‹ La BourgogneChapitre 23 sur 81 · AU) YS/CS BERTRASD · texte numérisé non relu

AU) YS/CS BERTRASD

Dijon au temps des Ducs

Ami, te souviens-lu qu'en roule pour Cologne. I h dimanche, a Dijon, au cœur de la Bourgogne. Nous allions admirant clochers, portails et tours,

Et les vieilles maisons dans les arrière-cours ?

Sainte-Beuve. Les Consolations.

Gothique donjon

Et flèche gothique

Dans un ciel d'optique

Là-bas. c'est Dijon.

Ses joyeuses treilles

N'ont point leurs pareilles ;

Ses clochers jadis

Se comptaient par dix.

Là, plus d'une pinte

Est sculptée ou peinte ;

Là, plus d'un portail

S'ouvre en éventail.

Dijon, moult me tarde!

Et h ii mi lui h camard

Chante la moutarde

Et ton Jacquemart !

Dijon n'a pas toujours parfilé ses heures oisives aux concerts de ses philharmoniques entants. Il a endossé le haubert, coiffé le rnorion.

ANTHOLOGIE. l)l.luN Al TEMPS DES DUCS

brandi la pertuisane, dégainé l'épée, amorcé l'arquebuse, braqué le canon sur ses remparts, couru les champs tambour battanl el enseignes déchirées^ »'t. comme le ménestrel gris de la barbe, qui emboucha la trompette avant de racler du relire, il aurait de merveilleuses histoires à vous raconter, ou plutôt ses bastions croulants, qui encaissent dans une terre mêlée de débris les racines feuilleuses de ses marronniers d'Inde, et son château démantelé

Photo Xcurdcin.

Entrée du château de Dijon au X/X' siècle, par Jeanniot.

dont le pont tremble sous le pas éreinté de la jument du gendarme regagnant la caserne. — tout atteste deux Dijons : un Dijon d'aujourd'hui, un Dijon d'autrefois.

J'eus bientôt déblayé le Dijon des \iv "et xv" siècles, autour duquel courait un branle de dix-huit tours, de huit portes et de quatre poternes ou portelles, — le Dijon de Philippe le Hardi, de Jean sans Peur, de Philippe le bon et de Charles le Téméraire, avec ses maisons de torchis à pignons pointus comme le bonnet d'un fou, àfaçades barrées de croix de Saint-André: avec ses hôtels embastillés, à étroites barbacanes, à doubles guichets, à préaux pavés de hallebardes ; avec ses églises, sa Sainte-Chapelle, ses abbayes, ses monastères, qui faisaient des processions de clochers, de flèches, d'aiguilles,

déployant pour bannières leurs vitraux d'or et d'azur, promenant leurs reliques miraculeuses, s'agenouillant aux cryptes sombres de leurs martyrs, ou au reposoir fleuri de leurs jardins ; avec sou torrent de Suzon, Mont le cours, chargé <le poncels «le bois et de moulins à farine, séparait le territoire de l'abbé de Saint-Bénigne du territoire de l'abbé de Saint-Etienne, comme un huissier au parlement jetait sa verge et son holà entre deux plaideurs bouffis de colère; — et enfin avec ses faubourgs populeux, dont l'un, celui de Saint -Nicolas, étalait ses douze rues au soleil, ni plus ni moins qu'une grasse truie en gésine ses douze mamelles. — ■ J'avais galvanisé un cadavre, et ce cadavre s'était levé.

Dijon se lève : il se lève, il marche, i! court! Trente dindelles carillonnent dans un ciel bleu d'outremer, comme en peignait le vieil Albert Durer. La foule se presse aux hôtelleries de la rue Bouchèpot, aux éluves de la porte aux Chanoines, au mail de la rue Saint-Guillaume, au change de la rue Notre-Dame, aux fabriques d'armes de la rue des Forges, à la fontaine de la place des Cordeliers, au four banal de la rue de Bèze. aux halles de la place Champeaux. au gibet de la place Morimont ; bourgeois, nobles, vilains, soudrilles, prêtres, moines, clercs, marchands, varlets, juifs, lombards, pèlerins, ménestrels, officiers du parlement et de la chambre des comptes, officiers des gabelles, officiers de la monnaie, officiers delà gruerie, officiers de la maison du duc. qui clament, qui sifflent, qui chantent, <]ui geignent, qui prient, qui maugréent, — dans des basternes., dans des litières, à cheval, sur des mules, sur la haquenée de saint François. — Et comment douter de cette résurrection'.' Voici flotter aux voies l'étendard de soie, moitié vert, moitié jaune, broché des armoiries de la ville, qui sont de gueules au pampre d'or feuille de sinople.

