BOSSU ET
Panégyrique de saint Bernard.
Parmi les hommes illustres dont l'exemple enllamme nos espérances et confond notre lâcheté, il tant avouer que l'admirable Bernard tient un rang très considérable. Un gentilhomme, d'une race illustre, qui voit sa maison en crédit, et ses proches dans les emplois importants, à qui sa naissance, son esprit, ses richesses promettent une belle fortune, à l'âge de vingt-deux ans renoncer au monde au point que lit saint Bernard, vous semble-t-il, chrétiens, que ce soit un effet médiocre de la toute-puissance divine? S'il l'eût fait dans un âge plus avancé, peut-être que le dégoût, l'embarras, les ennuis et les inquiétudes qui se rencontrent dans les affaires l'auraient pu porter à ce changement. S'il eût pris cette résolution dans une jeunesse [dus tendre, la victoire eût été- médiocre dans un temps où à peine nous nous sentons et oh les passions ne sont pas encore nées. Mais
LA BOllU.OliM:
Dieu a choisi saint Bernard, afin de nous faire paraître le triomphe de la croix sur les vanités, dans 1rs circonstances les plus remarquables que nous ayons jamais vues en aucune histoire...
Il avait accoutumé de dire qu'un novice, entrant dans le monastère, devait laisser son corps à la porte ; et le saint homme en usait ainsi. Ses sens étaient de telle sorte mortifiés, qu'il ne voyait plus ce qui se présentait à ses yeux. La longue habitude àe mépriser le plaisir du goût avait éteint en lui toute la pointe de la saveur. Il
Fontaine-lès-Dijon. — Le village natal de saint Bernard au xvuL' siècle.
D'après une gravure d'Israël Silvestre.
mangeait de toutes choses sans choix; il buvait de l'eau ou délimite indifféremment, selon qu'il les avait à la main. Le pain dont il usait était si amer que l'on voyait bien que sa plus grande appréhension était de donner quelque contentement à son corps. A ceux qui s'effrayaient de la solitude, il leur représentait l'horreur des ténèbres extérieures et ce grincement de dents éternel. Si quelqu'un trouvait trop rude ce long et horrible silence, il les avertissait ([lie. s'ils considéraient attentivement l'examen rigoureux que le Grand Juge fera des paroles, ils n'auraient pas beaucoup de peine à se taire. Il avait peu de soin de la santé de son corps, et blâmait fort en ce point la grande délicatesse des hommes, qui voudraient se rendre immortels, tant le désir qu'ils ont de la vie est désordonné : pour lui, il mettait ses infirmités parmi les exercices de la pénitence. Pour contrecarrer