirait-on pas qu'il attirait à lui. en vertu du passé, les esprits les plus aptes à comprendre la culture romaine el le sens même de la civilisation : Gondebaud, le plus éclairé des législateurs barbares; Gontran, le plus paisible el If plus raisonnable des Mérovingiens ; Brunehaut, la plus latine des princesses barbares; Dagobert enfin, qui lui surtout, au moins comme justicier, un roi <lf Bourgogne ?

Mais l'époque carolingienne lait tomber l'ancien domaine burgonde dans l'unité impériale. La Bourgogne est découpée en comtés, c'est-à-dire en circonscriptions administratives qui reçoivent du dehors leur principe de vie. G'esl seulemenl à la faveur de la décadence carolingienne qu'une vif locale nouvelle s'engendre, el c'esl alors en Bourgogne la période obscure, niais infinimenl féconde, de la genèse du duché.

Gomment, au sein de cette expression géographique qu'était devenue la Bourgogne franque, un noyau se reforme-t-il ? Comment la dissolution du régime carolingien ménage-t-elle l'apparition, imprécise d'abord, d'une entité historique nouvelle'.' C'est le secret de ce i\ cl de ce \ siècle, qui comptent parmi les moins connus de notre histoire. Mais, si la Bourgogne a reçu ><>n nom des Barbares qui sont venus l'occuper au \ siècle, on peut dire qu'elle a reçu son individualité historique des comtes carolingiens qui en ont, au i\ siècle, tracé les limites : Bernard, Warin, Richard lf Justicier. -Le Irait»- >\r Verdun, en 843, fail de la Saône la frontière de la France : la Bourgogne française esl donc une marche française sise de ce côté-ci de la Saône. Comme telle elle s'organise, elle a un duc. Ce duc est bientôt un Capétien. La dignité ducale se lixe au .V siècle. Au siècle suivant., le troisième roi capétien, Henri I", en

L'HISTOIRE ET L'ART

consacre déiinitivemenl l'hérédité en donnant, à la mort de Robert le Pieux, en 1032, la Bourgogne à son livre. Robert sans Terre.

Le duché capétien. — Alors, à travers plus de trois siècles, les dues capétiens se succèdent, peu connus pour la pluparl de l'histoire générale, mais aussi pour la plupart laborieux, méthodiques, économes, ouvriers patients d'une œuvre insrate, la réfection d'un

Sceaux de Dijon.

ICxti ■ il Dr en 101

Etal bourguignon. Ce sont eux qui lentement, concentrant les territoires et systématisant les pouvoirs, réagissent avec succès contre l'extrême endettement de la féodalité. Grâce a eUx s'édifie la pyramide hiérarchique dont la dignité ducale occupe le sommet. Le duché, amorphe au début, prend consistance, etla main industrieuse du Capétien en modèle la forme aux arêtes de plus en plus précises.

Princes français par excellence, les Capétiens oni l'ait mieux encore : ils n ont pas seulement pétri le corps du duché, ils lui ont aussi souillé définilivernenl une âme. Le sentiment français a souvent fléchi sur bien îles points, depuis le ix siècle : les descendants

3is

ilf Robert le Pieux sont, à l'ordinaire, les jilus fidèles auxiliaires d»-s rois, même après l'avènement des Valois au trône. La Bourgogne de 1359 ft de 1360 souffre cruellement pour la France Les Anglais d'Edouard III désolent la Bourgogne; le sac de Flavigny et de Saulieu, les ravages des Grandes Compagnies associent la Bourgogne aux épreuves de sa grande sœur, la France royale. C'est

- Moi uments H -

Cluny. — Ancien Palais des l'apea.

bien une Bourgogne française, distincte du royaume, mais loyale et fidèle, que léguera aux Valois le dernier des Capétiens.

Politiquement façonné*' par ses ducs, la Bourgogne a dû beaucoup aussi aux ordres religieux. Le duché a été un centre exceptionnel de développement monastique. Les invasions normandes ou hongroises du ix et du x siècle, si cruelles sur quelques points, n'ont pas eu ici la persistance dont tant d'autres régions ont soullert. A l'écart des routes, mais près d'elles, les colonies de moines trouvaient a s'établir. Parmi toutes les fondations religieuses, celle de Cluny par Guillaume le Pieux, en 90U, a eu surtout du retentissement sur l'avenir. Or, la Bourgogne n'a pas été seulement le refuge

L'HISTOIRE ET L'ART 39

préféré des moines, mais encore un foyer de rayonnement ecclésiastique incomparable : à côté de Gluny, Gîteaux et Clairvaux sont des noms assez éloquents. Le clunisien Guillaume de Volpîano a réformé Saint-Bénigne de Dijon au temps de Robert le Pieux

Photo des Monuments Historiques-

Chmy. — Maison Romane.