Mais quelle est cette cavalcade'.' C'est le duc qui va s'ébattre à la chasse. Déjà la duchesse l'a précédé au château île Rouvres. Le magnifique équipage et le nombreux cortège ! Monseigneur le 'duc éperonne un gris-pommelé qui frissonne à l'air vil et piquant du matin. Derrière lui caracolent et se pavanent les Riches de Chàlons, les Nobles de Vienne, les Preiu de Vergy, les Fiers de Neuchâlel, les bons Barons de Beaufremont. . .

ANTHOLOGIE. DIJON Al TEMPS DES DUCS

Gependanl un héraul sonne de la buccine sur la tour du louis du duc. Il signale dans la plaine les chasseurs lançant leurs lançons. Le temps est pluvieux : une brume grisâtre lui. dérobe au loin l'abbaye ilt- Cîteaux, qui baigne ses bois dans les marécages; mais un îayon de soleil lui montre plus rapprochés et plus distincts le château île Talant, dont les terrasses et les plates-formes se crénèlent dans la nue. — les manoirs du sire de Ventoux el du seigneur de Fontaine.

La Chartreuse de Champmol.

D'après une ancienne estampe.

dont les girouettes percent des massifs de verdure, - - le monastère de Saint-Maur dont les colombiers s'aiguisent au milieu d'une volée de pigeons. - la léproserie de Saint-Apollinaire, qui n'a qu'une porte et, n'a point de fenêtres. — la chapelle de Saint-Jacques de Trimolois, qu'on dirait un pèlerin cousu de coquilles; — ■ et sous les murs de Dijon, au delà des meix de l'abbaye de Saint-Bénigne, le cloître de la Chartreuse, blanc comme le froc des disciples de sainl Bruno.

La Chartreuse de Dijon ! le Saint-Denis des ducs de Bourgogne ! Ali! pourquoi faut-il que les enfants soient jaloux des chefs-d-œuvre de leurs pères ! Allez maintenant où fut la Chartreuse, vos pas v heurteront sous l'herbe des pierres qui ont été des clefs de voûte,

des tabernacles d'autels, des chevets de tombeaux, des dalles d'oratoire, des pierres où l'encens a fumé, où la cire a brûlé, où l'orgue a murmuré, où les ducs vivants ont fléchi le genou, où les ducs morts ont posé le front. — 0 néant de la grandeur et de la gloire! On plante des calebasses dans la cendre de Philippe le Bon! — Plus rien de la Chartreuse! Je me trompe. — Le portail de l'église et la tourelle du clocher sonl debout; la tourelle élancée et légère, une touffe de girollée sur l'oreille, ressemble à un jouvenceau qui mène en laisse un lévrier. Le portail martelé serait encore un joyau à pendre au cou d'une cathédrale. Il y a, outre cela, dans le préau du cloître, un piédestal gigantesque dont la croix est absente et autour duquel sont nichées six statues de prophètes, admirables de désolation. — Et que pleurent-ils? Ils pleurent la croix que les anges ont reportée dans le ciel.

Le sort de la Chartreuse a été celui de la plupart des monuments qui embellissaient Dijon à l'époque de la réunion du duché au domaine royal. Cette ville n'est plus que l'ombre d'elle-même. Louis XI l'avait découronnée de sa puissance, la Révolution l'a décapitée de ses clochers. 11 ne lui reste plus que trois églises, de sept églises, d'une Sainte -Chapelle, de deux abbayes, et d'une douzaine de monastères. Trois de ses portes sont bouchées ; ses poternes ont été démolies, ses faubourgs ont été rasés, son torrent de Suzon s'est précipité aux égouts, sa population a secoué ses feuilles, et sa noblesse esl tombée en quenouille. — Hélas! on voit bien que le duc Charles et sa chevalerie, partis, — il y aura bientôt quatre siècles — pour la bataille, n'en sont pas revenus.

Gaspard de la Nuit.

alo v sir s m: in raM)

Dijon (ballade).

G Dijon, la ûlle Des glorieux ducs, Qui portes béquille Dans tes ans caducs ;

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