‹ La BourgogneChapitre 19 sur 81 · ANTHOLOGIE. LA COMMUNE A VEZELAY · texte numérisé non relu

ANTHOLOGIE. LA COMMUNE A VEZELAY

la mollesse du monde, il choisissait d'ordinaire pour sa demeure un air humide el malsain, afin d'être non tant malade que faible; H il estimait qu'un religieux était sain quand il se portail assez bien poui chanter et psalmodier. Il voulait que les moines excitassent l'appétit de manger, non par les viandes, mais par les jeûnes: non par le ragoût, mais par le travail. Il couchait sur la dure : mais pour y dormir, disait-il, il attirait le sommeil par les veilles, par la psalmodie de la nuit, et par l'ouvrage de la journée : de sorte que dans cet homme les fonctions même naturelles étaient exercées non tant par la nature que par la vertu. Quel homme a jamais pu dire avec plus juste raison ce que disait l'apôtre saint Paul : « Le monde m'est crucifié, et moi je suis crucifié au monde » : Mihi mundas crucifixus est, et ego mundo...

Certes, il n'avait pas un corps de fer ni d'airain : il était sensible aux douleurs, et d'une complexion délicate, pour nous apprendre que ce n'est pas le corps qui nous manque, mais plutôt le courage et la foi. Pour condamner tous les âges en sa personne, Dieu a voulu que sa pénitence commençât dès sa tendre jeunesse, et que sa vieillesse la plus décrépite jamais ne la vit relâchée. Vous vous excusez sur vos grands emplois. Bernard était accablé des affaires, non seulement de son ordre, mais presque de toute l'Eglise. 11 prêchait, il écrivait, il traitait les affaires des papes el des évèques, des rois cl des princes: il négociait pour les grands et pour les petits, ouvrant. ;i tout le monde les entrailles de sa charité; et parmi tant de diverses occupations, il ne modérait point ses austérités, aliu que la mollesse de toutes les conditions et de tous les âges fût éternellement condamnée par l'exemple de ce saint homme.

Sermons.

Edition Rebelliau. Hachette et O. édit.

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La commune à Vézelay

Lorsque la commune de Vézelay eut été définitivement constituée par le serinent de tous le> bourgeois, l'élection des consuls et la lor-

înalion du grand conseil, les magistrats municipaux s'occupèrent de Lraiter avec l'abbé, leur ci-devant seigneur, pour la reconnaissance du nouvel ordre de choses. Les principaux d'entre eux se rendirent en députation auprès de lui. pour le prier d'entrer dans la commune e! de renoncer volontairement a toul ce qu'il y avail d'arbitraire et de tyrannique dans ses privilèges seigneuriaux. On ne sait précisément quelle réduction ils proposaient pour Je cens et les tailles, s'ils voulaient une abolition complète, ou simplement une diminution de redevances. .Mais l'abbé lui inébranlable dans son refus de rien

Phol i N

Vézelay.

Vue générale.

accorder tant que subsisterait la commune. Il répondil que, si les sujets de son église voulaient renoncer à leur mauvaise association, il leur ferait une remise entière de toutes rentes, et donnerait, de plus, un pardon général; mais que, dans le cas où ils persisteraient dans leur trahison, toute voie d'accommodement était fermée entre eux et leur légitime seigneur. Ces paroles déplurent fort aux députés. qui, élevant la voix beaucoup plus haut qu'ils n'avaient coutume de le taire en présence de l'abbé de Sainte-Marie, déclarèrent qu'ils ne rentreraient point sous la servitude de l'église. A leur retour auprès de leurs concitoyens, il y eut une grande agitation dans la ville : les plus exaltés d'entre les bourgeois disaient qu'il était temps d'en Unir, de vider le différend par la force ; et plusieurs, en effet, se conjurèrent pour tuer l'abbé.

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