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ANTHOLOGIE. PHISE DE CHAT1LLON-SUR-SEINE

amassé le blé indispensable aux hommes, il avail muni la forteresse de toutes choses en abondance afin qu'il ne pùl rien manquer aux défenseurs duranl toute la guerre. Il fait garnir les tours de hourds et de claies, renforcer la hase des murs, ménager des archères longues el étroites d'où Ion pourra lancer avec art. en se dissimulant, la grêle des traits mortels. Le temps presse. Hâtivement, on élargit el l'on creuse les fossés qui ceignent les remparts : aucun accès ne s'offrira à l'assaillant et de tous cotés la citadelle sera inexpugnable

Cependant l'aurore, annonciatrice du soleil, avait arraché le voile des ténèbres, et la lumière était rendue au monde, quand tout à coup les habitants, à leur lever, se voient assiégés de toutes parts. Ils montent aux remparts, ils se hâtent confusément pour fermer les portes : du sommet des murailles, s'ils aperçoivent un vide, ils s'emploient à boucher l'ouverture Tel le labeur de la fourmilière qu'un passant ou un berger a heurtée île son bâton : point d'ordre, les bestioles se précipitent cà et là. s'évertuent à qui mieux mieux d'un zèle affairé à réparer les débris de leurs cellules. De même les assiégés, pêle-mêle, se précipitent sur les murs, dans les rues, sur les places. Tous admirent comment le roi a pu si vite investir pareille enceinte, d'où il a pu tirer tant de guerriers qui couvrent les champs, d'où il a pu en si peu de temps faire venir tous ces gens d'armes pour en composer une armée solide et compacte.

Or. le roi n'entend pas perdre son temps au siège: il presse l'attaque; de nuit et de jour, personnellement il anime les combattants. Les niangonnaux lancent des rochers ; les hourds croulent sous les coups redoublés : les claies ruinées cèdent et ouvrent des vides : à travers les protections qui les cachent, les créneaux se découvrent béants. Alors, à l'abri de leurs boucliers île cuir qui, joints les uns aux autres, forment tortue au-dessus de leurs tètes, les archers en troupe escaladent les revers des fossés: ils font pleuvoir sans trêve des traits sur les murailles: ils empêchent les assiégés de se glisser, stdon l'usage, le long du chemin de ronde, pour ramasser les projectiles et les renvoyer ensuite à leurs agresseurs. Les fossés sont comblés de terre: contre les murs, des échelles sont dressées par

•îles mains agiles. Le roi lui-même a coutume de s'en servir, tel un écureuil grimpanl vivement au rempart.

Bientôt la forteresse même succombe, elle est aux mains du vainqueur; les habitants sont capturés avec d'innombrables soldats, et l'héritier légitime du duc même est pris avec les autres, le futur duc Eudes en personne.

La Philippide, poème latin.

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