Saint Bernard, né à Fontaine-les-Dijon, apparaît au xu siècle comme la plus éclatante personnification de l'Eglise de son temps.

L'art roman et l'art gothique. — Réforme monastique et construction sont, à l'ordinaire, au moyen âge, termes corrélatifs. Aussi n'est ce point l'etlet d'un hasard, si l'art roman a eu en Bourgogne une destinée brillante. Une école féconde et hardie s'est épanouie sur le sol bourguignon au xi" et surtout au xn' siècle. C'est par

Photo P.. G

Saulie u.

Chapiteau de l'église Saint-Andoche.

La Fuite en Egypte .

bague autour des piles. Enfin une sculpture vigoureuse el sincère anime chapiteaux el portails, el ce sonl les chefsd'œuvre si célèbres de \ ézela\ . d'Autun, de Saulieu. En vain l'austérité de saint Bernard s'indigne <le ce luxe de beauté! Les grandes pages sculptées se multiplient. Cluny. la reine îles églises bourguignonnes, a malheureusement disparu. (1 étail la plus vaste basilique de la chrétienté entière au moyen âge : il n'eu subsiste que

LA BOl RGl IGNE

excellence l'école «1rs grandes abbatiales. De hautes nefs couvertes en berceau brisé, ou d'arêtes, ou encore de berceaux transversaux, se dressent, montées sur des piliers où la cannelure perpétue volontiers sa plus pure donnée antique. Des fenêtres supérieures. per</ée> • ■u dépit des difficultés techniques, éclairent directement le vaisseau central.

I ne mouluration sobre e1 franche, parfois agrémentée de roses délicates, court en plates-bandes entre chaque

étage de l'élévation, formant

Photo II. Goreet

Scwlieu.

Chapiteau de l'église Saint-Andoche.

/.'/ Tentation ua liésert .

L'HISTOIRE ET L'AR'J

quelques débris el un souvenir que perpétuenl des filles artistiques comme la collégiale de Beaune ou l'église de Paray-le-Monîal. |.;,, UI, mot, c'est dans les imitations seulemenl que nous pouvons juger aujourd'hui de cel art clunisien qui n'est d'ailleurs qu'une

Photo des Monuments Hi

Tournas. — Église Saint-Philibert.

expression, —à vrai dire la principale, — de l'art bourguignon au xne siècle. Il suffit, au surplus, de comparer aux répliques clunisiennes des églises comme la Madeleine de Vézelay ou Saint-Philiberl de Tournus. pour comprendre aussitôt quelle a été la variété «'t la vitalité de la Bourgogne romane.

La Bourgogne gothique a été moins variée, moins féconde aussi .

c'est que l'arl gothique étail pour le duché un arl exotique, un envahisseur venu de France. Les architectes bourguignons se sont ralliés à la nouvelle formule, à leur corps défendant, à raison de sa seule

supériorité technique. La nervure diagonale de la croisée il ogive gothique, qui fait porter la voûte entière sur une armature d'arcs de soutien, propagée par les Cisterciens, dégagée des éléments romans encore prépondérants dans la « transition », engendre au commencemenl du xm siècle relit- église Notre-Dame de Dijon que Violletle-Duc ne se lassait point d'étudier.

L'éloge qu'il décerne à l'auteur anonyme de cette merveille lui a valu bien des admirations. El c'est justice lu minimum de matière pour le maximum d effet, un espace si étroitement mesuré qu'il oblige le constructeur à de véritables tours de force pour assurer l'équilibre tout en conservant l'élégance de la ligne; une perfection d'appareil et dejointement qui semble équivaloir au secret de « mouler la pierre ». enfin un luxe de sculptures et de vitraux qui fait de cette miniature de cathédrale un pur bijou d art : telle est Notre-Dame de Dijon. Des caractères nettement définis en archéologie - — comme la plantation des formerets et la galerie supérieure qui surmonte le triforium, — sont autant de traits pour ainsi dire physiques auxquels se reconnaissent, au près el au loin, les filles artistiques de Notre-Dame: Saint-Pèresous-Vézelay, Saint-Martin de Clamecv, Semur-en-Auxois, la cathé-

Le Christ piteux a Notre-Dame de Semur.

D'après l'eau-forte de P. -A. Bouroux.

