I.UliA RT DE LA TOC R
L Ordre de Cluny.
1) autres ont (toussé plus loin la contemplation ou I ascétisme. Lui, il est mesure et équilibre II n'est qu'avoir ses églises : chefs-d'œuvre de simplicité et de force, où nulle parure factice ne cache la pureté des lignes et l'harmonie des proportions. On peut prier, et penser aussi sous ces voûtes. Elles sont graves et sereines; on n'y sent point l'angoisse qui cherche Dieu, mais la certitude qui le trouve et
ANTHOLOGIE. L OKDKK DE Cl.l INI
la confiance qui l'adore. Ici l'art, ce grand révélateur d'âmes, nous explique la vie. — Ouvrez la Règle. En elle, rien de figé ni d'immobile. Ces fils de saint Benoît ont voulu être de leur siècle; ils on I compris que l'éternité des lois divines ne s'applique pas aux préceptes des hommes, si parfaits qu'ils soient, que les saints euxmêmes doivent compter avec le temps comme avec notre faiblesse. Rien non plus d'oppressif ni d'arbitraire. Soumettre la nature n'est
Vue de Ckmy au XVIIi siècle.
D'apn
gravure de Lallemand
pas l'abattre : il faut dompter le corps, sans asservir l'esprit. Dans cette région supérieure de la vérité et de l'amour, le moine n'a plus à mutiler son âme. Ses facultés restent intactes et libres. La Règle veut qu'il se mortifie, mais qu'il pense ; qu'il pense, mais qu'il travaille. Elle ne l'abandonne point, sans contrepoids, aux effusions mystiques, sachant bien que suivre son rêve est s'élever parfois, et plus souvent s»- perdre Le livre ou l'outil à la main, la prière et le chant sur les lèvres* qu il aille, maintenant, vers ce monde de misère et de douleurs qu'il est appelé à secourir. — Étudiez les institutions. Quel accord entre l'autorité et la liberté ! Une république fédérative dont tous les membres sont unis, dont chacun reste autonome : une
loi commune, la Règle; un pouvoir central, l'abbé, qui administre; le chapitre, qui légifère et qui contrôle; un équilibre heureux de fonctions viagères, de conseils élus, de garanties et de pouvoirs... Voilà le régime que Gluny instaure dans l'histoire monastique. N'estil pas celui que lés anciens regardaient comme l'idéal des institutions humaines ? — Suivez son rôle. Gluny sait concilier les idées comme les devoirs. Dans la grande lutte du temps entre le sacerdoce et l'empire, il prévoit déjà les concessions possihles et les solutions ilurahles. S'il n'est pas neutre, il peut être arbitre, et c'est un de ses abbés, saint Hugues, que Henri IV menacé réclame pour médiateur... Entre les deux grandes cultures intellectuelles, antique et chrétienne, qui se disputent le monde, il veut l'entente. Comme les grands esprits du ive siècle, ses docteurs concilient la « sagesse » et l'Évangile, et. s'ils affirment la foi, ce n'est point pour condamner, pour maudire les œuvres impérissables que l'imagination et la raison païennes nous ont laissées. Un homme tel que Pierre le Vénérable a pu être le premier théologien et le premier lettré de son temps, combattre les hérétiques et accueillir Abélard, commenter l'Ecriture et parler ■ comme Platon. » Ce grand moine n'est pas seulement un nom. mais un symbole : celui de son Ordre et de son pays.
Di:-rour.s prononcé au millénaire de Cluny, septembre 191 0.
SAINT H ERS MW
Apostrophe contre les Clunisiens '.
Je ne parlerai pas de la hauteur démesurée des nefs, de leur longueur excessive, de leur largeur superflue, de leurs sculptures somptueuses, de leurs peintures raffinées : celui qui prie, à les regarder, oublie même l'élan de sa prière, et cet appareil me rappelle presque l'antique superstition juive. Soit, -- pourtant, — et supposons que ce luxe aille à l'honneur de Dieu. Mais, moi qui suis un moine, je demande à ces moines ce qu'un gentil opposait aux gentils :
1. Voir sur le mouvement artistique auquel l'apostrophe de saint Bernard se rapporte Y Elude placée en tête du présent volume, page 40.