L'HISTOIRE ET L'ART

îlrale de Lausanne et tanl d'autres encore. A vrai dire, ce qu'on peul appeler l'école gothique de Bourgogne n'est guère qu'une famille architecturale issue de Notre-Dame de Dijon. La même sculpture aussi, et toul naturellement, s'y retrouve: ce n'es! point la statuaire nohle et grave des grandes cathédrales françaises, mais l'originalité des sculptures bourguignonnes se réfugie et s'étale de préférence oii l'idéalisme perd ses droits. Notre-Dame île Dijon même en

Semur. — Tympan de l'église Notre-Dame.

témoigne. Ses gargouilles, ses têtes célèbres frappent aussitôt le visiteur. Ce qui est ailleurs l'accessoire devient ici Fessentiel. Point de ces portails majestueux où règne le canon d'une esthétique sereine et parfaite, mais des morceaux malicieux et sincères, «les types d'hommes ou d'animaux saisis dans la spontanéité même de leur expression individuelle et de leur mouvement. Us s'accrochent aux arcs, s'emploient à soutenir les retombées, s'installent sur les contreforts, surgissent du nlur à la faveur du moindre vide, en attendant qu'un renouveau d'art leur permette de revendiquer une meilleure part dans l'œuvre monumentale.

, Le duché Valois. — Voici qu'en Bourgogne, comme en France, les Valois onl succédé aux Capétiens. Philippe de Rouvres, le dernier descendanl de Roberl sans Terre, est mort de la peste le 2[ novembre 1361. La dynastie s'est éteinte sans postérité. Le roi Jean le

Photo Boulanger.

Senv.ir. — La porte Gaillier.

Bon. comme autrefois Robert le Pieux, a repris la Bourgogne, niais pour en investir lui aussi à nouveau un cadet. Philippe le Hardi, tige d'une dynastie nouvelle. Ce sont maintenant les quatre grands dues qui se font suite de père en fils : à Philippe le Hardi succèdent Jean sans Peur, Philippe le Bon, Charles le Téméraire. Autant les noms des Capétiens de Bourgogne sont obscurs au regard de l'histoire générale, autant sont prestigieux les noms des quatre Valois :

L'HISTOIRE ET L'ART '

la rivalité de la France el de la Bourgogne au w" siècle fournit la matière d'un chapitre qui se trouve en bonne place jusque dans les manuels.

L'histoire des Valois de Bourgogne a été, en effet, celle d'une maison princière de plus en plus magnifique el m\ ahissante, qui a tendu à se détacher de la royauté H à errer entre la France el l'Allemagne un État nouveau. Une politique matrimoniale habile el des successions heureuses on! groupé 1res vite autour du duché capétien toul un cortège de seigneuries. Les Pays-Bas, à peu près en entier, appartiennent au Grand-duc d'Occident, c'est-à-dire les royaumes actuels de Belgique et de Hollande, plus le département actuel du Nord. L'Artois et la Picardie flanquenl ce groupe septentrional de telle sorte que toute la cote de la Manche el de la nier du Nord, de la Somme au Zuydersée, en dépend, el un immense commerce maritime se développe, avec un arrière-pays qui constitue alors le plus actif des pays industriels <le la chrétienté. Le Luxembourg, les comtés de Thionville el de Rethel, la Basse-Lorraine et la Haute- Alsace, un moment, forment un groupe de possessions intermédiaires entre les domaines flamands el les domaines bourguignons proprement dits. Ceux-ci ont pour noyau la Franche-Comté et la Bourgogne ducale, autour desquelles gravitenl des annexes de moindre importance, comme le comté de Nevers ou celui de Charollais qui joue le rôle de Dauphiné ducal. Bref, la maison de Bourgogne gouverne un territoire qui ne compte pas moins de six à huit millions d'habitants. Commenl ne pas comprendre, dès lors, l'orgueil d'un Charles le Téméraire, sa hantise d'une royauté dont il avait la puissance, enfin la magnificence éblouissante de sa cour .'

La cour de Bourgogne a pris alors toutes les allures d'une cour souveraine. .Mieux encore, elle cherche visiblemenl à éclipser ses rivales. Les historiens bourguignons, — surtout Olivier de la Marche et aussi l'indiciaire officiel Georges Chastellain, - se sont plu à décrire l'ordonnance des services domestiques, les tournois interminables et jusqu'à ces festins plantureux dont les vieilles cuisines, encore visibles au Musée de Dijon, rappellent si éloquemmenl le souvenir. L'ordre de la Toison d'Or, créé en \{2\) en l'honneur

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